Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/05/2011

NETTOYONS LES ECURIES D’AUGIAS – 4

Le présent, c’est intéressant, mais conduit tout le monde peu ou prou à parler finalement des mêmes choses. Alors, nous, nous allons poursuivre notre petit voyage dans un passé pas tellement lointain, mais tellement instructif. Revoilà donc notre série sur quelques tortionnaires communistes injustement tombés dans l’oubli. Certes, il y faudrait une encyclopédie, mais nous allons modestement en exhumer quelques-uns.

Nous en étions restés au célèbre MBP (Ministerstwo Bezpieczeństwa Publicznego), le ministère de la sécurité publique polonais, tellement mal nommé car il y régnait au contraire une très fâcheuse insécurité quand on avait l’infortune d’être du mauvais côté de la barrière. C’était le ministère des basses œuvres du régime stalinien où se sont illustrés un certain nombre de serviteurs zélés, dont :

 

 

Józef Różański

 

180px-Jozef_Rozanski_SB.jpgCe personnage, né en 1907 dans une famille juive de Varsovie, se nommait en réalité Goldberg. Il s’engagea tôt au parti communiste polonais et grimpa rapidement les échelons. Il rejoignit également le NKVD, la police secrète soviétique, qui gérait tout le système répressif, y compris le goulag. Avec pareil bagage, il n’y a pas lieu de s’étonner de le retrouver colonel et chef du département des « investigations » au MBP. Il va pouvoir y donner sa pleine mesure comme responsable des interrogatoires.

 

Il torturera et mutilera personnellement des douzaines d’opposants au régime, de résistants, et même de communistes plus « libéraux ». Il était connu pour sa brutalité dans un contexte qui n’était pas précisément peuplé d’enfants de chœur. Il torturera notamment Witold Pilecki, le fondateur de l’armée secrète polonaise. Pilecki était par ailleurs l’auteur d’un rapport sur le camp d’Auschwitz où il s’était fait introduire durant la guerre et dont il avait réussi à s’échapper (!!) en 1943. Toutes ces péripéties pour finir sous la patte de Rojanski ! Qui se contenta de le torturer pour le faire parler, laissant l’exécution proprement dite, en mai 1948, à un subalterne. Il est troublant néanmoins de voir un juif torturer en 1948 un type qui avait risqué sa peau pour alerter le monde à propos d’Auschwitz.

 

La mort de Staline sonnera le glas de la belle carrière de Rozanski/Goldberg qui est arrêté en 1953 et condamné au modique tarif de cinq ans de prison pour tortures. Son cas sera réexaminé à la hausse en 1957. Cette fois, il en prend pour 15 ans. Cela aurait dû nous mener jusqu’en 1972, mais on le retrouve en liberté dès 1964, ce qui ne faisait finalement pas cher payé pour une belle carrière de colonel tortionnaire communiste.

 

Il lui restait 17 années à vivre. Il mourra d’un cancer en 1981 et est enterré au cimetière juif de Varsovie.

 

Ce sympathique personnage avait un frère, communiste comme lui, connu sous le nom de :

 

Jerzy Borejsza

Jerzy_Borejsza_Goldberg.jpgquoique né Beniamin Goldberg en 1905. Tout aussi communiste et activiste que son cadet, il opérera, lui, dans un autre secteur. Il sera en effet le chef de toute la presse communiste en Pologne durant l’ère stalinienne. Il avait eu également dans sa jeunesse des sympathies sionistes et anarchistes marquées.

C’est lui qui signera toute la propagande du régime durant ses années fastes, visant à écraser la culture polonaise sous la botte stalinienne. En 1948 il sera parmi les organisateurs du fameux « Congrès mondial des intellectuels pour la paix » à Wroclaw où l’on verra tous les gogos de l’époque – procommunistes et antiaméricains - se bousculer pour en être : Picasso, Eluard, les Joliot-Curie, Bertold Brecht, Dominique Desanti, etc.

Sa faveur baissera ensuite. Il sera victime d’un grave accident de voiture en 1949 et mourra en 1952. Avant d'assister à la chute de son petit frère.

14/03/2011

NETTOYONS LES ECURIES D’AUGIAS – 2

Nous avons quitté Julia Brystiger dans les couloirs passablement encombrés du ministère polonais de la sécurité intérieure (Ministerstwo Bezpieczeństwa Publicznego, MBP), lieu par excellence de toutes les basses œuvres du régime dans les années d’après-guerre en Pologne. Elle était loin d’être seule à y déployer ses talents. Nous n’aurons que l’embarras du choix pour poursuivre notre petit tour d’horizon des tortionnaires méconnus. Continuons donc  par :

 

ANATOL FEJGIN - 2

165px-Aatol_Fejgin_%28SB%29.jpgCe sympathique personnage est né à Varsovie en 1909 et tenez-vous bien, est mort de sa belle mort, toujours à Varsovie … en 2002! Sans avoir connu beaucoup d’ennuis, juste quelques-uns, il faut être juste.

