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13/11/2007

SANS NOM MAIS NON SANS DESSEIN

84223cb6f32025103b9826b10610eb44.jpgUn livre écrit par Philippe Claudel, maître de conférences à l’Université de Nancy, a obtenu hier le Prix Goncourt des Lycéens, créé par la FNAC en collaboration avec le Ministère de l’Education nationale.

Il s’appelle Le rapport de Brodeck. En voici les grandes lignes.

C’est un village sans nom. Dans ce village sans nom, il y avait un homme sans nom, lui aussi. Il est mort, victime d’un meurtre collectif. C’est horrible. Celui qui n’a pas participé à l’assassinat collectif est chargé d’établir un rapport sur cette terrible affaire. Un rapport destiné à dédouaner les coupables.

On se demande évidemment où cette scène horrifiante a bien pu se dérouler. Quelque part en Ukraine, dans les années 30 ? Ou en Pologne ? Ou en Biélorussie ? Ou au Caucase ? Vous n’y êtes pas. Mais alors, pas du tout. Réfléchissez avant de dire, ou de penser, n’importe quoi.

Cela ne PEUT s’être passé que dans un CERTAIN pays. Et d’ailleurs, nous allons peu à peu deviner lequel: un pays montagneux, où l’on parle un langage germanique. Genre Bavière, ou Autriche, ou Allemagne. Enfin, dans ces coins-là, forcément. On y voit déjà un peu plus clair, non ? Il est question aussi de camps de concentration dans les parages. Surtout ne me répondez pas que ... dans le paradis bolchevique aussi …. C’est totalement HORS SUJET et votre insistance à ce propos paraît décidément de plus en plus louche.  

Ce « rapporteur » si je puis dire, qui se nomme Brodeck, va en dire un peu plus sur lui au fil des pages. Il a dû fuir les pogroms d’un pays non nommé et a réchappé d’un camp d’extermination. L’horreur ne cesse de grandir, les atrocités « quasi-fantasmatiques » se succèdent. Ainsi, on verra même «la femme du dirigeant du camp assistant à la pendaison des détenus, son bébé dans les bras ».

[Là, puisque nous en sommes au chapitre des horreurs, j’ouvre une parenthèse pour vous suggérer d’aller voir ce que raconte Wikipédia sous cheka  - en anglais, j’insiste -  parce que sous tchéka  avec un t en français, vous ne trouverez rien. Cliquez ensuite sur cheka atrocities, et là vous constaterez que la scène de la pendaison était juste un petit jeu de patronage. Et là-bas, hélas, ce n’était pas du roman].

Voilà en tout cas ce qui est proposé aux lycéens : toujours la même version hémiplégique de l’histoire, toujours les mêmes méchants, toujours les mêmes gentils. Ils finiront par faire une overdose.

08/11/2007

CES ANCETRES QUI DONNENT DES CAUCHEMARS ....

Dans un magazine féminin de décembre qui vient de paraître, j’ai trouvé un article intitulé Mes ancêtres et moi ! sous-titré : Du vécu de nos aïeux, on hérite du meilleur comme du pire ! Profitons des réunions familiales pour renouer avec nos racines et éclairer le présent. Pourquoi pas, après tout ? Cet article était illustré par deux témoignages, dont l’un, qui m’a fait sursauter, est le suivant :

« Marie-Laure, 55 ans

Quand j’ai eu 7 ans, j’ai commencé à faire des cauchemars et à souffrir d’asthme. Sur les conseils d’une amie psy, ma mère a cherché à savoir si cela avait un rapport avec notre histoire familiale. C’est ainsi qu’elle a découvert que son grand-père avait une sœur. Elle s’appelait Sarah. Elle est morte à 7 ans, gazée à Auschwitz. Personne n’en avait jamais parlé. Ma mère a retracé la vie de sa tante et m’a ensuite raconté toute son histoire. Chose incroyable : mes cauchemars ont disparu de suite et mes crises d’asthme ont cessé en quelques mois ».

Je suis désolée de dire que cette tragique histoire ne tient pas debout et j’attends de pied ferme qu’on me démontre le contraire. Cette dame ayant 55 ans aujourd’hui est donc née en 1952. On peut raisonnablement penser que sa mère est née au plus tôt en 1934 (elle aurait alors eu 18 ans à la naissance de sa fille), mais plus vraisemblablement vers 1930, ou même avant.

