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28/08/2007

FAITES CE QUE JE DIS, MAIS SURTOUT PAS CE QUE JE FAIS!

Vous allez admirer une magistrale illustration de ce principe dans l'article suivant, paru sur le site http://ladroitestrasbourgeoise.blogspirit.com/  .

"050262642ec04d837cca40c9057e7e9d.jpgLes Dernières Nouvelles d'Alsace de ce jour (dimanche 26 août) nous apprennent que le rabbin Yonathan Lévy, qui partageait ses fonctions entre les communautés juives libérales de Montpellier et de Strasbourg a été brutalement remercié par la fédération du judaïsme libéral. Pourquoi ce licenciement soudain ? C'est que, nous explique le quotidien, le rabbin Lévy a eu l'impudence d'épouser en juillet une pasteure de l'Église réformée de France !
Singulière décision, avouons-le, que ce lourdage expéditif. Aux yeux de certains, la huguenote ne pourrait pas faire bon ménage avec le docteur de la loi juive. Une pareille exclusion surprend à l'heure où nous sommes tympanisés par l'injonction mille fois réitérée de déposer le sac de nos origines pour nous mélanger et faire à l'Autre le présent de nos identités. A l'heure où l'évangile métisseur répété en boucle par tous les tuyaux de la communication citoyenne nous commande de n'exister que dans la sarabande des croisements et des hybridations.

Le paradoxe, c'est que les diverses confessions judéo-chrétiennes ne sont jamais en reste pour entonner le péan mélangiste. Leur pathos s'articule sans fin sur la nécessité de l'ouverture, de la rencontre et du partage. Un seul credo d'ailleurs, du camp laïque au camp religieux: le culte de l'Autre, la bénédiction de l'Alter. Un seul mot d'ordre: s'extraire de nos identités "frileuses" pour réaliser dans l'indistinction du genre humain la promesse d'une humanité pacifiée et heureuse. C'est établi de source sûre: l'identité c'est la crispation sur une construction imaginaire, c'est la fermeture, le rétrécissement, le rabougrissement et pour finir, la barbarie et le crime. D'où l'ironie qui nous titille quand nous rencontrons une information de cet acabit. Le rabbin Lévy se serait corrompu dans l'impureté en frayant avec une chrétienne. Soit.
Renégat, il ne serait plus digne d'enseigner à ses ouailles les beautés de la parole divine. Et le voilà débarqué pour cause de trahison à l'exclusivisme religieux.

Serait-il possible que les religions à prétention universaliste, à commencer par le judaïsme prétendument "libéral", soient les premières à s'exonérer de l'obligation morale qu'elles font aux autres de se perdre dans la soupe mondialisatrice qui plaît tant à l'occident contemporain? Un occident post historique qui voit dans le métissage des cultures et des religions la fin tant attendue de la négativité, du conflit et de toute dialectique, et, finalement, de toute vie humainement vivable, ainsi que l'ont parfaitement analysé Philippe Muray et Jean Baudrillard, des intelligences qui nous font aujourd'hui cruellement défaut.
Ce n'est pas sans une certaine ironie, c'est vrai, que l'on voit, ce jour, les tenants d'une croyance qui se pose en institutrice de l'universel, faire défaut au message qu'ils tiendraient du Très-Haut pour pratiquer une purge sectaire qui contredit avec tant d'insolence les commandements dont ils nous abreuvent. A ce point, le sourire voltairien éprouve le plus grand mal à réprimer le mouvement des zygomatiques...

Et pourtant, le paradoxe ironique une fois cultivé, il n'en reste pas moins cette vérité historique incontournable. Depuis 2000 ans qu'ils vivent en diaspora, minoritaires au milieu des nations, c'est grâce à leur fidélité et à leur inflexibilité que les juifs, orthodoxes ou libéraux, ont su porter jusqu'aux temps présents le témoignage d'une identité maintenue envers et contre tout. Si ils avaient dû conjuguer l'universel comme il nous est fait obligation aujourd'hui de le cultiver, il n'existerait tout simplement plus de juifs pour témoigner d'une des potentialités de l'humanité. Ils ont vécu dans l'affirmation d'eux-mêmes contre vents et marées et ceci au prix d'une fermeture volontaire, entourés de mépris et souvent en butte à la haine des gentils. Et ce réflexe de survie ne s'est pas dissous dans le nihilisme contemporain et dans son apologie toujours ressassée de la flexibilité et du déracinement salvateur. L'éviction du rabbin Lévy, aussi déplaisante puisse-t-elle paraître, rappelle à tous, et particulièrement à des catholiques "de progrès" empressés de prouver leur bonne foi dans le culte d'un oecuménisme caoutchouteux négateur de toute affirmation spécifique, que la fidélité a des exigences qu'il faut savoir maintenir même quand elles déplaisent à l'opinion publique, ou du moins à ce qu'on tient pour telle. L'abolition de toute différence qui est la tentation morbide d'un occident en fin de cycle débouche davantage sur l'anomie que sur la réconciliation. Et c'est pourquoi cette éviction est aussi une leçon.
Ce qui vaut pour les juifs et souvent aussi pour les musulmans ne pourrait-il valoir pour les autres ? N'est-ce pas le cardinal Ratzinger qui déclarait il y a peu que plus une religion correspond avec le monde et plus elle devient superflue.
Nous souhaitons en tous cas beaucoup de bonheur au rabbin Lévy et à sa compagne."

Coclés

J'ajoute à cet excellent article mon grain de sel, trouvé sur http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3441927,00.html  , qui relate également l'affaire. Sous le titre No ordinary love, on apprend que la famille de la mariée du côté maternel  était en fait juive, mais avait dû le cacher, vous devinez pourquoi. La pasteure était donc à la recherche de ses racines juives lorsqu'elle a opportunément trouvé à les cultiver de près, en la personne de Jonathan Lévy. Au résultat des recherches, il s'est avéré que selon la halacha, la loi juive, elle était juive elle-même. Ce qui ne l'a pas empêchée de conserver son ministère tandis que, comme on l'a vu, son époux perdait le sien. Ils se sont mariés à Jérusalem il y a six semaines et envisagent de partir un jour pour Israël.

Voilà en tout cas une belle histoire de métissage religieux et néanmoins amoureux, un magnifique exemple d'alliance judéo-chrétienne, qui devrait transporter d'aise tous les thuriféraires patentés de la tolérance et de l'ouverture, non? La mariée a d'ailleurs affirmé: "C'est un mariage à trois: Jonathan, moi et Dieu. Je suis toujours pasteur protestant et je crois toujours en Jésus. Nous prions tous les deux chaque matin". "Je vois notre mariage comme une union symbolique entre l'Ancien Testament et le nouveau", a ajouté le nouvel époux. Un sentiment loin d'être partagé par les officiels juifs, ce qui a fait dire à Jonathan: "J'en suis triste. J'aimerais que mon mouvement soit aussi tolérant qu'il le prêche aux autres. Tout ce qu'ils sont capables de voir, c'est qu'un rabbin a épousé une pasteure. Ils ne sont pas capables de considérer que Jonathan a épousé Catherine".