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28/02/2012

LES PROGRESSISTES (suite)

 

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J’ai eu la curiosité d’aller hier sur le site des « progressistes », à savoir le « pôle de renaissance communiste en France », ou encore « initiative communiste », et j’y ai découvert une info qui m’a étonnée.

 

Sur le site, les « progressistes » s’étouffaient d’indignation à propos d’une initiative du Parlement européen visant à instaurer une journée de commémoration des crimes communistes. C’est vrai, ça. Des crimes ? Quels crimes ? Et ils proposaient une pétition pour combattre une idée aussi révoltante qu’incongrue.

 

Bon, ce n’est pas un scoop que je vous révèle là, toute cette affaire remonte à 2008. Le curieux, c’est que je n’en avais jamais entendu parler. J’ai pourtant entendu parler de bien d’autres journées de commémoration, de celles qu’il est impossible de rater car elles sont annoncées à coup de shofar matin, midi et soir. Mais de celle-là, jamais.

 

Comme vous êtes peut-être dans le même cas que moi, cela méritait d’aller y voir de plus près.

En effet, le 23 septembre 2008, le Parlement européen, dans un élan de courage tout à fait inédit, adoptait une Déclaration proclamant le 23 août,  journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme, « afin de conserver la mémoire des victimes des exterminations et déportations de masse, tout en enracinant plus solidement la démocratie et en renforçant la paix et la stabilité sur notre continent ».

Victimes du stalinisme et du nazisme, naturellement. Oui, parce qu’évidemment, le Parlement européen n’est pas allé jusqu’au bout de sa démarche. Pour contrebalancer une audace aussi flagrante, il fallait obligatoirement y associer les infâmes de service.

Et puis aussi, évoquer uniquement les victimes du stalinisme permettait d’évacuer discrètement sous le tapis tous les crimes qui avaient précédé l’arrivée au pouvoir du petit père des peuples. Crimes qui n’étaient pas le fait de Staline, mais de certains révolutionnaires que nous connaissons bien.

Parapluie supplémentaire : pour se garder de toute polémique, les eurodéputés avaient pris grand soin de rappeler le caractère unique de l'Holocauste. Car il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes.

Mais enfin, ne chipotons pas, un certain début d’idée y était quand même.

 

Pourquoi le 23 août ? Parce que c’était la date anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop, conclu le 23 août 1939 entre l'Union soviétique et l'Allemagne.

 

Manque de bol, le 23 août est également la date retenue par l’UNESCO pour commémorer le souvenir de la traite négrière et de son abolition. Fatal télescopage de repentances et commémorations.

 

J’ignore si c’est en raison de ce carambolage de date, ou pour toute  autre mystérieuse raison, toujours est-il que je n’ai jamais entendu parler en France de cérémonies de commémoration dédiées aux victimes du communisme. Disparue, passée à la trappe, la décision européenne.

 

Les communistes français de tout poil et obédience ont hurlé comme un seul homme à la falsification de l’histoire et à la chasse aux sorcières. Ils avaient raison de gueuler, plus c’est gros mieux ça passe. Et dans ce domaine, ils en connaissent un rayon. Même Mélenchon, eurodéputé grassement rétribué comme ses petits copains, y était allé de son couplet scandalisé.

 

Le texte de la pétition est un petit bijou dans son genre, mêlant réécriture de l’histoire, amalgames, outrances et omissions en tous genres. Petits extraits choisis :

 

« L’hypocrisie de l’association [communistes/nazis] est une insulte aux communistes qui ont toujours été les résistants les plus déterminés au fascisme, avant, pendant et après l’occupation.

 

L’anticommunisme fut le cheval de Troie de l’hitlérisme, les falsificateurs, par des campagnes médiatiques déchaînées et répétées voudraient reporter les crimes d’extermination massive commis par les nazis sur le compte de ceux qui les combattaient. Nous sommes en présence d’une scandaleuse falsification historique.

 

Les auteurs du texte voté, le 23 septembre 2008, par le parlement européen, se moquent bien de l’histoire, ils veulent seulement amplifier leur campagne anticommuniste en utilisant le prétexte du Pacte de non-agression germano-soviétique, du 23 août 1939. Ils pratiquent ainsi un odieux amalgame entre le 3ème Reich et l’URSS.

 

Les eurodéputés français qui ont signé et voté le texte immonde du parlement européen et ceux qui pourraient le soumettre au parlement français rejoignent la légion anticommuniste de Daladier, Raynaud, Sérol qui porta le félon Pétain au pouvoir lors du coup d’Etat, du 10 juillet 1940, à Vichy.

 

À la vérité ces eurodéputés voudraient que le parlement français obtempère à leur scandaleuse démarche, mais rien  ne l’y oblige en l’état.

Députés et Sénateurs du Parlement français, nous vous interpellons solennellement. Vous êtes élus pour représenter la souveraineté du peuple. Si elle venait en débat, rejetez cette proposition infâme d’ « une journée du 23 août », insultante pour la France.

 

Travailleurs, démocrates, républicains et patriotes, signez et faites signer notre appel au parlement. Constituez partout des coordinations locale et/ou départementale de la flamme de la Résistance pour défendre la mémoire de nos héros et des martyrs. »

 

 

J’ai assez l’impression que ces grands démocrates ont su se faire entendre à haut niveau. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, l’influence et l’idéologie communistes restent hélas massives en France.

 

Idéologie et influence financées de surcroît par le contribuable : vous serez étonnés d’apprendre que le parti communiste est le 3e parti le plus riche du pays après le PS et l’UMP. Son dernier financement public s’est monté à la bagatelle de 32 004 975 €.

 

Oui, plus de 32 millions versés par le contribuable pour entretenir cette idéologie perverse.* Aujourd’hui. En France. Avant de nous occuper de porter la guerre à l’étranger, nous ferions bien mieux de nettoyer nos propres écuries d’Augias.

