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12/03/2012

RIFIFI AU CRIF A PROPOS DE L’AFFAIRE AL DURA

Vous trouverez très facilement les péripéties relatives à cette affaire israélienne vieille à présent d’une bonne dizaine d’années. Mais la mémoire est longue … et les rancunes et ambitions plus encore. Voici les derniers actes (à ce jour) de cette pièce un tantinet longuette, dont les protagonistes sont cette fois: Théo Klein, ancien président du CRIF, Richard Prasquier, actuel président du CRIF, Haïm Musicant, directeur général du CRIF. Grosse tempête dans un petit bocal.

 

Acte1 :

 

« Lettre adressée à Haïm Musicant par Théo Klein

 

Mon cher Haïm,

 

C'est au responsable de la Newsletter du CRIF que j'écris pour lui dire mon très grand étonnement de voir publié un communiqué de Philippe Karsenty, du jet mars dernier, « en réaction à la décision de la Cour de cassation du 28 février 2012 ».

 

Nous avions déjà les éditoriaux du président du CRIF qui dépassaient largement sa compétence de président, et une prise de position de cette nature totalement unilatérale qui ne donne jamais la possibilité à l'autre partie de s'exprimer.

 

Je pense, pour l'instant, dans un certain silence, qu'il y a un abus manifeste de l'utilisation de cet instrument de publication dont tu es le responsable.

 

J'en profite, par ailleurs, pour te demander de bien vouloir me communiquer les extraits des procès-verbaux des divers organes du CRIF relatant les débats contradictoires qui ont pu avoir lieu au sein de ses diverses instances concernant l'affaire « al Dura ».

 

Je me permets de te rappeler que toutes les instances, dans les différents épisodes devant la justice française de ce conflit, ont conduit à des décisions constatant le caractère diffamatoire des déclarations de Monsieur Karsenty et, si la Cour d'appel a admis l'exception de bonne foi, ce n'est qu'après avoir confirmé la diffamation et dans un esprit d'apaisement*.

 

En continuant de renouveler ces affirmations calomnieuses, l'intéressé cesse à l'évidence d'être de bonne foi et, de toute façon, je ne vois pas ce que le CRIF vient faire dans cette affaire qui, au mieux, aurait été plutôt de la compétence d'un tribunal israélien devant lequel il était possible d'attaquer le journaliste israélien et le caméraman palestinien.

 

En effet, j'aimerais bien savoir à quelle date et par quelle délibération de quelle instance du CRIF il a été décidé de projeter notre organisation dans cette bataille dont les protagonistes, visiblement, n'ont pas suivi les événements de l'époque considérée et ne cherchent, finalement, qu'à se mettre eux-mêmes en vedette.

 

Les interventions du président lui-même sont suffisamment unilatérales et déplacées pour ne pas, de surcroît, participer à la campagne électorale de Monsieur Karsenty qui, si je ne m'abuse, est l'un des nombreux candidats au siège de député représentant les Français d'Israël, de Turquie, de Grèce et d'Italie.

 

Chacun a le droit de nourrir ses propres ambitions, mais le CRIF n'est ni en charge des ambitions de son président ni de celles d'un ami de celui-ci.

 

Je ne verrai aucun inconvénient à ce que mes propos soient publiés dans l'une des prochaines Newsletter du CRIF.

 

Bien amicalement à toi.

 

Théo Klein »

 

*C’est moi qui ai surligné, pour m’étonner de ce souci touchant de la Cour d’appel d’apaiser les esprits. Dommage que ce souci hautement louable ne soit réservé qu’à certaines circonstances très ciblées …

 

Acte 2 :

 

« Lettre adressée à Richard Prasquier par Théo Klein

 

Monsieur le Président,

 

Je suis plus qu'étonné, plus qu'effaré, véritablement indigné de l'utilisation que vous faites de la Newsletter du CRIF pour y poursuivre de votre vindicte Charles Enderlin.

