02/05/2012

UNE TRADITION FAMILIALE

Marine Le Pen a donc déclaré hier sans surprise qu’elle voterait blanc au second tour, comptant bien entraîner à sa suite le plus possible de ses électeurs. Autant de voix que n’aura pas Sarkozy et la « droite ». Et donc, logiquement, autant pour Hollande et la gauche. Je ne mets pas de guillemets à gauche car elle au moins, a le (seul) mérite d’être vraie. Tandis que la « droite » …

 

Toujours est-il que cette position s’inscrit parfaitement dans la ligne traditionnelle du FN qui s’est toujours efforcé de favoriser la gauche. Il faut reconnaître qu’il avait à cela un certain nombre de raisons. Cette hostilité maladive de Le Pen envers la « droite » et son chef de file Chirac, avait été contestée par Bruno Mégret vers la fin des années 1990 et ce fut justement l’une des causes du clash.

 

Pour mémoire, avant d’aborder les présidentielles plus récentes, je rappellerai que dès 1965, l’extrême-droite appelait à voter Mitterrand au second tour. Tixier-Vignancour était alors candidat, Jean-Marie Le Pen était son directeur de campagne et comme Mitterrand, ils étaient farouchement antigaullistes.

 

Voyons à présent les élections qui virent JMLP participer, sauf en 1981 :

 

1974 : le FN a tout juste deux ans d’existence, ce n’est qu’un groupuscule. Voulant pourtant exister sur la scène politique, Le Pen se présente pour la première fois à cette présidentielle anticipée. Il ne fallait que 100 signatures à l’époque, qui lui seront facilitées par Jacques Dominati. L’objectif, en aidant à sa participation, était de récupérer le vote pied-noir pour Giscard, au détriment du gaulliste Chaban-Delmas.

Au 1er tour, Le Pen, illustre inconnu, obtiendra … 0,75% des voix. Il appellera à voter Giscard au second tour. Ce sera bien la seule fois.

 

1981 : cette fois, la barre est passée à 500 signatures (merci Giscard) que Le Pen n’obtient pas. Son mouvement, qui n’a pas encore opéré sa percée de 1983 (merci Mitterrand), est quasi inconnu. Au second tour sont présents Mitterrand et Chirac. Le Pen appelle à voter blanc ou à s’abstenir.

 

1988 : cette fois, le FN est en pleine ascension, grâce à la gauche qui s’en sert plein tube pour rester au pouvoir en divisant la droite (le miraculeux étant que ça marche toujours aussi bien). Le Pen a même un groupe de 35 députés à l’Assemblée. Et cette fois, il a eu sans problème ses signatures.

Tout grisé, il est persuadé d’arriver au second tour et de pouvoir battre Mitterrand. Dès mai 1987, il annonçait publiquement espérer un score d’au moins 20%. Il tombe donc de haut au soir du 24 avril 1988 : 14,38% des voix, il n’est que 4e derrière Mitterrand, Chirac et Barre.

C’est ce Chirac exécré qui est 2e. Au second tour, JMLP refusera de choisir « entre le pire et le mal ». Mitterrand sera réélu.

 

1995 : nouvelle déception. Le Pen arrive une nouvelle fois 4e avec 15% des voix, derrière Chirac, Jospin et Balladur. Au second tour, il déclare que « Chirac, c’est Jospin en pire », consigne à peine déguisée pour le vote « révolutionnaire ». Attitude qui creusera l’incompréhension au sein du FN, Mégret, le n°2 se tenant sur une ligne opposée. Chirac est néanmoins élu.

 

2002 : l’histoire est connue. En raison de la multiplication des candidats de gauche, Jospin est exclu du second tour, avec 16,18%. Le Pen fait 16,86% et Chirac 19,88%. Bruno Mégret faisant, quant à lui 2,34%,  l’extrême-droite totalisait cette année-là 19,20% des voix. Ce qui relativise fortement la « poussée historique » de la semaine dernière. Mais le système a ses raisons que la logique mathématique ignore …

Pour une fois, Le Pen n’aura pas de consigne à donner pour le second tour, où il termine à 17,79%. En clair, il n’aura récupéré qu’une grosse moitié des électeurs de Mégret. Et pas l’ensemble de l’ « extrême-droite ».

 

2007 : le fringant Sarkozy et ses promesses mirobolantes étant passées par là, Le Pen (à près de 80 balais) termine, on le sait, à 10,44%, encore en 4e position derrière Sarkozy, Royal et Bayrou. Au second tour, il appelle à voter blanc ou à s’abstenir.

 

Au FN, comme souvent ailleurs du reste, tout change et tout est toujours pareil.

01/04/2012

LES PARRAINS ET MARRAINES DE MARINE LE PEN

Il n’est jamais inintéressant de se pencher sur les listes officielles des signatures, rendues publiques hier.

Je constate, s’agissant du FN, que tout compte fait, ce mouvement  n’a pas dû être tellement à court de signatures que ça. J’en veux pour preuve le fait tout simple que Jean-Marie Le Pen, président d’honneur, n’y figure pas. Comme je ne suppose pas qu’il ait refusé son paraphe à fifille, j’en conclus qu’il n’a pas été tiré au sort.

Et il n’est pas le seul dans ce cas de figure : je ne trouve pas davantage le nom de Steeve Briois, secrétaire général du mouvement. Aux dernières régionales, 118 conseillers régionaux FN avaient été élus. On en retrouve 102 sur la liste des parrainages, y compris Gollnisch qui y figure comme député européen. Il y en a donc seize qui n’ont pas été tirés au sort. Ou un peu moins, si certains, fâchés avec la patronne, ne lui ont pas accordé leur soutien.

De toute façon, il y avait de la marge. Et même, figurez-vous que l’on ne retrouve pas dans cette liste officielle le fameux 500e parrain qui avait fait tellement d’esbroufe il y a deux semaines. C’était lui, le sauveur de Marine Le Pen, « au nom de la démocratie »: Sylvain Semhoun, élu de l’Assemblée des français de l’étranger pour la circonscription d’Israël !