 

 

 

* Sans parler de tous les petits copains qui touchent aussi (voir http://www.observatoiredessubventions.com/)

 

Source : http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/?p=2441  

 

25/03/2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – 9

Revenons à notre série sur les promoteurs du communisme. Changeons de continent et rendons-nous dans la vaste Chine. Les personnages que nous allons évoquer ne sont pas à proprement parler des promoteurs, mais plutôt des propagandistes zélés du régime communiste chinois. En réalité, ils en firent quand même la promotion dans les milieux occidentaux, c’était même leur tâche principale. Ils sont abondamment dépeints un peu partout comme des « idéalistes », ce qui permet de passer rapidement sur les horreurs sans nom perpétrées par les maoïstes. Horreurs excusables puisque commises en vue d’un intérêt supérieur inaccessible à l’entendement des incultes. Jamais ces personnages ne firent repentance pour leur allégeance aveugle à un régime sanglant et totalitaire. Et d’ailleurs, nul n’eut jamais l’idée saugrenue de la leur demander.

En fait, il y eut bien au moins deux promoteurs juifs du communisme en Chine, qui exercèrent leurs talents avant ceux qui seront présentés ici. J’en parle dans Révolutionnaires juifs et je ne vais pas détailler à nouveau leurs actions. Il s’agit de Mikhail Borodine, qui « travailla » en Chine dès 1923. Les bolcheviks, alors assez isolés diplomatiquement, lorgnaient sur l’énorme potentiel que représentait une Chine en pleine déliquescence. Borodine réorganisa le parti Kuomintang (KMT) dont un certain Mao Tsé Toung dirigeait le secteur propagande. L’autre promoteur s’appelle Manfred Stern. Il arriva en Chine en 1932, comme conseiller militaire du Komintern auprès de Mao qui venait d’établir sa république soviétique chinoise du Jiangxi. Il s’agissait d’éliminer les opposants, accusés d’ « opportunisme » (!!!) ou de « koulakisme ». 20% de la population de la république, soit 700 000 personnes, furent supprimées durant les trois années de la république, qui correspondent au séjour de Stern, qui repartit ensuite exercer ses nombreux talents … en Espagne, en 1935.

Revenons à nos propagandistes, dont voici le premier :

ISRAËL EPSTEIN - 9

Il naît en 1915 en Pologne dans une famille juive d’activistes socialistes. Il dira du reste bien plus tard, en 2003 : « The earliest influence on me came from my socialist parents ». Son père avait connu la prison tsariste pour avoir mené des grèves et sa mère avait été exilée en Sibérie. Au début de la première guerre mondiale, son père est envoyé au Japon pour y travailler. Sa famille l’y rejoint, mais ils n’y resteront finalement pas. Tous gagnent la Chine en 1917 et s’installent à Tientsin, grande ville du nord, en 1920.

A l’âge de 15 ans, il débute dans le journalisme politique pour un journal chinois de langue anglaise, couvrant notamment l’invasion japonaise de la Chine. Il sera correspondant de divers médias occidentaux avant de partir s’installer temporairement aux USA en 1945. Dès avant cette date, il avait pris des contacts avec les milieux communistes qui avaient toute sa sympathie. Il avait notamment rencontré Mao, Chou En Lai et autres révolutionnaires, en 1944. Il dira plus tard que ces conversations avec Mao avaient « changé sa vie ». Il sera dès lors un admirateur inconditionnel du dictateur rouge dont il conservait un portrait dans sa chambre à coucher.

 

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En 1951, à la demande des officiels communistes, il rentre en Chine pour participer à la création et pour diriger un magazine à la gloire du régime, China Reconstructs, rebaptisé par la suite China Today. L’objectif est d’assurer la promotion du régime et de présenter au reste du monde une vitrine acceptable.

Il occupera cette fonction jusqu’à l’âge de sa retraite, en 1985. C’est durant cette période qu’il devient citoyen chinois en 1957 et officiellement membre du parti communiste du pays en 1964. Un honneur rarement accordé à un étranger d’origine.

C’est également durant cette période qu’il va effectuer ses fameux voyages au Tibet, en 1955, 1965 et 1976. A la suite desquels il publiera en 1983 un livre fortement controversé, Tibet Transformed.

Entretemps, de 1968 à 1973, un épisode très fâcheux était intervenu. En pleine révolution dite culturelle, il avait été accusé de complot contre Chou En Lai et emprisonné. Mais les choses s’étaient tassées, il avait été relâché – cinq ans après, quand même - avec les excuses de Chou et ses privilèges lui avaient été restitués. Nul doute que son utilité pour le régime, en raison de ses contacts avec l’occident, n’aient donné à réfléchir en haut lieu.

Revenons au Tibet. Il s’y rend donc à nouveau en 1976, après son élargissement. Le Tibet se trouvait depuis les années 1950 sous la poigne de fer de Pékin et il fallait adoucir l’image pour l’étranger. D’où le bouquin d’Epstein. Pour être « transformé », il l’était, le Tibet. De fond en comble, même. L’objectif du livre était de montrer que si Pékin avait envoyé ses troupes, c’était pour le bien du peuple tibétain, un bien que les dirigeants communistes connaissaient bien mieux que ces semi-sauvages inexplicablement attachés à leurs lamas. Le livre fut dénoncé par les opposants aux communistes comme un grossier tissu de mensonges.

Le livre parut en 1983, et il reçut sa récompense la même année : il fut admis comme membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, un corps consultatif.

Peu rancunier, malgré son emprisonnement de cinq années, il demeura indéfectiblement attaché aux « idéaux » communistes jusqu’à sa mort, survenue en 2005 à Pékin. Ce qui nous fait quand même 90 ans de soutien indéfectible.

Il avait reçu de nombreux honneurs durant sa longue vie, de la part des dirigeants successifs, le président Hu Jintao se déplaçant même pour l’aider à souffler ses 90 bougies (photo). Il en reçut encore dans la mort puisque ses funérailles eurent lieu au cimetière Babaoshan des Révolutionnaires à Pékin, le 3 juin 2005, en présence du président chinois, du premier ministre et de tout le gratin chinois reconnaissant.

Juste avant son décès, il avait publié, en 2005, My China Eye: Memoirs of a Jew and a Journalist. 

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15/03/2011

NETTOYONS LES ECURIES D’AUGIAS – 3

Hier, en évoquant Anatol Fejgin, nous avons été amenés à parler de son supérieur hiérarchique, Jakub Berman. Ce dernier figure dans mon livre Révolutionnaires juifs. Pour compléter votre information, je vais reproduire ci-dessous ce que j’en disais alors, quoique le but de l’actuelle série soit essentiellement de présenter des inédits, non évoqués jusqu’à présent:

 

JAKUB BERMAN - 3

jakub berman,pologne,après-guerre,communisme,juifs,anne kling,france licratiséeCe futur ferme soutien de Staline en Pologne naît en 1901 dans une famille juive de Varsovie. Il fait des études de droit et obtient son diplôme en 1925. Il sera ensuite l’assistant du professeur marxiste Ludwik Krzywicki, mais ne finira jamais sa thèse car les impératifs de la révolution commandent.

