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29/12/2006

7) La LICRA: son origine - ses objectifs - ses moyens d'action - le secret de son influence

Quelques courts extraits du livre illustrant ces diverses facettes vous seront proposés sur ce blog sous la rubrique "Extraits de La France LICRAtisée"

SON ORIGINE - 7ème extrait: Le soutien de la LICA au Front populaire 

 

Les émeutes et la grève de février 1934 réconcilient socialistes de la SFIO et communistes. Une réconciliation exigée par Moscou dans son objectif de conquête du pouvoir en Europe occidentale. La LICA appelle, elle aussi, au rassemblement de toutes les forces de gauche "contre le fascisme". Un comité de liaison se constitue, qui aboutira au Front populaire. Cette alliance va porter ses fruits. En avril 1936, en dépit de son apolitisme officiel, la Ligue appelle à voter pour le Front populaire de Léon Blum. La gauche gagne les législatives et parmi ses nouveaux élus figurent quatre membres du comité central de la LICA: Jean Pierre-Bloch, André Philip, Gaston Monnerville, Salomon Grunbach. Deux d'entre eux imprimeront plus tard une très forte marque sur la Ligue: Jean Pierre-Bloch, tout d'abord, le plus jeune député du Front populaire. Après avoir milité aux jeunesses socialistes et à la Laurs - Ligue d'Action Universitaire Républicaine et Socialiste, qui regroupe les étudiants de gauche - il est entré comme journaliste au Populaire de Léon Blum. L'importance de Jean Pierre-Bloch sera déterminante par la suite puisqu'il succèdera à Bernard Lecache à la tête de la LICA à la mort de ce dernier, en 1968. Il y restera à son tour jusqu'en 1993.

Ce qui signifie que la LICRA, de 1927 à 1993, soit durant 66 ans, a connu en tout et pour tout deux présidents. Journalistes tous les deux. De gauche tous les deux. Une remarquable et éclairante continuité. Jean Pierre-Bloch écrira bien plus tard dans ses Mémoires, intitulées Jusqu'au dernier jour: "Je crois que jusqu'à ma mort, le virus de la politique ne me quittera pas". On le croit sur parole.

Le second de ces jeunes espoirs de 1936 est Gaston Monnerville, radical de gauche, qui accompagnera la Ligue tout au long des décennies suivantes. Son soutien constant sera très important puisqu'il occupera la haute fonction de président du Sénat de 1948 à 1968, ce qui fera de lui le deuxième personnage de l'Etat.

Durant ces années d'avant-guerre, la LICA est donc déjà bien implantée et jouit, grâce à ses élus et à ses appuis, de nombreux relais dans la presse et le monde politique. Cette visibilité lui permet de faire bruyamment entendre sa voix et de déployer un activisme politique dont s'inquiète une bonne partie de la communauté juive française, nettement plus modérée. C'est ainsi qu'en juillet 1937, l'imprimeur Georges Lang adresse au Consistoire une lettre s'inquiétant du tort que la LICA causerait aux juifs par son agitation désordonnée et conclut: "C'est bruyamment, par tous les moyens possibles, que le judaïsme devrait renier la LICA (...) Un Lecache justifierait, si c'était possible, un Darquier de Pellepoix, mais un Lecache est bien plus dangereux pour les juifs qu'un Darquier de Pellepoix" (lettre citée par Ralph Schor dans son ouvrage L'antisémitisme en France dans l'entre-deux-guerres

21/12/2006

5) La LICRA: son origine - ses objectifs - ses moyens d'action - le secret de son influence

Quelques courts extraits du livre illustrant ces diverses facettes vous seront proposés sur ce blog sous la rubrique "Extraits de La France LICRAtisée"

SON ORIGINE -  5ème extrait: Qui était Bernard Lecache, fondateur de la LICRA?

Comme son nom ne l'indique pas, Bernard Lecache est né en 1895 à Paris dans une famille juive d'origine ukrainienne. Ses parents, tous deux nés en Ukraine, avaient émigré en France en 1890. Il sera journaliste dans divers organes de la presse de gauche et d'extrême-gauche, notamment à La Volonté et au Journal du Peuple, "le premier journal bolcheviste français". Il fondera même un hebdomadaire, Le Cri des Peuples, qui disparaîtra après quelques mois d'existence. Dans les années qui suivent la révolution, il fréquente les milieux socialistes et communistes franco-russes, et notamment Boris Souvarine, comme lui juif d'origine ukrainienne, comme lui né en 1895, comme lui journaliste. Boris Souvarine sera l'un des créateurs, en décembre 1920, du parti communiste français. il assistera également Henry Torrès au procès Schwartzbard.