Il était né dans une famille juive de la classe moyenne et malgré l’atroce antisémitisme régnant alors en Pologne, il entame des études de médecine en 1927, à l’âge de dix-huit ans. Mais il ne les terminera jamais car dès l’année suivante, en 1928, il rejoint les communistes polonais et se fait arrêter en 1929 pour activisme. Il est condamné à deux ans de prison, relâché, condamné à nouveau, etc. La routine habituelle en ces années orageuses. Tout ceci nous mène à 1939, date à laquelle Fejgin fuit à Lwow, en zone militaire russe, contacte le NKVD et commence à travailler pour les soviets.

En 1943 on le retrouve dans un régiment d’infanterie russo/polonais où il occupe les fonctions généralement redoutées d’officier de propagande pour le compte du NKVD. Redoutées car un mot de travers vous envoyait assez directement au peloton d’exécution ou au goulag pour les chanceux.

Le 1er janvier 1945, les soviets créent le MBP chargé d’éradiquer l’inexplicable opposition des déviationnistes bourgeois aux bienfaits que le petit père des peuples souhaite pourtant déverser à pleins seaux sur les Polonais. Y sont réunis les services de police secrète, d’espionnage et de contre-espionnage, etc. De sa création à sa dissolution, le MBP sera dirigé par un autre de nos sympathiques amis, Jakub Berman. Feijin ne rejoint pas tout de suite cette officine. Il commence sa carrière dans la police politique de l’armée communiste polonaise (Ludowe Wojsko Polskie).

« En 1948, l'opposition démocratique ayant été éliminée et les organisations clandestines anéanties, une nouvelle phase dans l'activité de l'UB (Urząd Bezpieczeństwa), [au sein du MBP] commence. Suivant l'exemple soviétique, la répression se dirige cette fois vers l'intérieur du parti communiste (Parti ouvrier unifié polonais) avec des accusations de titisme et de déviations nationalistes. Le colonel Anatol Fejgin se distingua dans cette nouvelle tâche en s'appuyant sur les archives militaires des années 1930. Ainsi Władysław Gomułka lui-même est-il visé mais l'épuration prend des dimensions considérables. L'opération est surveillée par Bolesław Bierut (président de la RP et premier secrétaire du parti communiste) et Jakub Berman (membre du bureau politique et responsable de la sécurité). En 1949, un groupe spécial est créé par le quartet, — les dirigeants les plus influents du parti (Bierut, Berman, Minc et Radkiewicz) —, pour mener des enquêtes secrètes sur les plus hautes personnalités du parti. »

250px-Medal_15-lecia_LWP_rewers.jpg

Le colonel Fejgin exercera ses talents au MBP, en tant que directeur de son Bureau spécial, rebaptisé en 1951 Département 10. Ce département était chargé de protéger le Parti des « provocateurs », en réalité de procéder à l’élimination physique des opposants politiques.

Il connaît quelques premiers ennuis en 1953 puisqu’il est suspendu après la défection, en 1953, du directeur adjoint du MBP, Józef Światło (Izak Fleischfarb), qui porte des accusations contre lui et d’autres staliniens. Mais ce n’est qu’en 1956 qu’il est éjecté en même temps que son patron, le vice-ministre Roman Romkowski. A cette époque, son nom, avec ceux de Józef Różański (Josek Goldberg), et du ministre Jakub Berman, symbolisait la terreur stalinienne en Pologne.

A la déstalinisation, il passe en jugement et se voit condamné en novembre 1957 à 12 ans de prison pour violation des droits de l’homme (!!!) et abus de pouvoir. Avec d’autres acolytes du même acabit, il est reconnu coupable d’avoir torturé 28 personnes durant des interrogatoires, y compris des femmes. Il commence à purger sa peine, qui est amnistiée en 1964. Il aura donc fait sept ans de prison.

En 1985, Fejgin devient membre d’une association de vétérans patronnée par l’Etat, intitulée (on est prié de ne pas rigoler) Société des Combattants pour la Liberté et la Démocratie. Parfaitement.

A ce titre, il bénéficiera des privilèges attachés à la qualité de vétéran de la guerre. Hélas, cinq ans plus tard, en 1990, à la chute de l’URSS, des antisémites vont s’intéresser à son cas et le priver de ces privilèges, en raison de son « passé stalinien » ! Fort mécontent, Fejgin en appelle à la Cour suprême polonaise qui rejettera sa requête au motif que ses activités postérieures à la guerre n’avaient pas à proprement parler été très positives pour le pays.

Au moment de sa mort, en 2002, - il avait 93 ans – l’Institute of National Remembrance (INR) polonais était toujours penché sur les crimes qu’il avait commis durant sa période de gloire…. Pas des plus réactifs, à l’INR.

14/10/2010

HITLER OU LES « STALIN’S JEWS » ?

Increvable, cet Hitler. Dans le rôle du repoussoir absolu, du monstre intégral, du rebut modèle de l’humanité depuis qu’elle existe, rien ne l’égale ni ne parvient à le détrôner. C’est qu’il a une sacrée utilité, Hitler : quand on s’occupe de lui, qui occupe toute la scène, on ne voit plus rien d’autre. Et ça, c’est très pratique.

