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17/12/2007

GEORGE BEHAR, dit GEORGE BLAKE

Nous revoilà dans le monde sulfureux et opaque des espions occidentaux à la solde du KGB, du style George Koval que nous avons vu récemment.

09d1ec7d07e75fc70d5491b3df9737c2.jpgGeorge Behar naît en 1922 à Rotterdam d’une mère hollandaise et d’un père juif d’origine espagnole passé par la Turquie et naturalisé britannique. On voit que dès le départ, il est fortement marqué par l’internationalisme.

A la mort de son père, il a treize ans et on l’envoie vivre chez de riches parents en Egypte. Là, il sera très proche de son cousin, Henri Curiel, son aîné de huit ans. Cette rencontre va être déterminante pour son avenir. J’ouvre ici une parenthèse pour indiquer que Henri Curiel, né au Caire dans une famille de banquiers juifs d’origine italienne, sera l’un des fondateurs du parti communiste égyptien. Il mènera une existence plus que ténébreuse d’activiste pro-communiste et finira assassiné à Paris en 1978. Il est enterré au Père Lachaise. Ses assassins ne seront jamais identifiés, mais il est vrai que les pistes étaient si nombreuses…

Voilà donc qui sera le mentor du futur espion et on peut imaginer sans mal qu’il sera fortement endoctriné, si ce n’est carrément piloté. Toujours est-il que dès ses 18 ans, il se rend à Londres et rejoint le service d’opérations spéciales britannique, le SOE. C’est la guerre et au SOE, il y a du travail pour tout le monde. Il paraîtrait que ce serait à la suite d’un chagrin d’amour, et d’un rejet par les parents de sa belle au motif qu’il était juif, qu’il aurait pris en grippe ces snobs d’Anglais. Mouais….je suis plus que sceptique... C’est en tout cas à ce moment-là que Henri Curiel le recrute pour le KGB. J’aurais plutôt tendance à croire que cette filière était prévue dès le départ.

Juste après la guerre, il se fait recruter par les services secrets britanniques, le MI6 et envoyer d’abord à Hambourg puis à Séoul. Là, il est arrêté par l’armée communiste nord-coréenne et durant ses trois années de captivité, il aura le temps de lire Marx et de devenir  marxiste. Encore une fois, je croirais qu’il l’était bien avant. Toujours est-il qu’en 1953, il est relâché et envoyé par les britanniques, qui ne se doutent de rien, à Berlin. Là, il aura tout loisir d’informer le KGB d’un certain nombre d’opérations et surtout, il donnera des listes entières de ses collègues travaillant au MI6 aux soviétiques, les condamnant à mort.

Il continuera à passer des informations aux soviétiques au gré de ses divers postes. Il est dénoncé à son tour en 1961 par un espion polonais du KGB passé à l’ouest, Michael Goleniewski. Rappelé de Beyrouth, où il est en poste, à Londres, il est  arrêté à son arrivée. A l’issue d’un procès qui se déroulera à huis-clos, il est très lourdement condamné à 42 ans de prison. Mais il ne les fera pas car cinq ans plus tard, il parviendra à s’évader de sa prison avec l’aide de trois anarchistes. Ainsi que d’autres appuis en coulisse, qui ne seront jamais réellement révélés.

George Blake s’envole alors pour Moscou et commence une nouvelle vie. Il publiera son autobiographie en 1990 sous le titre No Other Choice (Pas d’autre choix). L’argent qu’il devait retirer de la vente de ce livre en Grande-Bretagne sera retenu par le gouvernement, à sa grande indignation. Il portera plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pour violation …des droits de l’homme et recevra une somme modique en compensation.

Il vit toujours à Moscou, encore alerte et actif à 85 ans, percevant une pension de colonel du KGB, et toujours aussi marxiste-léniniste. Il a d’ailleurs précisé dans une interview qu’il ne se considérait nullement comme un traître et vous allez voir que son raisonnement est imparable : il n’a pas trahi car il ne s’est jamais senti Anglais. « Pour trahir, il faut d’abord appartenir. Or je n’ai jamais appartenu. »

Et voilà, le tour est joué. Et tant pis pour ceux qui appartenaient.

01/12/2007

GEORGE ABRAMOVITCH KOVAL : UN AMERICAIN BIEN MERITANT DECORE PAR POUTINE

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Vladimir Poutine a sûrement pris un plaisir subtil à faire la nique aux Américains en décorant  récemment du titre de Héros de la Fédération de Russie l’espion né américain George Koval qui avait réussi à pénétrer – encore un – au cœur du fameux Projet Manhattan. Tel était le nom du programme nucléaire US pendant la seconde guerre mondiale et si j’ai dit « encore un », c’est que nous en avons déjà rencontré au moins deux, qui étaient des femmes : Zarubina et Kitty Harris.

