11/02/2011

KAGANOVITCH = EICHMANN

eich.jpgIl y a 50 ans se tenait le procès d’Adolf Eichmann, l’un des rouages zélés du système nazi. Bien évidemment, on va avoir droit aux commémorations de rigueur, histoire de bien repasser le plat, pour le cas où quelqu’un risquerait d’oublier. Cela va commencer par une exposition au mémorial de la shoah, comme on le verra ci-après.

 

Certes, Eichmann était un assassin. Du genre bien propre sur lui, qui n’a jamais tué personnellement et n’a fait qu’obéir aux ordres. Ce qui ne minore pas sa responsabilité, je m’empresse de le préciser.

 

Là où je ne suis plus du tout d’accord, c’est quand je constate la stupéfiante amnésie qui frappe la mémoire d’autres rouages très zélés d’un système au moins aussi pervers que le nazi. La mémoire d’autres assassins. Prenons-en un au hasard, car il se trouve que pile cette année, on pourrait également commémorer le 20e anniversaire de son décès Pas par exécution, comme il l’aurait cent fois mérité, lui aussi, mais bien tranquillement dans son plumard. Je veux parler de Lazare Kaganovitch, l’assassin aux ordres de Staline, qui joua un rôle de premier plan lors de l’Holodomor, le génocide par la faim des années 1932-33 en Ukraine et dans le Caucase du nord. Génocide qui fit au bas mot six millions de victimes, dont deux millions d’enfants morts de faim. Voilà un crime contre l’humanité dont on nous parle nettement moins. Curieux, non ?

 

kag.jpgVous allez lire deux textes. Le premier est tout récent. Il concerne Eichmann, le bourreau nazi. Celui qui suivra est l’article larmoyant et assez incroyable dans son genre – quoique sans surprise – que pondra le distingué journal « de référence » Le Monde lors du décès du bourreau bolchevique, Kaganovitch. Cet article, paru sous la signature de Bernard Féron, est daté du 28 juillet 1991. Voilà du grand et du beau journalisme. Pas un mot évidemment sur l’Holodomor. Juste une petite allusion discrète à son « efficacité » répressive et à sa « poigne de fer ». Mais c’était pour « vaincre les résistances» et « venir à bout de l’inertie ». Alors, hein, dans ce cas … Mais vous verrez par vous-mêmes, vous apprécierez.

 

Qu’attend donc l’Ukraine pour demander des réparations à ses tortionnaires et à leurs descendants ? Il n’y a pas de raison.

 

 

 «Le procès Eichmann», une exposition au Mémorial de la Shoah

 

Exposition temporaire, 8 avril – 30 septembre 2011

 

Le 11 avril 1961 débutait à Jérusalem, l’un des procès les plus spectaculaires de l’histoire contemporaine : celui d’Adolf Eichmann. Alors que la plupart des pays européens cherchaient tant bien que mal à refouler les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, l’annonce inopinée de la capture puis du jugement d’un homme présenté, non sans exagération, comme l’un des principaux architectes de la « Solution finale », rouvrait un dossier resté en suspens depuis Nuremberg. Événement total, entièrement filmé, le procès d’Adolf Eichmann, l’un des coordinateurs de la politique nazie d’extermination des Juifs, a connu un retentissement considérable.

 

Il constitue le premier grand procès individuel des crimes commis dans le cadre de la Shoah par une juridiction nationale. Il soulève la question de savoir comment juger, malgré le temps écoulé, des crimes d’une nature et d’une ampleur sans précédent tout en évitant les écueils d’une justice d’exception, contraire aux principes démocratiques. Il n’est pas le premier procès à donner la parole aux survivants de la Shoah, mais il constitue une tribune exceptionnelle pour les témoins, en Israël, pays qui n’existait pas au moment des faits. Le procès Eichmann déclenchera ainsi un débat jamais réellement clos sur l’identité israélienne. Enfin, héritier de Nuremberg et précurseur des procès plus récents, le procès Eichmann propose la première interprétation officielle, discutée de manière contradictoire en présence d’un de ses acteurs de premier plan, du processus qui a conduit à l’extermination de cinq à six millions de personnes en quelques années à peine. Rarement un procès a montré avec une telle intensité les relations à la fois étroites et conflictuelles entre la justice, la mémoire et l’histoire, un trinôme devenu l’une des composantes essentielles de la manière dont les sociétés contemporaines abordent le passé.

 

A l’occasion du cinquantième anniversaire de cet événement, le Mémorial de la Shoah présente une exposition exceptionnelle comprenant des originaux issus des archives du Mémorial (Centre de documentation juive contemporaine – CDJC) et qui furent fournies à l’accusation pour le procès, mais surtout de nombreux documents et films originaux rendus disponibles dans le cadre d’un partenariat avec les Archives de l’État d’Israël qui conservent l’intégralité de ces sources : extraits de l’interrogatoire préliminaire et des journaux tenus par Adolf Eichmann en prison, enregistrements sonores, photographies ou réactions au procès. Ces archives sont complétées par d’autres dont des extraits de la correspondance de Hannah Arendt ou de David Ben Gourion, alors Premier Ministre, et des documents prêtés par le gouvernement argentin.