La petite fille gazée à 7 ans à Auschwitz devait être née, elle, au plus tard en 1938 et au plus tôt vers 1933.

La mère est donc vraisemblablement née avant cette petite fille qui est censée avoir été sa tante ou sa grand-tante, on ne sait pas très bien car le texte se contredit sur la question. Comment le grand-père/père aurait-il dans ces conditions pu avoir une sœur dont elle n’aurait jamais entendu parler ?

Vous allez me dire que je pinaille ? Peut-être, mais dans ce domaine douloureux, il n’y a pas de place pour l’à-peu-près.

Ceci dit, ça n’a pas vraiment d’importance car le message était ailleurs, et il est passé, c’est l’essentiel.

06/11/2007

CIRCULEZ, Y A RIEN A VOIR ….

Vous savez ce qu’est Internet : vous cherchez quelque chose et de fil en aiguille, vous tombez sur tout autre chose. Souvent fort intéressant. D’où de nouvelles recherches, de nouvelles vérifications, etc.

Donc, en cherchant autre chose, je suis tombée sur une List of French Jews proposée par Wikipédia. Ne la cherchez pas en français, vous ne la trouverez pas. Cette liste a été mise à jour récemment car à la rubrique « religieux », on tombe sur feu le cardinal Jean-Marie Lustiger, avec la date de son décès. Il est étonnamment seul, d’ailleurs, à figurer à ce chapitre.

Vous trouvez ensuite toute une série de rubriques diverses et variées : militants, militaires, hommes politiques, hommes d’affaires, scientifiques, philosophes, artistes, acteurs, musiciens, sportifs.

Vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelque chose ? Moi si. Un anglo-saxon qui tomberait sur cette liste conclurait fort logiquement que chez les Frenchies, il n’existe pas à l’heure actuelle de journalistes issus de cette communauté-là, ou si peu, vraiment, que ce n’est pas la peine d’en parler …

 

C’est en cherchant bien, à la rubrique « écrivains et poètes », que l’on finit quand même par trouver, péniblement, TROIS journalistes, dont l’un n’est plus en activité depuis belle lurette : Jean-Jacques Servan-Schreiber. A part lui, deux femmes : Anne Sinclair et Claude Sarraute. Voilà, c’est tout. Circulez, il n’y a rien d’autre à voir. Une précision : les autres ne sont pas non plus sous « militants », j’ai vérifié.

Je me demande s’il ne faudrait pas signaler à Wikipédia cette petite lacune et nous proposer généreusement pour y remédier. Car tant qu’à faire les choses, autant les faire bien et si déjà liste il y a, autant qu’elle soit crédible…

Ah, et puis aussi leur signaler l’existence, dans notre doux pays, d’une Association des journalistes juifs de la presse française, présidée par Clément Weill-Raynal, journaliste à France 3. A ne pas confondre avec son jumeau, Guillaume Weill-Raynal, avocat, auteur de Une haine imaginaire ? Contre-enquête sur le « nouvel antisémitisme ».

04/11/2007

JACQUES ATTALI : ATTENTION, SON TICKET NE SERA BIENTOT PLUS VALABLE

ff134c84d0121258ffd731e89d792886.jpgJacques Attali est, entre autres, un auteur extraordinairement prolixe à défaut d’être extraordinairement pertinent. Il en a dit, et écrit, des vertes et des pas mûres, en particulier lorsqu’il se laisse aller à son délire cosmopolite.

Ainsi, dans L’Homme nomade, écrit en 2003, il nous prédit un monde futur particulièrement alléchant : « Le transhumain aura le droit d’appartenir à plusieurs tribus à la fois, obéissant, selon le lieu où il se trouve, à diverses règles d’appartenance, à de multiples rituels dits de passage, à diverses formes de politesse et à de multiples codes d’hospitalité (…) La polyandrie ou la polygamie lui permettront de partager avec d’autres, provisoirement ou durablement, un toit, des biens, des projets, un compagnon ou une compagne, sans pour autant désirer avoir ou élever ensemble des enfants ni porter le même nom, ni même avoir des relations sentimentales et sexuelles….[La mondialisation démocratique] ne passera pas seulement par la technologie, mais aussi par la réinvention de modes de vie nouveaux, inspirés de ceux des peuples premiers. Cela exigera de repenser les cultures et l’organisation du travail dans les villes et de la politique ; d’inventer un gouvernement de la planète ; une démocratie transhumaine …Se dessinera alors, au-delà d’immenses désordres, comme la promesse d’un métissage planétaire, d’une Terre hospitalière à tous les voyageurs de la vie ».