C’avait été une bonne opération de pub pour lui et pour elle à qui cela avait permis de lancer un clin d’œil appuyé en direction de qui vous savez.

Eh bien, cet ultime sauveur n’est même pas sur la liste ! Il doit être vexé comme un pou. Par contre, on retrouve le parrainage de Marine Le Pen pour elle-même. Ce qui ne me choque nullement, c’est normal. Mais pourquoi dans ce cas avoir fait un foin de tous les diables hier au motif que Bayrou s’était lui aussi parrainé ?

Autre curiosité: un seul conseiller général a signé. Il s’agit de Jean Icart, conseiller général de Nice-2 et conseiller municipal dans l’équipe d’Estrosi, UMP. Lui, c’est un cas assez curieux : il a affiché son entier soutien à Bayrou, c’est tout à fait officiel, et voilà qu’il signe pour … le FN. Ce doit être de la haute stratégie que je n’ai pas très bien comprise. Bayrou avait donc tellement envie que fifille participe à la foire ?

 

Liste complète des parrainages : http://istockfile.prsmedia.fr/uploads/20120331095606_fe5f0f1c6abb754c4d3fd5b403871d95.pdf

16/03/2012

CA VOUS ETONNE ?

« News: ISRAELVALLEY - MARINE LE PEN PEUT CHANTER : SA PÊCHE MIRACULEUSE A JERUSALEM A SORTI DE L'ANONYMAT UN ILLUSTRE INCONNU.

 

Sylvain Semhoun, le numéro 500 de Marine Le Pen.

 

Par Daniel Assayah (Tel-Aviv)

Publié le 16 mars 2012

imagesCA509Q4R.jpgSylvain Semhoun est devenu grâce a un geste spectaculaire le “bon juif de Le Pen”. L’homme a changé de camp. Lors des dernières élections il avait soutenu avec acharnement et dévotion le candidat UMP. Il avait même été à l’origine de la création d’un timbre à l’effigie de Sarkozy !

Dans IsraelValley notre titrage était le jour de la victoire de l’actuel Président-candidat : “Record du Monde pour Nicolas Sarkozy en Israël qui a remporté sa plus belle victoire avec un record absolu de votes en sa faveur (90,7 %)”. Les temps ont changé.

Juif et franco-israélien Semhoun habite Jérusalem. Je l’ai rencontré chez l’Ambassadeur de France en Israël lors d’une réunion semi-publique. Il est d’un naturel souriant et affable. Son geste inexplicable est suicidaire surtout dans un pays où les habitants ont une mémoire infaillible. Il piétine ainsi, sans se soucier du lendemain, les efforts des juifs de France pour combattre le FN. Le grand Rabbin de France doit être atterré. Le Président du CRIF est certainement sous le choc.

Semhoun est bien élu de l’Assemblée des français de l’étranger pour la circonscription d’Israël. C’est bien lui qui est venu apporter à Marine Le Pen la signature numéro 500. Il est celui aussi qui par son geste maltraite l’image des juifs Français d’Israël.

Grâce à lui Marine Le Pen aura obtenu son passeport pour figurer dans la short list des présidentiables. Ecoeurant. Dans un article paru dans JSS il argumente (voir ci-dessous). Cet homme est en fait la caricature de certains Français d’Israël qui viscéralement portent en eux la haine des musulmans de France et ont décidé de voter pour l’innommable.

ISRAELVALLEY PLUS

Sylvain Semhoun dans Aroutz 7 : "Je suis délégué de l’Assemblée des Français de l’étranger depuis de nombreuses années. En cette qualité, je suis habilité à signer comme les maires pour les candidats aux présidentielles. Sarkozy que j’ai soutenu, pour qui je me suis démené afin que 90% des suffrages en Israël aillent pour lui en 2007. Là mon action était souhaitable et personne ne voyait à y redire, que je suis Juif et résidant en Israël, mais quand je signe pour une candidate sans pour autant la soutenir, afin de permettre à ce que 8 millions de Français puissent avoir le droit élémentaire d’élire qui ils le désirent, là le délégué Franco-Israélien que je suis, habitant à Jérusalem, ça ne va plus?

Sarkozy a tenu des propos intolérables envers Netanyahou en le traitant de menteur. Il a même voulu lui dicter de ne pas prendre Lieberman comme ministre. En Israël, on donne la possibilité à la population arabe d’élire qui elle veut et même des députés qui s’évertuent à miner la légitimité d’Israël et à se liguer avec ses ennemis, parce qu’Israël est une vraie démocratie. Voilà la leçon de démocratie qui vient d’Israël et dont je me suis fait le vecteur, que des millions d’électeurs français puissent élire leur candidat !" ».

 

Source: http://www.israelvalley.com/news/2012/03/16/35171/israelvalley-marine-le-pen-peut-chanter-sa-peche-miraculeuse-a-jerusalem-a-sorti-de-l-anonymat-un-illustre-inconnu-sylvai

02/10/2011

6) Allez, rigolons un peu

Comme promis, voici ci-après un extrait du livre Histoire secrète du Front national de Renaud Dély, paru en avril 1999. Le chapitre est plus long, mais tout retranscrire prendrait trop de temps. Là s’arrêtera la saga Blot.