 

Je suis non moins étonné, mais cette fois-ci indigné, de ce que vous offriez à Monsieur Karsenty cette publication pour y publier ses communiqués. Je suis, en effet choqué que la Newsletter du CRIF serve à répandre des propos qui ont été qualifiés de diffamatoires à plusieurs reprises par les tribunaux français.

 

Vous avez constamment publié sur ce point des informations inexactes en omettant de préciser que les juridictions françaises avaient, chaque fois, confirmé l'existence du délit de diffamation, accordant au diffamateur le bénéfice de l'exception de bonne foi. Il n'y a plus de bonne foi possible maintenant. En effet, lorsque des propos sont jugés diffamatoires et que celui qui les a tenus, ou quelqu'un d'autre, les réutilise, la bonne foi ne peut plus être admise et je trouve que votre attitude dans cette affaire-là est dépourvue à la fois de bonne foi mais aussi totalement le bon sens.

 

Les attaques que vous renouvelez sont une insulte permanente pour la justice israélienne et les autorités en charge de la saisir, le cas échéant, puisque, en Israël, aucune procédure n'a jamais été ouverte et que, d'ailleurs, la dispute se limitait à la question de savoir si les balles qui ont atteint l'enfant palestinien étaient tirées du côté palestinien ou du côté israélien.

 

De surcroît, permettez-moi de vous dire que vous n'étiez pas, à cette époque-là, suffisamment proche ou suffisamment au fait peut-être de la situation en Israël pour n'avoir pas compris le caractère soudain et imprévisible de l'éclatement de cette seconde intifada.

 

Vous cherchez à changer la face des choses, la vérité d'un événement totalement regrettable mais dont il est impossible de nier qu'il a eu lieu. Je considère que les propos que vous tenez sont même insultants pour l'État d'Israël puisque vous semblez insinuer que ce pays est incapable de rétablir la vérité sur un accident situé sur un territoire dont il avait alors le contrôle.

 

Cet événement en question marque le début de la deuxième intifada. Lors de la première, aucun coup de feu n'avait été tiré de part ni d'autre : ce qui s'est passé à Netzarim marque le début d'échanges de tirs à balles réelles entre Israéliens et Palestiniens.

 

Le fait que la propagande arabe ait utilisé la mort de l'enfant n'en efface pas l'existence. Peut-être, comme je vous l'ai dit, étiez-vous alors trop jeune ou trop absent pour n'avoir pas saisi l'importance de l'intrusion des armes à feu dans un conflit qui, pourtant, semblait pouvoir se diriger vers une solution pacifique. Les faits sont les faits et le seul doute qui aurait pu exister à l'époque était de savoir si les balles ayant atteint cet enfant étaient tirées du côté palestinien ou du côté israélien. L'armée israélienne, sur ce point, n'a jamais cherché à apporter de preuve contraire aux propos que vous condamnez. Vous avez, à titre personnel, le droit d'avoir toutes les opinions que vous voulez, les plus stupides pouvant s'intégrer elles aussi dans le cadre de la liberté d'opinion. Par contre, je ne vous reconnaitrais certainement pas le droit de propager dans un bulletin de notre communauté des opinions qui ont fait plusieurs fois l'objet de décisions des tribunaux français les considérant comme diffamatoires.

 

Le CRIF n'est pas votre tribune personnelle, comme il ne peut pas être non plus le brouillon de vos futures mémoires. Votre éditorial « Reportage à Netzarim, quelle vérité ? » dépasse encore plus largement les bornes au-delà de tout ce que vous avez écrit et publié dans cette Newsletter que vous transformez volontiers en votre blog personnel ; ou alors, plus simplement, peut-être considérez-vous les mouvements de votre pensée comme étant l'expression de la volonté du CRIF. C'est se moquer publiquement de la décision de hauts magistrats français que de reprendre incessamment des propos qu'ils ont définitivement jugés diffamatoires.

