Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/09/2008

PETIT TOUR EN KHAZARIE

 

 

khazaria.gif

 

Ce petit retour dans le passé n’est pas dépourvu d’intérêt car il jette quelques lueurs sur la géopolitique d’aujourd’hui.

 

A l’origine : une peuplade semi-nomade d’Asie centrale faisant partie d’un vaste ensemble sous domination turque. Lorsque cet empire turc s’effondre, vers 650, les Khazars (mot turc qui signifierait « errant ») prennent leur indépendance et s’installent au nord du Caucase, près de la mer Caspienne.

Bons guerriers, ils vont largement s’étendre au cours des deux siècles suivants, jusqu’à constituer un royaume englobant le sud de la Russie, la Crimée, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, ainsi qu’une partie du Kazakhstan et de l’Ukraine. A cette époque-là, ils sont païens, de tradition chamanique.

 

En 838, le judaïsme devient religion d’Etat et l’hébreu, la langue écrite du royaume. Les raisons de cette conversion sont diverses et sortent du cadre de ce sujet. Toujours est-il que voilà les nomades turcs devenus juifs.

 

L’apogée de leur puissance se situe aux IXe/Xe siècles. Ils s’allient, y compris par mariage, aux Byzantins voisins. Leur importance tient également à leur situation stratégique sur la route de la soie, régulièrement empruntée par les juifs radhanites de Perse avec qui ils auront de nombreux contacts, pas toujours pacifiques.

 

965  marque le début de la fin. Les Khazars subissent une lourde défaite infligée par les Russes, leurs ennemis héréditaires, qui eux aussi s’étaient convertis à peu près à la même époque à une religion monothéiste. Mais au christianisme.

 

Peu à peu, l’ancien royaume va se rétrécir jusqu’à finir par disparaître en tant que tel. Les juifs  convertis de fraîche date, quelque peu coincés entre les chrétiens et les musulmans qui les cernent de toute part, rejoignent entre les Xe/XIIe siècles, les communautés juives de Byzance, de Hongrie, de Pologne et d’ailleurs.

Ils étaient en tout cas nombreux et ce seraient eux qui auraient constitué les premiers gros établissements juifs d’Europe de l’est.

 

Outre Benjamin Freedman dont nous parlions récemment, bien d’autres historiens et chercheurs ont évoqué l’origine khazare de ces juifs d’Europe de l’Est :

C’est Ernest Renan qui avait ouvert le ban. En 1883, il écrivait dans Le Judaïsme comme race et religion : "Les conversions massives à l'époque grecque et romaine enlèvent au judaïsme toute signification ethnologique, et coupent tout lien physique (mais non pas spirituel) avec la Palestine [...] La plupart des Juifs de Gaule ou d'Italie sont le produit de ces conversions. Quant aux Juifs du bassin du Danube, ou du sud de la Russie, ils descendent sans doute des Khazars. Ces régions contiennent de nombreuses populations juives qui probablement n'ont rien à voir, du point de vue ethnologique, avec les Juifs d'origine."

D’autres suivront : Abraham Poliak, professeur d’histoire juive à l’Université de Tel-Aviv publiera en 1941 La conversion des Khazars au judaïsme et récidivera en 1951 avec Khazarie : Histoire d’un royaume juif en Europe.

En 1954, le chercheur britannique Douglas Morton Dunlop publiera une Histoire des Juifs khazars. Et Arthur Koestler, en 1976 enfoncera le clou avec La Treizième Tribu.

Tous ces auteurs déclenchèrent une vive polémique, l’idée d’une origine khazare des juifs d’Europe de l’est apparaissant comme particulièrement menaçante. Se profilait à travers elle l’ombre terrifiante d’une contestation possible du droit « historique » sur Israël.

Plus récemment deux titres ont encore paru sur le sujet: Histoire des Khazars : la nation juive de Russie et d’Ukraine, de l’Américain Kevin Allan Brook et Quand et comment fut inventé le peuple juif ? de l’Israélien Shlomo Sand.

A observer ce qui se passe actuellement en Géorgie, ancienne partie du royaume khazar, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la persistance de certaines solidarités et proximités.

La Géorgie de 2008 – dont l’armée a été entraînée par les Etats-Unis et Israël - apparaît incontestablement comme un avant-poste, en Asie centrale, des USA et des forces de l’Otan, aux frontières de la Russie et à proximité du Moyen-Orient. Une différence quand même : le pétrole du Caucase a remplacé la route de la soie.

16:34 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : khazars, georgie, kling