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28/11/2009

INTIMIDATIONS ORDINAIRES

Voici le récit de deux intimidations ordinaires, qui ne feront pas la une des journaux, mais qui révèlent mieux que des discours l’incroyable arrogance de certains « juifistes absolutistes » dans la France d’aujourd’hui.

Les deux se sont passées à Strasbourg.

 

Mes livres sont en vente sur Internet et chez certains distributeurs et librairies de notre mouvance. Mais aussi à Strasbourg, dans un important point presse/librairie du centre ville, qui les a acceptés dans ses rayonnages, au même titre que des revues et livres de gauche. Ce qui déplaît apparemment à certains grands démocrates. Qui ne ratent pourtant pas une occasion de proclamer à tout va leur amour de la liberté d’expression. A condition bien sûr que ladite expression leur agrée.

 

Il y a quelque temps, Freddy Raphaël, une sommité juive locale, par ailleurs professeur de sociologie à l'Université Marc Bloch de Strasbourg, se rend dans le magasin et, devant les clients présents, crée un mini incident, clamant haut et fort que ces livres - les miens - ne correspondent pas à la réalité. Et il s’en va. L’acte II va se dérouler environ une heure plus tard. Cette fois, c’est un couple, dont la femme, s’en prenant également à mes livres fait cette fois plus clairement dans la menace : « Vous savez que le contenu de ces livres est antisémite et que vous risquez d’avoir des ennuis ? ».

 

Nous savons fort bien ce qui se passe dans ces cas-là : neuf fois sur dix, le « menacé » s’aplatit comme une crêpe sans demander son reste, et le tour est joué. Pas dans ce cas. « Au Pacha », on est d’une autre trempe et mes livres sont toujours là. Je vous conseille d’ailleurs, si vous êtes dans le coin, d’y aller, afin de les encourager. A côté de l'intimidation ordinaire, il faut installer la résistance ordinaire.

 

Freddy Raphaël est un habitué de ce type d’intimidation. Il a obtenu l'an dernier du maire de la ville l'effacement immédiat d'une citation de Céline des murs de la médiathèque (voir archives du blog - 14 octobre 2008). S’il considère que mes livres ne correspondent pas à la réalité, qu’on en débatte publiquement. J’en serai ravie. Et ça aura quand même plus de panache que ce type de comportement minable.

 

Je n’avais pas l’intention de raconter un jour la seconde « intimidation ordinaire », mais elle va dans le même sens, et vous allez rigoler. Je vous la raconte donc.

Ca se passe pendant la campagne des régionales 2004 où je suis candidate. Nous tenons une réunion publique un certain soir dans mon quartier et je demande à mon mari de placarder l’annonce de la réunion dans son laboratoire, qui a pignon sur rue. Il n’est pas très chaud, n’aimant guère le mélange des genres, mais bon, pour me faire plaisir, il accepte.

 

J’installe donc mon affiche et pars. A mon retour, passant devant le labo, que vois-je ? Rien, l’affiche a disparu. Folle de rage, j’entre et vais aux nouvelles. Tout le monde ignore ce qu’est devenue l’affiche et a l’air sincère. Dans les allées et venues, personne n’a rien remarqué. Je remets derechef une nouvelle affiche.

 

Le lendemain, c’est mon mari qui me racontera la suite de l’histoire et le pot aux roses. Il se trouvait le matin dans l’entrée du labo lorsque surgit un quidam accompagné d’un petit garçon. Le quidam s’apprête – pour la seconde fois - le plus tranquillement du monde  à arracher l’affiche, quand mon mari s’interpose. Alors, le quidam se tourne vers le gamin et lui dit : « Tu vois, mon fils, tu vois, ça, c’est un nazi ! » Un nazi ! A mon mari, qui est juif !!!

 

Mon mari lui a rétorqué : « Et vous, monsieur, vous êtes un imbécile et je vous prie de sortir de mon laboratoire. » Ce que l’autre a fait en fulminant et en marmottant des imprécations.