 

Je me permets de vous rappeler que le CRIF représente les principales organisations juives de France et j'attire votre attention sur le fait que vous tentez de le détourner de cette mission en le considérant comme étant l'expression même des sentiments et de la volonté des juifs vivant en France. Peut-être votre projet est-il grandiose, mais je crains qu'il soit mortel. Je n'imagine pas que vous publierez la présente lettre dans la Newsletter du CRIF, mais vous précise cependant que je ne m'y opposerai pas...

 

Veuillez croire, Monsieur le Président, en l'expression de mes sentiments d'ancien président.

 

Théo Klein »

 

Acte 3 :

 

« Commentaires de Richard Prasquier sur la lettre de Théo Klein à Haïm Musicant

 

Monsieur le Président,

 

La presse s'est fait l'écho de la lettre que vous auriez envoyée au Crif au sujet de l'affaire Al Dura, avant même que le CRIF ait pu l'obtenir. C'est une méthode inhabituelle que d'envoyer un document aux journalistes avant de l'adresser au récipiendaire. Je viens, il y a quelques minutes à peine de recevoir enfin le mail que nous avons dû réclamer à votre secrétariat. Je vous fais remarquer que je vous avais téléphoné il y a quelques jours pour vous demander de faire partie du Comité de parrainage que je préside pour le Mémorial du Cardinal Lustiger. Vous aviez accepté et ne m'avez alors rien dit sur l'affaire Al Dura, bien que ma tribune eût été déjà publiée dans le Figaro.

 

Vous présentez cette affaire, dans la lettre que vous avez adressée à Haim Musicant, de façon très subjective, pour ne pas dire plus. C'est votre droit, comme c'est mon droit de m'exprimer. Je vous rappelle que, il y a quelques années, quand vous aviez signé la stupéfiante pétition qui a suivi l'arrêt très documenté de la Cour d'Appel de mai 2008, qui avait relaxé Philippe Karsenty du chef de diffamation, je vous avais proposé de regarder les documents: vous m'aviez répondu que vous n'aviez ni les moyens, ni l'envie de le faire, et qu'il vous suffisait de savoir que Charles Enderlin était quelqu'un de "bien". Bizarre façon de s'informer.

 

En tout cas, il y a dans votre lettre à Haim Musicant quelque chose qui frise la calomnie, à mon égard, c'est le passage où vous suggérez que je m'exprime pour participer à la campagne électorale de Philippe Karsenty. Trouvez-moi dans mes interventions et dans les interventions du CRIF un seul passage où j'interviens dans cette campagne. J'ai spécifiquement demandé à ce que aucun des candidats ne puisse s'exprimer sur cette campagne dans la Newsletter du CRIF et cela a été respecté. Oui, j'ai écrit dans Actualité Juive que dans l'affaire Al Dura, Philippe Karsenty, qui a été insulté de façon méprisante et odieuse à de nombreuse reprises par ses adversaires, me paraissait mû par un seul objectif: cet objectif, qui est apparemment pour vous secondaire est celui de la recherche de la vérité.

 

Contrairement à ce que vous écrivez, il n'y a que dans un microcosme où la solidarité et l'amitié ont pris le pas sur tout le reste, que l'affaire Al Dura est considérée de la façon dont vous le faites. Et ce n'est pas le récent arrêt de la Cour de Cassation, qui ne dit rien de l'arrêt de mai 2008 mais casse l'arrêt de demande en octobre 2007 "avant dire droit"  de la Cour d'appel d'obtenir les rushes de France Télévision (ce que Philippe Karsenty n'avait évidemment pas pu obtenir lui-même) qui efface les questions que l'on peut se poser, alors que ceux qui les posent ne peuvent s'exprimer dans les médias: voulez-vous me signaler combien de fois on a parlé des livres de PA Taguieff et de Jacques Tarnero, combien de fois on a diffusé le dernier film de Esther Schapira, alors que le livre de Charles Enderlin a été encensé de façon systématique. ?

