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24/08/2010

« Une monnaie à l’effigie d’un ancien patriarche antisémite scandalise en Roumanie »

« L’ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, Mark Gitenstein, a vivement critiqué, lundi 23 août 2010, une décision de la Banque centrale roumaine de poursuivre la vente d'une monnaie commémorative à l'effigie d'un ancien patriarche orthodoxe aux vues antisémites, à l'origine de vives critiques de la part du Musée de l'Holocauste de Washington.

 

"Je suis très déçu par la décision de la Banque nationale de Roumanie de mettre à la vente une monnaie commémorative du patriarche Miron Cristea", a déclaré Mark Gitenstein. "Les actions de Cristea en tant que Premier ministre, tout particulièrement son rôle dans la révocation de la citoyenneté roumaine de plus de 225.000 juifs – ne peuvent être oubliées", a-t-il ajouté. »

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

 

 

11.jpgA la lecture de ce qui précède, on comprend qu’il convient de nettement relativiser le titre choisi pour annoncer cette nouvelle : cette monnaie scandalise-t-elle tant que ça en Roumanie ? Ou ne scandalise-t-elle surtout (et peut-être seulement) que l’ambassadeur américain en Roumanie, Mark Gitenstein, lui-même d’origine roumaine, ses grands-parents ayant émigré à la fin du XIXe siècle ? Petit amalgame discret, en passant.

 

Bref, ce qui est certain en tout cas, c’est que la Banque nationale de Roumanie ne s’est pas couchée devant les pressions et a maintenu sa position. Vous lirez toute l’histoire dans le lien ci-après. Miron Cristea fut le patriarche de Roumanie de 1925 à 1939 et le premier ministre du pays, alors une monarchie, de 1938 à sa mort, survenue en 1939. C’est vrai qu’il n’aimait pas beaucoup certains juifs et le site juif.org rappelle avec indignation cette phrase : "Le devoir du Chrétien est d'abord de s'aimer lui-même et de veiller à la satisfaction de ses besoins. Ce n'est qu'ensuite qu'il peut aider son voisin [...].  Pour quelle raison ne nous débarrasserions-nous pas de ces parasites [les Juifs] qui sucent le sang du Roumain chrétien'  C'est logique et saint de prendre des mesures contre eux."

 

Replaçons-nous quand même dans le contexte de l’époque avant de pousser des cris effarouchés: une révolution bolchevique récente en Russie, qui rêvait d’étendre ses bienfaits humanitaires à toute l’Europe de l’est. En attendant de le faire au reste de l’Europe. Et à la planète entière. Et même au cosmos, tant qu’on y était.  Force est de reconnaître qu’un nombre certain de juifs y furent particulièrement actifs, même s’ils ont tendance à zapper aujourd’hui lorsqu’on leur parle de la chose. Qui ose leur en parler d’ailleurs ? Donc, pour en revenir à notre patriarche, on peut imaginer ses craintes. D’ailleurs, il est mort à temps. Avant de voir les communistes s’emparer du pouvoir en 1945 et faire régner en Roumanie une terreur rouge dont on se rappelle aujourd’hui encore. Où s’illustra une certaine Ana Pauker, fille de rabbin, stalinienne pure et dure qui participa activement à la politique de collectivisation forcée imposée au pays. Et bien d’autres encore.

 

 

http://www.juif.org/blogs/26991,miron-cristea-raciste-et-antisemite-honore-par-la-banque-centrale.php

23/02/2010

« Holocauste : deux Juifs déportés en Transnistrie font enfin condamner l’État roumain »

« Le tribunal de Galaţi a récemment condamné l’État roumain « pour les souffrances et les abus » infligés à deux frères juifs déportés en Transnistrie entre 1941 et 1945, sous le régime du Maréchal Antonescu. Une première judiciaire qui pourrait faire jurisprudence, 70 ans après les violents pogroms organisés dans le pays.

Par Mirela Corlățan

tn_8c0d365eacc0f2acdfae9b94298587cf-2.jpgDevy Abraham avait huit ans quand il a été déporté en Transnistrie avec sa famille. De retour chez lui en 1945, à l’heure de la puberté, l’expérience de la mort l’avait déjà fait vieillir. Pourtant, après avoir échappé aux griffes des artisans de l’Holocauste, il a continué de vivre des décennies avec la peur au ventre à cause de la Securitate. Il aurait voulu crier sa souffrance de s’être fait voler sa jeunesse et d’avoir vu sa famille détruite, et pourtant l’instinct de survie l’a poussé à l’autocensure.

