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28/03/2010

ET UNE LOUCHE, UNE !

J’allume mon ordi ce matin à 8h30 et en sommaire, sur Yahoo France, en page censée donner les actualités, sur quoi tombe-je ? Sur ce titre:

«Auschwitz… on ne savait pas»

« Dans les archives de «Libé», il y a 14 ans. L’ancien fonctionnaire de Vichy, accusé d’avoir organisé des convois de Juifs pour les camps de la mort, expose sa stratégie de défense, au moment où la justice étudie son renvoi en cour d’assises.

L’affaire Maurice Papon a commencé il y a quinze ans. Pensez-vous que votre procès aura lieu ?

Je sais que je n’ai rien à me reprocher. Au contraire, j’ai fait des choses qui, si elles avaient été sues à ce moment-là, m’auraient envoyé au cabanon. J’ai la conscience parfaitement tranquille. En dépit de beaucoup de désillusions et déceptions, je fais confiance aux institutions judiciaires de mon pays. Si on me juge en droit, le non-lieu est inévitable. Si le facteur politique intervient, tout est possible. »

 

 

Etc, etc, etc, vous trouverez la suite en lien

 

http://www.liberation.fr/societe/0101626929-auschwitz-on-ne-savait-pas

C’était bien, mais un peu juste. Alors, pour faire bonne mesure, juste en dessous de ce titre, il y en avait un autre :

« Un dossier compliqué »

« Au tournant du siècle, la France règle enfin ses comptes avec l’Etat français et la collaboration à la solution finale. On a jugé Klaus Barbie le nazi de Lyon, puis le milicien Paul Touvier. Pour Maurice Papon, fonctionnaire modèle en 1942 à Bordeaux, qui a achevé une brillante carrière dans le gouvernement de Raymond Barre, c’est plus compliqué. Dans son dossier, figure René Bousquet, son supérieur pour «les questions juives» à Vichy et ami de François Mitterrand. Il faudra la mort des deux précédents pour qu’il comparaisse aux assises. Deux ans avant, sa défense est verrouillée : employé subalterne, il ne savait pas et n’a fait qu’exécuter les ordres. La complainte, déjà entendue à Nuremberg ou Jérusalem aux procès des anciens nazis, n’a pas ému les juges. Maurice Papon a été condamné à dix ans de prison. »

 

http://www.liberation.fr/societe/0101626930-un-dossier-co...  

 

Les deux articles proviennent de Libé. Soit dit en passant, Yahoo offre l’exclusivité de son sommaire aux journaux suivants : Le Monde, Le Figaro et Libération. Point final. Apparemment, il considère balayer ainsi l’ensemble des opinions représentées dans le pays. Le jour où je verrai Rivarol rejoindre cette élite, on pourra commencer à parler de diversité d’expression dans le pays. Mais avant, il vaut mieux pas.

 

Revenons à Auschwitz. Pourquoi aujourd’hui ? Question stupide. Tous les jours sont valables pour parler d’Auschwitz. Et lorsqu’on n’a pas d’actualité ou de semblant d’actualité à laquelle se raccrocher, comme par exemple fin janvier pour l’anniversaire de la libération des camps, ou au début du mois pour La Rafle, no problem. On trouve autre chose. Comme se remémorer qu’il y a quinze ans commençait le procès Papon. Comme à l’époque il y a eu une série de procès destinés à rappeler aux Français à quel point ils étaient coupables ad vitam aeternam, ça nous fait quelques belles piqures de rappel en perspective. Attachons nos ceintures !

 

Qu’on me comprenne bien : oui, il s’est passé des choses horribles à Auschwitz. Il s’est hélas passé des choses tout aussi horribles par la suite dans différents pays de la planète. Et je suis bien certaine qu’il se passe en ce moment même d’autres horreurs que l’on cache délicatement sous le tapis.

 

A commencer d’abord par le scandale absolu de la famine qui sévit alors que des sommes colossales sont gaspillées en armements. Que des êtres humains meurent de faim en ce moment même alors que les gouvernants se goinfrent et se congratulent en faisant croire aux gens qu’ils agissent pour le « bien de tous » et la « paix » me révolte plus que des événements passés il y a deux générations.

 

Mais voilà : Auschwitz remplit une fonction très précise. Son évocation devenue obsessionnelle est là pour rappeler que l’humanité entière est coupable à l’égard des juifs et leur est donc éternellement redevable. Jamais cette dette ne s’éteindra et elle sera transmise aux descendants et aux descendants de ces derniers jusqu’à la fin des temps.

 

Cette dette inexpiable autorise les juifs à agir  comme ils le jugent utile à leurs desseins, aussi bien en Israël qu’à l’extérieur. Ceux qui s’opposent à cette répartition des rôles très légèrement déséquilibrée, sont des antisémites. Simple. Et efficace.