 

 

« Le suicide d’Yvan Blot

 

(…) Yvan Blot fait beaucoup plus fort encore. Le 2 février 1999, dans la foulée de Le Pen et de Gollnisch, l’ami de (presque) trente ans de Mégret entre dans la salle où ceux-ci doivent accorder une conférence de presse et, sous les yeux ébahis des journalistes, s’installe en bout de tribune, baisse les yeux et se mure dans le silence. A « félon », « félon » et demi …

 

« Je suis ravi de recevoir au bercail un fils prodigue qui n’est pas resté longtemps dans l’erreur, se délecte Le Pen, je lui donnerai la parole tout à l’heure ». Une demi-heure plus tard, Yvan Blot passe à confesse. Comme dans les plus belles autocritiques staliniennes, il bat sa coulpe d’avoir été « attiré par les paroles flatteuses de Bruno Mégret qui se réclamait d’une très vieille amitié ». « Mais je n’ai pas voulu persévérer car j’ai l’intime conviction que Bruno Mégret a un projet personnel qui passe par le reniement du mouvement national, poursuit-il. Il trompe ceux qui sont autour de lui ». Et de promettre, pour une conférence de presse qu’il tiendra deux jours plus tard, « les preuves de collusions financières, politiques et idéologiques » avec la droite RPR-UDF à l’origine de « ce second Carpentras » (…). »

 

Deux jours plus tard, après avoir été « travaillé » une dizaine d’heures par Samuel Maréchal, Yvan Blot récite maladroitement la leçon apprise. En fait de « révélations », il déverse un galimatias où il est pêle-mêle question d’un « grand industriel proche de Jacques Chirac » qui aurait financé Mégret, d’ « accords locaux négociés secrètement avec le RPR pour les municipales », d’ « une stratégie d’ensemble menée pour rallier la droite classique » et d’un comportement de « reptile (…), noyé dans les eaux glacées du calcul égoïste, cultivant le secret, manquant de franchise et trompant même ses meilleurs amis ».

 

Frappé du sceau de « la fidélité aux idées du mouvement national », son retournement de veste est d’autant plus stupéfiant qu’Yvan Blot est le cofondateur du club de l’Horloge, partisan de longue date de l’union des droites et que, le 26 janvier, il confiait encore : « Les accusations de complot proférées par Le Pen contre Mégret sont délirantes », ajoutant : « En fait, c’est moi qu’il vise car j’ai toujours un très vieux copain à l’Elysée que j’utilisais à son profit ».

 

 

 

J’arrête là, mais la suite est intéressante aussi. Elle relate le pourquoi du comment de tous ces aller-retour : la crainte panique de perdre son mandat européen et les avantages sonnants et trébuchants qui l’accompagnaient. Le Pen s’était fait un malin plaisir de lui donner quelques espérances à cet égard s’il revenait et, comme l’écrit Renaud Dély : « (…) Le lendemain matin, mardi 2 février, il appelle Le Pen qui le reçoit aussitôt à bras ouverts pendant deux heures et lui fait miroiter une bonne place sur sa liste aux élections européennes. Blot cède à ses avances, franchit le Rubicon en sens inverse … et s’y noie ».

01/10/2011

5) Allez, rigolons un peu

Acte IV : Voici la réponse que François Brigneau adressa à Yvan Blot en réponse à son courrier reproduit hier :

 

« 6 mars 1999

 

Monsieur le député,

 

Je n’ai pas lu votre lettre sans malaise. Plus j’avançais, plus je trouvais qu’il s’agissait d’un plaidoyer pro domo déguisé en réquisitoire. Un réquisitoire peu convainquant    où sont les preuves sérieuses de ce que vous avancez ? A Marignane le climat ni les discours ne furent ce que vous dites. Celui de Peltier en témoigne  -  et parfois même assez misérable, indigne d’un esprit orné comme le vôtre. Finalement, j’en ai moins appris sur Mégret que sur vous.

 

Comment avez-vous pu être, pendant vingt ans, l’ami d’un homme que vous avez redécouvert (sic ! c’est vous qui l’écrivez : « je viens de redécouvrir », douzième ligne) être un arriviste sans scrupule, un voleur (d’exposé, de mouvement politique, de victoire électorale ; qui vole un œuf vole un bœuf !), un individu capable de casser le parti dont il est le numéro 2 ?

 

Vingt ans ! Comment avez-vous pu, pendant vingt ans, vous lier d’amitié, conseiller, guider, protéger ce gestionnaire-aventuriste, cet organisateur à l’intelligence mécanique, cet être froid, dissimulé et méprisant les hommes, ce calculateur échouant dans toutes ses entreprises : les CAR, Le Français ? Le mystère demeure entier. Pour le percer, il faudrait appeler Sherlock Holmes, sans oublier le Dr Watson.

 

Je ne me prétends pas d’une perspicacité particulière mais je n’ai pas eu besoin de passer des vacances avec Mégret pour savoir que sa maman était MRP, proche (je crois) de Pierre-Henri Teitgen. Qu’y pouvait-il ?

 

Vous lui reprochez d’avoir méconnu, à ses débuts, les problèmes de l’immigration. Mais, moi qui vous écris, à vingt ans je ne connaissais rien au problème juif. Depuis, j’ai fait quelques progrès.

 

Je n’ai pas eu besoin de lire le livre d’un anar fils de flic et délateur professionnel, recommandé par Alain de Lacoste-Lareymondie, pour savoir que Mégret ne porte pas le Maréchal Pétain dans son cœur. Ce qui m’étonne, d’ailleurs. Ce doit être par conformisme ou ignorance. Quand je le lis ou l’écoute, je ne le trouve pas si loin de la Révolution nationale. Je me demande parfois ce qu’il aurait fait s’il avait eu vingt ans en 1940 ? Il y avait beaucoup de MRP à Vichy et encore plus à Uriage. L’idéologie du Front serait-elle bafouée s’il portait sur sa flamme les trois mots maudits : Travail, Famille, Patrie ?

 

Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais cru que l’on changerait la politique de notre pays avec le seul concours des maréchalistes, dont les plus jeunes doivent être, comme moi, atteints par la limite d’âge et bons pour la casse. Aux BBR, ce n’est pas Mégret qui fait la traque aux livres de vérité historique. C’est Holeindre et Gollnisch. Quand j’ai entendu le Chant des partisans que le Président fit chanter, kolossale finesse, je n’ai pas été assombri. C’est de ne pas entendre Maréchal nous voilà qui m’a navré. La réconciliation française exige les deux. Le Front national aurait-il cessé de la prôner ? En rapportant les ragots d’Angeli, si vous avez cru atteindre l’estime que j’ai pour Mégret, vous vous êtes trompé.

