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14/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (28)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

IAN FRIDRIKHOROVICH, dit MARTYN IVANOVICH LATSIS

 

9d4f6814b647191eb956b47f65a6d5fc.pngIl est très difficile de trouver des données concernant ce personnage qui occupa pourtant un rang élevé à la tchéka dès sa création en décembre 1917. C’est finalement sur un site russe que j’ai trouvé ses dates de naissance et de décès, ainsi que son nom véritable.

Martyn Latsis, son pseudonyme, est né en 1888 dans une famille juive de Lettonie. Il va suivre le parcours classique puisqu’il adhère tout jeune au parti socialiste-révolutionnaire. Très actif lors de la révolution de 1917, il fait partie, avec Dzerjinski, le futur patron de la tchéka, du comité révolutionnaire de Petrograd. C’est dans ce noyau dur que Dzerjinski va recruter les cadres de la future police secrète et Latsis sera son adjoint.

Bien que l’on connaisse peu de chose sur lui, on peut supposer qu’il avait fait des études car apparemment il aimait écrire. Il publiera en effet en 1920 à Moscou un livre intitulé Dva goda borby na vnutrennom fronte (Deux ans de lutte sur le front intérieur), dans lequel il relate sa vision de la guerre civile.

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En tout cas, dans ses fonctions de dirigeant de la tchéka, il aura l’occasion de s’exprimer à maintes reprises et il dira alors des choses fort instructives :

Dans les Izvestia du 23 août 1918 – alors que la première vague de la terreur rouge bat son plein: « La guerre civile ne connaît pas de lois écrites. La guerre capitaliste a ses lois écrites (…) mais la guerre civile a ses propres lois (…) Il faut non seulement détruire les forces actives de l’ennemi mais démontrer que quiconque lèvera l’épée contre l’ordre de classe existant périra par l’épée. Telles sont les règles que la bourgeoisie a toujours observées dans les guerres civiles qu’elle a menées contre le prolétariat (…) Nous n’avons pas encore suffisamment assimilé ces règles. On tue les nôtres par centaines et par milliers. Nous exécutons les leurs un par un, après de longues délibérations devant des commissions et des tribunaux. Dans la guerre civile, il n’y a pas de tribunaux pour l’ennemi. C’est une lutte à mort. Si tu ne tues pas, tu seras tué. Alors tue si tu ne veux pas être tué ! ».

Ces accents meurtriers étaient destinés à réveiller l’instinct de revanche dans les masses populaires. Ce qui va marcher au-delà de toute espérance. Ainsi encouragées par le pouvoir, les tchékas locales, qui constituaient l’occasion rêvée de régler tous les comptes en retard, vont se mettre à pulluler. A telle enseigne que les bolcheviques auront du mal par la suite à remettre de l’ordre et à faire rentrer tout ce beau monde dans le cadre d’une tchéka unifiée et disciplinée.

Le 1er novembre 1918, Latsis fournit à ses sbires les instructions suivantes pour la conduite de leurs « enquêtes » : « Nous ne faisons pas la guerre contre des individus en particulier. Nous exterminons la bourgeoisie comme classe. Ne cherchez pas dans l’enquête des documents et des preuves de ce que l’accusé a fait, en actes ou en paroles, contre l’autorité soviétique. La première question que vous devez lui poser, c’est à quelle classe il appartient, quelles sont son origine, son éducation, son instruction, sa profession ».

Dans son livre, il  prétendra qu’au cours du second semestre 1918, la tchéka avait exécuté 4500 personnes, précisant même :  « Si l’on peut accuser la tchéka de quelque chose, ce n’est pas d’excès de zèle dans les exécutions mais d’insuffisance dans l’application des mesures suprêmes de châtiment. Une main de fer diminue toujours la quantité de victimes ».

Des études ultérieures ont fait apparaître la nette sous-évaluation de ce chiffre. Le nombre des  victimes de la tchéka pour le seul automne 1918 tourne plutôt  autour de 10 à 15 000.

