Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (17)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

YAKOV BLUMKIN

8e4ae967a7ec0731f052305d903c4991.jpgWikipédia (anglais) nous informe derechef qu’il était : révolutionnaire, assassin, bolchevique, agent de la tchéka, espion de la Guépéou, trotskiste et aventurier. Reconnaissez qu’il s’agit là d’une carte de visite peu banale, surtout si l’on songe qu’il est mort à 31 ans. Et même s’il est vrai que le personnage n’était pas des plus sympathiques, force est de reconnaître qu’il n’avait pas froid aux yeux.

Mais n’anticipons pas.

Yakov Blumkin naît en 1898 dans une famille juive d’Ukraine et comme la valeur n’attend pas le nombre des années, s’engage dès ses 16 printemps dans les rangs du parti révolutionnaire-socialiste (ou vice-versa, mais ça revient au même). Après la révolution d’octobre – il n’a guère que 19 ans - il devient le chef du service contre-espionnage de la tchéka, travaillant sous les ordres de Félix Dzerzhinsky. Durant la terreur rouge, il sera connu pour sa brutalité.

Wikipédia nous rapporte également une information qui en dit long sur les méthodes alors employées pour envoyer à la mort à peu près n’importe qui pour n’importe quoi. Ce n’est pas une histoire juive, bien que strictement tous les protagonistes le soient. L’écrivain Isaiah Berlin raconte cette histoire survenue au poète Osip Mandelstam :

« Un soir, peu après la révolution, il était assis dans un café où se trouvait le terroriste révolutionnaire bien connu Blumkin…qui était à l’époque un officiel de la tchéka…en train d’écrire d’un air aviné les noms des hommes et des femmes à exécuter sur des formulaires vierges déjà signés par le chef de la police secrète. Mandelstam surgit brusquement devant lui, saisit les listes, les déchira en morceaux devant les spectateurs stupéfaits, puis disparut en courant. A cette occasion, il fut sauvé par la sœur de Trotsky » (qui était, comme nous le savons, l’épouse de Lev Rosenfeld, dit Kamenev).

Blumkin, qui était resté membre du parti révolutionnaire-socialiste (opposé au traité de Brest-Litovsk), fut chargé par le comité exécutif d’assassiner Wilhelm Mirbach, l’ambassadeur allemand en Russie, afin d’inciter à une guerre contre l’Allemagne. Il exécuta son contrat le 6 juillet 1918, ce qui provoqua une insurrection armée à Moscou, vite calmée par les bolcheviques. Qui en profitèrent pour se débarrasser de ce parti encombrant. Son coup fait et devant la tournure des événements, Blumkin disparut dans la nature.

Dzerzhinsky, le chef de la tchéka, va cependant pardonner à cette tête brûlée, mais efficace. Au printemps de 1920, Blumkin est envoyé dans la province de Gilan en Iran, près de la mer Caspienne, où Mirza Koochak Khan avait établi une « république soviétique socialiste perse » à l’existence plutôt brève. Attention, ça devient très compliqué, mais je vais simplifier. A peine arrivé, le 30 mai, Blumkin fomente un coup d’état et met en place une équipe locale dominée par les communistes.

Il était donc inutile qu’il s’attarde. En août 1920, le revoilà à Petrograd pour une nouvelle mission. Cette fois, il doit veiller à la sécurité du train blindé qui emmène Zinoviev, Radek, Béla Kun et le journaliste communiste John Silas Reed au Congrès des nationalités opprimées (si, si ...) qui a lieu à Bakou, en Azerbaïdjan. Pour cela, ils doivent traverser des zones où la guerre civile fait rage, d’où le blindage du train. A Bakou sera plébiscitée la proposition de Zinoviev, alors chef du Komintern, d’appuyer, et d’inciter si nécessaire, les révoltes des populations du Moyen-Orient contre les Anglais.