 

Enfin dans le cadre de ce partenariat, l’intégralité des images du procès, filmées par Leo Hurwitz (environ 250 heures) seront consultables dès l’ouverture de l’exposition au Mémorial de la Shoah, seul dépositaire de la totalité de ces films en Europe. »

 

http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

 

 

Article paru dans Le Monde le 28 juillet 1991 :

 

« LA MORT DU DERNIER COMPAGNON DE STALINE

 

Lazare Kaganovitch, la fidélité jusqu’à l’absurde

 

L’ancien lieutenant de Staline, Lazare Kaganovitch, qui fut étroitement associé aux grandes purges du régime, est mort à son domicile moscovite, jeudi 25 juillet. Connu pour son « efficacité » répressive, Lazare Kaganovitch, qui était entré au Parti six ans avant la révolution de 1917, n’avait jamais renié son attachement à Staline. Il était âgé de quatre-vingt-dix-huit ans.

 

Au début des années 60, quelques Occidentaux l’avaient croisé dans le bâtiment du Soviet suprême et dans des bibliothèques de Moscou. Il consultait des documents pour rédiger des Mémoires qui, vraisemblablement, ne seront jamais édités. Quelques années plus tôt, après avoir constitué en compagnie de Malenkov et de Molotov un groupe dit « antiparti » contre Khrouchtchev, il avait été évincé du comité central, du bureau politique, du gouvernement, et prié de prendre, en attendant la retraite, la direction d’une cimenterie dans l’Oural.

 

Lazare Kaganovitch, né en 1893 dans un village ukrainien situé non loin de Kiev, était d’un an l’aîné de Khrouchtchev. Après avoir appris le métier de cordonnier, il avait adhéré à dix-huit ans au parti clandestin des bolcheviks, ce qui lui valut de commencer jeune une carrière gouvernementale. A vingt-sept ans, le voilà commissaire du peuple (ministre) dans la nouvelle République du Turkestan, secrétaire du Parti communiste et président du soviet de Tachkent. Dès ce moment, il avait choisi de suivre Staline.

 

En 1925, il revient dans la partie européenne du pays : il est nommé secrétaire du comité central d’Ukraine. L’année suivante, il est promu membre suppléant du bureau politique ; en 1928, secrétaire du comité central à Moscou et en 1930, membre titulaire du bureau politique et secrétaire de la fédération de Moscou. C’est alors qu’il acquiert une notoriété certaine. C’est en effet sous sa direction qu’est construit le métro de la capitale. Le réseau portera d’ailleurs le nom de Kaganovitch jusqu’à sa disgrâce en 1957.

 

« Poigne de fer »

 

Dès ce moment, on insiste sur « poigne de fer ». N’est-il pas systématiquement envoyé en poste là où il faut briser une résistance et venir à bout de l’inertie ? Tour à tour, il sera ministre des voies et communications (1935), de l’industrie lourde (1937), membre du cabinet de guerre (1942), ministre des industries des matériaux de construction (après la guerre), et premier secrétaire du Parti communiste ukrainien (1946) pour remettre de l’ordre dans cette république. Avant et après lui, c’est Khrouchtchev qui s’occupera de l’Ukraine. Sa mission accomplie, Kaganovitch revient à Moscou en qualité de vice-président du conseil des ministres.

 

Il conserva ce poste jusqu’en 1957. Quel rôle joua-t-il dans le groupe « antiparti » ? Il avait toujours été stalinien. Il ne pouvait admettre la dénonciation, par Khrouchtchev, du « culte de la personnalité ». « L’affaire du culte de la personnalité  est bien compliquée », dira-t-il lui-même au congrès. Stalinien parce que sa sœur Rosa aurait vécu avec Staline ? Simple rumeur incontrôlable qui circula longtemps à Moscou. Kaganovitch était plutôt, comme beaucoup, une sorte de maso-stalinien. Plus que d’autres, alors qu’il était le seul membre juif du bureau politique, il aurait eu quelques raisons d’exécrer un tyran antisémite et qui ne l’avait pas épargné. Il lui suffisait de se souvenir de ses deux frères tombés en disgrâce : Jules, qui fut vice-ministre du commerce extérieur, et Michel, le chef de l’industrie centrale aéronautique, qui se suicidera après avoir été accusé de complot hitlérien.

 

Dans ses Mémoires, Khrouchtchev l’a décrit comme un opportuniste. Et il lui a consacré ces quelques lignes meurtrières : « Nous avons vu combien Lazare était en réalité résolu et implacable. C’est le genre d’homme qui n’a pas voulu dire un seul mot en faveur de son frère Michel Kaganovitch, accusé d’être un espion allemand mis en place pour former un gouvernement de marionnettes après la prise de Moscou par les Allemands. Que peut-on imaginer de plus absurde ? … Michel Kaganovitch n’eut d’autre choix que le suicide. Et pendant tout ce temps, Lazare Kaganovitch n’a cessé de ramper devant Staline ».

 

 44.jpgScènes de l'Holodomor

 

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27/11/2010

QU’EN TERMES GALANTS CES CHOSES-LA SONT DITES …

Pas de noms gênants. Pas de responsabilité. Juste assez de mémoire pour marquer le coup mais sans faire trop de vagues. Bien sûr, pas de commémorations cinquante fois par an. Ah, il n’y a pas à dire, il y a victime et victime.

