Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/05/2011

NETTOYONS LES ECURIES D’AUGIAS – 5

Ce ministère polonais de la « sécurité » intérieure est une véritable mine de clients. J’en profite pour vous rappeler un autre personnage qui relève de la même série, dont nous avons parlé à au moins deux reprises : Helena Wolinska. La Pologne a réclamé en vain l’extradition de cette criminelle au Royaume-Uni, dont elle était ressortissante (voir archives du blog 21/11/07 et 21/02/11). Mais les Anglais ont fait la sourde oreille pour motifs « humanitaires ».

Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur :

 

Józef Światło

 

180px-Swiatlo.jpgUn de plus qui s’est empressé de changer de nom pour mieux se fondre dans le paysage, mais qui a ajouté en fin de carrière la traîtrise et la délation à la cruauté, en opérant une spectaculaire reconversion de l’est vers l’ouest.

 

Né Izaak Fleischfarb le 1er janvier 1915 dans une famille juive d’Ukraine, il suit le cursus archi-classique puisqu’il se lance très tôt dans l’activisme communiste, mâtiné en ce qui le concerne de sionisme. Durant la guerre, il combat dans les rangs de l’armée polonaise et se retrouve prisonnier de l’Armée rouge. Ce qui ne l’empêche pas de convoler en avril 1943 avec une demoiselle Swiatlo, dont il va désormais porter le nom, à la sonorité plus polonaise. Et il devient à la même époque commissaire politique à la Polish 1st Tadeusz Kościuszko Infantry Division créée par les soviétiques.

 

Dès 1945, ce bon communiste est transféré à cette fameuse MBP qui vient d’être créée elle aussi, toujours grâce aux bons offices des soviétiques, MBP que nous commençons à bien connaître et où il n’a pas dû se sentir trop dépaysé. Là, il va faire comme ses petits camarades : tortures et contrefaçons en tous genres. A haut niveau, puisqu’il devient vite  directeur adjoint du département dirigé par Anatol Fejgin, que nous avons vu précédemment à l’œuvre.

 

Il aura à son actif l’arrestation de centaines de résistants polonais de l’Armia Krajowa, dont ses dirigeants, ainsi que la falsification du « référendum » de 1946. Il y gagnera le surnom expressif de « boucher », rendant ainsi hommage à la qualité de ses prestations.

Tous ces efforts connaîtront une juste récompense : il est promu colonel et se retrouve en 1951 parmi les hauts gradés du 10e département du MBP. Département sensible puisque chargé de la surveillance des membres du Parti eux-mêmes. A ce titre, il recevra directement ses ordres du premier secrétaire polonais, Boleslaw Bierut, et procédera à l’arrestation de personnages notables comme Gomulka ou le cardinal Wyszynski. Il aura par ailleurs accès à des documents ultrasecrets, dont il fera ultérieurement l’usage que nous verrons.

 

Car tout change en 1953. Staline meurt en mars et avec lui une page se tourne, assez délicate à négocier pour certains de ses adorateurs d’hier, trop empressés à lui plaire. En novembre, voilà notre Izaak Fleischfarb, alias Józef Światło, envoyé par Bierut à Berlin est, avec son chef direct Fejgin, pour y rencontrer le chef de la Stasi, Erich Mielke. Il s’agit de discuter l’élimination d’une certaine Wanda Bronska. La routine, quoi. Sauf que depuis la mort du dictateur en chef et l’arrestation de Béria en juin de la même année, ça sent le roussi. Swiatlo se méfie : et si cette mission était un piège ? Il rencontre cependant Mielke comme prévu, avec son chef, mais dès le lendemain, 5 décembre 1953, fait défection et se rend, dans tous les sens du terme, à la mission militaire américaine à Berlin ouest, abandonnant femme et enfants (deux) en Pologne.

 

Les Américains accueilleront avec satisfaction ce sympathique personnage qui se mettra à table sans tarder. A Noël il sera à Washington, en train de déballer les secrets jusque-là bien gardés de ses ex petits camarades. Il y en aura pour une cinquantaine de copieux rapports. En échange, il reçoit l’asile politique et une protection pour sa précieuse personne.

 

Tout le monde passera avec tact et discrétion sur ses propres crimes (après tout, faute avouée …) pour s’appesantir avec l’horreur convenue sur ceux de ses ex collègues. Le passé étant définitivement aboli maintenant qu’il travaillait « honorablement » pour la CIA et Radio Free Europe. Comme prévu, ses révélations contribueront considérablement à déstabiliser les autorités communistes polonaises.

 

Swiatlo est mort aux Etats-Unis en septembre 1994. L’histoire ne dit pas à quelle date sont morts son ancienne femme polonaise et ses enfants, reliquats embarrassants d’une vie antérieure heureusement rachetée par le passage à l’Axe du Bien. A ce jour, les archives le concernant sont toujours sous embargo aux USA et inaccessibles aux chercheurs.