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05/08/2007

9) QUELQUES PROCES DE LA LICRA

Dans la série "Quelques procès de la LICRA", voici le 9e épisode, tiré des mémoires de l'avocat Georges-Paul Wagner, publiés en 2000 sous le titre D'un Palais l'autre.

9) Patrick Gaubert, le conseiller antiraciste de Charles Pasqua

00621afebe3da24d0f6d142b473ee75c.jpg« C’est encore une mort tragique qui fut à l’origine du procès que je plaidai le 31 octobre 1995 contre Patrick Gaubert, ancien conseiller chargé de la lutte antiraciste auprès du ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua. Dans cette fonction, dont on ne savait pas très bien si elle était officielle ou officieuse (le débat tourna longtemps autour de cette question), Patrick Gaubert s’était distingué en annonçant une nouvelle réforme de la loi sur la presse et un combat renouvelé contre les journaux dits d’extrême-droite. Il avait été à l’origine de la création de cellules contre le racisme dans chaque département, avec interventions dans ces cellules de toutes les ligues de vertu dites antiracistes (à l’exclusion de l’AGRIF). Le procureur de la République était invité, au sein de ces cellules, à agir et à multiplier les procédures à l’encontre des « coupables ». Définissant, dans un n° de septembre 1993 du mensuel L’Information Juive le combat qu’il menait, il écrivait : « Quant aux librairies, journaux et aux moyens de communication qui prônent légalement des discours xénophobes, si certains se croient protégés par leurs tirages, ils se trompent. Nous les ferons disparaître. »

345bdb520971d0458c077527f92cb5ad.jpg« Faire disparaître » ses adversaires, tel était le sens du combat essentiel de Gaubert. Alain Sanders en avait déduit et forgé le mot « gaubertisé » pour dire « disparu ». Ecrivant un article sur Sébastien Dezieu, jeune militant nationaliste tombé du 5e étage d’un immeuble le 7 mai 1994 en tentant d’échapper à la police qui le poursuivait pour sa participation à une manifestation interdite, Alain Sanders avait écrit de ce malheureux adolescent qu’il avait été « gaubertisé ». Un an plus tard, commémorant cette disparition tragique, il comparait la poursuite implacable de la police à l’encontre de ce jeune garçon qui n’avait rien fait, avec la complaisance et l’inertie de la même police à l’égard d’autres « jeunes » qui cassent les vitrines et pillent les magasins en marge des manifestations. Et se souvenant de la volonté de Gaubert de « faire disparaître » ce qu’il appelait l’extrême-droite, sa presse et ses militants, il employait à nouveau le terme de « gaubertisé » pour décrire le sort du jeune Sébastien Dezieu. Gaubert prétendit que l’utilisation de son nom dans ces conditions  tenait de la diffamation et il cita devant le tribunal Alain Sanders, en vertu de l’article 32 de la loi du 29 juillet 1881.

L’atmosphère de l’audience et de ses alentours fut particulièrement chaude. Les amis de Présent et de Sanders étaient nombreux dans la salle et en dehors de la salle. Je me souviens qu’en arrivant devant la 17e, j’assistai à un pugilat violent entre un petit groupe d’extrémistes juifs et un autre groupe de militants du Front national. Les gendarmes du palais durent s’interposer entre les combattants. Enfin Gaubert fit son apparition sous une protection policière importante.

Pour défendre Alain Sanders, j’utilisai une phrase de Paul Valéry que m’avait apprise Stephen Hecquet : « Il reste d’un homme ce que donne à penser son nom ». Patrick Gaubert avait voulu être l’homme qui fait disparaître toute une gamme d’opinions et une catégorie de population de la face politique de la terre française. Il avait voulu, comme on dit, attacher son nom à cette tâche. Il devait supporter les conséquences de sa volonté persévérante, mise au service du ministère de l’Intérieur et de Charles Pasqua. En lever de rideau, je soulevai au surplus un moyen, qui paraissait évident. Gaubert se prétendait

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