 

Lors de la parution de Bonsoir tristesse !, vous avez eu tort de ne pas manifester, publiquement et à haute voix, l’admiration que vous dites lui avoir portée. Avec votre appui, les journalistes de la presse nationale (Camille Galic, Claude Giraud, Jean Madiran, Georges-Paul Wagner, Martin Peltier, Serge de Beketch, André Figueras) qui partageaient mon sentiment auraient peut-être pu empêcher l’irréparable.

 

Maintenant c’est trop tard et vous n’avez fait qu’aggraver les choses en revenant sitôt parti et en écrivant des lettres de cette encre afin d’essayer de faire oublier les deux notes à Mégret sur la santé psychique du Président absolu et son comportement politique. En janvier, le clan des lepénistes vous détestait. Aujourd’hui les deux clans vous détestent et vous méprisent à la fois, sans que vous soyez assuré pour autant de retrouver votre siège au parlement européen de Strasbourg. Seriez-vous aussi mauvais stratège que Bruno Mégret ?

 

Je n’appartenais pas au Front national. Je n’en étais qu’un compagnon de route, après en avoir eu l’initiative, il y a vingt-sept ans. Il n’en reste pas moins que cette scission m’a foudroyé. Je regrette que Mégret s’y soit laissé glisser et, si c’était par calcul, comme vous le prétendez, ce fut un mauvais calcul. Il n’en demeure pas moins que, pour moi, le responsable n°1 demeure le chef. Il me semble que la mise à mort de Mégret était programmée depuis Strasbourg, et même avant. Aucune provocation n’a été négligée pour y parvenir. C’est mon intime conviction. Si je me trompe, je reste persuadé que le Président absolu devait tout faire pour empêcher la rupture. A tout le moins pour la retarder. Or il l’a précipitée. S’il y a eu piège, il est tombé dedans. C’est une erreur politique grave. Nous allons tous la payer très cher.

 

Pour ne pas cautionner cette démarche et feindre d’approuver un récital de gesticulations et d’imprécations que j’ai trouvé particulièrement pénible, j’ai quitté National Hebdo. J’aurais pu écrire ailleurs. Je m’y suis refusé et m’en félicite aujourd’hui. Me voyez-vous glosant sur les circonvolutions baroques d’Yvan Blot ? Je déplore votre attitude. Dans mon privé, je la condamne. Mais je ne me sens pas le droit de la juger en public, sous l’œil rigolard et satisfait de l’ennemi.

 

J’attends la suite des événements avec curiosité mais tristesse.

 

François Brigneau »

30/09/2011

4) Allez, rigolons un peu

Acte III – Entre le 20 janvier et le 2 février 1999, Yvan Blot gamberge des masses. Il est député européen, un bon fromage qu’il voudrait bien conserver. Et finalement, avec Mégret, ce n’est pas du tout cuit. Que faire, mon Dieu, que faire ? Pour clore, d’ici quelques jours, cette intéressante plongée dans les circonvolutions mentales de ce personnage, vous aurez droit à un petit chapitre de l’Histoire secrète du Front national, de Renaud Dély, (avril 1999), intitulé « Le suicide d’Yvan Blot ». Car le 2 février, à la stupéfaction générale, voilà qu’il tourne casaque et revient piteusement chez Le Pen. Lequel fera mine de passer l’éponge.

 

Mais aujourd’hui, voici la lettre que, dans un grand désir d’autojustification, Yvan Blot adressa en date du 23 février 1999 à François Brigneau. Ce dernier était l’un des cofondateurs du FN et dirigeait alors National Hebdo. Il était très proche de Le Pen qu’il quitta cependant à cette époque-là. Cette lettre et la réponse qu’il y apporta (que nous découvrirons demain), ont été publiées par Brigneau.

 

« 23 février 1999

 

Cher Monsieur,

 

C’est parce que j’ai tant admiré votre article « Bonsoir tristesse ! » que je vous écris aujourd’hui. J’ai cru, après beaucoup d’hésitations, vers le 10 décembre, devoir rejoindre Bruno Mégret.

 

C’était un ami de 20 ans et j’avais guidé ses premiers pas en politique, tout d’abord en l’introduisant au Club de l’Horloge, ensuite en parrainant son adhésion au RPR. Il n’avait aucunement, vers 25 ans, nos idées. Il était, comme sa mère, MRP. Je me souviens qu’en vacances au Maroc avec lui, Jean-Claude Bardet et moi-même avions beaucoup de mal à lui faire admettre que l’immigration sans limites pouvait être un mal pour la France.

 

Au cours de toutes ces longues années, j’ai en fait peu travaillé avec lui. Mégret était plutôt un compagnon de vacances, chaque été ou presque. Les rares fois où nous avons travaillé ensemble auraient dû m’éclairer sur sa nature d’arriviste sans scrupule. C’est elle que je viens de redécouvrir, il y a quelques semaines et qui m’a écoeuré au point de me faire claquer la porte !

 

Lorsqu’il est entré au RPR, je l’ai aidé à se faire élire au comité central, grâce à l’appui de Charles Pasqua. Puis, il a obtenu une bonne circonscription dans les Yvelines, aux législatives. Il fit 45% des voix face à Michel Rocard ! Quelque temps après, il me dit : « Je ne supporte plus cette hiérarchie du RPR ! Je n’y ai aucune influence ». Je lui fais remarquer qu’il n’est là que depuis peu. « Non ! - dit-il – Je préfère être le chef d’un petit parti plutôt qu’un cadre anonyme dans une grande formation ». Il quitta le RPR pour se consacrer aux Comités d’Action Républicaine dont il était devenu le chef dans des circonstances troubles.