On voudrait déjà y être, vous ne trouvez pas ?

Ceci dit, êtres transhumains ou pas, le marché impose quand même des lois incontournables. Business is business. Dans cette optique, est-il bien raisonnable de s’éterniser ici-bas lorsqu’on n’est plus bon à consommer et qu’on coûte plus qu’on ne rapporte? Certes non. C’est du moins l’avis de Maître Jacques qui nous a livré également de profondes pensées relatives à la durée de la vie :

« Dès qu'il dépasse 60/65 ans, l'homme vit plus longtemps qu'il ne produit et il coûte alors cher à la société ; il est bien préférable que la machine humaine s'arrête brutalement, plutôt qu'elle ne se détériore progressivement."

"On pourrait accepter l'idée d'allongement de l'espérance de vie à condition de rendre les vieux solvables et de créer ainsi un marché."

"Je crois que dans la logique même du système industriel dans lequel nous nous trouvons, l'allongement de la durée de la vie n'est plus un objectif souhaité par la logique du pouvoir."

"L'euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c'est la liberté, et la liberté fondamentale c'est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société."

"L'euthanasie deviendra un instrument essentiel de gouvernement."

Gageons que M. Attali, né le 1er novembre 1943, ne manquera pas de s'appliquer prochainement à lui-même -pour donner le bon exemple - la mesure qu'il préconise avec une telle force de conviction. Se flinguer en public et en direct au 20 heures de Claire Chazal le jour même de ses 65 automnes - le 1er novembre de l’année prochaine - ne manquerait pas d'une certaine gueule, non ?

02/11/2007

LE PROFESSEUR HAYEM

La France de 1931 est-elle (déjà) antisémite ? On pourrait assez facilement le croire à la lecture des Droit de Vivre, journal de la LICRA, qui sera créé l’année suivante, en 1932. Journal qui existe toujours aujourd’hui. Pourtant, je suis tombée, en lisant un livre de souvenirs écrit par Sacha Guitry – lui qui sera honteusement traîné dans la boue à la Libération, avant de voir son « innocence » reconnue, bien à regret  – sur un texte amusant qui apporte un éclairage bien différent à ce sinistre climat « antisémite » qui aurait régné sur notre pays dès cette époque lointaine. Sacha Guitry relate, sous le titre Le professeur Hayem une rencontre qu’il fit à Evian, où il faisait une cure, en août 1931.

« Un petit vieillard à barbe blanche, à cheveux longs, est arrivé ce matin à l’hôtel. Il a le type sémite nettement prononcé, il porte une jaquette noire et il est commandeur de la Légion d’honneur. Lorsqu’il est entré dans la salle du restaurant, tout le monde l’a remarqué et chacun s’est demandé :

-          Qui est ce vieux savant ?

Notre voisine de table, que nous connaissons un peu, me l’a même demandé à moi. Je lui ai répondu que je n’en savais rien.

Alors, elle a appelé le maître d’hôtel et lui a posé la même question.

-          Je vais vous le dire tout de suite, Madame.

Il a quitté la salle, est allé à la réception et en est revenu avec un petit bout de papier qu’il a remis à notre voisine. Elle s’est de nouveau penchée vers nous et elle m’a dit :

-          C’est le professeur Hayin. Est-ce que ce nom vous dit quelque chose ?

-          Rien du tout, Madame.