 

Je m'abstiendrai, par égard pour vous, de commenter le reste de vos allégations sur moi. Rien de ce que j'ai écrit sur le sujet de l'affaire Al Dura n'a reçu de critique de qui que ce soit à l'intérieur du CRIF, si ce n'est de Théo Klein lui-même, dont je n'oublie pas, même si lui l'oublie parfois, qu'il est Président d'honneur du CRIF.

 

Cette lettre n'est  pas une réponse spécifique à la lettre que vous m'avez adressée, car celle-ci est arrivée trop tard, mais à celle qui a été envoyée à Haim Musicant et qui a été reçue au CRIF par courrier dès ce matin. Pour la clarté du débat, je publie les deux lettres dans la Newsletter, de façon à ce que les lecteurs puissent se faire  une opinion. La censure n'est pas du côté du CRIF.

 

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l'expression de mes salutations distinguées

 

Richard Prasquier, Président du CRIF »

 

Source: http://www.crif.org/actualites/commentaires-de-richard-prasquier-sur-la-lettre-de-theo-klein-%C3%A0-haim-musicant/30267

 

 

20/02/2010

LE TEMPS SE COUVRE POUR LE CRIF

Bon, nous n’en sommes pas encore à l’avis de tempête, mais il y a du roulis et du tangage à l’intérieur de la « communauté » entre les inconditionnels du CRIF et ceux qui commencent à s’inquiéter de son communautarisme galopant. Nous restons là bien sûr au niveau de l’intelligentsia parisienne, la seule qui ait le droit de s’exprimer. Et qui trouve sans problème des médias pour accueillir ses oracles.

 

images.jpgC’est le cas d’Esther Benbassa pour qui les colonnes de Libération se sont ouvertes il y a trois jours afin qu’elle puisse y déverser toute l’aversion que lui inspire le CRIF. Une aversion largement dictée par la récente « droitisation » à ses yeux de cette éminente officine, ce qui recadre toute l’affaire dans ses véritables dimensions.

Voici l’expression de son ire :

 

« Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir


Clermont-Tonnerre déclarait, le 24 décembre 1789, à la tribune de la Constituante, qu'«il faut refuser tout aux juifs comme nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus…» Catégorique, il rejetait alors tout «communautarisme». Lorsqu'on se gargarise aujourd'hui en haut lieu ou dans les médias de communautarisme, on ne pense guère qu'aux Arabo-musulmans. Loin de toute langue de bois, disons clairement que ce mot est devenu synonyme de «musulmans». C'est vers eux que, du voile à la burqa en passant par l'identité nationale, tous les regards sont tournés, dans un pays pourtant laïque comme la France. Objet de cristallisation, comme les juifs l'ont été dans le passé, la nationalité française de nombre d'entre eux passe au second plan après leur religion. En revanche, lorsque le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) organise son dîner annuel et qu'il lance des fatwas contre les uns et les autres, quand les politiciens de tout bord, y compris le Président et le Premier ministre, y accourent, personne n'ose parler de communautarisme.

 

François Fillon est allé jusqu'à dénoncer ledit communautarisme lors de ce même dîner, au prétexte qu'’il «refuse l'égalité et la fraternité». Il faisait bien sûr référence au communautarisme musulman. Et pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour parler aussi de communautarisme juif.

Cette année, comme l'an passé, les mesures d'ostracisme ont visé le PCF et les Verts, au motif de leur campagne de boycott des produits israéliens. Comble de l'horreur, certaines municipalités communistes auraient fait citoyen d'honneur Marwan Barghouti, l'un des responsables du Fatah, en geôle à vie en Israël.

On en vient à se demander si le Crif n'est pas plutôt le porte-parole d'Israël en France, comme une seconde ambassade de ce pays. Il y a un siècle, ce qui aurait passé pour de la double allégeance s'appelle aujourd'hui soutien à Israël. Parce que les juifs de France collent, paraît-il, à la ligne politique d'Israël, qu'elle soit de gauche ou de droite, leurs institutions, dont le Crif, ne feraient que suivre le mouvement. Les voilà tous légitimistes.

