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21/11/2009

BARBARIES

 

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Quelle différence entre ces deux scènes de rue?

 

Celle du bas se déroulait en 1942 dans le ghetto de Varsovie et celle du haut dans une rue de Kharkiv en 1933.

 

Celle du bas était due à Hitler et on en entend parler matin, midi et soir, celle du haut à un certain Lazar Kaganovitch qui eut pendant l’Holodomor la haute main sur l’Ukraine. L’Holodomor et ses six millions de victimes, dont deux millions d’enfants.

 

Mais de cela on n’entend JAMAIS parler. Serait-ce parce que Kaganovitch était juif ? Et que cette fois les victimes étaient surtout de l’autre côté ?

 

J’y pensais en relisant -  suite à la note d’hier sur Jan Karski - l’article que lui consacra le New York Times à son décès, en juillet 2000. On apprend dans cet article que Karski avait réussi à "infiltrated both the Warsaw Ghetto and a German concentration camp".  Ce qui me paraît étonnant. Infiltrer le ghetto de Varsovie, passe encore, mais un camp de concentration …. On y entrait et on en sortait donc comme ça ? Bizarre.

 

J’y pensais en relisant -  suite à la note d’hier sur Jan Karski - l’article que lui consacra le New York Times à son décès, en juillet 2000.

Ce qui me paraît étonnant. Infiltrer le ghetto de Varsovie, passe encore, mais un camp de concentration allemand … On y entrait et on en sortait donc comme ça ? Bizarre.   

 

Bref, contacté en 1942 par deux chefs de la résistance juive qui avaient eux aussi réussi à quitter le ghetto, il y entre à son tour avec eux afin de pouvoir témoigner. Pourquoi ces deux chefs, qui étaient à l’extérieur, n’ont-ils pas eux-mêmes fait le nécessaire pour alerter au moins des responsables de leur communauté à l’étranger ? On l’ignore.

 

Toujours est-il qu’ils le font pénétrer en août 1942 dans le ghetto où il pourra assister à des scènes comme celles indiquées plus haut.

“Decades later, when asked to describe what he had seen, Mr Karski, a fastidious man who hated violence even in films or on television, would usually simply say “I saw terrible things”. (Des décennies plus tard, lorsqu'on lui demandait de décrire ce qu'il avait vu, M. Karski, un homme délicat qui détestait la violence, même dans des films ou à la télévision, se contentait de dire généralement : «J'ai vu des choses terribles ». 

 

“But on some occasions, such as in his appearance in « Shoah », Claude Lanzmann’s documentary film about the Holocaust, he would tell of seeing many naked dead bodies lying in the streets and describe emaciated and starving people, listless infants and older childre with expressionless eyes ». (Mais à certaines occasions, comme lors de son apparition dans "Shoah", le film documentaire de Claude Lanzmann sur l'Holocauste, il disait avoir vu les corps nus de nombreux morts gisant dans les rues et il décrivait les gens émaciés et affamés, les nourrissons et les enfants apathiques, aux yeux inexpressifs. )"

 

Horrible, bien sûr, mais très exactement ce que l’on voyait aussi durant l’Holodomor, neuf ans auparavant. Sans beaucoup de réaction non plus, reconnaissons-le.

 

J’ajoute même que les millions d’affamés d’aujourd’hui crèvent de faim dans la plus profonde indifférence de nos « dirigeants ». Du moment qu’eux n’ont jamais faim, peuvent-ils seulement imaginer ce que signifie avoir le ventre vide, et le cortège de malheurs qui vont avec ?

 

Tout ça pour dire que cette façon de se gratter toujours et éternellement au même endroit, sans rien voir autour, et surtout pas ce qui se passe aujourd’hui, m’insupporte. Disons-le et redisons-le, c’est notre devoir.

 

Pour en revenir à cet étonnant M. Karski, sorti du ghetto de Varsovie, il réussira à pénétrer avec ses mentors dans un camp de concentration allemand. Où il verra d’autres horreurs. Mais où on lui donnera une clé contenant des microfilms.

 

Heureusement pour lui, il parviendra à sortir du camp comme il y était entré et partira pour Londres, puis New York avec sa clé. Il rencontrera plein de monde afin de tenir sa promesse, qui était de témoigner de ce qu’il avait vu. Il verra des responsables juifs et non juifs -  y compris un juge juif de la Cour Suprême des Etats-Unis, Félix Frankfurter – qui ne le croiront pas. Et même le premier ministre britannique et le président Roosevelt. The question is : pourquoi personne ne l’a-t-il cru ?

 

Source: http://www.nytimes.com/2000/07/15/world/jan-karski-dies-a...

20/11/2009

UN ROMAN TELLEMENT POLITIQUEMENT CORRECT

 

images.jpgAvec un sujet pareil, un prix littéraire était quasiment dans la poche. D’ailleurs, pour faire bonne mesure, le roman Jan Karski, de Yannick Haenel, avait déjà obtenu le Prix du Roman Fnac 2009. Il vient de décrocher de surcroît l’Interallié. Nothing surprising.