Vous allez lire ci-dessous le compte-rendu très politiquement correct de Ria Novosti et ensuite, je me permettrai de rappeler ce que j’écrivais à propos de l’Holodomor dans La France LICRAtisée.

 

« L'Ukraine commémore les victimes de la famine des 1932-1933

 

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KIEV, 27 novembre - RIA Novosti

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch et le premier ministre du pays Nikolaï Azarov ont rendu hommage samedi aux millions d'Ukrainiens victimes de la grande famine des années 1932-1933 en URSS.

 

M.Ianoukovitch a déposé une gerbe de blé et a allumé un cierge devant le mémorial aux victimes de la famine. Les deux dirigeants du pays ont observé une minute de silence et ont participé à un service religieux célébré par le chef de l'Eglise orthodoxe d'Ukraine, le métropolite Vladimir.

 

Provoquée par une sécheresse et des excès de la collectivisation forcée des terres en URSS la famine de 1932-1933 a touché les grandes régions agricoles de l'URSS: l'Ukraine, la Russie centrale, la Basse et la Moyenne Volga, la Sibérie occidentale, l'Oural du Sud, le Kazakhstan, le Caucase du Nord. Selon différentes informations, la famine a fait entre 7 et 8 millions de morts dont entre 3 et 3,5 millions en Ukraine, 2 millions au Kazakhstan et entre 2 et 2,5 millions dans la république soviétique de Russie.

 

Sous la présidence de Viktor Iouchtchenko, Kiev considérait que la famine, qu'il appelle Holodomor ("extermination par la faim"), avait été organisée pour exterminer précisément le peuple ukrainien. L'Ukraine a tenté d'en persuader la communauté internationale. Moscou est toujours hostile à une telle interprétation des faits. L'actuel président ukrainien Viktor Ianoukovitch a déclaré en avril 2010 à Strasbourg qu'il serait injuste d'affirmer que la grande famine des années 1930 était le génocide d'un seul peuple.

 

Source : http://fr.rian.ru/infographie/20080802/115429735.html

 

 

 

Le génocide ukrainien (extrait de La France LICRAtisée)

 

L’Ukraine, décidément région martyre, va être le théâtre principal, durant ces années d’avant-guerre, d’un épouvantable crime contre l’humanité qui disparaîtra promptement dans un trou noir de l’histoire. Malgré les guerres, elle reste une région agricole riche et sa population continue à manifester un vif esprit d’indépendance, que le pouvoir va s’employer à briser. En représailles contre la résistance des populations paysannes à la collectivisation forcée, le régime bolchevique organise délibérément une abominable famine en 1932-1933.

 

Cette famine provoquée touchera principalement l’Ukraine, mais sévira aussi dans le Caucase du nord et dans le Kazakhstan. Pour accomplir ce forfait, qui sera toujours nié par le pouvoir, Staline envoie sur place les commissaires Viatcheslav Molotov et Lazar Kaganovitch ainsi que Genrikh Yagoda, chef de la tchéka. Leur mission est « d’accélérer les collectes » et d’empêcher à tout prix les paysans de fuir vers les villes.

 

Plus de six millions de personnes, dont environ deux millions d’enfants, vont mourir de faim, ainsi que du typhus, durant cette famine sciemment organisée par le pouvoir bolchevique.

Le cannibalisme réapparaîtra. Des affiches représentant une femme et son enfant, sous le slogan « Manger son enfant est un acte barbare », seront placardées.

 

Pendant ces deux années où il affame volontairement toute une population, le gouvernement des soviets exportera à l’étranger dix-huit millions de quintaux de blé.

 

Cette tragédie est connue en Europe occidentale. Des journaux publient des témoignages de rescapés, et des voix s’élèvent pour dénoncer cette barbarie. Mais Édouard Herriot souhaite mener, en sa qualité de président du Conseil – jusqu’en décembre 1932 – une politique de rapprochement avec l’Union soviétique. Ces révélations sont gênantes. Il convient d’effacer cette mauvaise impression par un témoignage incontestable : le sien.

Devenu en février 1933 président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, il se rend donc en Ukraine en août 1933, accompagné de la journaliste Geneviève Tabouis. Et fait à son retour cette déclaration historique : « J’ai traversé l’Ukraine. Eh bien ! je vous affirme que je l’ai vue tel un jardin en plein rendement. On assure, me dites-vous, que cette contrée vit à cette heure une époque attristée ? Je ne peux parler de ce que je n’ai pas vu. Pourtant je me suis fait conduire dans des endroits éprouvés. Or je n’ai constaté que la prospérité… »

 

Toute une mise en scène destinée à lui permettre de ne rien voir d’indésirable et donc de mentir avec un semblant de vérité, a en effet été déployée. Après tout, qu’est-ce que la vérité, surtout en matière politique ? Ne disait-il pas lui-même: "Une vérité est un mensonge qui a longtemps servi"?

