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05/11/2010

IL VIENT DE SORTIR:

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Préface de Jean-Yves Le Gallou

Huit cents invités au dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions juives de France. Toute la classe politique présente en rangs serrés afin d’entendre les remontrances, récriminations et requêtes de cette officine représentant, de son propre aveu, quelque 100 000 personnes. 1/6e à peine de l’ensemble de la « communauté » et 0,2% de la population totale du pays. Dîner de gala relayé par autant de dîners régionaux et de contacts réguliers tout au long de l’année au plus haut niveau de l’Etat.

 

Comment une telle influence, un tel pouvoir même, sont-ils possibles dans une démocratie laïque ne reconnaissant officiellement que des citoyens tous pareillement égaux? Pourquoi la classe politique française fait-elle preuve d’une telle complaisance à l’égard du CRIF et de ses dirigeants? Qui se qualifient eux-mêmes de « porte-parole politiques de la communauté juive de France » mais songent d’abord à défendre les intérêts d’un pays étranger, Israël.

 

Fantasmes ou mensonges, que cette puissance? Une plongée dans l’histoire de cette  institution devenue « interlocuteur essentiel de l’Etat » et l’examen attentif des actions et réactions du CRIF tout au long de l’année 2009 et de la première partie de 2010, permettront au lecteur d’en juger.

 

294 pages. 18 €. Pour commander, voir sous "Commander les livres"

 

30/09/2010

LOBBYS PRO-ISRAELIENS EN EUROPE – 4

4 - FRIENDS OF ISRAEL INITIATIVE 

 

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On ne réfléchit pas assez à la triste condition des politiciens chassés du pouvoir par de stupides électeurs. Comment subsister loin des ors (et des fromages) des républiques, loin des caméras et des hordes de journaleux pendus à vos basques ? Dans l’anonymat. Tenez, rien que d’évoquer toute cette tristesse, je sens les larmes me monter aux paupières. Preuve que je ne suis pas totalement dépourvue d’un certain gène.

Mais nos petits amis dégommés ne manquent pas de ressource quand il s’agit de se remettre dans le circuit, même au second rang. Certains ont donc eu une idée : l’idée de génie qui marche à tous les coups, celle qui vous amène plein de fric de généreux donateurs, la gratitude du système reconnaissant, etc, etc. Et cette idée, c’était tout simplement de créer un nouveau machin à la gloire d’Israël. Parce que ça manquait, justement. Ce qui fut fait avec célérité sous le nom de FRIENDS OF ISRAEL INITIATIVE.

 

Oui, le mot « initiative » a été rajouté pour qu’on ne confonde pas avec les European Friends of Israel (lobby que nous avons examiné le 19 septembre). On le pourrait car les buts sont strictement les mêmes : s’opposer à la campagne de « délégitimation » d’Israël, due à des opinions publiques - principalement européennes - désinformées par des médias indignes et même, comble de l’horreur, campagne issue de certaines organisations internationales. Du boulot en perspective. Cette nouvelle structure a vu le jour en juin 2010 et n’a pas chômé depuis. Vous verrez tout à l’heure comme ils se sont démenés.

Mais tout d’abord, je vous parlais de politiciens au chômage, et je vais vous le prouver. Vous constaterez que ce machin fonctionne comme une vraie usine de recyclage :

 

Le président et « inventeur » du concept, c’est José Maria Aznar, ex premier ministre espagnol. Il y a ensuite dans ce « groupe de haut niveau » :  Alejandro Toledo, ancien président péruvien, John Bolton, ancien ambassadeur des USA à l’ONU, David Trimble, ancien premier ministre d’Irlande du nord, Carlos Bustelo, ancien ministre espagnol, Marcello Pera, ancien président du sénat italien,  Vaclav Havel, ancien président tchèque. En attendant les autres. Sarkozy peut-être en 2012 ? Enfin, lui, comme on le connaît, il voudra faire un groupe à lui tout seul.

 

L’originalité de ce nouveau lobby, l’astuce si l’on peut dire, c’est que les dirigeants n’en sont pas juifs et que l’idée maîtresse, celle qu’ils mettent à toutes les sauces, est la suivante : Israël fait totalement partie du monde occidental et toucher à Israël, c’est toucher à l’occident et à ses valeurs. Ce qui s’est passé, c’est que, de façon inexplicable, des siècles d’antisémitisme européen, d’obscurantisme donc, se sont mués en attaques contre un Etat parfaitement innocent et pacifique. Il faut donc le défendre. Leur slogan est d’ailleurs le suivant : We stand or fall together (Nous résisterons ou tomberons ensemble).

 

Donc, l’importance d’Israël est fondamentale pour l’avenir de l’occident. D’ailleurs, c’est une démocratie modèle : ouverte, avancée, comme il n’y en a pas deux au monde : “The Friends of Israel Initiative is committed to act consistently and diligently in its effort to disseminate its members’ vision of Israel as a democratic, open, and advanced nation like any other”.