 

(Le temps que je ponde cet article, les liens ne figurent plus en sommaire, mais en « France »).

 

 

 

08/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 4

 

32.jpgVoici la suite et la fin de texte de Marcel Aymé, paru en 1950. Il pourrait avoir été écrit ces jours-ci.

 

« L’épuration et le délit d’opinion (n°4)

 

 

La Société des Gens de Lettres, sans oser la moindre protestation, se laissait imposer un général qui venait dans ses murs présider une commission d’enquête. L’Académie française se déshonorait fiévreusement en éjectant de son sein les écrivains persécutés qu’elle avait révérencieusement traités sous l’occupation. A l’Académie Goncourt, la peur et la prudence se doublaient d’un empressement servile dans l’accomplissement des basses besognes d’auto-épuration.

 

Dans le cinéma, il y eut une procédure bien particulière. On fit comparaître devant un tribunal, composé de travailleurs manuels de la Profession, tous les metteurs en scène, scénaristes et dialoguistes. Pour ma part, ayant vendu un scénario à la Continental-Films (société allemande), je fus condamné à un « blâme sans affichage », ce dont je fus avisé par un pli de la Préfecture de la Seine, mentionnant expressément que cette sanction m’était infligée « pour avoir favorisé les desseins de l’ennemi ». Or l’année dernière, donc trois ans plus tard, le ministre de l’Education nationale me manifestait son désir  de me décorer de la Légion d’honneur et, vers la même époque, M. le Président de la République croyait devoir m’inviter à l’Elysée. Par respect pour l’Etat et pour la République, il me fallut refuser ces flatteuses distinctions qui seraient allées à un traître ayant « favorisé les desseins de l’ennemi ». Je regrette à présent de n’avoir pas motivé mon refus et dénoncé publiquement, à grands cris de putois, l’inconséquence de ces très hauts personnages dont la main gauche ignore les coups portés par la main droite. Si c’était à refaire, je les mettrais en garde contre l’extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d’un mauvais Français comme moi et pendant que j’y serais, une bonne fois, pour n’avoir plus à y revenir, pour ne plus me trouver dans le cas d’avoir à refuser d’aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens.

 

Je n’ai rapporté cette histoire personnelle que parce qu’elle témoigne du mépris dans lequel nos gouvernants tenaient eux-mêmes et tiennent encore la Justice qu’ils nous ont fabriquée. J’imagine que chaque fois qu’un tribunal envoyait un homme à la mort pour délit d’opinion, ils devaient échanger des clins d’œil espiègles, car ils savaient ce qu’ils faisaient.

 

Ils savaient où ils allaient et ils sont arrivés où ils voulaient. Aujourd’hui la notion de délit d’opinion est profondément ancrée dans l’esprit des Français de tous âges. Chacun se montre prudent et personne ne bronche. D’ailleurs, les cadres de la nation ont été, pour une part, fusillés, embastillés, réduits à l’exil, au chômage, au silence. Une autre part a été nantie et, par là, réduite au silence aussi. Reste le troupeau des suiveurs, des indifférents de toujours et des anciens collabos convertis par la peur au gaullisme et au communisme. On ne voit pas, dans ces conditions, d’où viendrait aux Français le goût de s’exprimer librement. En fait, la liberté d’opinion n’existe pas en France et il n’existe pas non plus de presse indépendante. Nos journaux sont douillettement gouvernementaux et il n’est pas jusqu’aux journaux communistes qui ne se montrent soucieux de respecter nos hommes d’Etat dans leurs personnes, fussent-ils des coquins avérés, et il n’y a pour ceux-ci rien de plus important. Au moins l’Humanité défend-elle un point de vue et une doctrine. Tous les autres journaux, je veux dire non-conformistes, ne se distinguent les uns des autres que par des nuances exquises que bien souvent les hommes du métier sont seuls à pouvoir apprécier. Voilà pourquoi le Crapouillot, en dépit de sa prudence, de son souci manifeste de ménager la chèvre et le chou, fait figure de périodique indépendant et même audacieux. Ainsi, grâce à l’épuration, grâce à la très ferme répression du délit d’opinion et à tant de nos grands écrivains qui lui ont prêté leur plume, c’est dans des ténèbres soigneusement entretenues depuis six ans que la France marche par des chemins bordés de précipices où il est miraculeux qu’elle ne soit pas déjà engloutie ».