 

Ce crime gigantesque commis par les bolcheviques est donc connu par la gauche française, mais occulté. Seul l’antisémitisme de Hitler est, durant le même temps, dénoncé à longueur de colonnes dans le DDV [Droit De Vivre, journal de la LICRA] En 1932, alors que ce dernier n’est pas encore chancelier, le DDV proclame : « La clef de l’antisémitisme est en Allemagne et chaque voix gagnée par Hitler est une voix gagnée par l’internationale du pogrom ».

 xxx

J'ajouterai que Lazar Kaganovitch, qui fut le n°2 du pays après Staline de 1938 à 1957, et gagna ses galons dans le Caucase du nord lors de l'Holodomor où il manifesta ses talents avec éclat, est mort tranquillement dans son lit ... en 1991, à l'âge de 98 ans. Sans que personne ne lui ait jamais demandé le moindre compte. Là, curieusement, "justice n'a jamais été faite".

19/02/2010

OUBLIEE ? NE SERAIT-CE PAS PLUTOT L’HOLODOMOR QUI LE SERAIT?

Sortez vos mouchoirs. Et surtout oubliez tout ce qui s’est passé avant 1939. Tchéka, bolcheviks, massacres, Holodomor, fini tout ça, on n’en parle plus. Qui s’intéresse encore à ces vieilleries ? D’autant qu’il s’est passé depuis un événement infiniment plus important :

« La Shoah oubliée de l’Ukraine (article du site juif.org)

A la recherche d’une nouvelle histoire nationale, l’Ukraine a du mal à reconnaître toute l’étendue de la “Shoah par balles”, la mort de plus d’un million de Juifs par balles. Les derniers témoins racontent.

 

La neige tombe sur Slavuta, un village du nord-ouest de l’Ukraine. Devant la modeste synagogue, cachée au fond d’une impasse, une dizaine de vieux Juifs célèbrent Hanouka, la "fête des lumières", dans le froid et l’obscurité. La petite communauté est rassemblée autour des bougies rituellement allumées et murmure maladroitement une rapide prière, malgré les encouragements de deux Américains rompus à l’exercice des traditions, venus tout droit des Etats-Unis pour l’occasion. Le yiddish est hésitant, la mémoire encombrée, trop lointaine

 

Contrastant avec l’exubérance des deux jeunes missionnaires américains, le malaise des Juifs d’Ukraine est tangible. Jusqu’en 1941, la population de Slavuta était composée à 80 % de Juifs. Puis les nazis ont déferlé en attaquant l’Union sovié­tique, 2,5 millions de Juifs vivaient alors en Ukraine avant la guerre. Entre 1941 et 1944, tout un peuple fut quasiment anéanti.

 

Suivirent quatre décennies d’athéisme communiste qui recouvrirent d’une chape de plomb prières et traditions, et jusqu’à la mémoire des massacres.

 

A Slavuta, David Gochkis, Juif ukrainien, journaliste et écrivain de 97 ans, est l’un des derniers témoins vivants de cette époque. Au début de la guerre, son engagement dans les rangs de l’Armée rouge l’a tenu éloigné de son village et d’une mort certaine. "Quand je suis rentré chez moi, en 1947, il y avait des étrangers dans ma maison. Vingt-trois personnes de ma famille sont mortes, parce qu’elles étaient juives."

 

Ici, pas de chambres à gaz. Les Juifs ont été tués un à un et jetés dans des fosses communes. Des opérations dirigées par les Einsatzgruppen, des bataillons d’exécutions mobiles. La "Shoah par balles", médiatisée en Europe de l’Ouest par, notamment, les travaux du père Desbois, a fait plus d’un million de victimes en Ukraine.

 

Sur les pas du gendre de David Gochkis, Edwin Sokolov, nous sortons du village pour arriver au milieu d’un grand terrain vague où poussent quelques arbres chétifs battus par un vent glacial. "Ici, les nazis ont massacré 14 000 Juifs", raconte Edwin. "Quand j’étais petit, je venais ici, et on trouvait des os et des dents d’enfants dans le sol."

 

Un monument en métal, noir et acéré, a été dressé là à la mémoire des "victimes innocentes des fascistes allemands". Sans trop de détails, à la mode soviétique. Pour en savoir plus, il faut compter sur la mémoire de David, qui recueille inlassablement témoignages et documents sur cette Shoah oubliée et qui se bat pour ériger stèles et plaques partout où les Juifs ont été assassinés.

 

A une vingtaine de kilomètres de la maison de David, la petite ville de Chepetiv­ka. Ici, les 8 000 Juifs du village ont été rassemblés dans un éphémère ghetto, puis massacrés. Un monument, au lieu-dit "603 km", du nom d’une borne le long de la route, commémore cette tragédie. Il a été financé par la petite communauté juive du bourg. "On y a aussi tué les Juifs des villages alentours. Cela fait peut-être 10 000 victimes", explique Alexandre Loukachouk, conservateur du musée historique de la ville.

 

"Ce chiffre est approximatif, nous n’avons trouvé que deux charniers, mais beaucoup d’autres fosses restent inconnues." Dans le musée, qui honore abondamment les héros ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale, seule une petite vitrine rappelle la Shoah, illustrée par un bout de barbelé et une vieille photo. La seule synagogue encore debout, sur les huit que comptait Chepetivka avant la guerre, a été transformée en salle de sport aux murs peint de couleurs acidulées.