 

 

En 2005, après des années d’hésitation, il a décidé de se libérer - essentiellement de la prison de sa propre mémoire - et de réclamer la condamnation de ceux qui l’ont fait souffrir. Quatre ans plus tard, après une lutte inégale contre l’État, Devy Abraham a obtenu une deuxième condamnation du général Ion Antonescu. Une condamnation symbolique obtenue devant le tribunal de Galaţi et qui lui réchauffe le cœur. Lui et son frère Sami, qui n’était qu’un nourrisson quand on l’a déporté, sont les premières victimes de l’Holocauste à obtenir réparation devant la justice roumaine.

 

 

« Le Juif Isac Abraham sera exécuté. » C’est par cette sèche sentence que le calvaire de la famille de Devy a commencé. C’était en plein hiver 1941, au siège du commandement légionnaire du port de Galaţi. Isac, le père de Devy et de Sami, s’est rendu aux légionnaires [3] après avoir échappé pendant deux ans à l’enrôlement dans les bataillons de travail destinés aux Juifs.

 

 

« En 1932, Papa a quitté sa ville de Siret, en Bucovine, pour Galaţi », raconte Devy. « C’est là qu’il s’est marié avec ma mère Fany Weisman. En 1939, il a reçu une convocation pour les bataillons de travail mais les autorités ont dû le chercher pendant longtemps à Siret. Début 1941, ils ont retrouvé sa trace à Galaţi. »

 

 

Dans un premier temps, Isac s’est caché chez des amis. Mais les gendarmes ont mis la main sur son épouse qu’ils ont battue, ce qui l’a poussé à se rendre immédiatement. « Quand nous sommes allés le trouver sur le port, il était à terre, à genoux, frappé jusqu’au sang », se souvient Devy.

 

 

L’image du capitaine Soare, le chef des gendarmes qui a prononcé la sentence fatidique contre son père, lui revient en mémoire et fait naître un rictus sur son visage. « Moi, j’avais huit ans, mon frère en avait un. Ma mère, qui tenait Sami dans ses bras, a sauté aux pieds de mon père tandis que moi je me suis mis à pleurer. » Sur le moment, il lui a semblé qu’on faisait une faveur croyant, avec bonheur, qu’on venait d’épargner le chef de sa famille. Il ne se doutait pas que lui, sa mère et son frère assisteraient finalement à la mort.

 

 

Lente extermination par la faim

 

 

Les Abraham ont été la seule famille de Galaţi à être déportée en Transnistrie. Après que le capitaine Soare a épargné la vie du « Juif Isac », ce dernier a été forcé de renoncer aux quelques économies qu’il avait faites en tant que cordonnier et d’embarquer, avec sa femme et ses deux enfants, sur une péniche en direction de l’Ukraine. Arrivée à destination, la famille a ensuite pris différents trains de marchandises jusqu’à Chişinău. C’est à ce moment là qu’ils sont devenus de simples numéros. Ils rejoignaient les dizaines de milliers de Juifs envoyés dans les camps de Transnistrie. « On a marché les uns derrière les autres pendant des centaines et des centaines de kilomètres », explique Devy Abraham. « Nous nous sommes arrêtés après neuf mois, pas très loin de Bug, dans le camp de Halcineţ, dans le département de Moghilev. »

 

 

Sur place, en guise d’abri, on leur avait préparé une étable où l’on entassait jusqu’à 30 personnes dans une petite pièce. Ils dormaient à même la terre de glaise, sans fenêtre, sans porte. Pour exterminer, le régime Antonescu ne s’est pas fatigué à mettre sur pied des chambres à gaz mais il a utilisé une méthode plus économique et plus sûre : l’affamation. « La faim, les poux et le froid faisaient mourir les gens », raconte Devy.

 

(…) 

 

 

Après la guerre, Devy a entretenu sa famille avec son salaire de vendeur dans une droguerie. Peu à peu, il s’est mis aux études pour devenir technicien en pharmacie. Son frère, Sami, qui s’est établi à Râmnicu-Vâlcea (centre du pays), a travaillé dans l’armée et a eu deux enfants qui ont émigré en Israël après 1990. Leur mère, Fany, s’est retrouvée inapte au travail après avoir reçu une balle qui n’a pas pu être extraite. Elle est décédée en 1991. Il y a 30 ans, Devy a appris que, finalement, sa tante Carolina et son cousin Jean avaient réussi à embarquer sur un bateau pour la Palestine.