 

Une heure plus tard, j’ai su que c’était le professeur Hayem, le plus illustre médecin français. Alors je me suis souvenu de la curiosité instinctive et générale qu’il avait soulevée en entrant dans cette salle de restaurant. Nous sommes tous ici des malades, puisque, en principe, nous sommes venus à Evian pour nous soigner, et la présence parmi nous de cette sommité médicale, nous l’avons vraiment devinée, nous l’avons sentie. Une demi-heure plus tard, tout l’hôtel savait que c’était le professeur Hayem et nous en éprouvions un plaisir extrême. Quelle impression réconfortante, quelle tranquillité cela donne de savoir qu’on a, à portée de la main, un homme d’une telle infaillibilité ! Ce médecin, que ses confrères appellent en consultation depuis quarante années, dire que nous n’avons qu’un signe à faire pour qu’il nous guérisse !

Et puis nous apprenons une nouvelle qui vient augmenter encore l’intérêt que nous lui portons égoïstement : le professeur Hayem a quatre-vingt-onze ans ! Un médecin âgé de quatre-vingt-onze ans paraît être la preuve évidente de l’efficacité de ses méthodes thérapeutiques.

Dès le repas suivant, nous cherchons tous à savoir ce qu’il mange, ce qu’il boit et s’il prend du café. Chacun de nous, à tour de rôle, questionne le maître d’hôtel et l’on sent que dans quarante-huit heures nous allons tous nous conformer au régime que suit le professeur Hayem.

Nous sommes devenus, sans qu’il le sache, ses clients, puisqu’il est devenu notre médecin – malgré lui. Et je n’oublierai jamais nos têtes à tous lorsque nous le vîmes allumer un magnifique cigare à la fin de son repas. Les non-fumeurs étaient consternés, les fumeurs exultaient.

De tous les coins du restaurant, on entendait ces mots :

-          Garçon, passez-moi donc les cigares !

 

Lorsque le professeur Hayem traverse à petits pas le grand salon, chacun le salue. C’est la santé qui passe.

Personne n’a encore osé lui parler. D’ailleurs, il n’a pas l’air aimable. Dame ! Il doit savoir ce qu’il lui en coûte dès qu’il a l’imprudence de répondre trop gracieusement à un salut. Et j’imagine qu’il a dû bannir à jamais de son langage certaines formules de politesse. Celle-ci entre autres, surtout celle-ci :

- Comment allez-vous ?

Que se passerait-il si ces mots lui échappaient ?

On ne serait pas long à le lui dire, comment on va !

Nous sortions de table, hier, lorsque le directeur de l’hôtel vint à moi et me dit :

-          Le professeur Hayem voudrait vous serrer la main, Monsieur.

 

Ma joie fut grande, mais de courte durée, car, immédiatement, je me suis demandé si je n’avais pas une mine épouvantable, et si ce n’était pas par pitié qu’il désirait me voir. Il n’en était rien, grâce à Dieu.

Nous avons bavardé assez longtemps tous les deux, et comme il est la perspicacité même, il n’est pas surpris qu’on se permette de transformer tout de suite en consultation la conversation qu’il se proposait d’avoir avec nous. On n’oserait pas demander à Paderewski de vous jouer une valse de Chopin, on hésiterait à prier M. Nénot de vous faire le plan d’une petite maison de campagne, mais on ne résiste pas à l’envie de savoir du professeur Hayem si l’emploi de la digitaline est efficace ou non, si l’aspirine doit se prendre en mangeant, et si la siathermie combat le rhumatisme.

 

Il répond en souriant aux questions qu’on lui pose. Il me paraît sceptique et j’ai l’impression qu’il considère que le nombre des malades imaginaires est considérable.

Entre deux bouffées de cigare, il m’a dit :

-          En tout cas, vous avez tort de fumer : ce n’est pas bien.

 

Le soir, je l’ai revu et je me suis permis de lui poser la question suivante :

-          S’il vous fallait, Monsieur, résumer d’un seul mot toutes les connaissances que vous avez acquises, tout ce que l’expérience a pu vous apprendre…. Ou, plus exactement, si vous ne pouviez donner qu’un seul conseil à un être qui vous serait cher, lequel lui donneriez-vous ?

En somme, je lui demandais de faire son testament. Je l’imaginais à son lit de mort, je le voyais faisant un effort suprême pour prononcer quelques mots.

Ma question, d’abord, l’étonna mais il comprit vite ce que j’attendais de lui. Il y pensa, et je cherchai à deviner ce qu’il allait me répondre. Allait-il me dire : « L’estomac … » ou bien : « Les reins … », ou bien : « Le foie … » ?