Vous allez lire l’article qui suit, paru dans Le Temps, de Genève. Tout y est : « la figure haïssable du dictateur, le plus grand criminel du XXe siècle, diabolique et incongru, d’une monstruosité sans égale, le démon », etc, etc. Un vrai panégyrique, qui à la longue pourrait juste produire l’inverse de l’effet souhaité.

Comme il faut néanmoins garder un minimum d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle – sans même parler de connaissance de l’histoire – je trouve utile de redonner à sa suite l’article (en traduction) du journaliste israélien Sever Plocker, intitulé Stalin’Jews. Paru en décembre 2006 dans le quotidien Yediot Aharonot, l’article est sous-titré “We mustn't forget that some of greatest murderers of modern times were Jewish”. Il n’a pas été particulièrement bien accueilli à l’époque comme vous pouvez vous en douter (les commentaires sont un festival - voir lien ci-dessous). Et on n’en a plus beaucoup entendu parler depuis. Tandis qu’Hitler, lui, …

 « FACE A HITLER

Hitler est de retour à Berlin. La figure haïssable du dictateur qui a conduit le peuple allemand au désastre est l’objet d’une exposition événement: c’est la première fois qu’un musée national allemand se penche méticuleusement sur la personnalité de celui qui fut le plus grand criminel du XXe siècle. De toute l’histoire de l’Occident, depuis la fin de l’Antiquité, il n’y a sans doute pas de personnage que l’on puisse comparer à Hitler. Diabolique et incongru à la fois, chef charismatique enfermé dans ses rêveries hallucinées, d’une redoutable habileté et d’une monstruosité sans égal, Hitler restera le démon qui entraîna l’un des peuples les plus cultivés du monde à perpétrer un génocide et à mener une tragique aventure d’autodestruction.

Historiens et observateurs de l’Allemagne contemporaine s’accordent à dire que jamais cette exposition n’aurait pu voir le jour il y a encore dix ans. Le processus continu de décantation avec la noire expérience du Troisième Reich s’est étalé sur un espace-temps de trois générations. Ce travail de mémoire exemplaire a eu ses étapes. La confiance accordée au chancelier Willy Brandt et les gestes symboliques de celui-ci créèrent une césure. Une autre fut le discours prononcé le 8 mai 1985 par Richard von Weizsäcker. Appelant à dépasser le traumatisme de la défaite, le président allemand fut le premier à souligner que la chute d’Hitler «avait aussi libéré» son pays. La réunification allemande a accéléré et parachevé la normalisation de l’Allemagne, qui a abandonné toute aspiration de puissance et dont le peuple, saigné par la catastrophe nazie, estime que toute guerre est une tragédie de trop. Alors que l’extrême droite marque des points en Europe, elle ne passe pas en Allemagne où la vigilance est plus grande qu’ailleurs. Les Allemands peuvent regarder Hitler droit dans les yeux, au musée, sans fascination ni culpabilité écrasante. Le dernier tabou est brisé. »



« NOUS NE DEVONS JAMAIS OUBLIER QUE CERTAINS DES PIRES ASSASSINS DES TEMPS MODERNES ETAIENT DES JUIFS»
- Sever Plocker (Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier)


« Voici une date historique particulièrement tombée dans l'oubli : voici presque quatre-vingt dix ans de cela, entre le 19 et le 20 décembre 1917, en pleine révolution bolchévique et en pleine guerre civile, Lénine signait un décret constituant le Comité Panrusse Extraordinaire de Lutte contre la Contre-révolution et le Sabotage, plus connu sous son acronyme de Tcheka.


En un temps record, la Tcheka devint le plus important, et aussi le plus cruel, de tous les services de sécurité étatiques du monde. Sa structure organisationnelle fut modifiée tous les deux ou trois ans, et elle changea, aussi, souvent de nom, passant de la Tcheka à la GPU, puis au NKVD et, enfin, au KGB.


Impossible de savoir avec précision le nombre de morts dont la Tcheka s'est rendue responsable sous ses avatars successifs, mais ce nombre n'est certainement pas inférieur à vingt millions, en comptant les victimes des collectivisations forcées, de la famine, des purges à grande échelle, des expulsions, des bannissements, des exécutions et des morts en masse dans les goulags.


Des couches de la population furent purement et simplement totalement éliminées : fermiers à leur compte, membres de certaines minorités ethniques, membres de la bourgeoisie, officiers supérieurs, intellectuels, artistes, militants syndicalistes, « membres de l'opposition » définis de la manière la plus arbitraire et un nombre incalculable de membres du parti communiste lui-même.


Dans son livre paru récemment et salué par la critique, La Guerre du Monde, The War of the World, l'historien Niall Ferguson écrit qu'aucune autre révolution, dans toute l'histoire de l'humanité, n'a dévoré ses propres enfants avec l'appétit effréné de la soviétique. Dans son livre consacré aux purges staliniennes, le professeur Igal Halfin (de l'Université de Tel Aviv) écrit que la violence stalinienne était unique en ceci qu'elle était dirigée vers l'intérieur, dont elle procédait.


