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18/12/2007

L’ESCAMOTEUR ET LES PIGEONS

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Ce tableau de Jérôme Bosch a été peint entre 1475 et 1480. Il est également appelé Le Jongleur, Le Tricheur ou Le Charlatan.

Dans tous les cas de figure, il montre un bonimenteur qui excelle à détourner les yeux du pigeon de l’essentiel pendant qu’un comparse le déleste de sa bourse et que des personnages goguenards se paient sa tête en prime.

 

Tous ceux qui y verraient une analogie avec la situation qui prévaut dans ce pays auraient parfaitement raison. C’est très exactement le stade où nous sommes arrivés.

Et puisque nous en sommes au chapitre des métaphores, je vous offre en plus une Fable de Jean Anouilh écrite en 1961. Elle s’intitule Le rat 

Un rat sortait de l’Opéra :

Plastron blanc et cravate noire ….

C’était un rat dont tout Paris savait l’histoire.

On disait que pendant l’occupation des chats,

Il avait stocké du gruyère.

Il était décoré pourtant, de mine fière,

Mais de cette fierté incertaine des rats.

Il est rare que ces gens-là

Aient la conscience tranquille …

Portant beau, poil lustré et ras

Ongles faits par les manucures ;

Costumes du meilleur tailleur ;

Dès qu’il sort de l’égout et se fait place en ville

Un rat a voiture

Et chauffeur,

Chevalière d’or, jolies filles.

Cette race toujours inquiète

A besoin pour se rassurer

De s’entourer de beaux objets

L’illusionnant sur sa puissance :

C’est un défaut qui tient au manque de naissance.

Le chauffeur de mon rat, un gros chien du pays,

Décoré d’ailleurs, lui aussi,

Pour avoir combattu les chats héréditaires

Lors de la précédente guerre,

Acceptait ses hauteurs sans lui montrer les dents

Tant le prestige de l’argent

Est, hélas ! puissant chez les bêtes …

« C’est un rat, disait-il, mais c’est un rat honnête.

Il en est. Et la preuve est qu’il est décoré. »

Ah ! mon Dieu que les chiens sont bêtes !...

Pauvres niais abusés, lisant journaux de rats,

Qui ne sauront jamais que ce que rat dira.

 

Ce soir-là, saluant son maître à la portière,

Le chien ravi lui fit le salut militaire.

Il exultait. La vie lui paraissait plus belle.

Il dit : « Monsieur sait la nouvelle,

Que, pendant que Monsieur écoutait l’opéra,

A donnée la radio ? » - « Qu’importe, dit le rat

Lassé, montant dans son automobile ;

Laissons la radio à un peuple imbécile –

J’ai mes informateurs. » - « Quoi, Monsieur ne sait pas ?

Je crois, Monsieur, qu’il faut, tous deux, qu’on s’y remette

Si on veut faire place nette.

La radio nous annonce une invasion des chats.

Il va falloir tuer tout cha ! »

(Il prononçait à l’auvergnate

Etant chien de Clermont-Ferrand.)

Le rat, entendant

Ces mots, bondit soudain des quatre pattes.

Laissant l’engin de luxe aux portes nickelées,

Dépouillant son plastron, sa pelisse fourrée,

Jetant sa canne et son chapeau

Rat nu, en poil de rat,

Comme au jour de naissance,

Le rat ne fit qu’un bond jusqu’à l’égout voisin

D’où il cria au sot :

« Apprenez, sotte engeance,

Que la race des rats a bien d’autres desseins !

Un rat gras à New York vaut un rat gras à Vienne

Ou à Paris.

Courage, mon ami !

Défendez le pays :

Et lorsque nous aurons enfin

Vaincu la race des félins,

Informez-moi, que je revienne. »