 

Un an plus tard, Mégret revenait dans mon bureau et me disait : « J’ai fait une bêtise ! Mon suppléant m’a remplacé dans mon ancienne circonscription. Il est devenu député maire de Poissy, à ma place ! ». Ce qui me frappe dans cette attitude, ce n’est pas son choix, c’est le fait qu’il ne m’ait jamais dit : « Je quitte le RPR parce que je n’aime pas ses idées, parce qu’il ne sert pas la France ». Il m’a dit : « Je quitte le RPR parce que je n’y trouve pas de débouchés rapides ! ».

 

De même, lorsqu’il dirigea les C.A.R., il se rallia à Le Pen sans en parler à la plupart de ses associés, de braves bourgeois libéraux, qui furent horrifiés de se retrouver dans un mouvement beaucoup trop « extrême » pour eux !

 

Tout ceci aurait dû m’alerter sur la moralité de Mégret. Egalement ce petit incident : je tombe un jour malade et demande à Bruno de me remplacer et de lire mon exposé au Club de l’Horloge. En réalité, il présenta l’exposé comme si c’était le sien. Quand on a une âme de voleur, on ne se refait pas. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait voulu voler le Front national à son fondateur Jean-Marie Le Pen !

 

Je le sais bien : vous allez me dire sans doute que les torts sont toujours des deux côtés dans un divorce ! Mais il ne s’agit pas de cela ! Aristote a dit qu’en toutes choses il faut voir la finalité. La finalité patriotique de l’action de Jean-Marie Le Pen n’a jamais été mise en cause. Après ce que j’ai découvert, j’ai le devoir de contester la finalité patriotique de l’engagement de Bruno Mégret !

 

Qu’ai-je découvert ? Au congrès le « l’unité » de Marignane, j’étais mal à l’aise car tout le congrès a consisté à faire de l’anti Le Pen. Seuls deux discours firent exception, celui de Le Gallou sur l’Europe, et le mien, sur l’adversaire socialo-mondialiste.

 

Par la suite, Bruno Mégret me demanda de lui trouver des financements. Il savait que j’avais quelques relations dans ce secteur-là. Je vais voir un de ces financiers qui me dit : « J’ai déjà donné ! Pas moi mais par le biais d’un industriel connu (au nom double), proche de Chirac ». Je revois Mégret et lui dit que s’il veut que je l’aide, il doit me dire la vérité sinon je perds mon crédit auprès des industriels. Il nie tout. Je retourne voir cet industriel qui me donne des précisions quant à la date du versement. J’en parle à Mégret qui pâlit et me dit : « Je n’avais pas compris que tu parlais de cela ! Oui, bien sûr ! J’ai eu de l’argent, mais pas de l’ami de Chirac, il y a eu un intermédiaire ! »

 

C’est le début, pour moi, d’une série de révélations me conduisant à l’intime conviction que Mégret a délibérément voulu casser le Front national. Son seul but était de devenir le chef à tout prix, puis de se rapprocher du RPR et de l’UDF, pour se fondre dans la droite molle, en échange d’une promotion personnelle. C’est le schéma, en gros, de ce qu’a fait Gian-Franco Fini en Italie. Là aussi, je n’ai pas été assez attentif dans le passé. Lors du précédent mandat européen où Fini siégeait encore, Mégret ne cessait de le voir. Il lui témoignait une admiration très forte, réciproque d’ailleurs. On disait alors que Fini serait bientôt le premier ministre italien !

 

D’autres éléments de preuve se sont ajoutés depuis. Et je ne compte pas les rumeurs disant qu’il s’est fait initier à la Grande Loge Opéra. Je ne peux pas le vérifier. Par contre, je lui ai demandé, le jour de la manifestation anti PACS s’il voulait dîner avec le chef RPR de Strasbourg. « Bien sûr ! me dit-il. Mais en secret. Les militants ne comprendraient pas. » Le secret ! Toujours le secret ! Même avec ses amis les plus proches !

 

Jean-Claude Bardet et Pierre Vial, après Marignane, avaient si peu confiance dans la rectitude des intentions et des idées de Mégret, qu’ils m’ont proposé de faire à trois une sorte de comité pour le surveiller et le tancer à l’occasion. Mon retour chez Jean-Marie Le Pen a détruit ce projet. Entre temps, Mégret ayant peur d’autres abandons, a donné un titre à Vial (président du Forum culturel) pour le rassurer. Mais il ne fait pas confiance aux hommes d’idées, pas plus qu’aux hommes de lettres, qu’en bon ingénieur il méprise profondément. La poésie et le sentiment ne l’intéressent pas, sauf si c’est exploitable pour sa propre ascension.

 

Il ne fait aujourd’hui confiance qu’à ses gestionnaires : Olivier, gestionnaire de l’image, Martinez, gestionnaire des finances, Timmermans, gestionnaire de l’appareil. En fait, Mégret me rappelle étrangement quelqu’un que j’ai côtoyé et qui lui ressemble beaucoup : Alain Juppé ! Même intelligence mécanique, même mépris des hommes, même froideur, même tempérament dissimulateur, même indifférence profonde aux idées et aux idéaux sauf si ce sont des armes pour progresser dans la carrière !

 

Je suis convaincu que Mégret a reçu de l’argent, non par vénalité car il est absolument désintéressé sur ce point, mais pour casser le Front national. Chirac avait peur de voir le mouvement atteindre 20% aux élections européennes et de ce fait, le FN aurait été incontournable. Mes contacts avec le patronat ont confirmé que telle était bien l’inquiétude du président de la République. Lorsque je demandais à Mégret en décembre pourquoi le « clash » avait lieu maintenant, il me répondait qu’il ne pouvait plus attendre, sans autre explication. Maintenant, je connais l’explication. Il fallait casser le Front national avant Noël, comme le souhaitaient les financiers proches de l’Elysée.