Lénine, Staline et leurs successeurs n'auraient pu perpétrer leurs méfaits sans la coopération à grande échelle d' « officiants de la terreur » disciplinés, de bourreaux sadiques, de mouchards, de tueurs à gage, de juges, de pervers et de nombre de sympathisants, membres de la gauche progressiste occidentale, qui furent trompés par le régime d'horreur soviétique et allèrent jusqu'à lui accorder un blanc-seing (un « certificat de cacheroute », dit l'original, ndt).


Tous ces faits sont connus, plus ou moins, même si les archives de l'ex-URSS n'ont pas toutes été rendues publiques. Mais qui sait qu'en Russie-même, très peu de gens ont été jugés en raison des crimes qu'ils ont perpétrés en tant qu'agents du NKVD et du KGB ? Le discours public russe, aujourd'hui, ignore totalement la question « Comment cela a-t-il pu nous arriver ? ». Contrairement aux pays occidentaux, les Russes n'ont pas réglé leurs comptes avec leur passé stalinien.


Et nous ? Je veux dire : nous, les juifs? Un étudiant israélien peut terminer le lycée sans avoir jamais entendu parler de Genrikh Yagoda, le pire criminel juif du vingtième siècle, vice-commandant de la GPU et fondateur, puis commandant en chef du NKVD. Yagoda fit appliquer avec zèle les ordres de collectivisation de Staline, et il est responsable de la mort d'au minimum dix millions de personnes. Ses adjoints juifs conçurent et gérèrent le système du Goulag. Étant tombé en disgrâce aux yeux de Staline, celui-ci le limogea et le fit exécuter. Il fut remplacé, en tant que bourreau en chef, en 1936, par Yezhof, le « nabot assoiffé de sang ».


Ce Yezhof n'était pas juif. Son épouse, en revanche, était juive. Dans son livre : Stalin : Court of the Red Star, l'historien juif Sebag Montefiore écrit que durant les périodes les plus sombres de la terreur stalinienne, à l'époque où la machine communiste à tuer fonctionnait à plein régime, Staline était entouré de tout un harem de jeunes beautés juives.

Les associés les plus proches et les plus loyaux de Staline incluaient Lazar Kaganovitch, membre du Comité central et du Politburo du parti communiste. Montefiore le qualifie de « premier des Staliniens », ajoutant que les milliers d'Ukrainiens mourant de faim - tragédie sans analogue dans l'histoire de l'humanité, excepté les horreurs nazies et la terreur maoïste en Chine - n'émurent absolument pas Kaganovitch.


Très nombreux furent les juifs à vendre leur âme au monstre de la révolution communiste, et ils auront du sang sur les mains pour l'éternité. Nous n'en mentionnerons qu'un seul : Leonid Reichman, chef du département spécial du NKVD et interrogateur en chef de cette organisation, qui était un sadique particulièrement cruel.


En 1934, nous disent les statistiques rendues publiques, 38,5 % des plus hauts responsables de l'appareil de sécurité de l'État soviétique étaient d'origine juive. Eux aussi, bien entendu, furent progressivement éliminés, au cours des purges successives. Dans une conférence fascinante, lors d'un colloque tenu cette semaine à l'Université de Tel Aviv, le Dr. Halfin a décrit les vagues successives de terreur soviétique en les qualifiant de « carnaval d'assassinats de masse », de « fantasia de purges » et de « messianisme du Mal » : il s'avère que les juifs, eux aussi, quand ils se laissent fasciner par une idéologie messianique, peuvent devenir de grands criminels, parmi les pires dont l'histoire contemporaine conserve la mémoire.


Les juifs ayant pris une part active dans les divers appareils officiels de la terreur communiste (en Union soviétique et ailleurs) et, parfois, les ayant dirigés, ne le firent pas, bien entendu, en tant que juifs, mais bien en tant que stalinistes, que communistes et que « peuple soviétique ». Par conséquent, il est expédient d'ignorer leur origine et de « mettre la sourdine » : « Qu'avons-nous à voir, nous, avec cette bande de criminels», n'est-ce pas ? Mais ne les oublions pas ! Je pense tout à fait différemment : je trouve inacceptable que quelqu'un soit considéré membre du peuple juif quand il fait de grandes choses, mais qu'il ne soit plus considéré comme faisant partie de notre peuple dès lors qu'il commet des actes particulièrement méprisables ou atroces.


En dépit de nos dénégations, nous ne pouvons échapper à la judéité de « nos bourreaux », qui ont servi la Terreur Rouge avec loyauté et zèle et, ce, dès le début.


Quoi qu'il en soit, nous pourrons toujours compter sur d'autres, qui ne manqueront pas de nous rafraîchir, à jamais, la mémoire ! »

 

Sources :http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ce5b18a2-d708-11df-8394-9...

 

http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:w8iJ...

