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28/05/2007

Le général Luo, alias Jacob Rosenfeld : un héros de la Chine communiste

b9cc91079cd4ecafb69eeb66ad5003a9.jpgDécidément, les programmes de télé sont une source remarquable de (dés)information. Avant-hier soir, la chaîne cryptée Histoire proposait L’étonnant destin du général Luo : L’incroyable parcours du chirurgien juif autrichien Jacob Rosenfeld, qui devint un héros de la Chine communiste, retracé grâce à son journal de bord.

Alléchant, n’est-ce pas ? Je n’ai pas tardé à trouver un autre résumé plus explicite et encore plus flatteur : Ce documentaire retrace le parcours hors du commun de l'Autrichien Jacob Rosenfeld, alias " général Luo ", héros de la Chine communiste, mort à Jérusalem en 1952. En 1939, ce chirurgien juif fuit l'Autriche et les persécutions nazies pour s'installer à Shanghai. C'est là qu'il s'engage, en 1941, aux côtés des révolutionnaires du Parti communiste chinois. Ses talents de chirurgien et d'organisateur le rendent bientôt indispensable à l'armée populaire et à Mao Tsé-Toung, dont il deviendra l'un des plus proches. En 1945, il est nommé général, responsable de la santé des armées et de toutes les zones libérées. Parmi les Occidentaux ayant combattu dans les armées de Mao, il est le seul à être monté aussi haut dans la nouvelle hiérarchie politique et militaire. Plus tard, il sera ainsi ministre de la Santé du premier gouvernement communiste.

A grand renfort d'images d'archives et de témoignages, ce destin extraordinaire est relaté en compagnie du professeur Kaminski, qui retrouva, en 2001, le journal de bord - vainement recherché jusqu'alors - du général Luo. Ce dernier y a scrupuleusement décrit les étapes de la Longue Marche, au terme de laquelle il pénétrait, en 1949, dans Pékin, entrant en même temps dans la légende...

Bon, on ne va pas pinailler pour quelques détails. Il ne s’est pas enfui en 1939 de Dachau, au moment de l’Anschluss, il a tout bêtement été libéré à condition de quitter le pays dans les deux semaines. Il s’embarque derechef pour Shangai qui ne réclamait pas de visas aux juifs (pour quelle raison ? on ne nous le dit pas), où il retrouve 25 000 coreligionnaires dont on peut supposer a priori qu’ils n’étaient pas hostiles au communisme.

Contacté par le Komintern, il ne tarde pas à faire la brillante carrière décrite plus haut. Je constate en tout cas que s’il est définitivement interdit d’être un « héros » de l’Allemagne nazie, on a toujours parfaitement le droit d’être un « héros » de la Chine communiste. Tant pis pour les dizaines de millions de morts laissés sur le bord de la longue marche par le Grand Timonnier. On n’y peut rien, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

6ba9dcb5d645c5cc12c7e272d6b426d8.jpgRaison de plus pour rappeler quelques faits laissés dans l’ombre sans doute par distraction: ces années de guerre civile et de guerre contre les Japonais, qui se termineront par l’avènement de la République populaire de Chine en 1949, sont marquées, déjà,  par des massacres et des horreurs sans nom.  Une période de terreur particulière va s’abattre notamment sur le pays en 1943 – purges, tueries, abjectes autocritiques, victimes enterrées vivantes par milliers, cannibalisme – sous la férule d’une bête féroce nommée Kang Sheng, formée par le NKVD soviétique.

Mao fut l’un des pires criminels de l’histoire, l’idéologue d’un communisme utopique et totalement déshumanisé. Si l’on ne peut pas être un héros de l’Allemagne nazie, alors, à plus forte raison ne peut-on pas être un « héros » de ce régime qui ne fut qu’une gigantesque machine à broyer des dizaines de millions d’êtres humains. Et je réclame pour tous la même opprobre ou le même acquittement.

D’ailleurs, voyez la différence de traitement encore et toujours recommencée. Je me demande même si les journalistes s’en rendent encore compte, tellement c’est caricatural. Je suis en train de lire 7 ans d’aventures au Tibet, d’Heinrich Harrer. Cherchant à en savoir plus sur l’auteur, sur quoi suis-je tombée ? Sur un petit article du Monde publié lors de son décès, l’an dernier en Autriche, à l’âge de 93 ans. Le voici : Ancien nazi, vainqueur de la face nord de l'Eiger, il était devenu le précepteur du dalaï-lama au Tibet. L'alpiniste autrichien Heinrich Harrer est mort samedi 7 janvier à l'âge de 93 ans à l'hôpital de Friesach, dans sa région natale de Carinthie. Il était le dernier survivant des quatre pionniers de la face nord de l'Eiger, dont l'ascension, en juillet 1938, reste une date marquante de l'histoire de l'alpinisme. En 1997, l'adaptation hollywoodienne de son best-seller, Sept ans d'aventures au Tibet, avait fait remonter à la surface un passé bien caché : l'engagement nazi de ses années de jeunesse. Heinrich Harrer est né le 6 juillet 1912 à Knappenberg en Carinthie.

Eclairant, non ? Et pourtant, c’était un sacré bonhomme. Qui devait valoir Jacob Rosenfeld.