A partir de là, il y a un ennemi à abattre et un seul : le fondamentalisme islamique. Et l’Iran, naturellement, qui va dans le même package. Sous-entendu, ne perdons pas notre temps à chercher midi à quatorze heure, à ergoter en fouillant au fond des temps – il y a quelques décennies – le pourquoi et le comment de cette soudaine présence musulmane massive. Occupons-nous seulement d’aujourd’hui. Et justement, aujourd’hui, vive la civilisation “judéo-chrétienne”, à nouveau largement sollicitée, vous comprenez pourquoi.

Voyons à présent comme ils ont travaillé dur depuis quelques mois. Que de voyages aux frais de la princesse et de petits fours avalés. Ah c’est dur, la vie d’ex !

 

Le 21 juin 2010, Aznar lance officiellement l’Initiative, qui aura son siège à Madrid.

 

Le 19 juillet, lancement de la chose au parlement britannique. Aznar y parlera d’Israël pilier de l’ouest, pays en première ligne de la menace civilisationnelle qui pèse sur chacun de nous. Parfaitement. Accessoirement, le nouveau gouvernement britannique a été prié d’autoriser enfin the queen à se rendre en visite officielle à Israël. Oui, car en 62 ans, c’est un scandale, aucun royal n’y a mis les pieds.

 

Le 1er septembre, lancement à Jérusalem. Mêmes thèmes, mêmes arguments : « Défendre l’Etat d’Israël revient à défendre notre système libéral…. Si Israël tombe, nous tomberons tous ». Vous serez étonnés d’apprendre qu’il a eu droit à une standing ovation. Pas de doute, c’était une bonne idée.

Le 14 septembre, ça va se passer à Washington, lors d’un dîner de 70 couverts sous la houlette de l’AIPAC. Nombre plutôt modeste, vu le contexte. Que dira Aznar cette fois? Eh bien qu’Israël “est partie intégrante de l’ouest et que plus le pays sera faible, plus l’occident entier sera perçu comme affaibli… la diabolisation d’Israël conduira à la délégitimation de nos propres valeurs qui nous sont si chères. Si Israël devait disparaître à cause de ses ennemis, je doute sincèrement que l’occident puisse demeurer tel que nous le connaissons ».

Le lendemain, 15 septembre, tout ce petit monde sera reçu pour un petit-déjeuner au Congrès des USA.

 

Depuis, ils sont tous rentrés chez eux pour reprendre leur souffle et digérer. Avant la prochaine salve.

 

http://www.friendsofisraelinitiative.org/index.php

 

Ci-dessous, Aznar en pleine opération

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10/09/2010

LOBBYS PRO-ISRAELIENS EN EUROPE - 1

 

1 - LES AMIS EUROPEENS D’ISRAEL – EUROPEAN FRIENDS OF ISRAEL

 

Le lobby Les Amis Européens d’Israël (AEI), plus connu sous son nom anglophone d’European Friends of Israel (EFI) a vu le jour en septembre 2006 à Bruxelles. Des centaines de politiciens européens et israéliens et de membres du Parlement européen l’ont porté en grande pompe sur les fonts baptismaux lors d’un prestigieux gala.

 

Son objectif avoué est de «  renforcer la compréhension mutuelle et les relations entre l’Europe et Israël dans un esprit de dialogue et d’ouverture. » En réalité, son activité consiste à suivre de près les activités des instances européennes afin de veiller à ce qu’elles soient conformes aux intérêts israéliens. Et surtout d’agir en amont afin que ces mêmes instances prennent les « bonnes » décisions en la matière.

 

Depuis sa création il y a quatre ans, on ne peut pas reprocher à l’AEI d’avoir chômé. Il a même manifesté une activité débordante. Aux frais de qui ? Mystère … mais j’ai bien une petite idée …

 

Rien qu’en 2007, l’organisation a conduit trois missions à haut niveau dans des Etats membres: Portugal en janvier, Espagne en février, Malte en mai. Histoire de réseauter au maximum et de susciter la création de groupes nationaux de parlementaires eux aussi « amis d’Israël ». Car en fait, l’idée a vite débordé du cadre strict du Parlement européen pour viser les parlements nationaux qui ne seraient pas encore suffisamment « amis d’Israël ». En mai de la même année, l’AEI a emmené ses ouailles en terre promise : 16 parlementaires européens de 11 pays membres ont pu rencontrer tous les dirigeants israéliens qu’ils ont voulu et se faire une idée parfaitement objective de la situation.

Sans parler des conférences, notamment une en mars 2007 appelant sans surprise aux « Sanctions économiques contre l’Iran ».

 

C’était un bon début mais en 2008, pour le 60e anniversaire de l’Etat d’Israël, l’AEI s’est surpassé, organisant différentes activités au Parlement européen : colloques, expositions, etc. Une activité qui a culminé les 6 et 7 novembre 2008, avec l’organisation d’une grande conférence réunissant des centaines de parlementaires de 42 pays européens et d’Israël. Ceci afin d’intensifier les relations entre l’UE et Israël et les faire passer à la vitesse supérieure.

