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03/06/2011

LE COUPLE FOUREST /VENNER CONTRE MARINE LE PEN

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Je lis à l’instant une interview parue dans L’Express (rien à voir avec la photo ci-dessus) présentant avec beaucoup de bienveillance, naturellement, le livre que viennent de sortir Caroline Fourest et sa compagne Fiammetta Venner. Il s’intitule sobrement Marine Le Pen.

 

Ceux qui lisent ce blog savent que Marine Le Pen n’est vraiment pas ma tasse de thé, mais, vous l’auriez deviné, pas du tout pour les mêmes raisons que les dames mentionnées ci-dessus.

 

Vous lirez l’article de L’Express, mais ici je relèverai simplement sous la plume du mortel duo que le reproche principal adressé à la fille de JMLP est celui-ci : elle ne serait pas du tout moderne ! Quand je considère ce que Fourest/Venner entendent par « moderne », j’aurais tendance à la féliciter de ne pas l’être. Elles finiraient même par me la rendre sympathique, c’est tout dire !

Car suivant leurs critères, en matière de modernité, moi j’en suis carrément restée au précambrien. Mais je vous rassure : ça m’en touche une sans faire bouger l’autre, comme disait finement Jacquot au temps de sa splendeur. J’assume totalement.

 

Voilà en gros pourquoi Marine Le Pen n’est pas moderne :

 

« …Elle a déclaré vouloir dérembourser l'interruption volontaire de grossesse et mener une politique pour "réinsuffler chez les femmes le caractère sacré de la vie". En clair: elle propose de développer une politique nataliste. Quitte à saborder le travail de prévention du Planning familial... »

Horreur et putréfaction ! Vous vous rendez compte : « réinsuffler chez les femmes le caractère sacré de la vie » C’est d’une obscénité rare!!!

 

« Elle veut enlever le voile, mais ne touche pas aux croix, qu'elle considère comme partie prenante de l'identité nationale. La laïcité de Marine Le Pen est, quoi qu'elle en dise, une laïcité avec une tête chercheuse: elle ne vise que l'islam. »

 

« Bien qu'elle ne soit pas spécialement pratiquante, elle a tout de même fait baptiser ses enfants à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, qui est une église occupée par les intégristes »

 

« Elle s'oppose à ce que les associations féministes ou antiracistes interviennent dans les écoles, considérant qu'elles sont des agences de propagande antinationales. »

Alors que ce n’est pas du tout le cas, nous le savons pertinemment bien. Quelle idée incroyable !

 

«  (…) La conception monoculturaliste, incarnée par le FN et toutes les droites populistes anti-islam, qui perçoit le métissage culturel comme un danger pour l'identité nationale. »

 

 

Je n’ai pas lu le bouquin, j’ignorais même son existence jusqu’à ce matin, mais moi, j’aimerais bien savoir si ces dames ont également abordé des sujets autrement plus intéressants, mais plus délicats, du genre : quelle est la position de Marine Le Pen par rapport à l’influence énorme de certaines communautés en France, leur implication quotidienne dans la vie du pays et les pressions qui vont avec, notamment en matière de justice et d’éducation dite nationale. Ses vues sur les lois liberticides, etc, etc.

 

Mais laissons pour le moment la présidente du FN nouveau et intéressons-nous aux dames qui ont écrit l’ouvrage : je pense que si je précise qu’elles sont des obsessionnelles de « l’extrême-droite », elles considéreront cela comme un compliment. Donc, faisons-leur ce compliment : ce sont carrément des obsessionnelles de la bébête immonde qui monte, qui monte.

Car elles, vous l’aurez deviné, sont dans l’Axe du Bien (et du Moderne) : lesbiennes militantes et à gauche toute, en sus. Le Bien Complet et Intégral, quoi. Rien à voir avec le Mal incarné, le populisme et tous les fantasmes répugnants qui vont avec.