 

Pour contraster un peu avec le son de cloche officiel, je rappelle ci-dessous l’article qui avait paru dans Valeurs actuelles du 15 octobre 2009, sous la plume de Juan Asensio :

"Yannick Haenel, le faux témoin

Roman. Son ouvrage sur le résistant polonais Jan Karski n’est pas convaincant.

Si, un jour,Yannick Haenel devait avoir une quelconque chance de passer à la postérité littéraire, ce serait sans doute comme compilateur passable, voire faussaire médiocre, plutôt que comme écrivain.

Dans Jan Karski, salué par une critique presque unanimement dithyrambique, Haenel évoque de façon fumeuse les notions de témoignage, de message et de parole, en rognant quelque peu, fort heureusement, les envolées ridicules de Prélude à la délivrance, qu’il a écrit avec son compère François Meyronnis. Nous pouvions lire dans ce dernier ouvrage qu’il existe dans le langage « un creuset résurrectionnel à partir duquel ce qui s’écrit recueille l’ensemble de ce qui s’est écrit à travers le temps ».

Cette image pseudo-théologique est illustrée, dans Jan Karski, de deux façons: d’abord, ce livre, qui ne mérite pas le terme de roman sous lequel le présentent les éditions Gallimard dans la collection dirigée par Philippe Sollers, L’Infini, n’est qu’une sommaire compilation de matériaux d’origines diverses. Ensuite, ses toutes dernières pages, où le personnage historique auquel Haenel prête sa voix meurt puis revient à la vie après l’expérience,extrême, d’une visite dans le camp de la mort d’Izbica Lubelska, veulent sans doute nous faire comprendre, fort pédagogiquement, que les livres les plus sincères ne peuvent naître que de conditions extrêmes. Hélas,Yannick Haenel, qui ne semble point présenter les caractéristiques d’un homme qui serait revenu de la mort, n’est même pas descendu aux Enfers.

Le sujet réel de ce livre trompeur n’est absolument pas de saluer la mémoire d’un résistant, ni même de prétendre que la littérature est un jeu de dupes si elle ne se fait le réceptacle de l’horreur absolue représentée par l’extermination de plusieurs millions de juifs. Il s’agit plutôt d’affirmer que la menace de mort et de ruine généralisées qui a provoqué la Shoah est encore présente et même plus que jamais à notre époque.

Yannick Haenel tente donc non seulement de seconder la parole fragile d’un Jan Karski mais écrit contre le nihilisme dans lequel baigne l’Occident, en embrassant par l’écriture confondue avec une mystique aussi peu sérieuse que celle que François Meyronnis développa naguère dans son ridicule De l’extermination considérée comme un des beaux-arts, l’amour qui, seul, parce qu’il est plus profond que la mort comme nous l’apprend Haenel, peut constituer un prélude à la délivrance.

Cette intention fort louable pose infiniment moins de problèmes que le livre par lequel elle est illustrée, car la mémoire de l’expérience des camps d’extermination, rappelons-le à Yannick Haenel, a été honorée par des écrivains comme Primo Levi, Jean Améry ou Imre Kertész, dont l’écriture glaçante tient à l’absolue sincérité. Haenel économise lui aussi ses moyens mais c’est pour confondre le degré zéro de l’écriture avec un dépouillement, une nudité qui ont été imposés aux survivants. Des historiens affirmeront peut-être que c’est l’ensemble des faits avancés par Jan Karski et Yannick Haenel, qui les reprend platement à son compte, qui est contestable, voire faux.

On se demande alors ce qui pourrait rester d’un livre qui n’est rien de plus qu’un tiers de roman à thèse médiocrement illustré par un auteur qui ne sait probablement rien d’une des plus terribles mises en garde que Jean Améry consigna dans le Feu ou la Démolition: « Il faut se garder des réminiscences littéraires que l’on délègue pour prendre la relève des mots ou des sentiments impuissants. Pas de place pour Celan. »

S’il nous était permis de changer un seul des mots écrits par Améry, nous aurions envie d’affirmer qu’il n’y a, dans la tentative de rendre compte, par l’écriture, de la Shoah, absolument aucune place pour Yannick Haenel."

Source: http://www.valeursactuelles.com/culture/actualites/yannick-haenel-faux-temoin.html

Un dernier mot pour finir : il paraît que dans son roman, Haenel fustige d’importance tous les responsables occidentaux qui « savaient », mais n’ont rien fait. Rappelons simplement que les responsables des très puissantes communautés juives anglo-saxonnes en « savaient » tout autant et ne se sont guère mobilisés davantage. Pourquoi ?

 

A mon avis, sur un sujet pareil, histoire et roman font le ménage le plus mauvais qui soit.