31/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (32)

ROSALIA ZALKIND, dite ROSALIA ZEMLIACHKA

 

2deba45a4cdb5d5d5bd35a62a3fbbddd.jpgSous ce doux prénom de Rosalia se cache une véritable harpie bolchevique qui n’avait strictement rien à envier à ses homologues masculins et qui saura démontrer l’étendue de ses talents durant la Grande Terreur.

Rosalia Zalkind naît en 1876 dans une famille de commerçants juifs de Kiev, en Ukraine. Elle y fréquente l’université et s’initie rapidement, au contact de ses frères, aux idées révolutionnaires. Elle est d’abord membre de la Narodnaya Volya (la Volonté du Peuple), mais se tourne vers le marxisme dès 1896. Elle n’a que vingt ans et déjà quelques séjours en prison derrière elle.

Parmi ses amis se trouve un certain Léon Trotski qui lui fait rencontrer Lénine en 1903 -  l’année où les bolcheviques se séparent des mencheviques - et l’introduit au comité du parti de Saint-Pétersbourg. Sous le nom de guerre désormais de Zemliachka, elle participe avec ardeur à la révolution de 1905, qui échoue. Elle fera le coup de feu sur les barricades et découvrira à cette occasion que la violence, ça lui plaît.

En février 1917, elle participe à nouveau à la révolution en sa qualité de secrétaire du  comité  des bolcheviques de Moscou. En 1918, elle est volontaire pour monter au front contre les « blancs ». La voilà donc enrôlée dans l’Armée Rouge, qui ne recrutait pas spécialement les  femmes, mais ne refusait pas celles qui se présentaient.

Elle est désormais à son affaire, nommée officier politique en chef de la 8ème armée en Ukraine. Que s’y passe-t-il ? Difficile de le savoir vraiment. Toujours est-il qu’elle est déplacée en avril 1919, après que le moral de la 8ème armée soit tombé bien bas. Elle est à présent affectée à la 13ème armée où elle fait un esclandre mémorable dès son arrivée.

Elle va être chargée de « nettoyer » la Crimée en 1920 après la défaite des blancs et pour ce faire, prendra la relève de Bela Kun qui avait lui-même opéré dans la même région l’année précédente. Zemliachka va procéder à des massacres de masse de tous les « ennemis du peuple » qui auront le malheur de tomber entre ses mains et sera récompensée des éminents services ainsi rendus à la révolution par l’Ordre du Drapeau Rouge, qui lui sera décerné en 1922.

Après la guerre civile, elle est en poste dans l’Oural, mais surveille de près l’ascension de Staline qu’elle seconde de son mieux dans des postes liés à la « sécurité »  et à la discipline du parti. Travaillant étroitement avec le NKVD, elle traversera toutes les purges sans y laisser la moindre plume, recevant même en 1936, pour son zèle militant, la plus haute distinction d’URSS, à savoir l’Ordre de Lénine. L’année suivante, en 1937, elle est admise au Soviet Suprême.

Et ce n’est pas fini. Cette bolchevique de la première heure, amie de Trotski et de Lénine, sera nommée commissaire du peuple à l’économie en 1939 ! Devenant ainsi la femme la plus haut placée d’Union soviétique. Durant la guerre, elle reviendra à ses premières amours -  militaires - aidant à organiser la défense de Moscou.

Elle mourra en 1947, toujours aussi stalinolâtre, et en sera bien récompensée. Ses cendres sont en effet enterrées dans la nécropole du Mur du Kremlin. Un honneur réservé aux meilleurs.

04/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (23)

LES VOISINS

MATYAS ROSENFELD, dit MATYAS RAKOSI 

Restons encore un peu en Hongrie où nous allons faire la connaissance (ou la redécouverte) d’un autre bon élève de la fine équipe qui prétendit – excusez du peu – répandre la révolution bolchevique sur la planète entière. Car c’était ça l’objectif au départ, ne l’oublions pas. La mondialisation était déjà à l’ordre du jour.

71f5eb60cda7d16305aa6b872558acfb.jpgMatyas Rosenfeld, qui prendra plus tard le nom de Rakosi, naît en 1892 dans une famille juive de Serbie, qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. Comme les autres déjà vus – Kun, Szamuely, Pogany - il est fait prisonnier en Russie durant la 1ère guerre mondiale et en profite pour devenir communiste. Il participera donc tout naturellement, comme les autres aussi, au gouvernement de Bela Kun, en 1919, où il occupe le poste de commissaire du peuple au commerce. Mais nous avons vu que ce genre de poste était précaire dans un gouvernement qui l’était plus encore. Le 1er août 1919, rideau. Tout le monde s’enfuit et Rakosi retourne en Union soviétique.  

Nous le retrouverons secrétaire général du parti communiste hongrois en 1945, au sortir de la guerre. Qu’a-t-il fait entre-temps ? Eh bien, un certain nombre d’allers et retours entre l’URSS et la Hongrie. Il retournera notamment en Hongrie en 1924 où il se fera arrêter et emprisonner. Il est échangé en 1940 contre des drapeaux hongrois qui avaient été volés par les Russes. En Union soviétique,  il devient chef du Komintern.