Entraînées par leur croisade, elles ne craignent même pas de délationner un peu de temps en temps, mais comme c’est pour le bon motif, hein, on ne va chicaner. Ainsi, en 1998, elles ont pondu un bouquin recensant les entreprises qui finançaient le Front national, Le Guide des sponsors du FN. Carrément. Et apparemment, tout le monde a trouvé ça normal. C’est vrai que nous sommes dans une démocratie pas ordinaire.

D’ailleurs, la preuve que ce qu’elles écrivent est Bien et Important, c’est qu’elles reçoivent des prix. Naturellement. C’est normal. Ainsi, en 2005, elles ont reçu le Prix national de la laïcité, remis par le Comité Laïcité République, les récompensant « pour leurs actions contre tous les fondamentalismes religieux et leurs avatars liberticides, ainsi que pour leur engagement face à l’extrême-droite ». Et en 2006, La Tentation obscurantiste a obtenu le Prix du livre politique 2006 de l'Assemblée nationale.

 

Ah, on a quand même des intellectuel(le)s de haut niveau en France, on a un peu trop tendance à l’oublier.

29/10/2010

PAS RANCUNIERE, CHANTAL DELSOL

images.jpgIl circule actuellement une pétition de soutien à Pierre-André Taguieff qui serait en butte à une  « campagne d’intimidation et de diffamation qui se développe contre lui, visant à le discréditer et à le faire taire ». A priori déjà, on aurait envie de dire « bien fait, chacun son tour ». Voici ce qu’on peut y lire:

« Cette campagne, lancée le 18 octobre 2010 par une organisation pratiquant un « antiracisme » sélectif, le MRAP, totalement engagé dans la campagne BDS (« Boycott, Désinvestissement, Sanctions ») contre Israël, est d’autant plus odieuse qu’elle se fonde non pas sur un texte publié par le chercheur, mais sur une phrase de facture polémique qu’il avait lui-même supprimée de son « mur » de Facebook, en principe censé permettre à chacun de converser librement avec ses seuls « amis ». Ses discussions étaient en réalité surveillées par des professionnels de l’inquisition et de la délation travaillant au service des diffamateurs d’Israël, et attendant le « dérapage verbal ». (…)

Dans son communiqué, le MRAP dénonce vertueusement le « polémiste haineux » que serait le chercheur et « demande avec force que le CNRS et l’IEP condamnent sans équivoque Pierre-André Taguieff ». Cette officine restée fidèle à l’esprit stalinien de ses fondateurs ose ainsi exiger des autorités administratives de condamner le chercheur pour une phrase qu’il avait lui-même jugée malencontreuse et rapidement retirée. À la surveillance des conversations privées et à la mise au pilori s’ajoutent donc les pressions exercées sur les employeurs du « coupable », réaction pour le moins disproportionnée relevant d’une logique mise en œuvre par les régimes totalitaires : celle des sanctions et des interdictions professionnelles. »

Tirant les leçons de cette intrusion dans un espace supposé privé, suivie par une campagne haineuse contre sa personne, Taguieff a choisi de quitter Faceboook dans la matinée du 22 octobre 2010. Cible privilégiée de tous les diabolisateurs d’Israël, Pierre-André Taguieff, comme d’autres esprits libres et courageux l’ont été avant lui, est pourchassé aujourd’hui par les tenants du terrorisme intellectuel mis en place par les milieux « antisionistes » en France ces dernières années. 

Cette scandaleuse campagne de diffamation visant personnellement Pierre-André Taguieff s’inscrit dans le cadre de la guerre idéologique totale aujourd’hui menée contre Israël et « le sionisme », soumis à une diabolisation permanente. Au cours des années 2000, durant lesquelles il a publié cinq livres marquants sur les formes contemporaines de la judéophobie, Taguieff est devenu l’une des principales cibles de la propagande « antisioniste » due aux milieux islamistes et à diverses mouvances d’extrême gauche ayant fait de la cause palestinienne leur nouvelle cause sacrée. Mais les agitateurs israélophobes ne se sont jamais attaqués aux ouvrages de Taguieff. En propagandistes sans scrupules,  ils se sont contentés d’isoler quelques phrases glanées dans des interviews ou des discussions enregistrées qui, isolées de leurs contextes respectifs et mésinterprétées de façon malveillante, ont été indéfiniment diffusées et commentées d’une façon tendancieuse. 