De retour à Moscou, il se lie avec Trotsky et, durant deux ans, lui servira de documentaliste et de secrétaire pour son livre qui paraîtra en 1923, Ecrits militaires. Il rejoint ensuite la Guépéou nouvellement créée à la suite de la tchéka, toujours au rayon espionnage.

On glose souvent sur les manies « ésotériques » de Hitler et les expéditions lointaines qu’il aurait commanditées. Eh bien, il n’était en tout cas pas le seul car dès les années 20, les bolcheviques financèrent plusieurs expéditions au Tibet dans l’idée de découvrir la mythique cité de Shambala dont les habitants étaient réputés communiquer par télépathie. En 1926 et en 1928, deux expéditions menées par le théosophe russe Nicholas Roerich visitèrent bel et bien Lhassa. Blumkin accompagna les deux voyages en tant qu’ « agent spécial », déguisé à l’occasion en lama ou en mongol.

En 1929, il est en Turquie où il met en vente des incunables hébreux provenant de la Bibliothèque Lénine de Moscou afin de financer un réseau d’espionnage sur le Moyen-Orient. Il y rencontre Trotsky qui s’y trouvait après sa récente expulsion d’URSS et ça va être le début de ses malheurs, que je vais également abréger, car c’est une très sombre histoire.

Trotsky lui communique un message secret à transmettre à Radek. Cela va hélas se savoir (comment ? nul ne le sait) et entraîner l’ire de Staline. Entre en scène à ce moment-là une connaissance, Trilisser, chef des services secrets, qui pour faire tomber Blumkin, choisit la méthode la plus simple (et la plus agréable) : une belle espionne soviétique chargée de le faire parler. Elle s’appelait Lisa Gorskaya, alias Elizabeth Zubilin et sa carrière n’est pas triste non plus. Nous y reviendrons.

En attendant, Blumkin se fait avoir comme un bleu. Dans le courant de l'année, il est arrêté pour trahison et traduit devant un tribunal de la Guépéou présidé par Iagoda. C’est finalement Staline qui décidera de la peine de mort. Il paraît que devant le peloton d’exécution, il cria ces derniers mots : Longue vie à Trotsky !

D’une certaine manière, il a été exaucé.

09/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (11)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

ADOLPH ABRAMOVICH JOFFE (ou IOFFE)

aefe6f6488752ad8f940c4b514e8eb49.jpgToute sa vie, Adolph Joffé fut un ami fidèle et un chaud partisan de Trotsky. Il naît en 1883 – il est donc de quatre ans plus jeune que son mentor – dans une famille juive karaïte de Crimée. [De façon très simplifiée, le karaïsme est une branche du judaïsme qui s’oppose au judaïsme « rabbinique »].

Il rejoint le parti socialiste révolutionnaire de Russie en 1903, durant ses études, et prend une part active à la révolution de 1905. Après l’échec de celle-ci, il s’exile à Berlin, puis à Vienne, en 1906. C’est là qu’il va aider Trotsky, qui s’y trouve aussi, à fonder la Pravda et à la faire vivre. Car la famille de Joffé est prospère et le soutien financier de celui-ci est le bienvenu. La Pravda a en effet été créée à Vienne en 1908 par Trotsky. Joffé contribuera à sa publication jusqu’en 1912, tout en étudiant la médecine et la psychanalyse.

En 1917, il se trouve en Russie, où il devient membre du Comité central du Parti dès le mois d’août et où il retrouve la Pravda, désormais rapatriée. En octobre, il soutient Lénine et Trotsky dans leur volonté de s’emparer du pouvoir par la force. Et il devient le président du Comité militaire révolutionnaire de Pétrograd qui renverse le gouvernement provisoire, le 25 octobre.

De novembre à janvier 1918, c’est lui qui conduira avec Trotsky la délégation bolchevique à Brest-Litovsk pour négocier l’arrêt des hostilités avec l’Allemagne et l’Autriche. Les bolcheviques font traîner les négociations dans l’espoir qu’entre-temps les révolutions tant espérées gagneront du terrain dans ces pays. Peine perdue, après neuf semaines de vaines parlotes, l’armée allemande se met en marche vers Petrograd et Lénine finira par ordonner d’accepter les termes du traité.