 

 

En 2005, Devy a décidé de déterrer les horreurs du passé et a poursuivi l’État roumain en justice pour les souffrances qu’il a endurées. L’année suivante, une maladie impitoyable lui a pris sa fille tandis que sa femme est devenue aveugle et paralysée. Mais lui n’a pas cédé. Même s’il avait des avocats, il s’est présenté seul à la barre. Il a d’abord perdu en première instance à Galaţi mais la Haute Cour de justice a demandé un nouveau procès.

 

 

En octobre 2007, le Tribunal de Galaţi lui a donné gain de cause. « Une personne qui a été privée de liberté ou dont on a limité la liberté de façon illégale voire immorale a le droit d’être dédommagée », ont motivé les juges.

 

 

La cour d’Appel de Galaţi a confirmé cette décision et, depuis juin 2009, les frères Abraham attendent toujours leurs 360.000 lei de réparation (environ 90.000 euros). Cet argent public tarde vraiment à venir surtout que, maintenant, il est « inclus dans le nouveau budget », selon la Direction des finances de Galaţi. Ce n’est pas beaucoup mais pas peu non plus pour de vieilles personnes qui pourraient assouvir des désirs cachés. Devy pourrait, par exemple, aller en Israël. Mais non, il ne souhaite que manger du gâteau... »

 

Source : http://balkans.courriers.info/article14513.html

 

 

A moins d’avoir un cœur de pierre, vous aurez été touchés par cette pathétique histoire, que j’ai considérablement abrégée (intégralité dans le lien), dont curieusement, nous n’avons pas beaucoup entendu parler jusqu’à présent.

 

Il était vraiment très méchant, Ion Antonescu, qui a « dirigé la Roumanie d’une main de fer entre 1940 et 1944 ». D’ailleurs, il était d’extrême-droite, c’est tout dire.

 

Après, les Roumains ont eu de la chance car les communistes sont arrivés au pouvoir en 1945. A commencé alors une aimable dictature balkanique qui va durer quarante-cinq ans et faire au bas mot, selon les chiffres officiels, deux millions de morts.

Qui seraient bien en droit aussi, il me semble – ou du moins leurs descendants – de demander quelques comptes.

 

On se demande d’ailleurs pourquoi Devy n’a pas eu l’idée de déterrer les horreurs du passé plus tôt, car en 1948, par exemple, il aurait eu une interlocutrice de choix pour ce faire: une coreligionnaire, fille de rabbins, Ana Pauker. A cette date, elle était ministre des affaires étrangères et faisait la une du Time américain avec cette légende admirative « La femme la plus puissante à l’heure actuelle ». Une stalinienne pur sucre qui a laissé de drôles de souvenirs en Roumanie … Et elle n’était pas toute seule. Se sont signalés à cette époque quelques autres Révolutionnaires juifs, dont je parle dans mon bouquin.

 

Il ne leur a rien demandé à eux, Devy ? Pourquoi ?

26/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (19)

LES VOISINS

HANNAH RABINSOHN, dite ANA PAUKER

Oui, j’intitule cette sous-série Les Voisins car il y a bien des personnalités intéressantes  à cette époque-là également dans les pays voisins de l’URSS, pays qui ont eu la malchance de tomber dans son orbite. Ce n’est nullement que j’aie épuisé le sujet côté bolcheviques russes, loin de là, mais ça nous distraira d’aller faire un tour ailleurs. On reviendra à notre sujet principal ensuite.

Je commence par Ana Pauker dont j’ai parlé avant-hier. Elle était la tante de Zarubina, qui a mené la brillante carrière d’espionne que l’on sait. Une famille où on ne s’ennuyait pas.

Née Hannah Rabinsohn, elle était, comme son nom l’indique, issue d’une famille de rabbins de Moldavie, alors partie de la Roumanie. Elle naît en 1893 et, fait assez étonnant pour son époque, apprend l’hébreu. Elle devient enseignante et rejoint le parti socialiste roumain dès 1915. Une faction pro-bolchevique s’y crée, dont elle fait partie, faction qui prendra le contrôle du parti en 1921. Celui-ci rejoint la grande famille de l’Internationale communiste, le Komintern, sous le nom de parti communiste-socialiste roumain.

Elle en devient rapidement l’un des dirigeants, avec son époux Marcel Pauker. Arrêtés en 1922 en raison de leurs activités politiques, ils émigrent en Suisse. Elle se rend ensuite en France où elle est instructeur pour le Komintern, avant de rentrer en Roumanie. Entre-temps, elle participe également aux mouvements communistes dans les Balkans. Elle est arrêtée en 1935 en Roumanie et traduite devant un tribunal avec d’autres dirigeants communistes. Le pays est alors une monarchie. Condamnée à 10 ans de prison, elle sera échangée en 1941 contre un Roumain détenu par les soviets.