 

 

Après la victoire d'un Nétanyahou et de ses alliés en Israël, on ne s'étonnera donc pas de la forte droitisation du Crif, concrétisée entre autres par l'entrée dans son comité directeur de personnalités aux opinions radicales. Mais qui représente véritablement le Crif et combien sont-ils en son sein ? On ne le saura jamais. Ce qui compte, c'est qu'il est perçu comme un lobby (mot horripilant en France) par les politiciens. Et considéré comme tel, il l'est bien, un lobby, en fait. Ceux qui s'agglutinent à son dîner croient vraiment qu'il joue un rôle important dans la machine électorale. On y vient à la pêche aux voix juives, et pour être adoubé par des juifs dont l'influence serait déterminante, en raison de la place qu'ils occupent, ou sont censés occuper, dans la société française.

 

 

De cet appui ne bénéficieront bien sûr que ceux qui soutiennent le plus Israël et qui donnent des gages clairs dans le combat contre l'antisémitisme. Un combat certes indispensable, mais qui mériterait de n'être pas instrumentalisé pour faire accepter toute politique israélienne, y compris la plus blâmable. Projetant sur la scène française ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens au Proche-Orient, le Crif ne manque aucune occasion pour appuyer la politique antimusulmane du gouvernement.

En revanche, il a ses bons musulmans, comme Israël a ses bons Palestiniens, les seuls avec qui il daigne «dialoguer».Aussi peu représentatif qu'il soit, le Crif est sans doute au diapason des positions de bien des juifs français, de plus en plus conservateurs politiquement, supporteurs inconditionnels d'Israël en toute circonstance et se réfugiant dans la mémoire de la Shoah et dans la dénonciation de l'antisémitisme, qui vont de pair.

 

 

Celles-ci, forces rassembleuses indéniables, contribuent surtout à la survie d'un judaïsme qui le plus souvent s'y résume, ayant par ailleurs grandement perdu sa pratique et la conscience de ses valeurs essentielles. Qu'est-ce que le Crif sinon un groupuscule endogamique qui se donne des airs de petit Etat indépendant, agissant à sa guise, faisant plier les uns et les autres, tant par le biais de l'autocensure, sensible chez bien des journalistes, craignant à juste titre d'être soupçonnés d'antisémitisme dès qu'ils oseront critiquer la politique israélienne, que par l'instrumentalisation de la culpabilité de la Shoah intériorisée par la classe politique ?

 

 

Le pouvoir imaginé que cette minuscule institution a su se fabriquer se retourne hélas contre les juifs eux-mêmes, et d'abord contre ceux qui ne se reconnaissent nullement en elle. Il génère à son tour de l'antisémitisme et offre des arguments, certes fallacieux, à ceux qu'obsèdent les vieux thèmes bien rôdés du pouvoir juif, du complot juif. La «servilité» de circonstance des professionnels de la politique face au Crif vient renforcer les anciens préjugés.

Cette foi trop partagée dans la puissance des juifs et de leurs instances représentatives n'augure rien de positif. Le dîner du Crif enfin déserté, ses menaces ramenées à leur juste proportion de dangerosité réelle, voilà des mesures prophylactiques qui seraient susceptibles d'enrayer en partie une hostilité antijuive se nourrissant de fantasmes. »

 

Des fantasmes, des fantasmes … C’est vite dit. Enfin, même si ce n’était pas pour les meilleures raisons du monde, et de loin, Mme Benbassa a quand même balancé dans les gencives du CRIF quelques vérités qui n’ont pas plu.

Dès le lendemain, ce dernier ripostait sous la plume de  Marc Knobel :

 

« Les nouveaux graves délires d’Esther Benbassa

 

 

Il y a comme cela des adjectifs, des mots ou des phrases qui sont utilisés sciemment pour blesser, caricaturer, jeter l’opprobre et, in fine, salir. Esther Benbassa le sait très bien, elle qui, d’article en article, récidive pour cogner encore plus fort contre le CRIF. (…)

 

Là, où il faudrait -puisqu’il y a débat- de la correction et de la tenue, Benbassa en rajoute une couche dans les images stéréotypées d’une rare violence. Nous lui laissons la responsabilité de cet article indécent. Est-ce qu’elle mesure seulement les conséquences de ces propos qui risquent assurément de creuser des fossés au sein de la société française ?"