 

C’est à titre posthume que cette très haute décoration lui a été décernée puisque George Koval est mort l’an dernier, à l’âge de 92 ans. « M. Koval, qui opérait sous le nom de code de Delmar, a fourni les informations qui ont permis de réduire considérablement le temps pris par l’Union soviétique pour développer sa propre bombe », indiquait le communiqué officiel du Kremlin.

648b9343fdb1276f2d5408a0e2dc77cd.jpgLa décoration et le livret de Héros vont à présent être exposés au musée du GROu, l’officine des renseignements militaires russes.

George Koval naît le 25 décembre 1913 à Sioux City, Iowa, dans une famille juive qui arrivait tout droit de Biélorussie. En émigrant, son père, Abraham, comptait se rendre à New York, mais il n’y connaissait personne. Tandis qu’il avait un ami à Sioux City, qui abritait une communauté juive importante. D’où ce choix, étonnant de prime abord. Il ne tardera pas à mettre suffisamment d’argent de côté pour faire venir sa fiancée qui était restée en Russie. Cette dernière, fille de rabbin, était une socialiste convaincue. Ils se marièrent et eurent trois enfants, dont le futur espion, George. 

Tous deux accueillirent l’annonce de la révolution bolchevique avec transport. Le couple Koval faisait partie d’un groupe de juifs communistes américains qui, en 1924, créèrent l’ICOR (Organization for jewish colonization in Russia) qui militait pour l’établissement d’une région autonome juive en Union soviétique, en « réponse » aux projets sionistes. Et de fait, Staline créa cette région autonome, bien loin à l’est, sous le nom de Birobidjan. Les parents des Koval restés en Russie s’y installèrent aussitôt. Et en 1932, durant la grande dépression, toute la famille Koval du côté américain quitta à son tour Sioux City pour s’installer au Birobidjan, aux confins de la Sibérie.

George, le futur espion, avait alors 18 ans. Le Birobidjan étant un peu petit pour ses ambitions, il se rendit à Moscou pour y faire ses études universitaires – en chimie. Il en sortit diplômé en 1939. Les Grandes Purges se terminaient, l’Armée Rouge et le NKVD étaient décimés, on recrutait massivement. Il y avait justement à New York un poste vacant d’agent de renseignements militaires. George, né américain, avait le profil idéal. Il fut donc recruté par le GRU (renseignements militaires de l’Armée Rouge), on lui donna le nom de code de Delmar et son entraînement commença. La boucle était bouclée.

Si je me suis étendue si longuement sur le parcours de la famille Kovar, c’est pour illustrer la légèreté, pour ne pas dire plus, des officiels américains qui accordèrent par la suite leur confiance – et l’accès aux lieux les plus stratégiques du pays - à un homme ayant pareils antécédents, qu’il n’était pas insurmontable de retrouver.

Delmar fut d’abord chargé d’obtenir des informations sur les recherches en matière d’armes chimiques. Jusqu’en 1943, il n’obtint pas grands résultats. Cette année-là, il s’engage dans  l’armée US qui, au vu de faux diplômes, l’envoie se perfectionner sur les données radioactives au City College of New York. L’armée l’envoie ensuite à Oak Ridge, dans le Tennessee, lieu de recherches secrètes à haut degré de sécurité. C’est à partir de là qu’il pourra fournir, lors de ses congés, de très importants renseignements aux soviétiques, qui leur feront gagner beaucoup de temps dans leur propre programme atomique. Delmar leur fournira des rapports sur la production de plutonium et de polonium, les processus scientifiques requis, les quantités, la qualité, etc.

En 1945,  il monte en grade et se retrouve à Dayton, dans l’Ohio. Dans son nouveau poste, il aura accès aux secrets les plus intimes de la recherche nucléaire, qui ne tarderont pas, eux aussi, à être connus des soviétiques. Et qui plus est, il y aura accès en tant que gradé de l’armée américaine, avec les responsabilités et l’autorité y afférents.

Après la guerre, les choses vont se gâter. Un autre agent soviétique, Guzenko, était passé à l’ouest et avait fait des révélations sur l’état d’avancement du programme nucléaire à l’est qui conduisent – quand même – les responsables à se méfier et à renforcer les mesures de sécurité. Mais ils ignorent le nom de la taupe. Koval sent l’étau se resserrer et réclame le droit de rentrer à Moscou avec sa femme. Le GRU finit par accepter en 1948.

Peu de temps après son retour, les soviétiques procédaient à leurs premiers essais nucléaires. Koval, lui, découvre la routine. Il devient professeur de chimie à son ancienne université moscovite et prendra sa retraite à la fin des années 70. Il mourra dans son appartement de Moscou le 31 janvier 2006.

Franchement, Poutine aurait pu le décorer de son vivant, vous ne trouvez pas ?

Quant aux Américains, ils furent à ce point mortifiés par cette affaire qu’ils réussirent à la tenir secrète pendant des décennies.