07/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 3

Suite du texte de Marcel Aymé, paru en 1950 dans Le Crapouillot:

 

L'épuration et le délit d'opinion  (n° 3)

 

"Jusqu’au dernier jour, on crut que le général de Gaulle n’était pas absolument indifférent à la littérature et qu’il aimerait gracier un écrivain innocent. On ne pouvait se tromper plus lourdement. A lui aussi, la vie d’un poète était peu de chose et importait infiniment moins qu’un témoignage de satisfaction du parti communiste. Peut-être aussi qu’il avait du goût pour les exécutions (sinon, comment aurait-il, sans une parole de réprobation ou d’apaisement, toléré les massacres des premiers mois de la Libération ?). Durant le temps qu’il fut au pouvoir, on chercherait en vain, dans sa vie publique, la moindre manifestation de générosité, de bonté, le plus petit élan de pitié ou de charité. L’homme est sec.

 

Pour Maurras, il ne pouvait être question de suspecter son patriotisme et l’on savait qu’aucune considération n’aurait pu l’empêcher de dénoncer publiquement ce qu’il croyait contraire aux intérêts du pays. On le savait même si bien qu’on décida de le réduire au silence par tous les moyens. C’est qu’avant la guerre, Maurras avait en France une situation exceptionnelle qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui. Leader du parti monarchiste, ce n’était pas à ce titre qu’il devait son importance. Mais grand maître de l’Action Française où il écrivait quotidiennement ses deux ou trois cents lignes, il était le critique officiel de la Troisième République. On comprend que les nouveaux messieurs de la Quatrième aient voulu se débarrasser d’un critique ayant si souvent alerté l’opinion publique. Ils avaient presque tout à cacher : l’inanité de leur politique, la corruption dans les ministères, dans les administrations, les abus de pouvoir, l’abaissement d’un peuple abruti par la terreur et le mensonge. Imagine-t-on, en 1945, Maurras libre d’écrire comme il l’était autrefois ? C’eût été la fin du régime. Le plus simple était de le faire condamner à mort, ce qui ne souffrait du reste aucune difficulté. Comme  son innocence était patente et qu’on redoutait le mépris de nos alliés anglo-saxons dégoûtés par nos kermesses judiciaires, on n’osa pas fusiller un vieillard. La peine de mort fut commuée en celle des travaux forcés à vie. L’essentiel était qu’il se tût. Aujourd’hui encore, nos gouvernants ne sont pas pressés de lui rendre la liberté.

 

L’originalité des tribunaux de la Résistance c’est que, tout en se débarrassant des personnes, l’Etat s’emparait de leurs biens. A première vue on ne saisit pas le rapport entre la confiscation des biens et le délit d’opinion, mais il faut se souvenir que nombre de Résistants ou pseudo-résistants s’étaient octroyé des situations dans la politique, dans l’administration, dans le journalisme et même dans les lettres. Ces situations, ils entendaient en jouir en toute quiétude. Ayant fait condamner à la prison ceux qu’ils avaient supplantés dans leurs emplois, ils voulaient encore que ces malheureux, au jour lointain de leur libération, fussent jetés sur le pavé sans un toit, sans un meuble, sans un sou et dans un tel état de misère qu’il leur fût impossible de rien entreprendre. Supplémentairement, les tribunaux frappaient les gens qui s’étaient rendus coupables du délit d’opinion d’une peine « d’indignité nationale », apparemment anodine, mais interdisant l’accès à la plupart des professions libérales et commerciales. A une époque où les criminologistes se soucient de plus en plus, pour les délinquants, de faciliter leur réadaptation à la vie normale, il est remarquable que le gouvernement de Gaulle ait voué au chômage et au désespoir les « criminels » convaincus du délit d’opinion. Il faut croire que cette préoccupation était d’ordre majeur chez nos maîtres résistants, car ils n’abandonnèrent pas aux seules cours de justice le soin d’empêcher leurs ennemis d’exercer un métier qui pût servir de tremplin à une activité politique. Il y eut des espèces de juridictions professionnelles qui éliminaient les indésirables (en même temps, les syndicats, par exemple dans le journalisme et le cinéma, multipliaient les barrières interdisant l’accès à la profession, si bien qu’aujourd’hui encore on se croirait revenu aux temps d’avant 89, en plein régime corporatif), les condamnant au chômage, à temps ou à vie.

 

A côté de ces comités d’épuration et les épaulant, il y avait des associations de rabatteurs et de poulets auxiliaires qui se chargeaient de subodorer le délit d’opinion et de livrer les suspects à la police. Par exemple, le CNE (Comité National des Ecrivains) publia une liste de coupables, dénonçant ainsi des confrères à la justice et réclamant à grand tapage les plus durs châtiments. Puissamment orchestrée, la délation avait à son service d’autres bourriques qui travaillaient dans la presse et il y avait même, suscités par la peur, des initiatives privées, des poètes indicateurs ou des mouches du roman psychologique, qui bavaient spontanément des injures et des calomnies sur leurs confrères en difficulté. C’était comme un grand concours d’ignominie. »