Aujourd’hui, les tenants d’extrême gauche du politiquement correct à la française veulent faire taire ceux qui n’entonnent pas le refrain obligatoire de la haine contre l’État juif. C’est pourquoi les réseaux « antisionistes », gauchistes ou islamistes, ont relayé la chasse aux sorcières lancée contre Taguieff. Le terrorisme intellectuel n’a pas disparu en France après la chute du système soviétique, il s’est adapté à l’esprit du temps. Ce sont moins les partis politiques que les réseaux d’influence qui l’exercent. Notamment ceux qui se sont constitués sur la base d’un engagement propalestinien inconditionnel et exclusif, donnant volontiers dans une violence qui, elle, ne reste pas dans les limites du symbolique. À côté des organisations propalestiniennes, gauchistes ou islamistes, s’est mis en place un réseau d’intellectuels et de journalistes qui se mobilise toutes les fois qu’il s’agit de mener une campagne contre Israël ou contre les personnalités s’opposant à la diabolisation de l’État juif.

Il ne faut pas laisser aux délégitimateurs d’Israël le monopole de la parole publique légitime sur le conflit israélo-palestinien. C’est pourquoi il faut manifester notre entière solidarité avec Pierre-André Taguieff. »

Ce texte ne manque pas de sel et vous aurez sans doute particulièrement apprécié les passages que je me suis permis de souligner en gras. Cela évoque assez les arroseurs arrosés. Apparemment, certains se rendent compte du terrorisme intellectuel qui sévit dans le pays parce qu’Israël en serait victime ( !!!!). Avant, c’est étonnant, ils ne s’en étaient jamais rendu compte. Nous, si.

Donc, il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat dans cette querelle de famille si un nom dans la liste des premiers signataires de cette pétition ne m’avait considérablement étonnée : celui de Chantal Delsol, philosophe, professeur des universités, membre de l’Institut. Certes, Chantal Delsol est bien tout cela, mais elle est également (et peut-être surtout ?) à la ville Mme Charles Millon. Alors moi, j’ai bonne mémoire et je me souviens parfaitement  de l’incroyable hystérie qui s’était emparée de toute cette frange qui se chamaille aujourd’hui parce que Millon avait en 1998, lors des régionales, accepté l’indicible : les voix du FN pour conserver la région Rhône-Alpes qu’il présidait. A l’issue d’un déchaînement assez inimaginable d’insultes et de pressions sur la classe politique de la part de tous les mouvements dits antiracistes, son élection avait finalement été invalidée. Et la région était tombée dans l’escarcelle d’une totale inconnue, la centriste Anne-Marie Comparini, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’y a pas fait des merveilles. La gauche s’en est emparée aux régionales suivantes.

Aujourd’hui Mme Delsol se retrouve à signer une pétition en faveur d’un type qui était, en tout cas à cette époque-là et ce n’est pas si vieux, un véritable ennemi*. Curieux. Elle y est en bonne compagnie : avec notamment André Nadjar, président du B’nai B’rith France et Richard Prasquier, président du CRIF. C’est beau, le pardon des offenses.

Rappelons que dans le même registre elle avait déjà été invitée le 15 novembre 2009 à une conférence de l’Alliance Israélite Universelle qui fêtait son 150e anniversaire. Elle s’y était exprimée sur le thème "L'universel et la marque de l'enracinement". Charles envisage de revenir à la vie politique?

*A partir des années 70, Taguieff, qui est naturellement « de gauche », est membre du MRAP, de la LICRA, de la Ligue des droits de l’homme. Dans les années 80, SOS-Racisme lui confie la présidence de son Observatoire de l’antisémitisme. En 1991, il devient l'analyste officiel du rapport annuel de la CNCDH pour la lutte contre le racisme et la xénophobie. En 2002, il est expert de la commission « Négationnisme à Lyon III». En 2004, il est chargé de faire un rapport officiel sur l'antisémitisme dans les écoles publiques françaises. Quoique non-juif, il est actuellement conseiller du CRIF.