Lorsque Trotsky prend le contrôle de l’Armée Rouge, c’est lui, Joffé, qui le remplace comme commissaire du peuple aux affaires étrangères. A ce titre, il mènera diverses négociations avec la Turquie et avec l’Allemagne. On le retrouve  à Berlin d’où il se fait expulser en novembre 1918 avec sa délégation, accusés de fomenter la révolution.

En 1919-20, il poursuit son activité diplomatique et négocie un certain nombre de traités. En 1922, il est nommé ambassadeur en Chine où il signe un accord avec Sun Yat-Sen. Il se rend au Japon en 1923 pour y organiser les relations sovieto-japonaises.

Mais il tombe gravement malade et doit rentrer à Moscou. Il représentera encore les soviets en Autriche en 1924-26, mais rien ne va plus. Sa santé se détériore encore, ainsi que ses relations avec le nouveau pouvoir de Staline. Ce dernier, lui faisant payer le soutien sans faille à Trotsky, refuse de le laisser partir se soigner à l’étranger.

Trotsky est exclu du Parti le 12 novembre 1927 et Joffé se suicide quatre jours plus tard. Le discours que prononcera Trotsky à ses funérailles sera le dernier qu’il prononcera sur le sol soviétique.

Joffé avait une fille, Nadezhda Joffé, née en 1906, qui sera tout aussi activiste et trotskyste que son père. Elle en paiera le prix par une déportation en Sibérie. Après la mort du dictateur, elle rentrera à Moscou dans un premier temps, puis s’installera à New York où elle mourra en 1999.

 

c8c61c8d6db91ac310c1583ccc521be5.jpgPuisque nous parlions de psychanalyse au début de l’article, il est intéressant de noter que Trotsky, qui avait fait la connaissance de cette discipline à Vienne en 1908, s’y intéressait vivement et participera activement à sa promotion dans la Russie bolchevique.

Cela se traduira par la création, en 1923, d’un Institut de Psychanalyse financé par l’Etat. On y travaillait tout particulièrement sur les rapports entre freudisme et marxisme.

De cet Institut dépendait un jardin d’enfants un peu spécial, dirigé par Véra Schmidt, qui, sans aucun diplôme, y appliquait des théories « alternatives » pour le moins étranges, touchant à la sexualité infantile. Rumeurs et plaintes ne tardèrent pas.

Au pays des soviets, la vogue de la psychanalyse, qui avait accompagné les années glorieuses de Trotsky, retomba en même temps que son étoile pâlissait. Institut et jardin d’enfants seront fermés en 1925.

20/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (2)

LEV BRONSTEIN, dit TROTSKY

b2ac7527315110cca7907ef71a9907b0.jpgIl n’y a guère qu’en France - faut-il s'en étonner? - que Trotsky continue encore à jouir d’un prestige et d’un notoriété intacts. Son fan club, qui s’est enrichi dans les années 60-70 de nombreux juifs et intellectuels, a même réussi le tour de force – avec l’aide complaisante des médias – à imposer une vision positive du personnage, occultant soigneusement quelques légères « ombres » de sa biographie. Celles-là même que nous allons relever, dans un souci d’exactitude.

Lev Davidovitch Bronstein naît en 1879 en Ukraine dans une famille de commerçants juifs. Il entre en révolution comme d’autres entrent dans les ordres, très tôt. Il participe à la révolution de 1905 et dès cette époque invente avec un coreligionnaire, Alexander Helphand, dit Parvus, le concept de « révolution permanente ».

Après bien des péripéties au cours desquelles il adopte son nom « de guerre », Trotsky, on le retrouve à New York en 1916, où il nouera de très fructueux contacts. Autre bacille de la peste, il rentre en Russie en 1917 et participe activement avec Lénine au coup de force des bolcheviques qui les portera au pouvoir.