 

Avant la guerre, les Juifs d’Ukraine représentaient la deuxième plus importante communauté juive d’Europe. Nombre d’écrivains, d’intellectuels ou de rabbins sont nés ici, tout comme l’un des courants principaux du judaïsme, le hassidisme. L’Ukraine se souvient pourtant aujourd’hui avec grand mal de son passé juif et de sa page la plus sombre, l’Holocauste. A Kiev, quelques historiens y ont pourtant consacré leur vie. Boris Zabarko est de ceux-là. C’est un homme mince aux cheveux blancs, un survivant. Enfant, il a été prisonnier dans un camp de concentration. "A l’époque soviétique, cette histoire était taboue. C’était la guerre froide, les archives étaient fermées, il était hors de question de parler de ça", se souvient l’historien.

 

L’antisémitisme qui sévit dans l’URSS d’après-guerre complique encore un peu plus le travail de mémoire, les survivants et leurs familles se taisent.

 

La situation n’évoluera guère après l’indépendance de l’Ukraine, en 1991. "En 1993, lors d’un colloque, je me suis rendu compte que rien ou presque n’avait été écrit sur cette question dans mon pays", raconte encore Boris Zabarko. "J’ai décidé de commencer à collecter des témoignages dans les territoires ukrainiens occupés par les Allemands. Je suis seul, sans soutien du gouvernement. Mon laboratoire de recherche existe uniquement grâce à l’aide d’organisations juives."

 

Boris Zarbako a néanmoins réussi à réaliser quatre volumes sur le sort des Juifs d’Ukraine, une somme de récits et de témoignages. "Toutes les fosses n’ont pas été encore découvertes, loin de là, car personne au sein du pouvoir ne s’intéresse à ce sujet", dit-il. "Ici, à Kiev, où des dizaines de milliers de Juifs sont morts dans l’immense massacre de Babi Yar, il n’y a pas un musée sur l’Holocauste. C’est une honte et une catastrophe pour l’Ukraine." Anatoly Podilsky dirige une ONG dans la capitale, le Centre ukrainien pour l’étude de l’Holocauste. Sa petite équipe collabore avec le Mémorial de la Shoah en France, la maison d’Anne Frank à Amsterdam, ou encore l’Institut Yad Vachem en Israël. L’association est pourtant quasi introuvable, reléguée au bout du couloir d’un vieil édifice soviétique, à l’étroit dans deux pièces minuscules. "Pour les autorités, l’Holocauste fait partie de l’histoire juive, pas ukrainienne", relève Podilsky, dont une partie de la famille a été fusillée à Babi Yar. "C’est mon principal message : les Juifs ukrainiens qui ont été exterminés à Kiev, à Lviv et ailleurs, faisaient partie de notre société." L’homme et son institut luttent à contre-courant.

 

Lviv (ex-Lvov, ex-Lemberg), à l’extrême ouest du pays, est le symbole de la foisonnante diversité culturelle d’avant-guerre. ­Austro-hongroise, puis polonaise jusqu’en 1939, la région passe sous la coupe des Soviétiques en vertu du pacte germano-soviétique. En 1941, l’Allemagne attaque l’URSS, Lviv est envahie par les troupes nazies. La ville aux quarante synagogues, dont le tiers de la population est juive, sera le théâtre de massacres effroyables, notamment dans la forêt toute proche de Lisinitchi.

 

Près de soixante-dix ans plus tard, Bedry Meron, un vieil Ukrainien né dans le village, se souvient encore "des colonnes de gens traversant Lisinitchi vers la forêt où on les fusillait, et le bruit des mitrailleuses qui ne cessait jamais".

 

Difficile, aujourd’hui, de retrouver le chemin jusqu’à cette ancienne fosse commune. Sur place, la forêt a repris ses droits. Quelques bouteilles de bière ou de vodka, des paquets de chips éventrés : l’endroit est apprécié pour les pique-niques. Aucune inscription ne signale l’histoire des lieux, si ce n’est une plaque de contreplaqué en hébreu dont on retrouve des bouts épars jetés entre les feuilles mortes.

 

Pour Tarik Cyril Amar, directeur des études au Centre pour l’histoire urbaine d’Europe de l’Est à Lviv, "il y a deux raisons principales qui expliquent le silence partiel des autorités sur cette question. Le fait que les pogroms, qui ont eu lieu avant l’arrivée des Allemands, ont été perpétrés par la population elle-même, et surtout le rôle de la police ukrainienne dans les massacres". Des centaines de citoyens ukrainiens ont servi comme auxiliaires des nazis pendant les exactions. Sans oublier ces nationalistes ukrainiens, en lutte contre le régime soviétique et la domination russe, qui ont cru voir dans le nouvel occupant un allié.