Source: http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=22151&artyd=76

07/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 3

Suite du texte de Marcel Aymé, paru en 1950 dans Le Crapouillot:

 

L'épuration et le délit d'opinion  (n° 3)

 

"Jusqu’au dernier jour, on crut que le général de Gaulle n’était pas absolument indifférent à la littérature et qu’il aimerait gracier un écrivain innocent. On ne pouvait se tromper plus lourdement. A lui aussi, la vie d’un poète était peu de chose et importait infiniment moins qu’un témoignage de satisfaction du parti communiste. Peut-être aussi qu’il avait du goût pour les exécutions (sinon, comment aurait-il, sans une parole de réprobation ou d’apaisement, toléré les massacres des premiers mois de la Libération ?). Durant le temps qu’il fut au pouvoir, on chercherait en vain, dans sa vie publique, la moindre manifestation de générosité, de bonté, le plus petit élan de pitié ou de charité. L’homme est sec.

 

Pour Maurras, il ne pouvait être question de suspecter son patriotisme et l’on savait qu’aucune considération n’aurait pu l’empêcher de dénoncer publiquement ce qu’il croyait contraire aux intérêts du pays. On le savait même si bien qu’on décida de le réduire au silence par tous les moyens. C’est qu’avant la guerre, Maurras avait en France une situation exceptionnelle qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui. Leader du parti monarchiste, ce n’était pas à ce titre qu’il devait son importance. Mais grand maître de l’Action Française où il écrivait quotidiennement ses deux ou trois cents lignes, il était le critique officiel de la Troisième République. On comprend que les nouveaux messieurs de la Quatrième aient voulu se débarrasser d’un critique ayant si souvent alerté l’opinion publique. Ils avaient presque tout à cacher : l’inanité de leur politique, la corruption dans les ministères, dans les administrations, les abus de pouvoir, l’abaissement d’un peuple abruti par la terreur et le mensonge. Imagine-t-on, en 1945, Maurras libre d’écrire comme il l’était autrefois ? C’eût été la fin du régime. Le plus simple était de le faire condamner à mort, ce qui ne souffrait du reste aucune difficulté. Comme  son innocence était patente et qu’on redoutait le mépris de nos alliés anglo-saxons dégoûtés par nos kermesses judiciaires, on n’osa pas fusiller un vieillard. La peine de mort fut commuée en celle des travaux forcés à vie. L’essentiel était qu’il se tût. Aujourd’hui encore, nos gouvernants ne sont pas pressés de lui rendre la liberté.

 

L’originalité des tribunaux de la Résistance c’est que, tout en se débarrassant des personnes, l’Etat s’emparait de leurs biens. A première vue on ne saisit pas le rapport entre la confiscation des biens et le délit d’opinion, mais il faut se souvenir que nombre de Résistants ou pseudo-résistants s’étaient octroyé des situations dans la politique, dans l’administration, dans le journalisme et même dans les lettres. Ces situations, ils entendaient en jouir en toute quiétude. Ayant fait condamner à la prison ceux qu’ils avaient supplantés dans leurs emplois, ils voulaient encore que ces malheureux, au jour lointain de leur libération, fussent jetés sur le pavé sans un toit, sans un meuble, sans un sou et dans un tel état de misère qu’il leur fût impossible de rien entreprendre. Supplémentairement, les tribunaux frappaient les gens qui s’étaient rendus coupables du délit d’opinion d’une peine « d’indignité nationale », apparemment anodine, mais interdisant l’accès à la plupart des professions libérales et commerciales. A une époque où les criminologistes se soucient de plus en plus, pour les délinquants, de faciliter leur réadaptation à la vie normale, il est remarquable que le gouvernement de Gaulle ait voué au chômage et au désespoir les « criminels » convaincus du délit d’opinion. Il faut croire que cette préoccupation était d’ordre majeur chez nos maîtres résistants, car ils n’abandonnèrent pas aux seules cours de justice le soin d’empêcher leurs ennemis d’exercer un métier qui pût servir de tremplin à une activité politique. Il y eut des espèces de juridictions professionnelles qui éliminaient les indésirables (en même temps, les syndicats, par exemple dans le journalisme et le cinéma, multipliaient les barrières interdisant l’accès à la profession, si bien qu’aujourd’hui encore on se croirait revenu aux temps d’avant 89, en plein régime corporatif), les condamnant au chômage, à temps ou à vie.