Il me posa très nettement la main sur le bras et, les yeux dans les yeux, comme quelqu’un qui sait de quoi il parle, il me répondit :

-          « Eh bien ! Monsieur, je lui dirais : « Travaille…. Parce que le travail c’est ce qui élimine le mieux les toxines. »

20fec998ec8289cde7ea5bc14c0a37f7.jpgCe médecin illustre, Georges Hayem, fut l’un des fondateurs de l’hématologie. On lui doit également la mise au point d'une solution isotonique qui lui permit de sauver de la déshydratation un grand nombre de ses malades pendant les grandes épidémies de choléra. Ce succès lui valut d'ailleurs le surnom de "Dr choléra".  Il devait mourir en 1933, deux ans après sa rencontre avec Sacha Guitry, à l'âge respectable de quatre-vingt-treize ans.

22/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (3)

Un correspondant m’a fait observer qu’en m’embarquant dans cette série, je n’étais pas sortie de l’auberge ! C’est profondément vrai. Je profite donc de l’occasion pour rappeler que je me propose juste de faire un tour d’horizon succinct de divers acteurs de la révolution bolchevique, ayant tous un point commun. Succinct, car je ne suis pas historienne et je ne prétends évidemment pas à l’exhaustivité. Sans compter le temps que cela prend, comme vous pouvez vous en douter. Ce sera un petit jeu entre nous, si vous trouvez des infos intéressantes – et dûment vérifiées – faites-en profiter les autres. Ca complétera le tableau.

Je rappelle aussi que tous les hommes, ou femmes, dont il sera ici question, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Tous les malheurs qui ont pu leur arriver par la suite furent occasionnés, non par une dénonciation de ses crimes, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

LEV BORISSOVITCH ROSENFELD, dit KAMENEV

9cf061729723724fc2a49631d88b2a5c.jpgEncore un révolutionnaire de la première heure - ayant participé à celle de 1905 – qui naît à Moscou en 1883. Proche de Lénine qu’il suivra dans ses pérégrinations d’exilé, il est également le beau-frère de Trotsky, dont il épouse la sœur en premières noces : Olga Bronstein, révolutionnaire elle-même, plus tard membre actif, et influent, du parti. Nous restons donc strictement en famille.

Les années fastes de Kamenev se situent de 1917 à 1925. Les choses vont très nettement se gâter pour lui par la suite.

Dès la réussite de la révolution d’octobre, il est membre du Comité exécutif central du parti, dont il sera élu président en 1918. Il participe à la fondation du Bureau politique, ou Politburo, organe important s’il en est, qu’il présidera en 1923-24, durant la maladie de Lénine.

Il joue d’abord Staline contre Trotsky puisque de 1922 à 1925, il participe à la troïka Zinoviev/Staline/Kamenev, qui s’oppose à Trotsky et parviendra à le marginaliser. En 1925, ce dernier sera contraint sous la pression de ses adversaires de démissionner de sa fonction de commissaire à la guerre, où il avait pourtant fait preuve d’un zèle remarquable.

Un peu plus tard, revirement : avec Trotsky et Zinoviev, il s’oppose cette fois à Staline dont tous critiquaient notamment… la tendance à la bureaucratie. C’est le vrai début de ses malheurs car il est exclu, comme Trotsky et d’autres, du parti en 1927. Mais il fait amende honorable sous forme d’autocritique et il est réintégré en 1928. En 1932, il est exclu à nouveau, puis encore une fois réintégré après une nouvelle autoflagellation publique. Staline, qui devait s’ennuyer, aimait bien jouer comme ça au chat et à la souris.

En 1935, le jeu n’était plus tellement drôle, Kamenev est arrêté et condamné à 10 ans de prison pour conspiration contre le dictateur. Lors des procès de Moscou, l’année suivante, en 1936, il sera rejugé pour trahison envers l’Etat. Cette fois sera la bonne : il est exécuté à Moscou en août 1936. Pour faire bonne mesure, Staline fera également tuer ses deux fils et leur mère, sa première épouse, la sœur de Trotsky.