Nous  retrouvons Latsis chef de la tchéka d’Ukraine en 1920. C’est la période de la décosaquisation. Des familles entières, voire des voisins,  seront enfermés dans de véritables camps de la mort. Latsis notera à ce propos dans un rapport: « Rassemblés dans un camp près de Maïkop, les otages – des femmes, des enfants et des vieillards – survivent dans des conditions effrayantes, dans la boue et le froid d’octobre (…) Ils meurent comme des mouches (…) Les femmes sont prêtes à tout pour échapper à la mort. Les soldats qui gardent le camp en profitent pour faire commerce de ces femmes ».

On peut supposer qu’il poursuivra dans les rangs de la tchéka une carrière aussi prometteuse.

D’après le site russe, il meurt en 1938. Il avait donc cinquante ans. Etant donné cette date fatidique, on peut supposer sans trop risquer de se tromper qu’il ne s’est pas fait écraser par un autobus. Mais bien plutôt par une machinerie autrement plus puissante qui portait le nom évocateur de « grande purge ».

Source des citations: Le livre noir du communisme -ouvrage collectif

16/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (15)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

ABRAM ARONOVICH SLUTSKY

febdba84d908dafab82a5a759e3cc95b.jpgCe (futur) chef des services secrets naît en 1898 dans une famille juive d’Ukraine. Il rejoint les bolcheviques dès 1917, à l’âge de dix-neuf ans. Durant la guerre civile, il combat dans l’Armée Rouge puis il intègre la Guépéou, où, nous dit Wikipédia, il grimpe rapidement les échelons en raison de son affable personality. Vu la suite des événements, je reste quand même sceptique quant à cette « aimable personnalité ».

En fait, il débute à la GPU dans l’espionnage industriel. Il sera notamment décoré pour avoir réussi à voler aux Suédois un procédé de fabrication de roulements à bille. Après ces amusettes, les choses sérieuses vont commencer. Dans un premier temps, à partir de 1929,  il deviendra  l’adjoint d’Artur Artuzov qui dirige à ce moment-là  l’INO (voir article d’hier).

Puis il le remplace à la tête des services secrets en mai 1935. Il va enfin pouvoir donner la pleine mesure de sa personnalité affable.

Sa tâche principale va être de traquer et d’éliminer – poliment – tous les opposants, ou présumés tels, de Staline. Essentiellement des émigrés russes blancs et les trotskystes. Parmi les principales opérations à son actif, on peut citer : - le kidnapping du général blanc Evgenii Miller, à Paris en 1937. Le général sera exécuté à Moscou en mai 1938. - l’assassinat d’Ignace Reiss en Suisse, également en 1937. Reiss était un ex-agent du NKVD décidé à rompre avec Moscou - la liquidation de bon nombre d’opposants en Espagne durant la guerre civile.

En 1936, il aura la charge d’extorquer les fausses confessions destinées à charger les accusés du 1er procès de Moscou (Zinoviev, Kamenev et cie). Loquace de nature, il racontera à ses subordonnés, Leiba Lazarevich Felbing, dit Alexander Orlov, et Samuel Ginsberg, dit Walter Krivitsky, qui le relatent dans leurs Mémoires – des veinards qui ont apparemment eu le temps de les écrire – ses méthodes pour briser ces vieux bolcheviques.

Son chef direct était le patron du NKVD, Iagoda. Or, comme on l’a vu, Iagoda tombe en 1937 et se voit remplacé par « le nain sanguinaire », Nikolai Yezhov. Ce dernier va immédiatement se livrer à une chasse aux sorcières à l’intérieur de ses services pour éliminer tous les proches de son prédécesseur. Dans un premier temps, Slutsky sera cependant épargné afin d’éviter la défection d’agents à l’étranger.

Mais ce répit est de courte durée. Il mourra le 17 février 1938. Comment ? Rien n’est simple avec les agents secrets. On a donc le choix entre deux versions :

-         Il est mort empoisonné à l’acide cyanhydrique dans le bureau de Mikhail Frinovsky – l’un des chefs du NKVD -  à la Loubianka après avoir dégusté du thé et des gâteaux (il n’était pourtant pas invité par Agatha Christie)

-         Il a été assassiné par injection de poison dans le bras toujours dans les mêmes locaux, toujours par Frinovsky ou ses sbires,  et toujours sur ordre de Yezhov.