 

Renseignements pris, c’était un juif du quartier, à qui mon affiche ne plaisait pas et qui apparemment, trouvait tout à fait normal d'entrer afin de l’arracher. Hallucinant. De connerie et d’arrogance.

14/10/2008

OH LA LA, ON L’A ECHAPPE BELLE !!!

Ah, il s’en passe des choses à Strasbourg ! Heureusement que certains veillent, car sinon où irait-on, on se le demande ! Figurez-vous qu’une médiathèque vient d’être inaugurée dans nos murs. Elle porte le nom d’André Malraux* et pour l’animer un peu, les concepteurs ont eu l’idée d’en décorer murs, sols, etc, de citations d’auteurs. Il y en a partout et c’est une très bonne idée.

 

celine.jpgSauf  qu’emportés par leur élan, ils ont orné la porte des toilettes messieurs (non, non, je ne plaisante pas, c’est très sérieux) d’une citation d’un innommable. J’hésite à écrire son nom, il évoque tant de douloureux souvenirs, mais enfin, je m’y risque quand même, puisque tout s’est bien terminé: Louis Ferdinand Céline soi-même.

 

Vous vous rendez compte de l’horreur ! Bon, reconnaissons que la citation n’était pas des pires. Elle était même particulièrement inoffensive. Tirée de Rigodon, œuvre posthume de Céline, elle disait :

« Je vous laisse en plan et mes comics … Vite, mes oignons, que je vous retrouve ! Par ici, Mesdames et MESSIEURS … Encore deux mille pages au moins ! ».

Vous avez bien sûr compris que toute l’astuce consistait à placer le mot MESSIEURS au bon endroit. D’où le choix de la citation.

 

Heureusement, avant l’inauguration, vint à passer par là une sommité strasbourgeoise : Freddy Raphaël, sociologue et président de la Société d’Histoire des Juifs d’Alsace et de Lorraine. Son sang n’a fait qu’un tour devant l’énormité de la chose – quoi, une citation de Céline, cet antisémite notoire ! - et il l’a fait savoir très clairement au sénateur maire de la ville, Roland Ries.

 

fraph.jpg

Heureusement encore, ce dernier, quoique socialiste – et agrégé de lettres dans le civil, c’est amusant - est un très brave homme qui ne veut surtout pas faire de peine à qui que ce soit. Cette crème d’homme aime à dire oui. Il a donc immédiatement dit oui à Freddy Raphaël et la citation de cet ignoble antisémite a été promptement effacée. Non mais !

 

Ils ont eu bien raison. Je ne sais pas si vous vous rendez très bien compte de ce que cet horrible Céline a été capable d’écrire. Voyez plutôt un échantillon de ses délires : « La seule chose grave à l’heure actuelle, pour un grand homme, savant, écrivain, cinéaste, financier, industriel, politicien (mais alors la chose gravissime) c’est de se mettre mal avec les juifs. – Les juifs sont nos maîtres – ici, là-bas, en Russie, en Angleterre, en Amérique, partout ! … »

 

Il écrivait ça en 1937. Rien à voir avec aujourd’hui, heureusement.

 

9782356410207.gifEnfin, je suis bien contente pour Freddy Raphaël. Le mois prochain, il va avoir largement de quoi se rasséréner : Simone va rejoindre le paradis des Immortels. Une belle revanche et qui n’est que justice pure, car sa contribution au patrimoine littéraire français est au moins aussi immense que celle de Céline. Un seul livre, oui, bon, mais quel livre ! Une vie pareille méritait bien de finir en apothéose à l’Académie française !

 

 

* Grand admirateur de la révolution bolchevique et auteur de cette phrase impérissable : Le communisme en URSS n’a pas supprimé la souffrance, mais il lui a donné un sens. Espérons que les dizaines de millions de victimes auront au moins apprécié le sens de la chose.