 

Quant à ça, qu’il se rassure : les fossés au sein de la société française sont en route pour devenir des abîmes, avec ou sans Benbassa. C’est que faire joujou avec le communautarisme est dangereux : on peut s’imaginer mener le jeu, et tout à coup, sans préavis, se retrouver « fort dépourvu lorsque la bise fut venue ».

 

N’empêche que cette empêcheuse de communautariser en rond a dit des choses embêtantes pour tout le monde alors qu’il aurait été bien plus intelligent de laver son linge sale en famille.

 

Preuve de ce qu’elle a touché pile là où ça fait mal, après l’indignation, le CRIF a envoyé une seconde salve. Cette fois, il a fait dans la douloureuse interrogation, un registre où il excelle. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi tant de haine ? Ce qui nous donne une lettre adressée hier à la coupable, par le président d’honneur du CRIF, Théo Kein, ainsi libellée :

 

66.jpg« Chère Esther Benbassa,

 

J’ai pris connaissance avec étonnement et regret des termes sulfureux de votre article sur le CRIF publié dans Libération, plus exactement sur son dîner annuel, dont d’ailleurs j’ai été l’initiateur en 1985.

 

Le déferlement de qualificatifs dérisoires et méprisants dont vous souhaitez balayer le dîner, l’institution et ses dirigeants n’apporte cependant – en dehors de la manifestation de votre colère et de votre mépris – aucune contribution, pas la moindre suggestion : votre balayage, vous le souhaitez total et définitif.

 

Vous parlez de communautarisme à ce groupe humain auquel vous avez longtemps appartenu et appartenez peut-être encore, dans la méconnaissance de l’esprit de la kehilah qui marque ce groupe sans doute depuis la Babylonie et certainement depuis la fin du deuxième Temple et de toute autorité juive sur la terre ancestrale.

 

Il y a bien longtemps que je déplore certains propos dans des discours de présidents du CRIF et que, d’ailleurs, je leur fais part de mes critiques.

 

Je n’assiste que rarement au dîner lui-même en manifestant cependant par ma présence au moment des discours de la permanence au sein de l’institution de femmes et d’hommes ouverts à d’autres idées que celles qui sont exprimées publiquement.

 

Nos juifs sont tels qu’ils sont et le problème est de savoir si nous restons avec eux pour les aider à sortir du ghetto dans lequel ils s’enferment au moindre vent mauvais ou si nous les abandonnons mais alors pour aller où ?

 

J’ai été inquiet et triste en vous lisant, car dans la voie où vous vous êtes lancée avec votre ardeur habituelle, vous risquez de vous retrouver bien seule et de ne plus être celle que vous étiez.

 

Bien cordialement vôtre.

 

Théo Klein »

 

Comme on pouvait s’y attendre, Théo Klein se garde bien de répondre sur le fond. Que pourrait-il dire ? Il préfère se référer à « l’esprit de la kehilah » ou au second Temple, c’est moins risqué.

J’ai assez apprécié la phrase  « Nos juifs sont tels qu’ils sont et le problème est de savoir si nous restons avec eux pour les aider à sortir du ghetto dans lequel ils s’enferment au moindre vent mauvais ou si nous les abandonnons mais alors pour aller où ? »

 

Pour aller où ? En voilà une drôle de question. Peut-être pour rejoindre tout simplement l’ensemble de la communauté nationale dont ils font partie intégrante, sans plus demander en permanence  passe-droits ou traitements particuliers, de plus en plus fatigants à supporter.

 

Exactement comme vivent la majorité des juifs de ce pays qui sont bien loin de se sentir « représentés » par cette « minuscule institution ». Et qui commencent peut-être à la trouver diablement encombrante.  Et même dangereuse.

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=18924&artyd=70