Il rejoint d’abord les jeunesses communistes, puis le parti communiste polonais en 1928.

 

Sa biographie reste assez floue pendant la dizaine d’années qui suit. Toujours est-il qu’en septembre 1939, les armées allemande et soviétique envahissent de concert la Pologne. Berman se réfugie à l’est du pays, dans la partie occupée par l’URSS. Là, il travaille comme rédacteur d’une revue communiste.

 

En 1941, changement de décor : il se rend à Moscou et devient instructeur du Komintern dans la ville d’Ufa, dans l’Oural. Et c’est la rencontre de sa vie : en décembre 1943, il a l’occasion de s’entretenir avec Staline au Kremlin. Il gagne sa confiance et devient dès cet instant un membre important du nouveau parti communiste polonais, qui va se créer sous l’appellation de parti des travailleurs polonais.

 

Il faut dire que l’ancien parti communiste polonais, accusé de trotkisme, péché capital, avait essuyé l’ire de Staline qui avait fait assassiner en 1937 la plupart de ses dirigeants lors des grandes purges. En 1938, le parti avait finalement été dissout par le Komintern. Il fallait donc reconstruire avec des hommes sûrs. D’où les promotions ultrarapides. Et d’où sans doute le voyage à Moscou et la rencontre avec Staline.

 

Berman va donc retourner en Pologne en 1944 en tant que membre du Politburo du nouveau parti des travailleurs polonais. Les staliniens sont désormais au pouvoir dans ce pays et il formera un triumvirat avec deux acolytes, Boleslaw Bierut et Hilary Minc.

 

Il est chargé de la sécurité intérieure, de la propagande et de l’idéologie. C’est là qu’il va donner toute sa mesure.

 

Considéré comme la « main droite » de Staline de 1944 à 1953, il aura désormais la haute main sur toutes les basses œuvres du régime en Pologne : répression sauvage de tous les opposants réels ou imaginaires, purges au sein du clergé, de l’armée, de la fonction publique, etc. Des dizaines de milliers de Polonais seront victimes de la chape de plomb stalinienne.

 

Hélas, la date de 1953, qui marque la mort du dictateur, marque également celle de la déstalinisation, qui ne débutera réellement en Pologne qu’à la mort de Bierut, en 1956. Berman est dorénavant dans le collimateur. Il sera éjecté du Politburo et peu à peu, de toutes ses fonctions.

Mais c’est tout. Il continuera à travailler tranquillement dans une maison d’édition jusqu’à l’heure de sa retraite, en 1969.

 

Et il mourra toujours tranquillement en 1984.

 

jakub berman,pologne,après-guerre,communisme,juifs,anne kling,france licratiséeJakub Berman avait un petit frère, Adolf Berman, né en 1906, qui ne manque pas d’intérêt lui non plus. Pendant que son grand frère séduisait Staline et travaillait au sein du Komintern, lui, Adolf, s’occupait activement de l’organisation clandestine  Zegota, dont l’objectif était de tirer les Juifs des griffes des Allemands qui occupèrent la Pologne de 1942 à 1945. Membre de Poale Zion, mouvement marxiste sioniste né en Russie, il poursuivra ses efforts après la guerre pour faire pénétrer le plus possible de Juifs polonais en Palestine. Lui-même, face à la répression stalinienne orchestrée dans le pays par son frère, émigrera en Palestine en 1950.

Il aura encore l’occasion de témoigner au procès Eichmann en 1961 et le temps de devenir député communiste à la Knesset. Et d’écrire deux bouquins sur sa vie tumultueuse avant de mourir à Tel-Aviv en 1978.

 

06/03/2011

NETTOYONS LES ECURIES D’AUGIAS - 1

Notre sympathique commentateur judicieusement baptisé « le nettoyeur » m’a donné une idée : celle d’inaugurer une nouvelle série sur certains tortionnaires tragiquement tombés dans l’oubli au seul motif qu’ils étaient du bon côté de la barricade. C’est très injuste. Quand on veut faire profession d’accusateurs publics – là, je ne parle plus de notre ami le nettoyeur, mais de façon bien plus large – il est préférable d’être soi-même irréprochable. Nous allons donc aider à faire le ménage et à soulever délicatement les tapis où se cachent certains personnages intéressants quoique méconnus. Comme celui-ci, ou plutôt celle-ci :

 

JULIA BRYSTIGER  - 1

 

160px-Julia_Brystiger_%28UB%29.jpgCette  tendre représentante du sexe dit faible naît en Pologne en 1902 dans une famille juive nommée Prajs. Son père est pharmacien, originaire d’Ukraine occidentale (alors partie de la Pologne). Après des études d’histoire, qu’elle complètera notamment à Paris*, elle devient enseignante et épouse un activiste sioniste, Nathan Brystiger.

 

Mais c’est dans le domaine politique qu’elle s’illustrera. Elle rejoint le parti communiste dès 1927 et y grimpe vite les échelons.

 

C’est cependant à partir de la guerre qu’elle aura l’occasion de donner sa pleine mesure. Lors de l’attaque de la Pologne par l’Allemagne et l’URSS, elle se replie à Samarcande et prend la nationalité soviétique. Elle crée un Comité des prisonniers politiques qui aidera le NKVD à mettre la main sur les activistes polonais hostiles aux communistes. Elle y déploiera un tel zèle dénonciateur qu’elle finira même par indisposer certains de ses distingués collègues.

 

Anecdote situant le personnage : elle aura l’occasion de « superviser » l’interrogatoire d’un coreligionnaire, Josef Goldberg (plus tard Josef Rozanski) coupable d’avoir accepté pour sa fille mourant de faim deux kilos de riz et un sac de farine de l’ambassade du gouvernement polonais en exil. Plus tard, ce même Rozanski, peu rancunier, rejoindra lui aussi le NKVD, deviendra un ponte de la police secrète polonaise et travaillera de concert avec la même Brystiger qui officiera alors au ministère de la sécurité publique.