Quelle que soit la version choisie, le résultat sera  de toute façon le même et aucun des témoins de ce regrettable incident ne survivra longtemps, ni n’aura le temps d’écrire ses Mémoires. Tous disparurent durant les grandes purges, y compris Frinovsky. Et Yezhov aussi, d’ailleurs.

12/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (13)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

YENOCH GERSHONOVITCH IEGUDA, dit GENRIKH IAGODA

74593c6557b75f05861647be7bcc87ef.jpgVoilà un personnage particulièrement sympathique, qui mériterait que l’on se penche avec beaucoup d’attention et de précision sur ses activités. Mais force est de reconnaître qu’à l’heure actuelle, la littérature à son sujet est infiniment plus mince que celle qui fleurit sur ses homologues nationaux-socialistes. Et pourtant ….

Iagoda naît en 1891 dans une famille juive de Lodz, en Pologne, qui fait alors partie de l’empire tsariste. Il rejoint les bolcheviques en 1907 et après la révolution d’octobre, intègre la tchéka.

Cette police secrète chargée des basses œuvres du régime – et il y aura amplement de quoi s’occuper – est créée le 20 décembre 1917 par un décret signé de Lénine. A partir de cette date,  elle va agir en dehors de toute légalité, ne répondant de ses actes que devant le gouvernement. Elle sera dirigée dans un premier temps par Félix Dzerzhinsky, qui mourra en 1926 d’une attaque cardiaque.

Iagoda grimpe vite les échelons à l’intérieur de la tchéka et il seconde avec zèle Dzerzhinsky dès septembre 1923. Il a alors 32 ans. A la mort de celui-ci, en 1926, il secondera avec autant d’efficacité le nouveau patron, Vyacheslav Menzhinsky.

Ce dernier ne tarde pas à tomber gravement malade, circonstance qui permet à Iagoda de contrôler en fait la police secrète dès la fin des années 20. La  tchéka sera « remplacée » en 1922 par la GPUGuépéou – qui sera à son tout remplacée par le NKVD en 1934. Mais si les appellations changent, les méthodes ne s’adoucissent pas pour autant. Elles vont même se sophistiquer et atteindre des raffinements dans la torture assez hallucinants. Les activités de ces polices secrètes, encore un sujet d’étude à creuser. A condition d’avoir le coeur bien accroché.

Il y avait même au sein de la tchéka bon nombre de volontaires chinois venus pour apprendre certaines « méthodes révolutionnaires » et qui, en retour, enseigneront à leurs distingués collègues quelques subtilités inconnues jusque là sous leurs cieux.

Chef de la police secrète, Iagoda participera à toutes les campagnes de terreur menées par le pouvoir et en particulier à la collectivisation forcée des campagnes et à la « dékoulakisation », déportation en masse de tous les paysans prétendument aisés, les koulaks. En février 1930, il remarque ainsi au bas d’un rapport : « Les régions nord-est et Léningrad n’ont pas compris nos consignes ou bien ne veulent pas les comprendre ; il faut les obliger à comprendre. Nous ne sommes pas en train de nettoyer les territoires de popes, commerçants et autres. S’ils disent « autres », cela veut dire qu’ils ne savent pas qui ils arrêtent. On aura tout notre temps pour se débarrasser des popes et des commerçants, il faut aujourd’hui frapper précisément la cible : les koulaks et les koulaks contre-révolutionnaires ».

A partir de 1930, il aura également la responsabilité  de l’organisme chargé de gérer les « camps de travail forcé » d’URSS, le fameux Goulag. Et il sévira également durant l’horrible famine organisée par le pouvoir en 1932-33.

Iagoda est un proche de Staline qui le nomme en 1934 – c’est le sommet de sa carrière – commissaire du peuple aux affaires intérieures (NKVD),  où il dirige police secrète et police officielle. Staline compte sur lui pour mettre en scène les grandes purges et les procès qui se préparent. Cela fonctionnera bien jusqu’en 1936 car Iagoda donne tout d’abord satisfaction à son maître lors du 1er procès de Moscou, qui verra l’exécution de Zinoviev et Kamenev.