Pour finir en chanson cette sombre histoire, voici quelques paroles extraites de la chanson de Gainsbourg , Juif et Dieu :

Grigori Ievseîetch Apfelbaum dit Zinoviev
Lev Borissovitch Rosenfeld dit Kamenev
Lev Davidovitch Bronstein dit Trotsky
Dieu est Juif
Juif et Dieu

20/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (2)

LEV BRONSTEIN, dit TROTSKY

b2ac7527315110cca7907ef71a9907b0.jpgIl n’y a guère qu’en France - faut-il s'en étonner? - que Trotsky continue encore à jouir d’un prestige et d’un notoriété intacts. Son fan club, qui s’est enrichi dans les années 60-70 de nombreux juifs et intellectuels, a même réussi le tour de force – avec l’aide complaisante des médias – à imposer une vision positive du personnage, occultant soigneusement quelques légères « ombres » de sa biographie. Celles-là même que nous allons relever, dans un souci d’exactitude.

Lev Davidovitch Bronstein naît en 1879 en Ukraine dans une famille de commerçants juifs. Il entre en révolution comme d’autres entrent dans les ordres, très tôt. Il participe à la révolution de 1905 et dès cette époque invente avec un coreligionnaire, Alexander Helphand, dit Parvus, le concept de « révolution permanente ».

Après bien des péripéties au cours desquelles il adopte son nom « de guerre », Trotsky, on le retrouve à New York en 1916, où il nouera de très fructueux contacts. Autre bacille de la peste, il rentre en Russie en 1917 et participe activement avec Lénine au coup de force des bolcheviques qui les portera au pouvoir.

Dès lors, il aura l’occasion de déployer tous ses talents en tant que commissaire de la guerre de 1918 à 1925, lui qui déclarait en décembre 1917 : « Dans moins d’un mois, la terreur va prendre des formes très violentes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de la grande révolution française. Ce ne sera plus seulement la prison, mais la guillotine, cette remarquable invention de la grande révolution française, qui a pour avantage reconnu celui de raccourcir un homme d’une tête, qui sera prête pour nos ennemis ».

Il ne se vantait pas car les bolcheviques ne vont lésiner sur aucun moyen criminel pour faire triompher la société « plus juste et plus humaine » qu’ils envisageaient pour la planète entière. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, n’est-ce pas ? Comme le disait justement Trotsky, au temps de la terreur rouge dont il fut un acteur efficace :  « On peut et on doit faire comprendre qu’en temps de guerre civile nous exterminerons les gardes blancs afin qu’ils n’exterminent pas les travailleurs. Dès lors, notre but n’est pas de supprimer des vies humaines, mais bien de les préserver. (…) L’ennemi doit être mis dans l’impossibilité de nuire, ce qui, en temps de guerre, ne peut se traduire que par sa suppression ».

De proche en proche, et d’ennemis en contre-révolutionnaires, ce sont des pans entiers de la société qui vont y passer. Toujours pour la bonne cause, évidemment.

C’est dans ce louable but d’assainissement que Trotsky présidera, avec Lénine, à l’ouverture des camps de concentration, un peu partout dans le pays, dès août 1918. Tous les « éléments douteux » y seront internés à tour de bras, sans le moindre jugement, est-il besoin de le préciser.

Il créera l’Armée rouge, dont il sera le chef incontesté durant toutes ces années. Cet instrument essentiel de la dictature bolchevique fera régner la terreur, surtout parmi les masses paysannes qui seront matées par le « balai de fer » employé par Trotsky notamment pour le  nettoyage de l’Ukraine.

C’est lui également qui noiera la révolte de Cronstadt, en 1921, dans le sang. Les marins de cette base navale, autrefois qualifiés par le même personnage de «valeur et gloire de la Russie révolutionnaire » furent à l’origine d’une révolte de la population due à l’insupportable misère qui régnait. Tous demandaient que le carcan de fer qui enserrait le pays se desserre quelque peu. La seule réponse de Trotsky, et des bolcheviques, fut une répression sanglante qui fit des morts par milliers.

Voilà déjà quelques années – de 1918 à 1925 – bien employées. Celui qui avait écrit, en 1920, Terrorisme et communisme, s’opposera ensuite à Staline et sera exclu du parti en 1927, puis expulsé d’URSS en 1929. Commencera alors une longue errance qui s’achèvera en 1940, au Mexique, sous un coup de piolet administré  par un agent de Staline.