A l’issue de la guerre, en 1945, il rentre en Hongrie avec l’Armée Rouge. Les communistes ont gagné, la Hongrie voit s’installer une dictature dont il devient le chef. En 1948, les sociaux-démocrates qui existaient encore dans le pays sont contraints par les communistes de les rejoindre pour former le parti hongrois des travailleurs. Dorénavant, Rakosi aura les coudées complètement franches et la terreur d’Etat va peser de tout son poids.

Admirateur frénétique de Staline, il se considérait lui-même comme son  « meilleur élève» ou  son  « meilleur disciple », cela dépendait des jours. En tout cas, il profitera bien des leçons administrées par son mentor et tâchera de l’imiter en tout. Il saura y  ajouter de petits raffinements bien à lui. Il avait ainsi inventé, et il était très fier de sa trouvaille, la « tactique du salami ». Du salami hongrois, sûrement. Bref, comme vous ne l’auriez sûrement pas deviné, cette aimable tactique consistait, non pas à découper délicatement ses ennemis en rondelles – on reste humains, quand même ! – mais cependant à les éliminer par tranches successives.

Il s’y emploiera  avec beaucoup d’efficacité et tout comme Staline, son grand homme, il offrira aux Hongrois, avec l’aide de sa police secrète : arrestations arbitraires, emprisonnements, assassinats, purges, procès préfabriqués, etc. Oui, tout, vraiment. Un excellent disciple. Avec ça, il ne détestait pas un léger culte de la personnalité, pas trop léger cependant.

6e3fbe624f5f43434b8089c0adb56baa.jpg

La Hongrie était donc devenue un pays parfaitement totalitaire sous le règne de Rakosi. Il s’offrit également en 1952 le poste de premier ministre. Mais hélas, en matière économique, il était moins brillant que dans le remplissage des prisons ou des cimetières. Vous me rétorquerez qu’il avait pourtant été commissaire au commerce sous Bela Kun. Et alors ? Quel rapport ? Le gouvernement avait imposé avec brutalité la collectivisation de l’agriculture et accordé la priorité à l’industrie lourde. Tout manquait, le mécontentement populaire ne cessait de croître. La révolution se profilait et les opposants étaient exécutés par milliers.

La mort de Staline, en 1953, va marquer le déclin de ce stalinolâtre. Sous bien des aspects, il devenait urgent de se débarrasser politiquement de lui. Sous la pression de Moscou, il doit céder dans un premier temps, dès 1953, le poste de premier ministre à Imre Nagy, qu’il ne cessera dès lors de persécuter. Il en fera le bouc-émissaire idéal de la faillite économique.

Il devra ensuite abandonner son poste de dirigeant du PC hongrois en juin 1956. Dans la foulée, il est « invité » en Union soviétique pour « se  soigner ». Les temps avaient un peu changé, il ne sera pas soigné définitivement, mais contraint de demeurer au… Kirgiz, en Asie centrale. Il y restera jusqu’à sa mort, en 1971.

L’insurrection de Budapest eut lieu en octobre 1956, peu après son départ. Elle sera matée dans le sang par les soviétiques.

12/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (13)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

YENOCH GERSHONOVITCH IEGUDA, dit GENRIKH IAGODA

74593c6557b75f05861647be7bcc87ef.jpgVoilà un personnage particulièrement sympathique, qui mériterait que l’on se penche avec beaucoup d’attention et de précision sur ses activités. Mais force est de reconnaître qu’à l’heure actuelle, la littérature à son sujet est infiniment plus mince que celle qui fleurit sur ses homologues nationaux-socialistes. Et pourtant ….

Iagoda naît en 1891 dans une famille juive de Lodz, en Pologne, qui fait alors partie de l’empire tsariste. Il rejoint les bolcheviques en 1907 et après la révolution d’octobre, intègre la tchéka.

Cette police secrète chargée des basses œuvres du régime – et il y aura amplement de quoi s’occuper – est créée le 20 décembre 1917 par un décret signé de Lénine. A partir de cette date,  elle va agir en dehors de toute légalité, ne répondant de ses actes que devant le gouvernement. Elle sera dirigée dans un premier temps par Félix Dzerzhinsky, qui mourra en 1926 d’une attaque cardiaque.

Iagoda grimpe vite les échelons à l’intérieur de la tchéka et il seconde avec zèle Dzerzhinsky dès septembre 1923. Il a alors 32 ans. A la mort de celui-ci, en 1926, il secondera avec autant d’efficacité le nouveau patron, Vyacheslav Menzhinsky.

Ce dernier ne tarde pas à tomber gravement malade, circonstance qui permet à Iagoda de contrôler en fait la police secrète dès la fin des années 20. La  tchéka sera « remplacée » en 1922 par la GPUGuépéou – qui sera à son tout remplacée par le NKVD en 1934. Mais si les appellations changent, les méthodes ne s’adoucissent pas pour autant. Elles vont même se sophistiquer et atteindre des raffinements dans la torture assez hallucinants. Les activités de ces polices secrètes, encore un sujet d’étude à creuser. A condition d’avoir le coeur bien accroché.