 

En 1944, elle rejoint le parti des travailleurs polonais, nouvel habillage du parti communiste. A partir de là, elle va vraiment s’éclater. Elle dirigera le département 5 du ministère de la sécurité publique (MBP**). Sous ce vocable particulièrement inapproprié se cachait la police secrète communiste opérant en Pologne, les services d’espionnage et de contre-espionnage, etc. Bref, toutes les sales besognes de Staline en Pologne.

 

Elle y fera des étincelles, protégée qu’elle était par des amants influents, genre Jakub Berman et Hilary Minc, tous sympathiques patriotes polonais. Les instructions données par Brystiger à ses subordonnés étaient les suivantes :

"Dans son ensemble l'intelligentsia polonaise est contre le système communiste et il n'y a pratiquement aucune chance de la rééduquer. Il ne reste donc qu’à l’anéantir.
Par contre, il ne faut pas commettre la même erreur qu'en 1917 en Russie en détruisant l'économie nationale par l'extermination systématique de l'intelligentsia locale. Il faut créer un système de pression et de terreur qui permettra de faire suffisamment peur aux représentants de l'élite polonaise pour qu'ils n'osent pas participer à la vie politique nationale".

(In fact, the Polish intelligentsia as such is against the Communist system and basically, it is impossible to re-educate it. All that remains is to liquidate it. However, since we must not repeat the mistake of the Russians after the 1917 revolution, when all intelligentsia members were exterminated, and the country did not develop correctly afterwards, we have to create such a system of terror and pressure that the members of the intelligentsia would not dare to be politically active.

 

Elle était connue pour participer activement à des “interrogatoires”, qui n’avaient rien à envier aux méthodes de la gestapo. Certaines victimes survivantes pourront en témoigner par la suite : « C’était un monstre criminel pire que les gardiennes de camps allemandes » ou «  Elle était connue pour ses tortures sadiques, elle avait l’air obsédée  par ça, elle prenait son pied comme ça ».

("She is a murderous monster, worse than German female guards of the concentration camps” "She was famous for her sadistic tortures, she seemed to be obsessed about sadistic sex and she was fulfilling herself in that field").

Le département 5 dont elle était chargée s’occupait de la répression des religions. Brystiger, marxiste pure et dure, considérant la religion comme l’opium des peuples, y était à son affaire. Dans le cadre de ses fonctions, elle dirigera l’arrestation et la détention du primat de Pologne, le cardinal Wyszinski, suite aux ordres de Moscou.

En 1950, ce seront pas moins de 123 prêtres catholiques qui seront arrêtés. Pas sectaire, elle persécutera aussi les Témoins de Jéhovah.

Elle quittera le théâtre de ses exploits en 1956, époque de déstalinisation qui verra tous ces rouages zélés de la terreur stalinienne, devenus encombrants, passer discrètement à la trappe. Mais juste envoyés à la retraite, attention ! Rien de bien méchant. Et surtout pas accusés de faits  précis, qui finalement auraient été bien ennuyeux pour tout le monde.

Mme Brystiger, rendue à l’ennui de la vie civile, sans plus personne d’autre à persécuter que son mari, tentera de se reconvertir dans la littérature. Elle travaillera pour une maison d’édition et mourra tranquillement à Varsovie en 1975. Sans que jamais personne ne lui ait posé d’oiseuses questions sur ses activités de 1944 à 1956.

 

* Père pharmacien, études universitaires complétées à l’étranger, dans un contexte aussi sauvagement antisémite, ce n’est finalement pas trop mal …

**  de Wikipédia: "Most notable MBP personnel:

  • Jakub Berman
  • Julia Brystiger
  • Józef Czaplicki (real name Izydor Kurc)
  • Anatol Fejgin
  • Adam Humer (actual name Adam Umer)
  • Julian Konar (real name Jakub Kohn)
  • Grzegorz Korczyński
  • Mieczysław Mietkowski (real name Mojżesz Bobrowicki)
  • Salomon Morel, commander of Zgoda labour camp
  • Henryk Pałka
  • Julian Polan-Haraschin
  • Józef Różański (real name Józef Goldberg)
  • Roman Romkowski ( real name Natan Grunspan – Kikiel)
  • Stanisław Radkiewicz
  • Leon Rubinstein
  • Józef Światło (real name Izak Fleischfarb)
  • Helena Wolińska-Brus (real name Fajga Mindla Danielak)
  • Piotr Smietanski"

 

Sans commentaire.

08/02/2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – FABIO GROBART (6)

cuba,communisme,castrisme,fabio grobart,anne kling,france licratiséeFabio Grobart, de son véritable nom Abraham Simjovitch, naît à Bialystock, Pologne, en 1905 dans une famille juive. Dès 1922, il rejoint les jeunesses communistes polonaises. Son activisme lui vaudra de sérieux ennuis qui le conduiront à souhaiter changer d’air. Direction … Cuba*.Il n’y perdra pas son temps puisque dès 1925 – il a 20 ans – il fonde avec trois autres juifs ashkenazes : Goldberg, Vasserman et Garbich, sur ordre du Komintern, le parti communiste cubain.

Le spécialiste de l’histoire juive Moisés Asis nous le dit en ces termes : « By 1925, there were 8,000 Jews in Cuba (some 2,700 sephardic, 5,200 ashkenazic, and 100 Americans). Four ashkenazic Jews were in the small group that founded the first Communist Party of Cuba in 1925: Grimberg, Vasserman, Simjovich aka Grobart, and Gurbich. They opposed the religious and community life of the other Jews.”

A partir de ce moment-là, il sera l’ incontestable « idéologue » du parti et le mentor de Fidel Castro qu’il est censé avoir lui-même recruté en 1948. On lui attribue généreusement – car on ne prête qu’aux riches – un rôle majeur, quoique plutôt occulte, dans la révolution cubaine de 1959 et les événements qui la précédèrent. Les quelques décennies entre 1925 et 1959 furent officiellement occupées par lui à des activités syndicales et à des voyages en Europe de l’est, sous diverses identités et à des fins tout aussi diverses.