 

Aujourd’hui, sous la présidence de ­Viktor Iouchtchenko, les leaders de l’UPA - l’Armée insurrectionnelle ukrainienne -, Bandera, Choukhevitch sont devenus des héros nationaux. Tant pis si le panache de ces résistants à l’occupation soviétique est entaché par leur collaboration de circonstance avec l’Allemagne nazie et leur possible participation à la Shoah. Le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dérange dans le grand chantier de construction d’une histoire nationale de l’Ukraine. Au centre de cette mémoire, il y a déjà une autre grande tragédie que les Ukrainiens veulent faire reconnaître au monde comme un génocide : la grande famine de 1932-1933 qui a fait des millions de morts dans les campagnes d’Ukraine ­soviétique, baptisée Holodomor ("extermination par la faim").

 

44.jpg"Iouchtchenko a une vision ethnique du nationalisme ukrainien et il est toujours dans une conception binaire de la mémoire; soit héros, soit victime", se désole Tarik Cyril Amar, à Lviv. "Tout ceci est en contradiction avec l’histoire de l’Holocauste et favorise une sorte de compétition des victimes." Dans la rue, la confusion est frappante. Lorsqu’on évoque l’Holocauste, nombre d’Ukrainiens entendent "Holodomor".

 

Ils en ont quand même, du toupet, ces Ukrainiens …

 

 

Source : http://www.juif.org/go-news-121520.php

08/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (25)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

IAKOV IAKOVLEV

Le petit préambule ci-dessus s’applique particulièrement à ce personnage dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est tombé dans les oubliettes de l’histoire. C’est dommage, car son grand titre de gloire aura pourtant d’avoir été commissaire du peuple à l’agriculture pendant l’Holodomor, la terrible famine orchestrée par le pouvoir bolchevique en 1932-33, qui fit au bas mot six millions de morts.

Il existe fort peu de données le concernant, du moins dans une langue intelligible pour moi. Encore moins de portrait. Le seul que j’aie trouvé est en fait une caricature publiée dans un livre qui vient de sortir, Dessine-moi un bolchevikLes caricaturistes du Kremlin, 1923-1937, qui a été traduit du russe. On y voit une sorte de rat moustachu et mal rasé assez peu ragoûtant. Mais, je le rappelle, c’est une caricature faite par un de ses collègues bien-aimés en 1923.

Il avait alors 27 ans car il était né en 1896, et travaillait à ce moment-là au Département pour l’agitation et la propagande du comité central. Il était entré au parti bolchevique en 1913 et s’était en quelque sorte spécialisé dans la propagande puisqu’en 1918, il sera envoyé en Ukraine pour y œuvrer dans ce secteur. Dans les années 20, il sera notamment rédacteur en chef de la Krest’janskaya Pravda (La Vérité Paysanne), qui titrait alors à plus d’un million d’exemplaires.

Fervent stalinien, c’est sans doute sa « connaissance » du monde paysan qui conduira Staline à le nommer commissaire du peuple à l’agriculture en 1929. Il le restera jusqu'en 1934. En février1930 commença la « dékoulakisation », c’est-à-dire la déportation et la répression de masse contre les centaines de milliers de paysans suffisamment aisés pour avoir de quoi manger et/ou mécontents de la politique bolchevique. Les sbires de la Guépéou feront régner la terreur dans les campagnes. Tout cela donnera tellement de travail à Iakovlev qu’il sera obligé d’envoyer son adjoint afin de le représenter en juin 1930, au 16e congrès du Parti.

Cet adjoint - qui le restera en 1929 et 1930 - n’est pas n’importe qui. Il s’agit du « nain sanguinaire » Nikolai Yezhov, qui finira chef du NKVD. Et qui retrouvera d’ailleurs Iakovlev à cette occasion, nous le verrons. Représentant donc son supérieur lors de ce congrès, il en profitera pour se répandre en articles pompeux sur la collectivisation, l’éducation des masses, leur mobilisation, etc. Amusant, lorsque l’on sait qu’il avait péniblement fini l’école primaire et qu’il avait été apprenti tailleur dans sa vie pré-bolchevique.

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C’est donc Iakov Iakovlev qui sera de par ses fonctions responsable de l’exécution de cette politique décidée à Moscou, qui consistait en fait à liquider toute une partie de la population. La loi du 7 juillet 1932 prévoira même la peine de mort pour « toute escroquerie au préjudice d'un kolkhoze », qui commençait par le simple vol d’un épi de blé.

Cette « politique » culminera avec l’horreur de l'Holodomor, en Ukraine principalement. Nous en avons déjà parlé.

Je lis ça et là que Iakovlev occupera ensuite - forcément après 1934 - des fonctions importantes dans l’appareil de contrôle de l’Etat et du Parti. Lesquelles ? Je l’ignore. De toute manière, cela ne l’empêchera pas d’être emporté, comme bon nombre de ses collègues, dans les grandes purges de 1937. Il est arrêté cette année-là mais ne passera devant le peloton d’exécution qu’en juillet 1938.

Et devinez qui donnera l’ordre de tirer ? Le nain sanguinaire lui-même, son ancien adjoint. Qui ne tardera d’ailleurs pas à le suivre. La seule morale que l’on puisse tirer de cette horrible histoire.