 

Mégret va échouer, comme il a échoué avec les C.A.R., avec son journal « Le Français ». Sous ses apparences de sérieux, c’est un aventuriste : il ne prépare jamais de trésor de guerre et ignore si le terrain est prêt pour la conquête. Ce n’est pas un stratège mais un bon chef de chantier, un organisateur. Coincé entre Le Pen d’un côté, Millon, Villiers, Pasqua de l’autre, il n’a pas de marge à conquérir et fera sans doute un mauvais score. Mais il aura cassé le Front national et lui aura volé la victoire qu’il aurait dû avoir aux européennes !

 

Sachant cela, et constatant que Jean-Marie Le Pen a toujours été honnête et franc avec moi, j’avais une dette envers lui. C’est pourquoi j’ai estimé que mon honneur consistait à réparer ma faute et à le rejoindre ! Cela réclame du courage pour faire une telle démarche et reconnaître publiquement que l’on s’est trompé ! Mais je préfère cette situation, quitte à supporter un déluge de calomnies (ce qui ne manque pas !) plutôt que d’être malhonnête et de suivre Mégret qui tel le joueur de flûte de Hamelin emmène les enfants du mouvement national à la noyade.

 

J’ai pensé qu’à vous, je me devais d’écrire personnellement, pour vous dire la vérité, ma vérité (un homme n’est pas un dieu et n’a qu’une approche partielle, personnelle de celle-ci). En vous témoignant tout mon respect et en espérant vous avoir informé utilement, veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments nationaux les plus sincères.

 

 

Yvan Blot

 

PS : Je vous signale le livre « Fort Chirac » de Claude Angeli. Il m’a été recommandé par M. Alain de Lacoste Lareymondie. On y trouve vers la page 175 une intéressante conférence de presse faite par Bruno Mégret à la presse américaine où il explique que le FN doit se débarrasser de ses « guenilles pétainistes » (sic) et de ses nostalgies fachos. Sympathique, n’est-ce pas ? »

 

29/09/2011

3) Allez, rigolons un peu

Acte II. Nous sommes toujours en ce fatidique mois de janvier 1999, le 20 pour être précis, et cette fois Yvan Blot fait encore plus fort. La note qui va suivre, et qu’il signera, fera les délices des mégrétistes. Et bien sûr des médias ennemis qui n’en espéraient pas tant.

 

« Note sur la santé mentale de Jean-Marie Le Pen (Strasbourg, le 20 janvier 1999)

 

Le Docteur Bernard Grandpierre, psychiatre de son état, m’a présenté une analyse qu’il a réalisée proprio motu sur la santé mentale de Jean-Marie Le Pen.

 

Il considère que les analyses de nombreux médecins diagnostiquant une « paranoïa sénile » ne sont pas très probantes.

 

La « paranoïa » est selon lui une disposition d’esprit courante chez les hommes politiques. Elle s’est peut-être aggravée avec l’âge, mais cela ne suffit pas à expliquer le comportement politique de Jean-Marie Le Pen dans certains de ses aspects excessifs et para-suicidaires.

 

Selon le Docteur Grandpierre, Jean-Marie Le Pen n’est absolument pas un malade mental, mais il est indiscutablement affligé d’un handicap à ce niveau. Il est atteint non de psychose (maladie), mais de névrose (handicap).

 

Il est un exemple cliniquement très pur de sujet atteint de la « névrose de l’échec ».

 

La « névrose de l’échec » consiste pour le sujet, consciemment ou non (le plus souvent inconsciemment), à provoquer son propre échec par peur des responsabilités insurmontables qu’engendrerait une réussite trop grande.

 

Selon cette analyse, Jean-Marie Le Pen se complaît affectivement dans le rôle de l’orateur d’opposition, du tribun de la plèbe. Il a une peur panique, largement inconsciente, devant des fonctions exécutives de ministre, de maire de grande ville, de président d’un Conseil régional, donc de fonctions de « gouvernement » sans posséder le pouvoir absolu. Par contre, président de parti lui convient, mais à la seule condition que son pouvoir soit absolu. Sinon, l’insécurité affective devient telle qu’il préfère « casser » plutôt que de composer dans un contexte de direction légale normale.

 

Chaque fois qu’une occasion se présente d’accéder à des postes de direction sans pouvoir absolu (ce qui donne une sécurité affective dont il ne peut se passer), il se met en situation d’échec, par une petite phrase ou par l’expulsion de l’agent perturbant de telle façon qu’il est ramené par régression à la situation antérieure.

 

Le handicap mental de Jean-Marie Le Pen n’est donc pas le moins du monde intellectuel. Dans ce domaine, ses capacités sont intactes. Le handicap est d’origine affective, et il est d’autant plus incontrôlable par le sujet qu’il est inconscient.

 

Cela n’empêche pas Jean-Marie Le Pen de jouer brillamment un rôle d’orateur d’opposition sans responsabilités réelles. Il peut aussi diriger un clan, un groupuscule, voire un parti dès lors que son pouvoir demeure absolu, donc irresponsable.

 

Par contre, son handicap mental le rend incapable de diriger rationnellement une très grande organisation guidée par le principe de responsabilité.

 

Le Docteur Grandpierre est prêt à réaliser une analyse plus détaillée en cas de besoin. Cette analyse de la « névrose de l’échec » converge en effet avec l’analyse politique de Bruno Mégret qui constatait que Jean-Marie Le Pen transformait les boulevards en impasses par des comportements négatifs pour le mouvement.

 

 

Yvan Blot »

 

 

Attention, le feuilleton est loin d’être terminé. Il va même bientôt se corser…. Car Yvan Blot, alors député européen par la seule grâce du « sujet cliniquement très pur »  ne va pas tarder à entrevoir des lendemains moins radieux qu’espéré. Et alors, ….