Mais les choses ne tardent pas à se gâter pour lui. En septembre 1936, Staline adresse un télégramme comminatoire au Bureau politique, ainsi rédigé: « Il est absolument nécessaire et urgent que le camarade Iejov soit désigné au poste de commissaire du peuple à l’Intérieur. Iagoda ne s’est manifestement pas montré à la hauteur de sa tâche pour démasquer le bloc trotskiste-zinoviéviste. La Guépéou a quatre ans de retard dans cette affaire ».

Le voilà donc remplacé par son ex-adjoint, Nikolai Yezhov, autre sinistre personnage, qui supervisera à sa place les grandes purges de 1937-38. En mars 1937, Iagoda est arrêté sous l’accusation de trahison et de complot contre l’Etat. Il sera exécuté le 15 mars 1938 à Moscou.

Je vous suggère de relire l’article du journaliste israélien Sever Plocker, Les juifs de Staline, dont j’avais donné la traduction sur ce blog le 3 mars. A propos de Iagoda, il écrivait ceci :

« (…) Un étudiant israélien termine le lycée sans avoir jamais entendu prononcer le nom de Genrikh Yagoda, le plus grand meurtrier juif du XXe siècle, chef adjoint de la GPU et fondateur-dirigeant du NKVD. Yagoda a consciencieusement exécuté les ordres de Staline pendant la collectivisation, et est responsable de la mort d’environ 10 millions de personnes. Ses employés juifs ont mis en place et géré le système des goulags. Après être tombé en disgrâce auprès de Staline, Yagoda fut dégradé et exécuté, puis remplacé en tant que chef des bourreaux, en 1936, par Yezhov, le « nain sanguinaire ».

30/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (6)

MOISSEI OURITSKY

Voilà encore un révolutionnaire qui promettait beaucoup, avant que sa carrière ne soit prématurément interrompue alors qu’il oeuvrait pourtant à l’édification d’un monde meilleur.

Moïssei Ouritsky naît en 1873 dans une famille juive d’Ukraine et fait ses études à l’Université de Kiev dont il sort diplômé en 1897. Ce qui prouve, au passage, que dans cet empire tsariste si follement antisémite, on pouvait, même juif, faire des études normales à l’université.

Et même voyager, puisqu’il se rend au Congrès socialiste de Londres en 1903 et collabore, de Scandinavie, au quotidien socialiste internationaliste Naché Slovo (Notre parole), publié à Paris. Il est alors menchevik.

En 1917, on le retrouve en Russie où il rallie les bolcheviks et se fait élire au Comité central du Parti en juillet. A ce titre, il participe activement, avec Trotsky, à la révolution d’octobre.

Dès décembre 1917 est créée la Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage, plus connue sous le doux nom de tchéka. La police secrète bolchevique va désormais faire régner la terreur et accumuler les crimes, reléguant les activités de l’okhrana, l’ancienne police secrète tsariste, au rang d’aimables divertissements.

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Ouritsky devient le chef de la tchéka de Petrograd (Saint-Pétersbourg), mais hélas - pour lui - il se fait assassiner le 30 août 1918 par un coreligionnaire, l’étudiant socialiste-révolutionnaire Leonid Kannegisser, désireux de venger l’exécution d’un ami. Il n’aura de ce fait pas eu le temps de démontrer l’étendue de ses talents.

Il se trouve que le même jour, un attentat sera dirigé contre Lénine. Les deux agressions ne sont pas liées, mais elles serviront néanmoins de point de départ à la Terreur rouge.

Dès le lendemain, 31 août 1918, on pourra lire dans la Pravda ce véritable appel au meurtre: « Travailleurs, le temps est venu pour nous d’anéantir la bourgeoisie, sinon vous serez anéantis par elle. Les villes doivent être implacablement nettoyées de toute la putréfaction bourgeoise. (…) L’hymne de la classe ouvrière sera un chant de haine et de vengeance ».

Un décret du 5 septembre « légalise » le déferlement de haine, de violence et de meurtres qui va désormais s’abattre sur tous les « contre-révolutionnaires ». Ce qui est alors projeté, et mis en chantier, c’est l’extermination pure et simple de certaines classes de la société, déclarées indignes de vivre. Des milliers, voire des dizaines de milliers, de victimes périront durant le seul automne sanglant de 1918.

(plus haut : emblème de la tchéka : épée et bouclier)