Dès lors, il aura l’occasion de déployer tous ses talents en tant que commissaire de la guerre de 1918 à 1925, lui qui déclarait en décembre 1917 : « Dans moins d’un mois, la terreur va prendre des formes très violentes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de la grande révolution française. Ce ne sera plus seulement la prison, mais la guillotine, cette remarquable invention de la grande révolution française, qui a pour avantage reconnu celui de raccourcir un homme d’une tête, qui sera prête pour nos ennemis ».

Il ne se vantait pas car les bolcheviques ne vont lésiner sur aucun moyen criminel pour faire triompher la société « plus juste et plus humaine » qu’ils envisageaient pour la planète entière. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, n’est-ce pas ? Comme le disait justement Trotsky, au temps de la terreur rouge dont il fut un acteur efficace :  « On peut et on doit faire comprendre qu’en temps de guerre civile nous exterminerons les gardes blancs afin qu’ils n’exterminent pas les travailleurs. Dès lors, notre but n’est pas de supprimer des vies humaines, mais bien de les préserver. (…) L’ennemi doit être mis dans l’impossibilité de nuire, ce qui, en temps de guerre, ne peut se traduire que par sa suppression ».

De proche en proche, et d’ennemis en contre-révolutionnaires, ce sont des pans entiers de la société qui vont y passer. Toujours pour la bonne cause, évidemment.

C’est dans ce louable but d’assainissement que Trotsky présidera, avec Lénine, à l’ouverture des camps de concentration, un peu partout dans le pays, dès août 1918. Tous les « éléments douteux » y seront internés à tour de bras, sans le moindre jugement, est-il besoin de le préciser.

Il créera l’Armée rouge, dont il sera le chef incontesté durant toutes ces années. Cet instrument essentiel de la dictature bolchevique fera régner la terreur, surtout parmi les masses paysannes qui seront matées par le « balai de fer » employé par Trotsky notamment pour le  nettoyage de l’Ukraine.

C’est lui également qui noiera la révolte de Cronstadt, en 1921, dans le sang. Les marins de cette base navale, autrefois qualifiés par le même personnage de «valeur et gloire de la Russie révolutionnaire » furent à l’origine d’une révolte de la population due à l’insupportable misère qui régnait. Tous demandaient que le carcan de fer qui enserrait le pays se desserre quelque peu. La seule réponse de Trotsky, et des bolcheviques, fut une répression sanglante qui fit des morts par milliers.

Voilà déjà quelques années – de 1918 à 1925 – bien employées. Celui qui avait écrit, en 1920, Terrorisme et communisme, s’opposera ensuite à Staline et sera exclu du parti en 1927, puis expulsé d’URSS en 1929. Commencera alors une longue errance qui s’achèvera en 1940, au Mexique, sous un coup de piolet administré  par un agent de Staline.

Et la légende dorée pourra commencer.

19/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX …(1)

d4d4bc4459b9f72fd92525516daa2011.jpg
Puisque nous ne pouvons pas compter sur le système pour commémorer avec la gravité qui s’imposerait une période qui changea, hélas, la face du monde, nous allons nous-mêmes rappeler certains faits afin de semer quelques petites graines qui finiront sans doute par germer un jour.

Je n’ai certes pas la prétention de décrire la genèse de la révolution de 1917. C’est une histoire longue et complexe que chacun peut trouver très facilement. Rappelons simplement que la révolution d’octobre proprement dite démarre à Pétrograd, alors capitale de la Russie, par une insurrection armée dirigée par Trotsky, dans la nuit du 24 au 25 octobre (de l’ancien calendrier julien, qui correspond en fait à la nuit du 6 au 7 novembre).  A partir de ce moment-là, les bases de la révolution bolchevique vont être rapidement lancées.

Dans les mois qui suivent, une vague de révolutions éclateront un peu partout en Europe : Allemagne, Hongrie, Finlande, Italie. Révolutions qui seront écrasées, laissant les bolcheviques – qui espéraient mettre le feu au monde entier – plutôt isolés et en proie à la guerre civile.