28/09/2011

2) Allez, rigolons un peu

 

Acte1 : Nous sommes en janvier 1999, la scission vient d’intervenir au FN et le député européen et conseiller régional frontiste Yvan Blot, après moult hésitations, a finalement rejoint les mégrétistes. Il se fend alors de la note suivante, qui va abondamment circuler à l’époque:

 

 

« Les quatre reniements de Jean-Marie Le Pen, par Yvan Blot, janvier 1999

 

J.-M. Le Pen et ses amis, dont Bruno Mégret, ont bâti les succès récents du Front national (avant il n’était qu’un groupuscule) sur quatre principes :

- Bâtir le renouvellement des droites

- Un idéal éthique exigeant

- La volonté de jouer pleinement le jeu démocratique

- Affirmer sans compromis la présentation de l’identité nationale

 

Le jour de ses 70 ans, personne ne pouvait adresser un mot à Jean-Marie Le Pen. Celui-ci prit conscience, semble-t-il, que la prise du pouvoir ne serait pas pour lui mais pour ses successeurs. D’où une crise psychologique profonde qui conduit au reniement des 4 principes fondateurs.

 

I)            JEAN-MARIE LE PEN RENONCE AU RASSEMBLEMENT DES DROITES

 

Comme le dit son vassal Bernard Antony : « le compromis nationaliste, c’est fini ! je me sens libre désormais ». Ce qui veut dire dans sa bouche : tous ceux qui n’ont pas 100% de mes idées sont mes ennemis, les catholiques lefebvristes, les catholiques conciliaires, les protestants, les athées, peu importe s’ils sont patriotes et s’ils aiment la France !

 

Selon Jean-marie Le Pen lui-même, les anciens UDF et RPR restent pour toujours des suspects, soit un bon tiers des militants et des dirigeants parmi les plus qualifiés du Mouvement. Tous ceux qui n’étaient pas avec le chef à l’époque du groupuscule fondateur sont suspects de trahison !

 

Toute personne compétente intellectuellement ou administrativement est suspecte, car elle n’est pas soumise à 100% au chef, ayant un métier et donc une indépendance par ailleurs.

 

Seules celles qui cèdent aux caprices du chef sont acceptées, comme par exemple J.-C. Martinez, pourtant athée, anti-chrétien, socialiste, mais flattant la confiance du Chef en organisant des pseudo conseils des ministres dans les luxueux salons de l’hôtel Crillon. J.-C. Martinez va jusqu’à demander à un aboyeur d’annoncer « M. le Président » lorsque Le Pen entre dans la salle. L’apport de ces « Conseils des ministres » est nul, mais l’ego du chef est satisfait.

 

Rejetant toute ouverture interne du Mouvement vers des compétences nouvelles et vers les déçus de Chirac et consorts, J.-M. Le Pen renie toute politique d’ouverture externe avec le reste de la droite pour vaincre la gauche. Pourtant, du temps de Jean-Pierre Stirbois, il avait accepté l’alliance UDF-RPR pour empêcher l’élection d’un socialiste aux élections législatives.

 

Depuis, il a aidé en 1993 à faire réélire Bernard Tapie à Gardanne en demandant à Damien Bariller de se maintenir, et faisant ainsi échouer Bruno Mégret à Vitrolles/Marignane.

 

Aux législatives partielles de Toulon, plus récemment, Madame de La Brosse, Conseiller général du FN, fait voter pour la candidate socialiste, contre Cendrine Le Chevallier. Elle ne sera pas sanctionnée par Jean-Marie Le Pen.

 

Le Pen renie la politique d’ouverture interne et externe qui conduisit le FN au succès. C’est le retour au groupuscule refermé sur lui-même. C’est la renonciation à toute stratégie de victoire.

 

II)         JEAN-MARIE LE PEN RENIE SON IDEAL ETHIQUE

 

« Tête haute et mains propres » avait-il fièrement affirmé face aux « affaires » de corruption touchant les autres partis. Estimant qu’il ne peut plus gagner en raison de son âge, il décide de relâcher la discipline afin de profiter des dernières bonnes années. D’où 5 dérives :

 

1 – Le népotisme généralisé

 

Ce qui était une légère tendance devient systématique. La famille Le Pen coûte 2 millions de francs par an au Mouvement, en échange de services dérisoires.

 

2 – L’obsession de l’argent

 

A l’origine, le FN était pauvre. Cela n’est plus vrai. Mais les fédérations départementales manquent de moyens. Tout l’argent est concentré au siège, quand il n’est pas gaspillé comme c’est le cas au pré-gouvernement de J.-C. Martinez ou à la direction du FNJ mis en coupe réglée par Samuel Maréchal.

 

3 –La jalousie à l’égard des succès électoraux de ses amis

 

Tous ceux qui ont un mandat électif que n’a pas le chef sont en butte à des humiliations. Ce fut le cas de M.-F. Stirbois lorsqu’elle était député. Ayant perdu son siège, elle revint en grâce. Bruno Mégret devient suspect après son succès à Vitrolles. Le Chevallier à Toulon se heurte à des adversaires au sein du Mouvement, Madame de La Brosse ou le colonel Girardin, lesquels sont encouragés par Le Pen. Cet esprit de jalousie détruit la bienveillance réciproque nécessaire dans un parti qui a tant d’ennemis et traduit la volonté de ne pas se situer dans une perspective de victoire historique.

 

4 – Le refus d’apporter une doctrine à la Jeunesse et au Mouvement

 

Ce refus est constant au FNJ depuis que Samuel Maréchal en assume la direction.

Mais le monde est ainsi fait que celui qui n’avance pas recule et dégénère.

C’est parce qu’il se sent libéré de l’obligation de rechercher la victoire que Jean-Marie Le Pen se laisse aller à ses désirs primitifs : jalousie, népotisme, goût de l’argent, haine contre ceux qui le contredisent, etc …

 

III)       LE RENIEMENT A L’EGARD DE LA DEMOCRATIE

 

Jean-Marie Le Pen avait bien compris que seule une stratégie démocratique pouvait permettre aux nationaux d’obtenir la victoire. Refuser la règle démocratique, dans un pays riche et développé comme la France, équivalait à la marginalisation et à l’échec.