Bref, il fut l’éminence grise du pouvoir communiste cubain jusqu’à sa mort à Cuba, en 1994. A l’âge respectable de 89 ans, soit notablement plus que celui auquel parvinrent généralement les innombrables victimes de la terreur castriste. Le New York Times rapportera en ces termes des plus softs son décès, le 24 octobre 1994:

« Fabio Grobart, a founder of Cuba's Communist Party, has died, state news organizations reported. He was 89 years old. The report from the state news agency A.I.N. did not say when he died or the cause of death, but it said he was buried on Saturday. Mr.Grobart, who emigrated from Poland to Cuba when he was 19, was a founding member of the Cuban Communist Party in 1925. At one time he owned a tailor shop in Havana. In the years after the 1959 revolution that brought Fidel Castro to power, Mr. Grobart served on the party's Central Committee and as a member of Parliament.”

Pour compléter ce portrait sommaire, voyons cette présentation, parue dans Libération, du livre de Serge Raffy, Castro, l'infidèle, paru en 2003 (Fayard) :

« Le scanner est sans pitié. Ainsi en est-il de celui que Serge Raffy fait subir à Fidel Castro. Le résultat de l'examen est accablant. Il surprendra même ceux qui n'ont jamais participé au culte du caudillo des Caraïbes et qui se sont toujours méfiés des images d'Epinal «made in La Havane». Il en est une, en particulier, que pulvérise l'enquête du journaliste Raffy : celle du révolutionnaire romantique, poussé presque malgré lui vers le communisme, après sa prise du pouvoir en 1959, par l'intransigeance absolue des Etats-Unis. Une vraie imposture. Non seulement parce que Castro a très vite accordé fort peu d'importance à la vie des autres mais surtout parce que, depuis 1952, sinon 1948, l'agitateur étudiant Castro, peu regardant sur ses alliances conjoncturelles mais qui ne manque jamais une occasion de proclamer son anticommunisme, émarge au réseau «Caraïbes» mis en place par les services secrets soviétiques.

Il a été recruté par la «tête» du réseau, Abraham Semjovitch, un juif polonais connu à Cuba sous le nom de Fabio Grobart. Sa mission : brûler les étapes classiques de la prise du pouvoir en suscitant des mouvements révolutionnaires en marge des partis communistes traditionnels (trop surveillés et pas assez audacieux), capables de s'imposer par la force et par la ruse. Ce sera le rôle du M26, le Mouvement du 26 juillet, ainsi nommé en souvenir de la calamiteuse attaque de la Moncada, en 1953, devenue par la grâce de la propagande castriste un haut fait militaire.

La chronologie de l'année 1959, qui débute par la fuite de Batista et l'entrée des «barbudos» de la Sierra Maestra dans La Havane, ne dément pas, loin de là, ce qui précède : après avoir nommé un gouvernement «démocratique» où sont représentées toutes les sensibilités de l'opposition à Batista, Fidel Castro dissout dès le mois de février l'Assemblée nationale, se proclame Premier ministre ; et trois mois plus tard, il impose la collectivisation des terres sous le contrôle de l'armée. De quoi satisfaire Fabio Grobart et un certain Nikolaï Leonov, un autre agent du KGB, très lié au frère omniprésent de Fidel, Raoul, dépêché à Prague dès 1953 aux fins de formation à la clandestinité. Cette accélération de la révolution en direction d'un soviétisme tropical, le rôle accru des communistes cubains dans des instances paragouvernementales quasi clandestines et l'autoritarisme croissant dont fait preuve Castro lui-même, ne sont pas du goût de certains de ses compagnons de la première heure.

Le plus prestigieux d'entre eux, affirme Serge Raffy, détails et témoignages à la clé, sera éliminé sur ordre de Fidel et de Raoul, ce dernier définitivement spécialisé dans les basses besognes. Il s'agit de Camilo Cienfuegos, chef de l'Armée rebelle ; cette figure légendaire de la révolution, presque aussi populaire que Castro mais tellement plus «cubain» donc spontané, va périr le 28 octobre 1959 dans le mitraillage de son avion par un pilote qui croyait «descendre» un appareil ennemi. Un autre héros emblématique de la «longue marche» castriste, Huber Matos, sera, lui, condamné à vingt ans de prison en décembre 1959 à la suite d'un procès dont Staline n'aurait pas désavoué la mise en scène. La même scène se rejouera trente ans plus tard lorsqu'il s'agira de faire fusiller un autre «héros de la révolution» qui s'était ensuite illustré dans les combats d'Angola, où Castro avait engagé son peuple en tant que supplétif de l'Union soviétique, le général Ochoa. »

 

* Les premiers juifs y arrivèrent à l’époque de Christophe Colomb, fuyant l’inquisition. D’autres arrivèrent au 19e siècle en provenance d’Europe de l’est. Puis d’autres encore à partir de 1910, de Turquie cette fois. A la seconde guerre mondiale arrivèrent d’autres juifs, qui furent bien accueillis, dont des diamantaires d’Anvers (c’est vrai qu’ils sont toujours bien accueillis, ceux-là). Hélas, ils repartiront en 1946.

En 1945, il y avait 15 000 juifs à La Havane, essentiellement des commerçants. Au début des années 60, soit à la révolution – ils voulaient bien la faire mais pas la subir – 90% d’entre eux repartiront aux USA et en Israël. Sans rancune …

 

 

http://webcache.googleusercontent.com/search?hl=fr&q=...

 

04/02/2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME - CHARLES RUTHENBERG – MAX SHACHTMAN (5)

Les mouvements anarchistes et socialistes qui ont préparé la voie au communisme proprement dit n’ont jamais eu beaucoup d’audience aux Etats-Unis. Il n’empêche qu’ils ont tenté leur chance avec conviction et ont même bénéficié de bien des sympathies dans la « communauté ». N’oublions pas de citer les très célèbres Alexander Berkman et Emma Goldman, une pétroleuse de la plus belle eau, qui dirigèrent de concert le mouvement anarchiste américain jusque dans les années 1930-40.

Et n’oublions pas davantage que les financiers de Wall Street et d’ailleurs - comme Jacob Schiff ou Olaf Aschberg - financèrent largement la révolution bolchevique. Trotski vint à New York au début de l’année 1917 faire la tournée de ses généreux mécènes et ne repartit pas les mains vides.