Et la légende dorée pourra commencer.

11/10/2007

DIEUDONNE AU TRIBUNAL

Dieudonné comparaît aujourd'hui devant le TGI de Paris (11e Chambre, 13h) pour injure raciale. Il est accusé d'avoir déclaré "Les juifs sont des négriers".

J’ai pris la peine de consulter mon Petit Robert à ce mot fatidique et j’ai lu : « 1) Relatif à la traite des Noirs ; qui s’occupait de la traite des Noirs. 2) Celui qui se livrait à la traite des Noirs, marchand d’esclaves. – par anal. Personne qui traite ses employés comme des esclaves. Navire qui servait à la traite des Noirs. Les négriers nantais ».

Le dictionnaire refermé, sur ce sujet douloureux, il y a de la repentance en vue pour tout le monde. Y compris pour les juifs, qui ont participé à ce commerce lucratif au même titre que les autres : Africains, arabes, européens. Un certain nombre de données historiques difficilement réfutables en font foi.

Mais il n’y avait pas que le traite des noirs. Avant que l’on ne s’intéresse à l’Afrique noire, d’autres populations, souvent slaves - les bien nommés - en furent victimes. On trouve des informations intéressantes sur le commerce des esclaves slaves tout bêtement dans Wikipédia, au chapitre « juifs radhanites ». Voyez plutôt :

« Les Radhanites étaient des marchands juifs du haut Moyen Âge. Ils dominèrent le commerce entre les mondes chrétien et musulman entre 600 et 1000 de l'ère chrétienne. Les routes commerciales ouvertes sous l'Empire romain restèrent utilisées durant cette période en grande partie grâce à leurs efforts. Leur réseau commercial couvrait la plus grande partie de l'Europe, l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l'Asie centrale et une partie de l'Inde et de la Chine.

Il existe très peu de sources directes sur les Radhanites. Leur activité nous est connue grâce à un livre de Abū l-Qasim Ubaid Allah ibn Khordadbeh, le Kitab al-Masalik wal-Mamalik (Livre des Routes et des Royaumes), qu'il écrivit sans doute vers 870. En tant que directeur des postes et de la police de la province de Jibal sous le calife abbasside al-Mutammid (qui régna de 870 à 885), il occupait une position privilégiée pour observer ce commerce : «  Ces marchands parlent arabe, persan, grec [byzantin], franc, espagnol et slave. Ils voyagent d'ouest en est et d'est en ouest, partiellement sur terre, partiellement sur mer. Ils transportent depuis l'occident des eunuques, des femmes réduites en esclavage, des garçons, des soieries, des castors, des martres et d'autres fourrures, et des épées. »

Les Radhanites transportaient principalement des biens précieux et de faible encombrement, notamment des épices (musc, aloès, camphre, cannelle, etc.), des porcelaines, des parfums, de la joaillerie et de la soie. Ils auraient également fait le commerce du pétrole, de l'encens, des armes en acier, des fourrures, des eunuques et des esclaves (en particulier, les Saqāliba). Ces deux derniers biens constituaient une part importante de leur activité. L'Espagne musulmane était très souvent la destination finale des esclaves slaves dont les Radhanites faisaient le commerce. Les Radhanites jouaient un rôle essentiel dans le commerce des esclaves slaves qui connut un fort développement au Xe siècle. Verdun, par exemple, un des principaux centres commerciaux radhanites, était un grand marché à esclaves. Cette ville était également un important lieu de castration des eunuques.

À l'origine, les esclaves étaient amenés dans l'Espagne musulmane (parfois en passant par Verdun), puis, après la révolte des Zanj, en Égypte et en Syrie. Ainsi, en 961, il y avait 13 750 Saqaliba masculins à Cordoue. Les Saqaliba étaient tellement nombreux qu'ils fondèrent une dynastie dans le sud de l'Espagne au XIe siècle. »

Eh oui, dans Wikipédia ! Vous allez me répondre que ces marchands d’esclaves-là n’étaient pas des négriers. Exact. La nuance est cependant subtile, il me semble.