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02/05/2012

UNE TRADITION FAMILIALE

Marine Le Pen a donc déclaré hier sans surprise qu’elle voterait blanc au second tour, comptant bien entraîner à sa suite le plus possible de ses électeurs. Autant de voix que n’aura pas Sarkozy et la « droite ». Et donc, logiquement, autant pour Hollande et la gauche. Je ne mets pas de guillemets à gauche car elle au moins, a le (seul) mérite d’être vraie. Tandis que la « droite » …

 

Toujours est-il que cette position s’inscrit parfaitement dans la ligne traditionnelle du FN qui s’est toujours efforcé de favoriser la gauche. Il faut reconnaître qu’il avait à cela un certain nombre de raisons. Cette hostilité maladive de Le Pen envers la « droite » et son chef de file Chirac, avait été contestée par Bruno Mégret vers la fin des années 1990 et ce fut justement l’une des causes du clash.

 

Pour mémoire, avant d’aborder les présidentielles plus récentes, je rappellerai que dès 1965, l’extrême-droite appelait à voter Mitterrand au second tour. Tixier-Vignancour était alors candidat, Jean-Marie Le Pen était son directeur de campagne et comme Mitterrand, ils étaient farouchement antigaullistes.

 

Voyons à présent les élections qui virent JMLP participer, sauf en 1981 :

 

1974 : le FN a tout juste deux ans d’existence, ce n’est qu’un groupuscule. Voulant pourtant exister sur la scène politique, Le Pen se présente pour la première fois à cette présidentielle anticipée. Il ne fallait que 100 signatures à l’époque, qui lui seront facilitées par Jacques Dominati. L’objectif, en aidant à sa participation, était de récupérer le vote pied-noir pour Giscard, au détriment du gaulliste Chaban-Delmas.

Au 1er tour, Le Pen, illustre inconnu, obtiendra … 0,75% des voix. Il appellera à voter Giscard au second tour. Ce sera bien la seule fois.

 

1981 : cette fois, la barre est passée à 500 signatures (merci Giscard) que Le Pen n’obtient pas. Son mouvement, qui n’a pas encore opéré sa percée de 1983 (merci Mitterrand), est quasi inconnu. Au second tour sont présents Mitterrand et Chirac. Le Pen appelle à voter blanc ou à s’abstenir.

 

1988 : cette fois, le FN est en pleine ascension, grâce à la gauche qui s’en sert plein tube pour rester au pouvoir en divisant la droite (le miraculeux étant que ça marche toujours aussi bien). Le Pen a même un groupe de 35 députés à l’Assemblée. Et cette fois, il a eu sans problème ses signatures.

Tout grisé, il est persuadé d’arriver au second tour et de pouvoir battre Mitterrand. Dès mai 1987, il annonçait publiquement espérer un score d’au moins 20%. Il tombe donc de haut au soir du 24 avril 1988 : 14,38% des voix, il n’est que 4e derrière Mitterrand, Chirac et Barre.

C’est ce Chirac exécré qui est 2e. Au second tour, JMLP refusera de choisir « entre le pire et le mal ». Mitterrand sera réélu.

 

1995 : nouvelle déception. Le Pen arrive une nouvelle fois 4e avec 15% des voix, derrière Chirac, Jospin et Balladur. Au second tour, il déclare que « Chirac, c’est Jospin en pire », consigne à peine déguisée pour le vote « révolutionnaire ». Attitude qui creusera l’incompréhension au sein du FN, Mégret, le n°2 se tenant sur une ligne opposée. Chirac est néanmoins élu.

 

2002 : l’histoire est connue. En raison de la multiplication des candidats de gauche, Jospin est exclu du second tour, avec 16,18%. Le Pen fait 16,86% et Chirac 19,88%. Bruno Mégret faisant, quant à lui 2,34%,  l’extrême-droite totalisait cette année-là 19,20% des voix. Ce qui relativise fortement la « poussée historique » de la semaine dernière. Mais le système a ses raisons que la logique mathématique ignore …

Pour une fois, Le Pen n’aura pas de consigne à donner pour le second tour, où il termine à 17,79%. En clair, il n’aura récupéré qu’une grosse moitié des électeurs de Mégret. Et pas l’ensemble de l’ « extrême-droite ».

 

2007 : le fringant Sarkozy et ses promesses mirobolantes étant passées par là, Le Pen (à près de 80 balais) termine, on le sait, à 10,44%, encore en 4e position derrière Sarkozy, Royal et Bayrou. Au second tour, il appelle à voter blanc ou à s’abstenir.

 

Au FN, comme souvent ailleurs du reste, tout change et tout est toujours pareil.