Mais finalement, si les financiers voulaient bien profiter d’un nouveau et immense marché, une fois le tsar déboulonné et les petits copains installés à sa place, ils ne tenaient pas tant que ça à voir le paradis rouge s’installer à domicile. Ils préféraient de loin voir leurs amis exercer leurs talents dans le vieux monde.

Le parti communiste américain (Communist Party of the United States of America, CPUSA).fut créé en septembre 1919  à Chicago par des militants du parti socialiste. La Troisième internationale venait de se créer et Lénine battait le rappel des partis frères.

 

Nous allons laisser de côté les nombreuses péripéties qui émaillèrent cette naissance pour nous intéresser au premier chef à celui qui est considéré comme le créateur du CPUSA et qui fut son premier secrétaire général: Charles Ruthenberg, qui naît en 1882 dans une famille juive d’origine allemande. Il entre au parti socialiste américain en 1909 où il ne tarde pas à prendre des responsabilités et où il se signale par sa radicalité.

usa,communisme,juifs,activisme,ruthenberg,shachtman,anne kling,france licratiséeLa rupture avec les socialistes et la décision de sauter le pas vont intervenir en septembre 1919 à la suite de nombreux conflits et échauffourées diverses dans le milieu ouvrier. Le parti communiste est créé dans la foulée.

Dès le départ, il sera secrètement financé par l’URSS. Wikipédia nous dit que « La documentation des anciens États soviétiques, ouverte depuis 1991, confirme le rôle de l'argent soviétique dans les activités internes et externes du CPUSA. Les fonds servirent au traitement d'organisateurs salariés, à la publication de journaux imprimés et d'autres activités de propagande, et servit à influer sur des syndicats, des fraternités étudiantes et des associations éducatives. Parfois, ces fonds étaient donnés avec un blanc-seing, mais souvent, le Kominterm imposait qu'ils fussent employés à l'un ou l'autre usage. Bien que le CPUSA ait décliné en influence et en activité dès les années 1950, les documents récemment déclassifiés révèlent la présence de transferts soviétiques jusqu'en 1987. »

Ruthenberg dirigea les premières années du parti et mourut prématurément en 1927 à Chicago d’un problème d’appendicite. Ses cendres furent placées dans le mur du Kremlin, un honneur réservé aux meilleurs.

usa,communisme,juifs,activisme,ruthenberg,shachtman,anne kling,france licratiséeMax Shachtman incarne quant à lui la génération suivante. Il naît en 1904 en Pologne dans une famille juive qui émigre aux Etats-Unis dès 1905. Il s’intéresse très tôt au marxisme et adhère à l’une des branches du communisme dès 1921. Dans un premier temps il s’occupe des jeunesses communistes. Il devient également journaliste.

En 1928, quoique membre du comité central, il est expulsé du parti communiste, avec d’autres, en raison de leurs sympathies affichées pour Trotski, la bête noire de Staline. Il crée alors la Ligue communiste d’Amérique (Communist League of America - CLA).

 

Les contacts vont dès lors se multiplier avec les trotskistes d’autres pays. Et les disputes également. Des fractions se créent, des tensions se creusent, des egos s’affrontent.

Les Etats-Unis vont être, comme bien d’autres pays, le théâtre des luttes plus ou moins souterraines entre staliniens et trotskistes, qu’il serait parfaitement fastidieux de détailler ici. Shachtman sera le principal représentant des trotskistes américains jusqu’à une brouille avec le grand homme (grand assassin, plutôt) en 1938, deux ans avant son exécution à Mexico par le truchement d’un funeste coup de piolet.

 

Shachtman a encore une longue carrière d’activiste de gauche devant lui, quoique virant vers la fin du côté de la social-démocratie. Il meurt en 1972.

25/01/2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – LEON SULTAN, EDMOND AMRAN EL MALEH ET ABRAHAM SARFATI (3)

Poursuivons notre petit voyage aux origines du communisme dans divers pays et puisque nous étions sur le continent africain (Egypte, Tunisie), restons-y. Cette fois, ce sera au tour du Maroc. Le parti communiste y est officiellement créé en 1943 par un juif, Léon Sultan, qui, trouvant la mort en 1945, n’aura pas le temps de laisser son empreinte. On peut juste trouver, le concernant :

 

« Léon Sultan (?-1945). D’origine algérienne, installé au Maroc. Avocat, dirigeant communautaire, et militant sioniste et communiste, il collabora au journal du Parti. Défenseur des nationalistes marocains, il participa à la résistance contre le régime de Vichy. Premier secrétaire général du Parti communiste marocain, il aligna ses positions sur celles du Parti communiste français. Engagé volontaire en Europe, il fut gravement blessé et mourut à Casablanca. Après sa disparition, le Parti communiste, sous la direction de Ali Yata, prendra la tête de la lutte pour l’Indépendance. »

 

Outre Ali Yata, deux autres personnages vont marquer le communisme marocain, Edmond Amran El Maleh et Abraham Sarfati. Je vais me borner à reproduire l’article qui parut à leur décès car, chose curieuse, tous deux meurent à la fin de 2010, chacun à un âge bien avancé. Ces gens, pour ne parler que d’eux, n’ont jamais renié leur adhésion à une idéologie sanglante qui mit des peuples entiers à genoux et fit des dizaines de millions de victimes. On ne leur en a pourtant jamais fait grief et jamais on ne leur a demandé de repentance. Pourquoi?

 

22.jpg« Hommage à Edmond Amran El Maleh, et Abraham Sarfati, l’honneur du judaïsme marocain

 

Deux personnalités éminentes du combat propalestinien, qui représentaient l’honneur du judaïsme marocain, l’écrivain Edmond Amran El Maleh, et l’ingénieur Abraham Sarfati viennent de décéder en mois d’une semaine, à trois jours d’intervalle, endeuillant le Maroc, le judaïsme marocain et le combat palestinien.

Edmond Amran El Maleh, militant de la première heure de la cause de l’Indépendance du Maroc, est décédé lundi 15 novembre à l’hôpital militaire Mohammed V de Rabat à l’âge de 93 ans. Né en 1917 à Safi (Maroc), au sein d’une famille juive originaire d’Essaouira, Edmond Amran El Maleh a longtemps été le responsable du Parti Communiste Marocain, du temps de la clandestinité, à l’époque du combat pour l’indépendance du Royaume du protectorat français.