 

A côté de ces comités d’épuration et les épaulant, il y avait des associations de rabatteurs et de poulets auxiliaires qui se chargeaient de subodorer le délit d’opinion et de livrer les suspects à la police. Par exemple, le CNE (Comité National des Ecrivains) publia une liste de coupables, dénonçant ainsi des confrères à la justice et réclamant à grand tapage les plus durs châtiments. Puissamment orchestrée, la délation avait à son service d’autres bourriques qui travaillaient dans la presse et il y avait même, suscités par la peur, des initiatives privées, des poètes indicateurs ou des mouches du roman psychologique, qui bavaient spontanément des injures et des calomnies sur leurs confrères en difficulté. C’était comme un grand concours d’ignominie. »

05/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL -1

32.jpgAu hasard de mes lectures, je retrouve ce texte magistral que Marcel Aymé écrivit en 1950 pour le journal Le Crapouillot. C’était il y a soixante ans et pourtant il est toujours d’actualité. Où l’on voit que le terrorisme intellectuel en France a une longue histoire et plonge ses racines dans un après-guerre dominé par les communistes.

 

Le texte est long, il sera présenté en feuilleton. Mais je crois qu’il en vaut la peine.

 

« L’épuration et le délit d’opinion (n°1)

 

En temps normal, le délit d’opinion n’existe pas en France. Il est permis à quiconque résidant sur notre territoire de proclamer dans ses discours et dans ses écrits son hostilité contre un régime politique, contre des institutions religieuses, contre l’armée, la patrie, les femmes, les faux cols durs, et corollairement de faire éclater sa foi dans une mystique ou dans les destins de l’Empire de Chine. En fait, il arrive régulièrement qu’en temps de guerre, les législateurs suspendent le droit de s’exprimer librement sur toute espèce de sujet. Toutefois, le délit d’opinion, que les tribunaux ont la décence d’habiller d’un autre nom, n’est punissable que s’il appartient à certaines catégories préalablement fixées et délimitées par la loi. On est presque confus de devoir insister sur cette évidence, mais un délit quelconque ne saurait avoir d’existence avant que soit promulguée la loi interdisant de le commettre.

 

En 1944, lorsque au gouvernement légal du maréchal Pétain succédait un gouvernement de fait, celui du général de Gaulle, il n’y avait pas de loi qui reconnût et réprimandât le délit d’opinion (cela n’empêchait pas les Allemands de le réprimer). Il eût été naturel d’en forger une qui déclarât passibles, désormais, de telle ou telle peine, les professions de foi hitlériennes et antigaullistes. On sait bien que les nécessités d’un gouvernement de fait ne sont pas souvent compatibles avec l’exercice de la liberté et, dans l’euphorie de la Libération, les Français auraient accepté le régime de la trique sans trop rechigner. Ils devaient bientôt comprendre qu’il s’agissait, dans le genre, de quelque chose d’infiniment plus corsé. Ayant instauré la terreur et élevé la délation à la dignité d’une vertu (souvenons-nous des affiches invitant les Parisiens à dénoncer leurs voisins et connaissances), le gouvernement du général de Gaulle chercha un moyen de conférer au pur arbitraire l’apparence de la légalité. Le diable sait où il fit cette trouvaille, car elle était sans précédent dans les annales de la Justice et en opposition avec les principes fondamentaux de toute jurisprudence. On créa donc une loi réprimant le délit d’opinion, mais une loi à effet rétroactif. Ce monument de barbarie, de cynisme, d’hypocrisie, ce crime crapuleux contre l’humanité fut alors unanimement approuvé par tous ceux qui avaient l’autorisation d’écrire dans les journaux. Les grandes voix brevetées de la conscience française se prononcèrent carrément pour le déshonneur. Au moins, la magistrature française, horrifiée par ce barbarisme juridique, allait-elle faire bloc et protester d’un seul cri ? Pas du tout, car les juges, ayant prêté serment au Maréchal, tremblaient de peur dans leurs robes et n’avaient en tête que leur sécurité et leur avancement. Ces misérables auraient pu se contenter d’être les fonctionnaires de l’injustice, mais non. Au lieu d’appliquer la loi avec modération, ils firent infliger les peines les plus dures et rivalisèrent de lâcheté, de cruauté, de bassesse. A cette occasion, le niveau moral de la magistrature se révéla, dans l’ensemble, fort inférieur à celui des prisonniers de droit commun. A vrai dire, on s’en doutait déjà.