10/11/2007

PROPAGANDE .... ET REALITE D'UN REGIME ASSASSIN

VOILA CE QU'IL ETAIT DONNE A VOIR:

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..... ET VOILA CE QU'IL EN ETAIT EN REALITE ....(HOLODOMOR - UKRAINE, 1932)

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07/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (10)

LAZAR MOÏSSEÏEVITCH KAGANOVITCH

379d58bc03d1bfe5a2de4268fa552dd7.jpgCe très proche collaborateur et adorateur servile de Staline est né en 1893 et, tenez-vous bien, est mort de sa belle mort le 25 juillet….1991. A l’âge canonique de 98 ans ! Après la chute du rideau de fer ! En voilà un de plus en tout cas à avoir échappé à la « fureur antisémite » du maître du Kremlin. Un personnage  particulièrement sympathique, comme nous allons le voir. Mais n’anticipons pas cette épopée et commençons par le début.

Kaganovitch naît dans une famille juive d’Ukraine et débute dans la vie comme apprenti cordonnier. Il adhère au bolchevisme en 1911 et se bat dans l’Armée Rouge durant la guerre civile. En 1920, il est envoyé en Asie centrale, dans le Turkestan.

Contrairement à ses collègues qui l’ont précédé dans cette série, Kaganovitch commence donc sa carrière plutôt petitement. Mais une fois parti, il ne s’arrêtera plus.

Stalinolâtre dès le tout début, il en sera bien récompensé puisqu’il intègre le Comité central du Parti en 1924 et est promu 1er secrétaire du Parti d’Ukraine de 1925 à 1928. Il va s’illustrer une première fois durant cette triste période en soutenant à fond la collectivisation forcée des campagnes, véritable guerre déclarée par le pouvoir aux paysans, et en éliminant sans états d’âme tous les opposants et autres « éléments parasitaires et antisociaux ». Et ils sont nombreux.

Son zèle sera reconnu à sa juste valeur : il est élu en 1930 au Politburo, où il restera jusqu’en 1957, date du début de la déstalinisation. Une longévité absolument remarquable.

De 1930 à 1935, le voilà 1er secrétaire à Moscou. Comme l’indique pudiquement Wikipédia,  « Durant les années 1930, Kaganovitch participe avec zèle et sans état d'âme à la mise en œuvre des réformes économiques et sociales de Staline, notamment la collectivisation de l'agriculture et l'industrialisation aussi rapide que violente de l'URSS, ainsi qu'aux  purges politiques. »

Derrière cette phraséologie lisse, se cache un épisode particulièrement abject d’une carrière pourtant bien remplie à cet égard. Kaganovitch jouera en effet un rôle de premier plan lors de l’Holodomor, la famine orchestrée par le pouvoir, qui fit au bas mot six millions de victimes, dont deux millions d’enfants. Le plan de collecte totalement irréaliste prévu par le gouvernement des soviets n’ayant pas été rempli, et pour cause, Kaganovitch et Molotov sont envoyés en octobre 1932 dans le Caucase du nord et en Ukraine afin d’ « accélérer les collectes » et d’ empêcher à tout prix les paysans de fuir vers les villes.

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Le 2 novembre 1932 – il y a tout juste 75 ans – la commission présidée par Kaganovitch, envoyée dans le Caucase du nord,  adoptera la résolution suivante : « A la suite de l’échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage ».  A partir de ce moment-là, les opérations « anti-sabotage » vont aller bon train et les victimes se compteront par dizaines de milliers. Sans compter les déportations de villages entiers. Un certain Nikita Khrouchtchev s’illustrera d’ailleurs également par sa férocité durant cette sombre période, en Ukraine. Il a été calculé qu’au plus fort de la famine, jusqu’à 33 000 personnes mourraient de faim chaque jour dans cette région.

Durant la Grande Terreur et ses purges, dans les années 1936-39, Kaganovitch continuera à seconder efficacement son maître. Sa signature apparaît au bas de 191 listes de condamnés, en général à mort. Il se rendra d’ailleurs personnellement en 1937 purger le Donbass, Tchéliabinsk, Iaroslav, Ivanovo, Smolensk.  Résultat : il monte encore en grade et devient en 1938 vice-président du Conseil des commissaires du peuple - soit n°2 du pays -, poste qu’il réussira à conserver jusqu’en 1957.

Pendant la guerre, il est membre du Comité d’Etat à la Défense et obtient même en 1943 la distinction rare de Héros du travail socialiste. Il est, le 5 mars 1940, l'un des responsables soviétiques qui contresignent l'ordre d'exécution par le NKVD de 25 700 officiers polonais faits prisonniers par l'Armée Rouge. Ils seront abattus à Katyn et cette tuerie sera, lors du procès de Nuremberg, portée sur la facture payée par les nazis.

Après la guerre, il continue à faire partie du 1er cercle du pouvoir et cumule nouveaux postes et nouveaux honneurs, puisqu’il intègre le Présidium en 1952. Jamais il ne s’opposera aux campagnes « antisémites » de Staline, qu’il soutiendra, bien au contraire.

Il réussira même le tour de force de conserver son influence après la mort inopinée de Staline en 1953, puisqu’il devient ministre du Travail et des Salaires en 1955-56. Il contribue à la montée en puissance d’une vieille connaissance du temps de l’Ukraine, Nikita Khrouchtchev, mais n’en sera pas vraiment récompensé. Ce dernier, qui cherche à se débarrasser de souvenirs gênants, et de témoins embarrassants de la période stalinienne – à laquelle il a pourtant largement contribué – le démet de ses fonctions gouvernementales en 1957.