A l’indépendance du Maroc, il cessera toute activité politique, quittant le Maroc en 1965 pour s’exiler, volontairement, en France, l’année où s’impose la dictature d’Hassan II. A Paris où il demeurera pendant près de trente ans, Edmond Amran El Maleh, enseignera la philosophie, parallèlement à des activités journalistiques.

À partir de 1980, à 63 ans, il se met à écrire une série de romans et un recueil de nouvelles. Ses écrits sont tous imprégnés d’une mémoire juive et arabe qui célèbre la symbiose culturelle d’un Maroc arabe, berbère et juif.

Il a reçu, en 1996, le Grand Prix du Maroc pour l’ensemble de son œuvre. «Écrivant en français, je savais que je n’écrivais pas en français. Il y avait cette singulière greffe d’une langue sur l’autre, ma langue maternelle l’arabe, ce feu intérieur», soutiendra Edmond Amran El Maleh dans la revue « Le Magazine littéraire » en mars 1999.

Juif marocain, défenseur résolu de la cause palestinienne, à l’instar du mathématicien Sion Assidon et de l’ingénieur Abraham Sarfati, qui connaîtront la prison, Edmond Amran El Maleh appartient à cette catégorie de personnes qui font honneur au judaïsme marocain en ce qu’ils n’ont jamais renié leurs convictions, en dépit des contraintes et des tentatives de séduction.

Sa notoriété intellectuelle, grande, ne lui vaudra toutefois pas les feux de la rampe, en raison précisément de ses positions pro palestiniennes. Un hommage sera rendu mardi à ce grand intellectuel et homme de gauche au cimetière juif de Rabat, avant d’être inhumé le même jour, selon ses voeux, à Essaouira (sud-ouest).

sarafti.jpgAbraham Sarfati, le plus célèbre des opposants marocains au régime du roi Hassan II, est décédé, lui, le 18 novembre 2010, dans une clinique de Marrakech.

Né à Casablanca, au Maroc, en 1926, dans une famille juive de la petite bourgeoisie de Tanger, il sort diplômé de l’École Nationale Supérieure des Mines de Paris, en 1949.

Son parcours militant commence très tôt. Il adhère en février 1944 aux Jeunesses communistes marocaines, puis rejoint à son arrivée en France en 1945 le Parti communiste français. À son retour au Maroc en 1949, il adhère au Parti communiste marocain. Son combat anticolonialiste lui vaut d’être arrêté et emprisonné par les autorités françaises en 1950, puis assigné à résidence en France jusqu’en 1956.

Il exerce des responsabilités importantes au lendemain de l’indépendance du Maroc. En tant que chargé de mission auprès du ministre de l’Économie (1957-1960), il est l’un des promoteurs de la nouvelle politique minière de Maroc indépendant. De 1960 à 1968, il est directeur de la Recherche-développement à l’Office chérifien des phosphates. Abraham Sarfaty est révoqué de son poste pour s’être montré solidaire d’une grève de mineurs. De 1968 à 1972, il enseigne à l’École d’ingénieurs de Mohammedia. Parallèlement, il anime la revue Souffles dirigée par Abdelatif Laâbi.

Il payera un lourd tribu à son combat pour la démocratie au Maroc: 15 mois de clandestinité, 17 ans de prison et 8 ans de bannissement.

Juif anti-sioniste, Abraham Sarfati reconnaît l’État d’Israël, mais exige l’abolition de la loi dite «du retour» et milite pour la création d’un État palestinien. En 1967, il ne se reconnaît plus dans le nationalisme israélien et s’indigne du sort fait aux Palestiniens.

En 1970, il rompt avec un Parti communiste trop doctrinaire à ses yeux et s’engage plus à gauche en participant à la fondation de l’organisation d’extrême gauche Ila Al Amam (En avant), en 1970. En janvier 1972, il est arrêté une première fois et sauvagement torturé. Des manifestations étudiantes en sa faveur pousse les autorités à le relâcher. À nouveau menacé, il entre en clandestinité en mars 1972. Une enseignante française, Christine Daure, l’aide à se cacher.

En 1974, il est arrêté après plusieurs mois de clandestinité. En octobre 1977, lors du grand procès de Casablanca, il est l’un des cinq condamnés à perpétuité. Il est accusé officiellement de « complot contre la sûreté de l’État », mais la lourdeur de la peine provient de son parti pris contre l’annexion du Sahara occidental, même si ce reproche ne figure pas dans l’acte d’accusation. Il passe 17 ans à la prison de Kenitra où il obtient, grâce à l’intervention de Danièle Mitterrand, d’épouser Christine Daure qui l’a toujours soutenu.

La pression internationale est telle, en sa faveur, qu’il est libéré en septembre 1991, mais aussitôt banni du Maroc. Il trouvera refuge en France avec son épouse, Christine Daure-Serfaty. De 1992 à 1995, il enseigne à l’Université de Paris-VIII (département de Sciences Politiques) sur le thème «Identités et démocratie dans le monde arabe».

Il est autorisé à renter au Maroc, en septembre 2000, et son passeport marocain lui est restitué. Il s’installe à Mohammedia avec son épouse, dans une villa mise à sa disposition et perçoit une retraite. En septembre 2000, il est nommé conseiller auprès de l’Office national marocain de recherche et d’exploitation pétrolière (Onarep). Abraham Sarfaty n’en transige pas moins sur les principes, face aux atteintes à la liberté de la presse, il demande en décembre 2000, la démission du Premier ministre Abderrahmane Youssouffi."

 

Source : http://webcache.googleusercontent.com/search?hl=fr&q=...

 

10/01/2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME - HENRI CURIEL (1)

Le communisme est une idéologie dévastatrice qui a fait bien plus de victimes que le nazisme dont on nous rebat les oreilles à tout propos et hors de propos. Ses victimes se comptaient déjà par millions alors même que la révolution de 1917 ne faisait que commencer. Pourtant, en dépit de ses crimes immenses et avérés, on ne voit aucune repentance à l’horizon et même, être ou avoir été communiste se porte très bien. Et n’est frappé d’aucune infamie. Au contraire, il paraîtrait que ce serait la marque d’un réel progressisme et d’une grande ouverture d’esprit. Pensez, faire éclater le carcan des nations obsolètes et moisies pour penser et agir « internationaliste », vouloir répandre la peste rouge sur toute la planète, ça vous a une de ces gueules !