Ce que je me propose simplement de faire, dans une petite série, c’est de donner quelques coups de projecteurs sur un certain nombre d’acteurs de la première heure de cette révolution particulièrement sanglante et inhumaine. Histoire de les rappeler aux bons souvenirs de certains qui auraient peut-être tendance à les oublier, les ingrats.

Pour planter le décor, dans La France LICRAtisée, je rappelle ce qu’écrivait à Washington, en janvier 1918,  l’ambassadeur des Etats-Unis en Russie, David R. Francis: « Les dirigeants bolcheviques ici, dont la plupart sont des juifs et dont 90% sont des exilés de retour, font peu de cas de la Russie ou de tout autre pays, mais sont des internationalistes et ils essayent de déclencher une révolution sociale à l’échelle mondiale ».

Et le Times du 29 mars 1919 renchérissait : « Une des caractéristiques les plus intéressantes du mouvement bolchevique est le haut pourcentage d’éléments non russes de l’équipe dirigeante. Sur environ trente commissaires ou dirigeants qui forment l’appareil central bolchevique, 75% pour le moins sont des juifs ».

D’ailleurs, dès le lendemain de la révolution bolchevique, le Dr Angelo Solomon Rappoport, juif lui-même, consacrait un livre, Pioneers of the russian revolution, paru à Londres en 1918, à ses coreligionnaires qui avaient participé au combat révolutionnaire. Il y écrivait notamment : « Il n’y avait pas une seule organisation politique de ce vaste empire qui ne fût influencée par des juifs ou dirigée par eux. Le parti social-démocratique, le parti socialiste révolutionnaire, le parti socialiste polonais comptaient tous des juifs parmi leurs chefs. (…) Le nombre des Bundistes arrêtés, emprisonnés et déportés, s’éleva à 1 000 entre les années 1897 et 1900 et à 2 180 entre 1901 et 1903. En tout, de mars 1903 à novembre 1904, 384 prisonniers politiques passèrent par la prison d’Alexandrovskane.

Voici le pourcentage de ces prisonniers suivant leur nationalité : 53,9% de juifs, 26,4% de Russes, 10,4% de Polonais, 5,9% de Géorgiens, 1,5% d’Estoniens, Lettons et Lituaniens. Quant aux femmes, 64,3% étaient juives. Plehve maintenait que 80% des révolutionnaires en Russie étaient juifs. Plus que les Polonais, les Lettons, les Finlandais ou même que n’importe quel groupe ethnique du vaste empire des Romanoff, ils [les juifs] ont été les artisans de la révolution de 1917 ».

Le cadre général étant fixé, nous nous livrerons ces prochains jours à un petit tour d’horizon (succinct) des responsabilités qui furent celles de ces « artisans de la révolution de 1917 ». A tout seigneur, tout honneur, nous commencerons par Leiba Bronstein, dit Léon Trotsky.

Pas mal l’affiche, non ? Ah, ils ne manquent pas de culot, les communistes ! Notez qu’ils auraient tort de se priver. Maintenant qu’on donne même l’un des leurs, Guy Môquet, en exemple dans les lycées…

17/02/2007

1917-2007: UN ANNIVERSAIRE OUBLIE?

affiche antibolchevique de l'armée blanche: Trotsky en diable rougemedium_200px-WhiteArmyPropagandaPosterOfTrotsky.jpg 

En ces temps de repentance frénétique, ce ne sont pas les commémorations qui manquent. Toujours à sens unique, cependant. Raison de plus pour ne pas oublier un anniversaire très important, celui de la révolution bolchevique de 1917. Car très curieusement, cet événement majeur qui a changé la face du monde, ne semble pas devoir connaître les feux de la rampe. Pourquoi cette retenue, plutôt inhabituelle?

Si la révolution d’octobre, comme son nom l’indique, n’éclatera que plus tard dans l’année, tout commence en réalité dès le début de 1917 dans un climat détestable: défaites à répétition de l’armée russe, pénurie alimentaire, hiver terrible. Les premières grèves générales vont éclater à Petrograd. Le tsar Nicolas II n’arrivera pas à endiguer la vague qui l’emportera et se verra contraint d’abdiquer le 15 mars.

