Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/05/2007

UNE (PETITE) BRECHE DANS LE MANICHEISME AMBIANT

Mon attention a été attirée hier soir par le programme proposé par la chaîne cryptée Planète. Etonnant ! A la place du sempiternel couplet sur les inusables Hitler, nazis, collabos, vichystes, habituellement uniques incarnations du mal absolu proposées à la détestation des foules, j’ai pu lire La face cachée des libérateurs, assorti du commentaire: L’image du GI délivrant l’Europe du nazisme est égratignée par l’ouverture des archives et la révélation de crimes. Analyse du criminologue Robert J. Lilly.

eb33fb9f3c8a317028d7489cbfa9f4b3.jpgRobert Lilly est professeur de sociologie et de criminologie à la Northern Kentucky University. Utilisant des archives officielles fort peu exploitées jusqu’à présent, il a écrit un livre intitulé La face cachée des GI’s, sous-titré Les viols commis par les militaires américains au Royaume-Uni, en France et en Allemagne. Il a ainsi démontré que les braves libérateurs s’étaient déchaîné tout particulièrement en Allemagne, pays vaincu, où ils étaient à peu près sûrs de l’impunité, et où certains se sont quasiment déshumanisés.

La traduction française de cet ouvrage est parue chez nous en 2003 et n’a guère eu droit aux honneurs de la presse. Mais elle a au moins le mérite d’exister, tandis que dans le pays de son auteur, les Etats-Unis, l’édition originale n’a toujours pas vu le jour! « Le 11 septembre 2001 puis l’engagement militaire américain rendent difficile (…) une telle publication aux Etats-Unis », voilà le type de commentaire embarrassé que l’on peut entendre à propos de ce livre politiquement incorrect. Ah, s’il avait écrit sur d’autres types d’exactions … En tout cas, pour un pays habituellement présenté comme un champion de la liberté d’expression, une telle censure – car c’est bien de cela qu’il s’agit - est plutôt inquiétante.

En seconde partie de soirée – décidément les Américains n’étaient pas à la noce – les téléspectateurs avaient droit à Pacte avec le diable : Les services secrets américains auraient entretenu des rapports avec les nazis : les Américains ont-ils laissé faire l’inimaginable sans réagir ?

Soit dit en passant, bien d’autres « inimaginables » se sont produits, du côté communiste notamment, se produisent en ce moment même et se produiront encore, hélas. Cessons une bonne fois pour toutes de considérer qu’il existe des inimaginables plus inimaginables que d’autres. Et ne perdons pas une occasion de le rappeler.

943c3ce88688ca8e275561eea11c1785.jpgCette fois, il était question du livre du journaliste d’investigation Fabrizio Calvi paru en 2005 sous le titre Pacte avec le diableLes Etats-Unis, la shoah et les nazis.

Il ressort de cet ouvrage que les Américains, et les Anglais aussi d’ailleurs, connaissaient bien des choses à propos de la situation des juifs en Europe, mais s’étaient soigneusement abstenus d’intervenir, pour des raisons diverses. Après le conflit, ils n’avaient pas craint de recycler un certain nombre de responsables nazis qui pouvaient leur être de quelque utilité. Ce que faisaient de leur côté les soviétiques, nullement en reste en matière de cynisme.

Les travaux de Calvi se basent sur des archives inédites déclassifiées en 1998. Tout n’a cependant pas été rendu public à cette occasion. La commission chargée de faire le tri, composée de hauts-fonctionnaires des services secrets américains, a soigneusement délimité le périmètre accessible. On peut imaginer d’autres découvertes pour les historiens futurs.

Ce livre n’était d’ailleurs pas le premier du genre. En 1987, l’historien américain David S. Wyman avait publié L’abandon des juifs – les Américains et la solution finale. Là aussi, de nouvelles archives venaient d’être ouvertes. Le Droit de Vivre, journal de la LICRA, avait alors commenté en ces termes les travaux de David Wyman : « Par antisémitisme, les Américains ont longtemps refusé de laisser entrer librement les juifs ; par esprit bureaucratique, ils ont sciemment saboté des plans de sauvetage sous prétexte qu’Hitler aurait pu les gêner en leur livrant non pas quelques-uns, mais tous les juifs. Une des grandes questions, sinon la principale, qui apparaît en effet est celle-ci : « Si Hitler nous les donne, qu’en fait-on ? N’importe où, mais pas chez nous ». Ni les Américains, ni les Anglais ne veulent des juifs chez eux et la seule solution envisageable, la Palestine, est exclue ».

De livre en livre et d’archives en archives – mais le chemin à parcourir est encore long – peut-être finira-t-on par arriver à une vision moins outrageusement manichéenne d’un conflit qui a coûté très cher à l’Europe. Et dont nous continuons à payer la facture, particulièrement salée.