 

Les « délinquants » appartenaient à tous les milieux, à toutes les professions. Il suffisait d’avoir professé plus ou moins ouvertement des opinions collaborationnistes et d’être mal vu de sa concierge pour être jeté en prison où l’on attendait six mois, un an, ou davantage, la faveur de comparaître devant un tribunal. Bien souvent, dans les premiers temps de l’occupation, le prévenu était abattu sans autre forme de procès par des FFI agissant soit dans un élan de fureur patriotique, soit par manière de récréation, mais le plus souvent pour s’emparer de ses dépouilles.

 

Le délit d’opinion devait être retenu principalement contre les écrivains, les journalistes et les hommes politiques (y compris les conseillers municipaux) qui s’étaient exprimés publiquement à propos des événements politiques durant l’occupation. Les fonctionnaires furent également traqués dans toutes les administrations. Il y avait à ces persécutions des raisons simples, logiques. D’une part les communistes entendaient profiter de l’occasion pour éliminer le plus grand nombre possible de leurs adversaires politiques et, éventuellement, les remplacer par des hommes de leur choix. D’autres part, les chefs de la Résistance ayant décidé de se récompenser de leur patriotisme, s’étaient octroyé le pouvoir en ne consultant que leurs appétits et, peu soucieux d’avoir des rivaux qui leur eussent disputé l’assiette au beurre, redoutant également de voir surgir dans le pays une opposition qui eût dénoncé leur flagrante incapacité, ils trouvèrent commode de tuer et d’emprisonner. A ce gouvernement dont les ministres n’étaient mandatés que par eux-mêmes ou par leurs femmes, il fallait une presse dévouée qui en dissimulât les abus et la médiocrité. A la Libération, des journalistes dont la plupart n’avaient pas plus de compétence professionnelle que les nouveaux hommes d’Etat, s’emparèrent des journaux, des locaux et du matériel, au mépris du droit des gens, car le comportement de leurs prédécesseurs sous l’occupation, eût-il été criminel, ne saurait être une excuse. Le fait que mon voisin vienne d’assassiner sa grand-mère ne m’autorise pas à m’emparer de son argenterie. Pour légitimer ces spoliations, il devenait nécessaire de couvrir d’opprobre les journalistes du temps de l’occupation et de les faire condamner par les tribunaux avec des attendus infamants ».

 

 

(A ce propos, je rappelle dans La France LICRAtisée qu’en 1946, sous la présidence de Vincent Auriol, un député socialiste se vit octroyer la présidence du formidable fromage qu’était la SNEP – Société Nationale des Entreprises de Presse - chargée de liquider tous les biens de presse saisis ou confisqués aux pétainistes, ou présumés tels. Un véritable trésor de guerre : notamment 482 journaux et agences sur lesquels ce personnage eut la haute main.  Il s’appelait Jean Pierre-Bloch, futur président de la LICRA de 1968 à 1993. Le monde est petit.)