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31/05/2007

IL FAUT DEGOMMER PAUL GOMA

32027951b29a8b717038f14d9b00699f.jpgLe  Monde a publié le 29 mai, sous la plume de Mihaï Dinu Gheorghiu, un article intitulé L’honneur perdu d’un dissident roumain s’indignant de ce que l’écrivain roumain Paul Goma ait été nommé « citoyen d’honneur » de la ville de Timisoara, et en appelant à l’Etat français et à l’Europe. Pourquoi une telle indignation ? C’est que Paul Goma a commis un crime épouvantable. Le pire qui se puisse commettre sous la voûte des cieux. J’ose à peine l’évoquer, mais enfin, à demi-mot, je vous le glisse. Tâchez de ne pas l’ébruiter. Il serait antisémite. Incroyable ! Encore un !

Tâchons de débrouiller cette histoire roumaine compliquée. L’accusateur, d’abord : Mihaï Dinu Gheorghiu est sociologue, professeur à l'université de Iasi et membre de l'Institut Elie-Wiesel de Bucarest.  Il a la double nationalité française et roumaine et vit en France.

L’accusé est Paul Goma, né en 1935, écrivain roumain et dissident anti-communiste. Lui aussi vit en France où il est réfugié politique depuis 1977. Et apatride, puisque la Roumanie lui a retiré sa nationalité et qu’il n’a pas souhaité devenir français.

Dans son désir d’honorer ce citoyen courageux, qui a connu les geôles et la torture de la Securitate, la mairie de Timisoara, circonstance aggravante, n’a pas péché par ignorance. Elle connaissait parfaitement les écrits « antisémites et négationnistes » de Paul Goma. D’ailleurs, la lettre détaillant les raisons qui l’ont amenée à lui offrir cet honneur comporte le paragraphe suivant :

"En 2002, Paul Goma écrit l'essai La Semaine rouge 28 juin-3 juillet, ou la Bessarabie et les juifs. Dans cet ouvrage, l'auteur présente les atrocités commises par la population non roumaine (dont aussi des juifs) pendant la retraite des troupes et de l'administration roumaine de Bessarabie et de Bucovine, après les ultimatums soviétiques de juin 1940 (le pacte germano-soviétique attribuait une partie de l'est de la Roumanie à l'URSS - partie qui fut occupée jusqu'au déclenchement de l'offensive de l'Axe contre l'Union soviétique). L'explication de l'auteur pour la fermeté avec laquelle le régime Antonescu avait puni les juifs, après le 22 juin 1941 (date de l'entrée des troupes allemandes et roumaines en URSS, les populations juives étaient accusées d'avoir sympathisé avec les Soviétiques), est fondée sur la vengeance pour les faits condamnables de l'année précédente. Paul Goma milite en même temps pour que les juifs assument la responsabilité de leurs crimes commis contre les Roumains et il se prononce contre la falsification (distorsion) de l'histoire avec l'intention de faire un mythe exclusif d'un génocide contre les seuls juifs avec des objectifs politiques (de domination), économiques (extorquer des fonds) et de culpabilisation de toutes les autres nations, non juives, sans une analyse de leurs propres actions criminelles anti-roumaines, soutenues et approuvées par la quasi-totalité des cercles juifs. Entre 2002 et 2005, cet essai a connu plusieurs versions. (...)"

Reconnaissez qu’il y va fort, Paul Goma. Et qu’il faut le dégommer en vitesse, avant qu’il ne donne des idées à d’autres. D’ailleurs, la communauté juive roumaine et l’ambassade d’Israël à Bucarest ont officiellement protesté, elles aussi.

ba492ec21458c2fca07b4973a6b3b8e3.jpgEn fait,  l’histoire est encore plus compliquée qu’il n’y paraît et a, comme toujours, des racines plus lointaines. L’an dernier, en avril 2006, le gouvernement avait créé une commission, dite commission Tismaneanu, chargée de procéder à des investigations au sujet des exactions commises par les communistes en Roumanie. Bonne idée, non ? Sauf que le président de cette commission, Vladimir Tismaneanu, n’était pas n’importe qui. Ses parents étaient tous deux juifs, communistes et vétérans de la guerre civile espagnole. Son père occupait la chaire de marxisme-léninisme à l’université de Bucarest. Dans ces conditions, Vladimir Tismaneanu était-il la personne la plus qualifiée pour enquêter sur les crimes du communisme en Roumanie ? C’est une bonne question qu’on a fini par se poser même là-bas et les conclusions de la commission, rendues en décembre 2006 – ça a été du travail rapide, pas comme le procès dont nous parlions hier – sont légèrement controversées.

D’ailleurs, Paul Goma y avait fait un tour, à cette commission. Pas longtemps. 9 jours. Il s’était rapidement fait éjecter. Une polémique l’avait opposé à Tismaneanu qu’il estimait incapable d’être impartial en cette affaire, ayant été élevé dans la nomenklatura. Et il avait rappelé que son père, Leonte Tismaneanu, avait été “l’un des principaux agents du communisme en Roumanie, et l’un des plus féroces ».