Il y avait même au sein de la tchéka bon nombre de volontaires chinois venus pour apprendre certaines « méthodes révolutionnaires » et qui, en retour, enseigneront à leurs distingués collègues quelques subtilités inconnues jusque là sous leurs cieux.

Chef de la police secrète, Iagoda participera à toutes les campagnes de terreur menées par le pouvoir et en particulier à la collectivisation forcée des campagnes et à la « dékoulakisation », déportation en masse de tous les paysans prétendument aisés, les koulaks. En février 1930, il remarque ainsi au bas d’un rapport : « Les régions nord-est et Léningrad n’ont pas compris nos consignes ou bien ne veulent pas les comprendre ; il faut les obliger à comprendre. Nous ne sommes pas en train de nettoyer les territoires de popes, commerçants et autres. S’ils disent « autres », cela veut dire qu’ils ne savent pas qui ils arrêtent. On aura tout notre temps pour se débarrasser des popes et des commerçants, il faut aujourd’hui frapper précisément la cible : les koulaks et les koulaks contre-révolutionnaires ».

A partir de 1930, il aura également la responsabilité  de l’organisme chargé de gérer les « camps de travail forcé » d’URSS, le fameux Goulag. Et il sévira également durant l’horrible famine organisée par le pouvoir en 1932-33.

Iagoda est un proche de Staline qui le nomme en 1934 – c’est le sommet de sa carrière – commissaire du peuple aux affaires intérieures (NKVD),  où il dirige police secrète et police officielle. Staline compte sur lui pour mettre en scène les grandes purges et les procès qui se préparent. Cela fonctionnera bien jusqu’en 1936 car Iagoda donne tout d’abord satisfaction à son maître lors du 1er procès de Moscou, qui verra l’exécution de Zinoviev et Kamenev.

Mais les choses ne tardent pas à se gâter pour lui. En septembre 1936, Staline adresse un télégramme comminatoire au Bureau politique, ainsi rédigé: « Il est absolument nécessaire et urgent que le camarade Iejov soit désigné au poste de commissaire du peuple à l’Intérieur. Iagoda ne s’est manifestement pas montré à la hauteur de sa tâche pour démasquer le bloc trotskiste-zinoviéviste. La Guépéou a quatre ans de retard dans cette affaire ».

Le voilà donc remplacé par son ex-adjoint, Nikolai Yezhov, autre sinistre personnage, qui supervisera à sa place les grandes purges de 1937-38. En mars 1937, Iagoda est arrêté sous l’accusation de trahison et de complot contre l’Etat. Il sera exécuté le 15 mars 1938 à Moscou.

Je vous suggère de relire l’article du journaliste israélien Sever Plocker, Les juifs de Staline, dont j’avais donné la traduction sur ce blog le 3 mars. A propos de Iagoda, il écrivait ceci :

« (…) Un étudiant israélien termine le lycée sans avoir jamais entendu prononcer le nom de Genrikh Yagoda, le plus grand meurtrier juif du XXe siècle, chef adjoint de la GPU et fondateur-dirigeant du NKVD. Yagoda a consciencieusement exécuté les ordres de Staline pendant la collectivisation, et est responsable de la mort d’environ 10 millions de personnes. Ses employés juifs ont mis en place et géré le système des goulags. Après être tombé en disgrâce auprès de Staline, Yagoda fut dégradé et exécuté, puis remplacé en tant que chef des bourreaux, en 1936, par Yezhov, le « nain sanguinaire ».

10/11/2007

PROPAGANDE .... ET REALITE D'UN REGIME ASSASSIN

VOILA CE QU'IL ETAIT DONNE A VOIR:

968b922500f01f56d44e049f674e8ffc.jpg

 

..... ET VOILA CE QU'IL EN ETAIT EN REALITE ....(HOLODOMOR - UKRAINE, 1932)

c772aa5865f4972925eb06f88f977766.jpg
752bbaf6ad75797f8703c4594b932a14.jpg

07/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (10)

LAZAR MOÏSSEÏEVITCH KAGANOVITCH

379d58bc03d1bfe5a2de4268fa552dd7.jpgCe très proche collaborateur et adorateur servile de Staline est né en 1893 et, tenez-vous bien, est mort de sa belle mort le 25 juillet….1991. A l’âge canonique de 98 ans ! Après la chute du rideau de fer ! En voilà un de plus en tout cas à avoir échappé à la « fureur antisémite » du maître du Kremlin. Un personnage  particulièrement sympathique, comme nous allons le voir. Mais n’anticipons pas cette épopée et commençons par le début.

Kaganovitch naît dans une famille juive d’Ukraine et débute dans la vie comme apprenti cordonnier. Il adhère au bolchevisme en 1911 et se bat dans l’Armée Rouge durant la guerre civile. En 1920, il est envoyé en Asie centrale, dans le Turkestan.