 

L’AEI organise également chaque année un pèlerinage des parlementaires européens à Auschwitz le jour anniversaire de la libération du camp, fin janvier. Très important, ce pèlerinage, pour garder tout ce petit monde dans le droit chemin.

 

Cette année, le CRIF titrait d’ailleurs sans ambiguité : « Le CRIF et les Amis européens d’Israël : pour que l’Europe se souvienne d’Auschwitz. »

 

Oui, car les deux organisations avaient fait le voyage ensemble. On pouvait lire dans la newsletter du CRIF :

« Les Amis Européens d’Israël (European Friends of Israel ou EFI) et le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), ont organisé, les 26 et 27 janvier 2010, leur 3e mission annuelle à Auschwitz à l’occasion du 65ième anniversaire de la libération des camps de concentration et d’extermination.

 

Sous la bannière d’une « Europe unie dans la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme », plus de deux cent cinquante participants, dont une centaine de parlementaires et d’eurodéputés représentants trente-trois pays, ont participé à ce voyage de la mémoire dédié aux millions de victimes de la barbarie nazie.

 

Venus des quatre coins de l’Europe et d’Israël se recueillir sur les décombres de l’un des plus grands crimes de toute l’histoire de l’humanité, les parlementaires entendaient manifester leur fidélité au devoir de mémoire à l’heure où les témoins disparaissent peu à peu et où les discours de haine et de négation du génocide juif se propagent jusqu’au sommet de certains Etats.

 

Placé sous la houlette du Président d’EFI, l’eurodéputé suédois Gunnar Hökmark et du Président du CRIF, Richard Prasquier, ce voyage a débuté dans la matinée du 26 janvier par la visite de la vieille ville de Cracovie et de son ancien quartier juif de Kazimierz. (…)

 

Parmi ses principaux intervenants, l’on comptait de nombreux Présidents et Vice-présidents de parlements nationaux, dont Petra Pau (Allemagne), Jorge Fernandez Diaz (Espagne), Alexander Torshin (Russie), Per Westerberg (Suède), Rodoula Zissi (Grèce), Lászlo Mandur (Hongrie), Tsetska Tsacheva (Bulgarie),  Yuli Tamir (Israël)…

(…)  

La délégation française ne fut pas en reste. Le sénateur Simon Sutour (PS), actuel Vice-président de la commission des affaires européennes du Sénat a pris la parole lors d’un discours sans faux semblants. Le Sénateur du Gard a rappelé que « l’assassinat de plus de 6 millions de Juifs a été l’aboutissement de la négation des valeurs fondatrices de l’humanisme occidental » et qu’il était impératif de « … rappeler à l’Humanité l’impérieuse nécessité de rester vigilante et intransigeante face à la résurgence de l’antisémitisme et de toutes les formes de racisme ». Tout en tenant à préciser que « l’ami de l’Etat d’Israël qu’il est n’est pas toujours en accord avec la politique de son gouvernement », il a également dénoncé «… le retournement contre les Juifs de l’accusation de racisme et la  nazification du sionisme et de l’Etat d’Israël » qui constitue selon lui « …l’un des thèmes majeurs de la nouvelle haine anti-juive ».

 

Ce voyage de la mémoire fut une protestation silencieuse contre l’oubli. Il a permis aux leaders européens de mesurer combien il était difficile, voire impossible, de concevoir rationnellement l’anéantissement programmé de tout un peuple. Il leur a également donné l’occasion de réfléchir aux nouvelles formes de haines racistes et antisémites. Plus que jamais, ils se sont engagés à combattre ces fléaux en leur opposant la promotion du dialogue, de la tolérance, du débat d’idées et la connaissance de l’Histoire. Ils entendaient également réaffirmer leur amitié pour l’Etat d’Israël dont la vocation fut de redonner aux Juifs, parmi lesquels un grand nombre de rescapés de …. » Etc, etc.

 

Au hasard de ce texte, on apprend qu’un certain Gunnar Hökmark préside cette officine. Il s’agit d’un eurodéputé suédois du Parti modéré, qui préside aussi l’association d’amitié Israël-Suède. Et qui est aussi co-président de l’Institut européen des entreprises, ce qui peut toujours servir.

 

A part ça, difficile de savoir qui est membre de l’AEI. Curieusement, ces gens-là n’ont pas l’air d’avoir un site internet. J’en ai bien trouvé un, mais concernant Friends of Israel Initiative, qui me semble un cousin, mais n’est pas exactement la même chose. Ils n’ont pas l’air de rechercher la publicité. Sans doute préfèrent-ils opérer dans la coulisse, c’est plus efficace. Et puis, le contexte de l’opinion publique européenne n’est pas follement favorable en ce moment. Alors, attendons des jours meilleurs, doivent-ils se dire … et restons bien à l’abri de nos murailles bruxelloises si protectrices. Pour le moment.