03107e6e4e022799383a77a2a145b3ff.jpgEntre-temps s’est passé un épisode assez trouble dont son mari est la victime. Je dis trouble car il a été susurré en divers endroits qu’Ana Pauker n’était peut-être pas étrangère aux malheurs survenus à son époux. Marcel Pauker, né lui aussi dans une famille juive en 1896, avait fait des études d’ingénieur en Suisse. Communiste convaincu, il prend part durant toutes ces années aux mêmes activités que son épouse, activités qui le conduisent fréquemment à Moscou. Il y sera hélas pour lui en mars 1937, juste à temps pour la Grande Purge. Arrêté par le NKVD sous l’accusation d’espionnage en faveur de la Roumanie ( !), il est torturé, condamné à mort et exécuté en 1938. Il avait eu trois enfants avec Ana Pauker, nés en 1921, 26 et 28, plus un, prénommé Yakov, né en 1931 d’une militante ardente, Roza Elbert.

Donc échangée et apparemment pas rancunière, Ana Pauker se retrouve en 1941 à Moscou où elle devient la dirigeante des communistes roumains exilés, connus sous le nom de faction moscovite.

En 1944, elle rentre en Roumanie en même temps que l’Armée Rouge. Le 6 mars 1945, les communistes s’emparent du pouvoir. La dictature s’abat sur le pays et fera, selon les chiffres officiels, deux millions de morts civiles en 45 ans.

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Ana Pauker participe au premier gouvernement de l'après-guerre. Elle devient ministre des affaires étrangères en 1947. Elle est alors à son zénith et fera la couverture du magazine américain Time en 1948 sous le titre La femme la plus puissante à l'heure actuelle. Cette même année, elle est chargée de l'agriculture et à ce titre participe activement à la politique de collectivisation forcée imposée au pays.

Des luttes de pouvoir au sein de l’appareil communiste roumain vont l’écarter au profit du chef de l’Etat, Gheorghiu-Dej - avec qui elle est en rivalité depuis des années - qui persuade Staline de purger Pauker et ses soutiens. La voilà à son tour accusée en 1952. De « cosmopolitisme », car c’est le terme à la mode. Elle est arrêtée en février 1953 et interrogée en vue de son procès. Mais Staline meurt opportunément en mars 1953, ce qui la sauve.

En partie du moins, car considérée comme une stalinienne pure et dure, avec tous les excès que cela avait comporté pendant des années, la déstalinisation, bien que fort limitée en Roumanie, va l’écarter cette fois encore. Pas pour des raisons idéologiques, encore moins « morales »  bien sûr, mais uniquement pour des rivalités de pouvoir.

Elle est cependant autorisée à travailler comme traductrice de français et d’anglais pour la maison d’édition Editura Politicà. Elle meurt en juin 1960 à Bucarest.

3abff925ec5cbb79107d9d05e96f9a4e.jpgEn 2001, dans le but de redorer le blason d’un personnage dont l’évocation suscite aujourd’hui encore la crainte en Roumanie, Robert Lévy lui consacrera un livre intitulé The Rise and Fall of a Jewish Communist (Ascension et chute d’une communiste juive). Il n’est pas trop méchant avec elle.

Si vous souhaitez un autre son de cloche, je pense que celui-ci sera plus indiqué : il a paru cinquante ans plus tôt, en 1951, sous la plume de Nicolas Baciu et s’appelle Des geôles d’Anna Pauker aux prisons de Tito. Il est certainement intéressant.

Comme il y a peu de descriptions de Pauker, celle-ci, parue en 1952 sous la plume de la princesse Ileana de Roumanie (1909-1991) dans son livre I live Again est d’autant plus précieuse (et on peut faire confiance à une femme pour cela) : « …J’ai toujours pensé lorsque j’étais près d’elle qu’elle ressemblait à un boa constrictor qui venait d’être nourri et qui par conséquent n’allait pas vous manger – tout de suite ! Lourde et molle comme elle semblait être, elle possédait tout de ce qui est à la fois repoussant et horriblement fascinant dans un serpent. Il ne m’était pas difficile d’imaginer, rien qu’en la regardant, qu’elle avait pu dénoncer son propre mari, qui fut ensuite exécuté ; la connaissant mieux par la suite, je pus comprendre par quel éclat froid et déshumanisé elle avait pu atteindre la situation puissante qu’elle occupait. »