Où se trouve, pendant ce temps, Lev Davidovitch Bronstein, plus connu sous le nom  de Léon Trotsky ? Eh bien, l’un des principaux artisans de la « révolution mondiale », le futur créateur de l’Armée rouge et de la tchéka – police secrète de sinistre mémoire – se trouve à ce moment-là…aux Etats-Unis.

Il  est en effet arrivé à New-York le 13 janvier 1917 avec sa femme et ses deux fils et, durant son séjour de deux mois, il s’y livrera à diverses activités, dont une contribution au journal Novy Mir (Nouveau Monde), fondé par des émigrés russes, dont Boukharine et Volodarsky. Il y nouera surtout de bien fructueux contacts. Car pour faire la guerre ou la révolution, surtout mondiale, il faut de l’argent. Beaucoup d’argent.

Argent et soutien vont être en grande partie fournis aux révolutionnaires par des financiers juifs américains et européens, notamment allemands et suédois. Il faut se souvenir que la communauté juive américaine était passée de 15 000 membres en 1840 à 3 500 000 en 1920 ! Une formidable explosion due essentiellement à la très forte émigration en provenance d’Europe de l’est.  Les liens qui unissaient les émigrés, Américains de fraîche date, à leurs frères demeurés sur le vieux continent restaient donc puissants. Même si certains d’entre eux avaient édifié depuis de véritables fortunes, ils n’oubliaient ni leurs origines, ni leur détestation de régimes qui les avaient contraint à l’exil.

Outre la perspective d'abattre un régime qualifié d'antisémite, le soutien aux révolutionnaires ouvrait la perspective d’un énorme marché et  était de surcroît de nature à déstabiliser l’Europe entière qui se trouvait alors engagée dans une guerre terriblement meurtrière.

Le principal bailleur de fonds américain sera Jacob Schiff, dirigeant de la puissante banque Kuhn, Loeb et Cie de New-York, et l’un  des membres les plus influents de la communauté juive américaine, de 1880 jusqu’à sa mort en 1920. Il ne sera cependant pas le seul. Bien d’autres financiers juifs vont transférer durant ces années des fonds importants de leurs firmes de Wall Street vers les caisses des mouvements révolutionnaires.

Au lendemain de l’abdication du tsar, le 16 mars 1917, Trotsky est interviewé dans les locaux de son journal et déclare, entre autres : « …le comité qui a pris la place du ministère déposé en Russie ne représente pas les intérêts et les buts des révolutionnaires, et il sera probablement de courte durée et remplacé en faveur d’hommes plus sûrs pour renforcer la démocratisation de la Russie ».

Pour renforcer la démocratisation de la Russie…Le sieur Bronstein cultivait un sens de l’humour que les Russes ne tarderont pas à apprécier à sa juste valeur.

Bref, les choses bougeaient, des perspectives radieuses s’ouvraient, il fallait partir. Le 26 mars, Trotsky quitte donc New-York à bord du bateau Kristianiafjord, muni d’un passeport américain dû à la libéralité du président Woodrow Wilson, passeport accompagné d’un permis d’entrée en Russie et d’un visa de transit britannique. Muni surtout de compagnons juifs prêts au combat recrutés dans les villes américaines. Et d'un pactole en or et dollars. Il retrouvera en Suisse, pays neutre, Lénine, Staline, Kaganovitch, Litvinov. De là, aidés par les Allemands et notamment par le chef de la police secrète allemande Max Warburg, tous feront bientôt leur entrée triomphale à Petrograd. Avec les suites que l’on sait.

medium_250px-TrotskySlayingtheDragon1918.4.jpgPeu de temps après, le 6 avril, les Etats-Unis, renonçant à leur neutralité, déclaraient la guerre à l’Allemagne.

1918 - affiche bolchevique présentant Trotsky en St Georges terrassant le dragon de la réaction