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16/03/2011

IL Y A VINGT-CINQ ANS AUJOURD’HUI,

un événement inouï se produisait en France: l’entrée en fanfare de 35 députés du FN à l’Assemblée! Eh oui, c’est bien oublié à présent, et pourtant, le 16 mars 1986, une magistrale instrumentalisation de ce parti - avec lequel le système n’a jamais cessé de jouer au chat et à la souris - permettait pour la première, et dernière fois, l’entrée du groupe des maudits sous les ors de la République. Et là, ce n’était pas du virtuel.

Voici ce que j’écrivais à propos de cet événement unique dans La France LICRAtisée :

« Diviser pour régner, c’est vieux comme le monde. Mitterrand joue d’ailleurs à cet égard un jeu des plus troubles. Outre l’accès aux médias, il permet au FN d’entrer à l’Assemblée nationale en 1986. Cette année-là, à l’occasion des législatives, il change le mode de scrutin. Sous prétexte de démocratie, il introduit la proportionnelle, espérant empêcher ainsi la droite de l’emporter. La manoeuvre ratera de peu, mais elle ratera, car la droite gagne quand même. Mais de justesse. Et 35 députés FN sont élus. Autant de sièges perdus pour la droite.

Il s’agit là d’un événement inouï, resté sans exemple dans un pays comme la France ! 35 élus du Front national à l’Assemblée ! En 1986 ! On pourrait donc s’attendre de la part de la LICRA à des protestations véhémentes, à une indignation à la hauteur d’un événement aussi extraordinaire et révoltant, de son point de vue, naturellement. Eh bien, pas du tout. Le DDV [Le Droit de Vivre, journal de la LICRA] se contente d’un petit titre, en page 7 de son numéro d’avril 1986 : « Le Pen et l’extrême droite font leur entrée officielle sur la scène politique ». Difficile de faire plus soft.

 

C’est que François Mitterrand a agi pour la bonne cause : introduire une épine de taille dans le pied de la droite pour l’affaiblir durablement  Et ce, au grand bénéfice de la gauche. D’ailleurs, l’expérience ne se renouvellera pas, c’est désormais inutile. Le but est atteint. Le FN est à présent solidement implanté dans le paysage politique, et ses suffrages, parfaitement stérilisés par la diabolisation, ne peuvent plus servir à rien ni à personne. Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Chirac de cohabitation revient immédiatement au mode de scrutin antérieur – il l’avait annoncé durant la campagne des législatives – ce qui fermera à nouveau et définitivement cette fois les portes de l’Assemblée nationale au FN. Toujours au nom, cela va sans dire, de la démocratie. »

Alors, vous voyez, les manips d’aujourd’hui, elles ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles d’hier. Et dans l’histoire, le FN se retrouve toujours le bec dans l’eau.

Car il faut bien savoir que ces maudits, installés là par le seul fait du Prince, n’y restèrent que deux ans puisqu’ils furent proprement éjectés aux législatives suivantes, après la réélection de Mitterrand en 1988. Et que d’ailleurs, durant leur bref passage, « on » fit comme s’ils n’étaient pas là. Pensez ! Des sous-hommes pareils ! Les 35 élus frontistes déposèrent 63 propositions de loi au Palais-Bourbon dont aucune ne fut jamais discutée dans l'hémicycle.

Voici la liste de ce groupe « historique ». Rarissimes sont ceux qui ne quittèrent pas le navire par la suite, pour des raisons généralement liées au fonctionnement très particulier de cette boutique familiale :

Pascal Arrighi Bouches-du-Rhône - François Bachelot Seine-Saint-Denis - Christian Baeckeroot Nord -  Jacques Bompard Vaucluse - Yvon Briant  Val-d'Oise  -  Pierre Ceyrac Nord - Dominique Chaboche Seine-Maritime  -  Charles de Chambrun Gard – Bruno Chauvière Nord -  Pierre Descaves Oise - Gabriel Domenech Bouches-du-Rhône - Edouard Frédéric-Dupont Paris  -  Gérard Freulet Haut-Rhin - Bruno Gollnisch Rhône - Guy Herlory Moselle - Roger Holeindre Seine St-Denis - Jean-François Jalkh Seine-et-Marne  - Guy Le Jaouen Loire - Jean-Marie Le Pen Paris  - Jean-Claude Martinez Hérault - Bruno Mégret Isère  - Olivier d'Ormesson Val-de-Marne - Ronald Perdomo Bouches-du-Rhône  - Jacques Peyrat Alpes-Maritimes - Albert Peyron Alpes-Maritimes  - Yann Piat Var - François Porteu de la Morandière Pas-de-Calais - Jean-Pierre Reveau Rhône - Michel de Rostolan EssonneJean Roussel Bouches-du-Rhône - Pierre Sergent Pyrénées-Orientales - Pierre Sirgue Gironde - Robert Spieler Bas-Rhin - Jean-Pierre Stirbois Hauts-de-Seine - Georges-Paul Wagner Yvelines