 

Mais l’abandon de toute perspective de victoire « libère » aussi Le Pen de cette contrainte. D’où l’abandon de cette règle du jeu, dans le parti et à l’extérieur.

 

1 – Le rejet de la démocratie directe

 

Depuis longtemps, J.-M. Le Pen était favorable au principe de la démocratie directe pour courcircuiter les lobbies médiatiques, partisans, syndicaux ou autres. Aujourd’hui, il en rejette l’idée, y compris au sein même du FN, en refusant d’appliquer l’article 24 des statuts, permettant à la base de convoquer un Congrès.

 

2 – Le mépris pour la démocratie locale

 

La conquête du pouvoir, dans un pays comme le nôtre, se fait en partie au travers de la conquête de relais intermédiaires, comme les mairies. Or J.-M. Le Pen n’a pas cherché à conquérir de mairies. Pire encore, il affirme à tout propos son mépris pour la politique locale, ne se sentant intéressé que par la « grande » politique, avec l’Irak par exemple.

 

Pourtant, ses adversaires au niveau le plus élevé n’ont jamais négligé les mandats locaux. Une seule exception, De Gaulle, mais il avait une guerre derrière lui !

 

3 – Le refus de reconnaître un rôle aux élus, au sein même du Mouvement

 

Le Pen a dénié ce rôle aux conseillers régionaux d’Ile de France : « Vous n’êtes rien !, votre rôle est de voter dans les assemblées, selon mes ordres, et c’est tout ! ». Il a dit la même chose aux députés européens.

 

S’il est vrai que les élus doivent respecter la discipline et la hiérarchie du parti, ils ne sont pas « rien » pour autant. Ils sont le fer de lance de la conquête du pouvoir. La marginalisation des élus empêche la mobilisation optimale du Mouvement. Elle a été heureusement freinée par plusieurs dirigeants, dont Jean-Yves Le Gallou, qui l’ont payé par leur exclusion.

 

4 – Le mépris de l’état de droit

 

« Je ne signerai pas la déclaration des droits de l’homme ». ce genre de déclaration aboutit à des procès qui affaiblissent le Président et donc le FN tout entier. Ces déclarations n’ont de sens que dans une perspective de non prise du pouvoir.

 

5 – « Je suis un monarque », « Je suis César »

 

Même si certains d’entre nous reconnaissent des mérites à la monarchie, ces affirmations médiatiques ridiculisent le mouvement national. Le Pen se donne en spectacle comme le Général Alcazar dans Tintin et Milou.

 

De plus, ces affirmations sont contraires aux statuts du FN et aux lois. Cela n’apporte rien à la conquête du pouvoir, bien au contraire.

 

Enfin, un monarque qui soumet son peuple à des caprices personnels, n’est plus un monarque, c’est un tyran !

 

    IV – LE RENIEMENT DE L’IDENTITE NATIONALE (c’est le plus grave de tous)

 

1 – La résignation à l’égard du pouvoir socialiste

 

N’espérant pas gagner lui-même, Le Pen favorise le pouvoir socialiste. Celui-ci vit de la division de la droite et de la diabolisation de la droite nationale. Or J.-M. Le Pen aide à la diabolisation, par exemple en présentant une tête sanglante de Trautmann sur un plateau à la télévision. Ce gadget a d’ailleurs sauvé Trautmann en écoeurant des électeurs de droite et en mobilisant ceux de gauche. En effet, à 100 voix près, elle pouvait être battue. Le Pen dit après sa réélection : « Cette femme nous a rendu service en nous faisant de la publicité », ne l’oublions pas !

 

Discrètement, le pouvoir socialiste aide Le Pen (statut de Cotelec, blocage de la boîte postale de Serge Martinez, attitude complaisante de Michel Field à la télévision). Le gouvernement sait où est son intérêt dès lors que Le Pen renonce à prendre le pouvoir.

 

2 – J.-M. Le Pen ne tolère qu’un seul idéologue auprès de lui : Jean-Claude Martinez

 

Or celui-ci, aux contacts innombrables dans le monde arabe, est favorable à l’immigration. Son rêve est une Europe étendue au Maghreb. Plus exactement, il veut détruire l’Europe au profit d’une communauté « méditerranéenne » étendue à l’Afrique du nord.

 

3 – Samuel Maréchal préfère « l’intégration des beurs » au retour des immigrés dans leurs pays d’origine

 

J.-M. Le Pen lui-même, qui a la nostalgie des colonies, fréquente chez les personnes de sa génération, partage la même utopie. Ainsi s’explique la mise en avant de Farid Smahi comme éventuel futur député européen.

 

4 – « Une minorité de comploteurs racistes »

 

Ce n’est pas un hasard si Le Pen a plusieurs fois répété cette accusation contre Bruno Mégret et ses amis. Il souhaite apparaître comme un « non raciste », sa priorité allant à l’antisémitisme.

 

En fait, on retrouve ici la même extrême droite d’autrefois qui n’a plus rien à voir avec les problèmes d’aujourd’hui : en 1930, l’immigration n’était pas le problème essentiel !

 

Le Pen, en accusant une partie du FN d’être raciste, et en prônant l’intégration de préférence au retour des immigrés, renie son combat pour l’identité nationale !

 

 

Le Pen, à plus de 70 ans, a perdu foi dans sa capacité de victoire personnelle. Ayant perdu la foi, il a perdu l’espérance. Il a alors perdu toute vertu de charité à l’égard de ses propres amis, compagnons fidèles de combat qu’il insulte désormais des noms de racistes et de vendus (les deux sont d’ailleurs contradictoires). C’est bien triste. L’épopée se conclut en farce dramatique sous le signe du reniement national !

 

Yvan Blot »

 

 

L’analyse que vous venez de lire était globalement pertinente, quoique succincte. Mais elle ne pourra être appréciée à sa juste valeur qu’à la lumière des actes suivants….