La révolution de 1917, qualifiée de "grande annonciation", est saluée avec enthousiasme par ces milieux d'intellectuels parisiens de gauche et Bernard Lecache est l'un des premiers à adhérer, dès 1921, à la section française du parti communiste. il collabore à partir de ce moment-là à L'Humanité, où il tient la rubrique antimilitariste. Deux ans plus tard, le PC fait le ménage à la demande de l'Internationale Communiste, le Komintern. Nombreux sont en effet les francs-maçons, surtout au Grand Orient, à avoir rejoint le parti communiste. Or cette affiliation maçonnique est mal vue à Moscou. Les "intellos", ou présumés tels, sont donc sommés de choisir entre l'appartenance à la franc-maçonnerie, à la Ligue des Droits de l'Homme - assimilée à la maçonnerie en raison de ses liens avec elle - ou au Parti, et ce, avant le 1er janvier 1923. Bernard Lecache, qui est membre de la Ligue des Droits de l'Homme et proche de la franc-maçonnerie dont il sera membre un peu plus tard, refuse de se soumettre à cet ukase, ainsi que d'autres. Il est exclu du Parti en 1923.

Cela ne l'empêche apparemment pas de rester un communiste convaincu, ni de garder des liens étroits avec ses anciens camarades, puisque le 17 octobre 1927, soit quelques jours avant l'acquittement de Samuel Schwartzbard, on le voit présider un meeting célébrant le 10ème anniversaire de la révolution russe. A partir de janvier 1928, il adhère par ailleurs à l'Association des Amis de l'Union soviétique et collabore à la revue L'Appel des Soviets. Dépend-il d'eux financièrement?

C'est ce que nous apprendrons dans un prochain article...

 

19/12/2006

4) La LICRA: son origine - ses objectifs - ses moyens d'action - le secret de son influence

Quelques courts extraits du livre illustrant ces diverses facettes vous seront proposés sur ce blog sous la rubrique "Extraits de La France LICRAtisée"

 

SON ORIGINE  -  4ème extrait: La Ligue internationale contre les pogroms, qui deviendra LICA, puis  LICRA

Bernard Lecache avait donc pris en main la défense de Samuel Schwartzbard et créé à cet effet, pour lui donner tout l’impact médiatique possible, la Ligue internationale contre les pogroms. Il poussera encore plus loin son soutien puisqu’il se rendra lui-même en Ukraine durant l’été 1926 dans le but très précis de rassembler, afin de les produire au procès l’année suivante, le maximum de témoignages à charge contre Petlura. Ardent supporter des bolcheviques, il est largement aidé par les autorités durant son voyage et bénéficie d’une grande couverture de presse dans les Izvestia. A son retour, il publie un livre intitulé Quand Israël meurt…Au pays des pogroms qui constitue un véritable réquisitoire contre le nationaliste ukrainien et assène des chiffres que les recherches historiques ultérieures reverront largement à la baisse. Des extraits du livre de Bernard Lecache vont être publiés durant tout le mois de février 1927 – soit quelques mois avant le procès qui aura lieu en octobre – dans son journal, Le Quotidien. Ils contribueront largement à créer le climat voulu.

Ce que Bernard Lecache ne précise pas dans son livre, c’est qu’aux pogroms proprement dits s’ajoutaient de toute manière les ravages « classiques » causés par les armées en Ukraine. Et tout particulièrement par l’Armée rouge, qui exercera une terreur particulière contre les masses paysannes suspectées de soutenir les anarchistes. Plus de 200 000 paysans et ouvriers vont être exécutés à cette époque, et à peu près autant déportés vers la Sibérie ou emprisonnés. Des morts dont il ne sera plus jamais question. Mais qui peuvent contribuer à expliquer un certain climat antisémite dans l’Ukraine d’alors.

Un livre de Serge Melgounov intitulé La terreur rouge en Russie, 1918-1924 dénonçant les exactions de l’Armée rouge avait d’ailleurs paru à Londres en 1924. Il rapportait les témoignages recueillis par la commission d’enquête sur les crimes bolcheviques, créée en 1919 par le général blanc Denikine. Et il décrivait les atrocités commises en masse en Ukraine par les tchékistes dès 1918 contre « les ennemis du peuple ». Le livre de Bernard Lecache, très similaire dans sa conception et paru deux années plus tard, en 1926, semble destiné à effacer cette fâcheuse impression en faisant porter tout le poids et la responsabilité des exactions sur les seuls nationalistes. Etait-ce une façon de faire oublier d’autres crimes ?