Mais, heureusement pour lui, les temps ont (un peu) changé. Il n’est donc pas liquidé et ne sera finalement exclu du Parti qu’en 1964.

Il lui reste près de trente ans à vivre, avec ses souvenirs et sans jamais avoir été inquiété pour ses activités criminelles qui en font pourtant l’équivalent d’un Adolf Eichman. L’un comme l’autre zélés, dévoués à la cause et sans états d’âme superflus.

Mais voyez comme c’est étrange : l’un a été justement puni, l’autre est mort dans son lit, médaillé de l’Ordre de l’Union soviétique.

05/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (9)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

MEIR HENOCH MOJSZEWICZ WALLACH-FINKELSTEIN, dit MAXIM LITVINOV

1cf47423f78f753fce4515f0d26ef347.jpgIl naît en 1876 dans une famille de banquiers juifs à Bialystok, dans le nord de la Pologne.

Il rejoint, dès sa création en 1898, le parti « socialiste révolutionnaire » de Russie - qui se scindera ensuite en deux factions, les bolcheviks et les mencheviks – et commence sa carrière d’agitateur en faisant de la propagande en Ukraine.

Après certaines péripéties (on s’échappait plus facilement des prisons du tsar que plus tard du goulag), il s’exile en Suisse et y travaille au journal révolutionnaire Iskra (L’Etincelle). De 1906 à 1916, il vit à Londres où il déploie une grande activité comme secrétaire du groupe bolchevique de la capitale britannique. Il y rencontre l’amour sous les traits d’Ivy Lowe, fille d’une grande famille juive d’Angleterre émigrée de Hongrie à la suite de l’échec de la révolution de 1848. Eh oui, les révolutions, ça ne marche pas à tous les coups …

Cette expérience anglaise lui sera en tout cas profitable car la révolution d’octobre à peine achevée, Lénine lui confie la tâche de représenter les soviets en Angleterre. Il sera cependant arrêté par les autorités britanniques en 1918 et gardé en otage afin de servir d’échange avec Robert Lockhart, agent secret accusé par les bolcheviks de complot contre l’Etat. [Ouvrons ici une parenthèse pour signaler que ce personnage, né en 1887 et mort en 1970, eut une vie étonnante qui mérite vraiment d’être connue. Ecossais pur sucre, il clamait notamment à qui voulait l’entendre sa fierté de n’avoir aucune goutte de sang anglais dans les veines : « There is no drop of English blood in my veins ». Cela ne vous rappelle rien ?]

Ce regrettable incident vite oublié, Litvinov entame une grande carrière de diplomate. Vice-commissaire du peuple aux affaires étrangères, il sera le principal représentant des soviets en Europe occidentale, persuadant notamment les Britanniques de mettre fin au blocus contre le gouvernement bolchevique et négociant un certain nombre d’accords commerciaux avec les pays européens.

Egalement fort actif dans son pays, c’est lui qui en 1929 conclura le Litvinov’s Pact, accord de non-belligérance entre Union soviétique, Pologne, Roumanie, Lettonie et Estonie.

Son antisémitisme supposé n’empêchera pas Staline de le nommer commissaire du peuple aux affaires étrangères en 1930. A ce titre, il parviendra en 1933 à persuader les Etats-Unis de Franklin Roosevelt de reconnaître officiellement le gouvernement des soviets.

C’est cette année-là que se déroule, essentiellement en Ukraine, l’horrible tragédie aujourd’hui appelée Holodomor. Entre 1932 et 1933, six millions de personnes au bas mot, dont deux millions d’enfants, seront victimes de cette famine sciemment organisée par le pouvoir pour briser la résistance des masses paysannes. Maxim Litvinov est parfaitement au courant de ce gigantesque crime contre l’humanité. Il est interviewé à ce propos à Moscou par Gareth Jones, le journaliste qui révélera ce forfait au monde occidental. Comme souvent en pareil cas, des intérêts bien plus puissants vont se dresser contre une vérité dérangeante et les révélations de Gareth Jones seront fort mal reçues, y compris par la presse occidentale et américaine. Maxim Litvinov en particulier adressera une lettre personnelle à Lloyd George pour l’informer qu’en raison de ses allégations, M. Jones est désormais indésirable dans le paradis soviétique.

Litvinov représentera ensuite son pays – qu’il avait réussi à y faire admettre - à la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, de 1934 à 1938. Il sera encore présent lors des Accords de Munich en septembre 1938, mais plus à la signature du pacte germano-soviétique de mai 1939. En raison de ses origines juives, Staline le remplacera pour ces négociations par Molotov, qui devient le nouveau ministre des affaires étrangères.

Il n’est cependant pas en disgrâce auprès du tout-puissant maître du Kremlin qui lui octroie un poste de vice-commissaire du peuple et le nomme ambassadeur aux Etats-Unis en 1941, fonction qu’il occupera jusqu’en 1943.

Au terme d’une carrière bien remplie et n’ayant finalement pas trop souffert de l’antisémitisme, Litvinov mourra dans son lit – une rareté – le 31 décembre 1951.