Ceux qui ont introduit le communisme dans divers pays ne doivent pas tomber dans l’oubli. Ce serait trop facile. Nous allons donc nous pencher sur un certain nombre de ces personnages et je suis sûre que nous allons en dégager quelques traits communs. Il se trouve qu’au hasard de mes lectures, je suis tombée sur Henri Curiel. Nous allons donc commencer par lui. Tout en sachant que je ne vais pas à chaque fois raconter toute leur vie, ce serait fastidieux. Juste les grandes lignes pour vous les (re)situer, ce sera suffisant.

22.jpgHenri Curiel naît en Egypte, au Caire, en septembre 1914. Il est issu d'une famille juive francophone de nationalité italienne quoique ne parlant pas la langue. Il prendra la nationalité égyptienne lors de l'abolition des capitulations, bien qu’il n’ait jamais parlé couramment l’arabe non plus. Le pays est alors sous occupation britannique.

Laissons Gilles Perrault nous raconter la suite :

« Chassés d’Espagne par l’Inquisition, passés probablement par le Portugal et l’Italie, les Curiel auraient débarqué en Egypte dans le sillage de Bonaparte. Le grand-père d’Henri était usurier. Son père, élargissant les opérations sans guère en modifier la nature, accède à la dignité de banquier. La famille habite dans l’île très chic de Zamalek une immense maison meublée moitié Louis XVI, moitié modern style. Sans être austère, le train de vie se veut à l’écart de l’ostentatoire : dix domestiques seulement. Chaque jour, table ouverte pour les amis qui passent et s’assoient sans façon. Ils sont toujours une dizaine et, sauf exception rarissime, appartiennent à la communauté juive.

Le passeport italien (ou grec, français, anglais, etc.) est de pure commodité : il permet de bénéficier du régime capitulaire et de jouir du privilège de juridiction. Ces « étrangers » dont des générations d’ancêtres reposent dans les cimetières du Caire ont des intérêts en Egypte et aucun intérêt pour elle. Leur patrie d’élection, c’est la France. (…)

Son exquise sensibilité lui vaut le surnom de « Lilas foudroyé ». Une dégaine d’épouvantail à moineaux : 50 kg pour 1,82 m. Il sombre dans un état pré-tuberculeux. Les piqûres prescrites lui sont administrées par une jeune infirmière de son milieu qui a des préoccupations sociales. Elle le convainc d’aller soigner avec elle les paysans qui travaillent sur la propriété des Curiel (100 hectares dans le delta du Nil ; la plupart des familles de fellahs vivent sur 2 ou 3 ares). Aux côtés de Rosette Aladjem, qui deviendra sa femme, Henri Curiel découvre l’insondable misère du peuple égyptien. »

 

Donc, à ce stade, découvrant la misère des fellahs, et déjà bien nourri de lectures marxistes, il entre en politique. Moi, je note qu’il a trouvé plus facile d’entrer en politique que d’offrir la propriété des Curiel dans le delta du Nil aux pauvres fellahs. Eux auraient sans doute préféré. Là, pour le coup, c’aurait été du communisme appliqué et pas seulement théorisé. Du vrai, quoi.

 

En 1943, il fonde le Mouvement égyptien de libération nationale (MELN). Mais il n’est pas tout seul à vouloir libérer les gueux. Voilà que deux autres mouvements se mettent sur les rangs. Vous allez rire : il s’agit d’Iskra d’Hillel Schwartz et de Libération du Peuple de Marcel Israël. On restait en famille, tous issus de la bourgeoisie juive dorée sur tranche, n’empêche que c’était de la concurrence. En plus de ça, par malchance, il y avait peu d’ouvriers dans le pays à cette époque. Surtout des paysans, qui ne réagissaient pas terriblement au « travail de masse »

 

Une fusion des principaux mouvements intervient quand même en mai 1947, mais elle est de courte durée.

En août 1950, Henri Curiel est fichu à la porte de l’Egypte par le roi Farouk. Commence alors une errance en Italie d’abord puis en France où il s’abouche avec le PC français.

Je vous conseille de lire la suite en lien. Sachez simplement qu’il sera loin de rester inactif. Il tentera de jouer un rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Comme le souligne sans malice Wikipédia, « Henri Curiel possède de nombreuses relations, tant en France qu'à l'étranger. Son statut d'ancien gaulliste, de juif égyptien et son action politique lui permettent de jouer un rôle d'intermédiaire. Il permet ainsi la rencontre entre Abraham Serfaty (Maroc) et Ilan Halévy (membre du gouvernement de l'Autorité palestinienne). » Juifs tous les trois, cela devait effectivement faciliter la médiation.

Il créera par ailleurs le réseau « Solidarité » dont Gilles Perrault nous dit ceci : « De par sa formation intellectuelle et grâce à ses immenses lectures, il est dépositaire de l’expérience révolutionnaire accumulée en Europe. Il côtoie depuis des années des militants qui ont appris la clandestinité sous l’occupation nazie ou dans l’aide au FLN. Pourquoi ne pas mettre ces acquis au service des mouvements de libération nationale d’un tiers-monde dont il connaît depuis l’Egypte les difficultés à organiser la lutte ?

 

Ce sera Solidarité. Une centrale de prestation de services. Quelques dizaines de militants, pour la plupart français, venus de tous les milieux et de toutes les sensibilités (pasteurs protestants, syndicalistes, prêtres catholiques, membres du Parti communiste agissant à titre individuel, etc.), se mettent avec modestie au service d’autres militants venus du monde entier. Il ne s’agit point de jouer les guides politiques, mais plus simplement d’enseigner les techniques salvatrices. Repérage et rupture d’une filature ; impression de tracts et de brochures grâce à un matériel léger ; fabrication de faux papiers ; chiffrement et écriture invisible ; soins médicaux et premiers secours ; éventuellement, maniement d’armes et utilisation des explosifs ; cartographie et topographie... (…) Axée sur le tiers-monde, l’aide fut naturellement étendue aux réseaux antifascistes existant dans l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar et de Caetano, la Grèce des colonels, le Chili de Pinochet. »

 

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que toutes ces activités ne lui créèrent pas que des amis. Le 4 mai 1978, Henri Curiel était abattu devant chez lui. Ses assassins courent toujours.

 

Source: http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/PERRAULT/10239