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05/03/2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – EUGEN FRIED ET MICHEL FEINTUCH (8)

Aujourd’hui, pour le week-end, je n’ai pas vraiment envie de me fatiguer, alors je vous offre deux portraits qui trouvent parfaitement leur place dans cette série, et qui sont issus de mon livre Révolutionnaires juifs. Cette fois, nous restons en France :

 

1) EUGEN FRIED, dit CLEMENT, l’agent du Komintern qui fut le vrai chef du PCF

 

tt.jpgCelui qui est systématiquement qualifié d’ « homme de l’ombre » du parti communiste français naît en 1900 dans une famille juive de Slovaquie, alors partie de l’empire austro-hongrois. Il passe son baccalauréat en 1917, année fatidique. Dès lors il ne pensera plus qu’à se joindre aux mouvements révolutionnaires qui embrasent l’Europe centrale.

 

Il participe à la création du parti communiste tchécoslovaque en 1921 et en devient rapidement l’un des responsables. Il intègre par ailleurs le Komintern. 1921 est également l’année où s’organise en France la SFIC – Section française de l’Internationale communiste –vocable très révélateur pour désigner ce qui deviendra quelques années plus tard le PCF.

 

Fried, agent du Komintern, est envoyé en France en 1931 pour « encadrer » le parti dont il deviendra l’un des hommes-clés pendant une bonne dizaine d’années, sous le pseudonyme de Clément.

Sa tâche sera essentiellement de veiller à ce que les ordres de Moscou soient scrupuleusement exécutés. En fait, il contrôle tout l’appareil en sous-main. Si Maurice Thorez, l’ancien ouvrier méritant qui a grimpé tous les échelons du parti, prend la direction de son secrétariat général en mai 1931, ce n’est qu’avec l’assentiment du Komintern et de Fried.

 

Le PCF suivra dès lors fidèlement les injonctions et les fluctuations de Moscou: d’abord politique internationaliste, puis constitution du Front populaire en 1936, puis approbation du pacte germano-soviétique fin 1939, puis virage à 180° en 1941 et résistance aux Allemands.

Fried est toujours au centre de l’action, relayant fidèlement les ordres de Staline. En 1939, il quitte la France, où le parti a été interdit,  pour Bruxelles où il est chargé par le Komintern  de diriger une antenne pour toute l’Europe de l’ouest. Il y vivra avec la première femme de Maurice Thorez, Aurore.

 

Sa carrière d’influent agent de l’ombre va se terminer brutalement par son assassinat en 1943, à Bruxelles. Par qui ? Annie Kriegel avait débuté une biographie de Fried qui sera interrompue par son décès en 1996. Stéphane Courtois la terminera et la publiera en 1997 sous le titre Eugen Fried – Le Grand Secret du PCF. Les deux auteurs semblent attribuer le décès brutal de l’agent aux services spéciaux soviétiques. Ils ont en tout cas déclenché la controverse car la version habituellement admise – et tellement plus politiquement correcte – est d’attribuer la mort de Fried à la police allemande. Qui aurait tendu une souricière, dans cette maison bruxelloise qui servait de relais, sans savoir exactement qui viendrait s’y fourrer.

 

 

2) MICHEL FEINTUCH, dit JEAN-JEROME, agent du Komintern et grand argentier du PCF

 

C’est lui qui succéda après la seconde guerre mondiale et jusque dans les années 1970 à Eugen Fried en tant qu’œil de Moscou rivé sur le parti communiste français.

Le futur Jean-Jérôme naît en 1906 dans une famille juive de Galicie, alors région de l’empire austro-hongrois. Il reçoit une éducation religieuse poussée dans une yeshiva où il apprend le yiddish et l’hébreu.

A la fin de la première guerre, la Galicie redevient polonaise. L’onde de choc de la révolution bolchevique se propage à toutes ces régions où s’organisent des partis communistes. La Pologne ne fait pas exception. Son parti révolutionnaire se crée dès 1918 par la fusion du SDKPiL - fondé par Rosa Luxemburg et Leo Jogiches - et de l’aile gauche du parti socialiste. Feintuch ne tardera pas à le rejoindre.

Il se fait arrêter à diverses reprises en raison de ses activités politiques et syndicales.  Comme de toute façon, il veut échapper au service militaire, il quitte la Pologne en 1927.

Il va vivre dans un premier temps en Belgique, travaillant comme ouvrier, mais il se fait expulser l’année suivante en raison de son activisme. Il passe alors clandestinement en France et va vite se trouver des points de chute grâce au Comité central du PCF. On le retrouve à la Confédération Générale du Travail (CGT) et à la mission polonaise de la Main d’œuvre étrangère (MOE)

Il se fait expulser une nouvelle fois, de France cette fois, en 1931. Mais il ne tardera pas à revenir. C’est qu’entre-temps il est devenu un efficace agent de liaison du Komintern et du Profintern, l’internationale rouge des syndicats, qui avait été créée en 1921 sur proposition de Zinoviev.

Il va travailler de concert avec l’agent du Komintern, Eugen Fried, qui débarque justement en France cette année-là. Tous deux sont au cœur de l’activité du PCF durant ces années d’avant guerre. En 1936 éclate la guerre civile en Espagne. Staline crée les Brigades internationales pour renforcer les républicains et aide ces derniers de multiples façons. Feintuch sera chargé de la logistique de cette aide depuis la France : armes et fournitures en tous genres traverseront la frontière. Mais la République d’Espagne s’effondre en 1939. Feintuch se reconvertit alors dans le passage en sens inverse : il fera traverser clandestinement vers la France des dizaines de milliers d’anciens combattants et de réfugiés.

En juin 1940, le numéro deux officiel du parti, Jacques Duclos, - le numéro un officiel, Thorez, ayant déserté à Moscou - rentre de Bruxelles où il s’était replié avec d’autres dirigeants du PCF, autour de Fried qui, lui, va rester en Belgique, et fait immédiatement appel à Feintuch. C’est à partir de ce moment-là que ce dernier se fera appeler Jean-Jérôme. Il sera d’une très grande utilité au parti alors clandestin : c’est lui qui fournit imprimeries clandestines, argent et organise les caches, notamment dans la banlieue parisienne.  C’est lui aussi qui sera chargé des contacts avec la résistance et les gaullistes.

Il est arrêté par les Allemands en avril 1943, mais assez curieusement, il ne sera pas déporté. Il est libéré en août 1944, en même temps que Paris.

A l’issue de la guerre, Jean-Jérôme aura droit à toute la batterie: Médaille de la Résistance, Croix de Guerre, Légion d’Honneur.

Il continuera après-guerre, et jusqu’au milieu des années 1970, à rendre d’éminents services au PCF, quoique occultes puisqu’il n’avait pas de titre officiel. Brassant de juteuses affaires d’import-export entre la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’URSS, il passe pour avoir été l’un des grands argentiers du parti.

Il mourra en 1990, après avoir écrit deux livres de mémoires : La Part des Hommes et Les Clandestins (1940-44).