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08/08/2007

ENCORE UN SAVANT MAUDIT : L’ « AMERICAIN » WERNHER VON BRAUN

Puisque nous sommes dans le registre des « compromissions » des savants avec le pouvoir politique, je m’en voudrais de ne pas évoquer le cas particulièrement éclairant du père du programme spatial américain, Wernher von Braun. Voilà un authentique officier SS passé sans tambours ni trompettes des nuits et brouillards du camp de Dora au soleil éclatant de Floride. Mais il était utile aux Américains, alors la morale et les « droits de l’homme »…

Les extraits qui suivent sont tirés du livre de Fabrizio Calvi, publié en 2005, Pacte avec le diable – Les Etats-Unis, la shoah et les nazis. Il se base sur des archives récemment déclassifiées et démontre, ô combien, qu’hypocrisie, cynisme et dissimulation n’ont jamais été l’apanage d’un seul camp.

« Dès la fin de la guerre, l’OSS [ancêtre de la CIA] puis les services secrets de l’armée américaine ont mis sur pied des réseaux chargés d’exfiltrer les anciens nazis dont ils pensent avoir l’usage, et qui ne peuvent rester en Europe de crainte d’être arrêtés ou enlevés par les Soviétiques…. Pour faire face à l’afflux d’immigrés nazis en provenance d’Europe, le Congrès américain permet en 1949 au directeur de la CIA de faire entrer aux Etats-Unis un certain nombre d’agents qui n’auraient jamais pu être admis s’ils avaient dû respecter les filières normales d’immigration, soit en raison des quotas, soit en raison de leur passé nazi. Au début la CIA a droit à un contingent de cent personnes par an, mais très vite ce sont des milliers de criminels de guerre ou d’anciens SS qui trouvent refuge aux Etats-Unis…

6776dc7b578c94866ad1daa92c054419.jpgDès juillet 1945, l’armée américaine a commencé à rassembler des savants allemands et autrichiens dans l’objectif de les expédier aux Etats-Unis. Surnommée Overcast, l’opération est supervisée par l’état-major américain et concerne, au début, trois cent cinquante savants. Ce nombre augmente vite : en 1946, le Pentagone demande au gouvernement américain d’accorder la citoyenneté américaine à mille savants de plus, dans le cadre du programme de récupération des cerveaux du IIIe Reich. L’opération est rebaptisée Paperclip, hommage bureaucratique aux trombones qui rassemblent les feuilles de leurs dossiers. Elle est autorisée par le président Truman. 80% de ces savants sont d’anciens nazis ou SS. Parmi eux, Wernher von Braun, le père du programme spatial américain, un intouchable.

Ceux qui aujourd’hui seraient tentés de recruter d’autres savants fous feraient mieux de se plonger dans le dossier de von Braun, récemment déclassifié par l’IWG [Nazi War Criminal Record Interagency Group].

c129bf144a482c7f942a1d8ea38b4580.jpgQue verraient-ils ? Le portrait d’un homme protégé par une légende : celle de ses recherches sur les missiles V-1 et V-2. A l’époque, il ne s’est trouvé personne pour entendre le témoignage des rescapés du camp de Dora où des esclaves fabriquaient les missiles. Vingt mille détenus de Dora sont morts lors de la fabrication des armes spéciales de Hitler. Ceux qui ont survécu se souviennent des mauvais traitements infligés par un officier SS appelé Wernher von Braun. Aujourd’hui le dossier déclassifié par la CIA et le FBI permet de remettre en question le mythe von Braun et laisse apparaître d’inquiétantes protections. Ajouté aux témoignages accablants de certains survivants de Dora, le dossier du FBI permet de brosser de von Braun un portrait plus proche de la réalité, loin du cliché du père débonnaire et patelin de l’épopée spatiale américaine. Mais surtout, il permet de montrer l’inutilité de certains pactes avec le diable.

A en croire le FBI, von Braun n’est pas un des pères du programme V-1/V-2. Le véritable concepteur du projet est un savant nazi appelé Paul Schröder. Recruté par l’US Air Force, Paul Schröder débarque aux Etats-Unis en 1953 pour s’apercevoir que von Braun lui a volé ses travaux. « Von Braun avait l’art de prendre les travaux des autres et de se les approprier », peut-on lire dans un rapport du FBI [rapport du 20/11/57, in Nara RG 263 IRR]. En 1957, Paul Schröder rédige un long article sur les origines des V-1 et V-2 dans lequel il remet certaines pendules à l’heure et explique le rôle de von Braun. « Von Braun n’avait rien à voir dans le développement des missiles intercontinentaux nazis. Son rôle était plus politique que scientifique ». Schröder remet l’article à son colonel, lequel le communique à von Braun. Le Pentagone s’oppose à la publication de cette bombe, Paul Schröder insiste. Le Pentagone menace de lui retirer sa nationalité américaine. Il perd son travail d’ingénieur au centre de tests missiles de Patrick Center en Floride. Il décroche un poste de chercheur au laboratoire Lincoln à Boston. A la demande de von Braun, des officiers interviennent, il perd son travail. Il trouve un nouveau travail pour une compagnie aéronautique. Il est licencié peu après. Quelques mois plus tard, nouveau travail, nouveau licenciement. N’y tenant plus, il contacte un journaliste d’Associated Press. Le 4 novembre 1957, alors qu’il se rend à Washington, sa voiture tombe en panne, le moteur a été saboté. Schröder la récupère le lendemain, cette fois c’est le volant qui a été trafiqué, il échappe de justesse à un terrible accident. L’histoire a été étouffée jusqu’à ce que l’IWG rende public le dossier du FBI.

La mort de von Braun, le 16 juin 1977, lui a permis d’échapper à la justice américaine. A l’époque, l’opinion publique américaine commence à découvrir que plus de dix mille anciens nazis ont trouvé refuge aux Etats-Unis. »

a4a004990428b3dcb1ce11021914d046.jpgLe camp de Dora a été libéré le 11 avril 1945 par les troupes américaines. Jusqu'à la fin du mois de juin 1945, les Américains sauvegardent les installations de production souterraines et récupèrent documents, machines et fusées complètes, qu'ils transfèrent aux Etats-Unis. Après le changement des forces d'occupation en juillet 1945, l'administration militaire soviétique prit en charge les installations encore existantes et fit sauter les tunnels de l’usine souterraine en 1949.

La photo plus haut montre Heinrich Himmler en visite à Peenemünde. Derrière lui, Wernher von Braun. A la gauche d’Himmler, le Général Walter Dornberger. On ne peut s’empêcher de penser que cette photo a eu moins d’impact que celle représentant un certain Kurt Waldheim dans des circonstances assez analogues…