Contrairement à ses collègues qui l’ont précédé dans cette série, Kaganovitch commence donc sa carrière plutôt petitement. Mais une fois parti, il ne s’arrêtera plus.

Stalinolâtre dès le tout début, il en sera bien récompensé puisqu’il intègre le Comité central du Parti en 1924 et est promu 1er secrétaire du Parti d’Ukraine de 1925 à 1928. Il va s’illustrer une première fois durant cette triste période en soutenant à fond la collectivisation forcée des campagnes, véritable guerre déclarée par le pouvoir aux paysans, et en éliminant sans états d’âme tous les opposants et autres « éléments parasitaires et antisociaux ». Et ils sont nombreux.

Son zèle sera reconnu à sa juste valeur : il est élu en 1930 au Politburo, où il restera jusqu’en 1957, date du début de la déstalinisation. Une longévité absolument remarquable.

De 1930 à 1935, le voilà 1er secrétaire à Moscou. Comme l’indique pudiquement Wikipédia,  « Durant les années 1930, Kaganovitch participe avec zèle et sans état d'âme à la mise en œuvre des réformes économiques et sociales de Staline, notamment la collectivisation de l'agriculture et l'industrialisation aussi rapide que violente de l'URSS, ainsi qu'aux  purges politiques. »

Derrière cette phraséologie lisse, se cache un épisode particulièrement abject d’une carrière pourtant bien remplie à cet égard. Kaganovitch jouera en effet un rôle de premier plan lors de l’Holodomor, la famine orchestrée par le pouvoir, qui fit au bas mot six millions de victimes, dont deux millions d’enfants. Le plan de collecte totalement irréaliste prévu par le gouvernement des soviets n’ayant pas été rempli, et pour cause, Kaganovitch et Molotov sont envoyés en octobre 1932 dans le Caucase du nord et en Ukraine afin d’ « accélérer les collectes » et d’ empêcher à tout prix les paysans de fuir vers les villes.

3c25a97106b1979ef1612b8762e790e5.jpg

Le 2 novembre 1932 – il y a tout juste 75 ans – la commission présidée par Kaganovitch, envoyée dans le Caucase du nord,  adoptera la résolution suivante : « A la suite de l’échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage ».  A partir de ce moment-là, les opérations « anti-sabotage » vont aller bon train et les victimes se compteront par dizaines de milliers. Sans compter les déportations de villages entiers. Un certain Nikita Khrouchtchev s’illustrera d’ailleurs également par sa férocité durant cette sombre période, en Ukraine. Il a été calculé qu’au plus fort de la famine, jusqu’à 33 000 personnes mourraient de faim chaque jour dans cette région.

Durant la Grande Terreur et ses purges, dans les années 1936-39, Kaganovitch continuera à seconder efficacement son maître. Sa signature apparaît au bas de 191 listes de condamnés, en général à mort. Il se rendra d’ailleurs personnellement en 1937 purger le Donbass, Tchéliabinsk, Iaroslav, Ivanovo, Smolensk.  Résultat : il monte encore en grade et devient en 1938 vice-président du Conseil des commissaires du peuple - soit n°2 du pays -, poste qu’il réussira à conserver jusqu’en 1957.

Pendant la guerre, il est membre du Comité d’Etat à la Défense et obtient même en 1943 la distinction rare de Héros du travail socialiste. Il est, le 5 mars 1940, l'un des responsables soviétiques qui contresignent l'ordre d'exécution par le NKVD de 25 700 officiers polonais faits prisonniers par l'Armée Rouge. Ils seront abattus à Katyn et cette tuerie sera, lors du procès de Nuremberg, portée sur la facture payée par les nazis.

Après la guerre, il continue à faire partie du 1er cercle du pouvoir et cumule nouveaux postes et nouveaux honneurs, puisqu’il intègre le Présidium en 1952. Jamais il ne s’opposera aux campagnes « antisémites » de Staline, qu’il soutiendra, bien au contraire.

Il réussira même le tour de force de conserver son influence après la mort inopinée de Staline en 1953, puisqu’il devient ministre du Travail et des Salaires en 1955-56. Il contribue à la montée en puissance d’une vieille connaissance du temps de l’Ukraine, Nikita Khrouchtchev, mais n’en sera pas vraiment récompensé. Ce dernier, qui cherche à se débarrasser de souvenirs gênants, et de témoins embarrassants de la période stalinienne – à laquelle il a pourtant largement contribué – le démet de ses fonctions gouvernementales en 1957.

Mais, heureusement pour lui, les temps ont (un peu) changé. Il n’est donc pas liquidé et ne sera finalement exclu du Parti qu’en 1964.

Il lui reste près de trente ans à vivre, avec ses souvenirs et sans jamais avoir été inquiété pour ses activités criminelles qui en font pourtant l’équivalent d’un Adolf Eichman. L’un comme l’autre zélés, dévoués à la cause et sans états d’âme superflus.

Mais voyez comme c’est étrange : l’un a été justement puni, l’autre est mort dans son lit, médaillé de l’Ordre de l’Union soviétique.