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06/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (24)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

SEMYON DIMANSTEIN

Laissons pour un temps les voisins – encore fort nombreux, mais nous y reviendrons – et retournons à nos bolcheviques maison.

8b42726b06315e4ad3f7fdc2b0cd4d58.jpgSemyon Dimanstein naît en 1886 dans une famille de commerçants juifs installés au nord-ouest de la Russie, près de la frontière estonienne. Une famille sans doute très orthodoxe puisqu’il fera ses études dans une yeshiva où il sera ordonné rabbin à l’âge de dix-huit ans.

Rabbin peut-être, mais révolutionnaire, sûrement. La même année, 1904, il s’inscrit au RSDLP, le parti socialiste-révolutionnaire créé en 1898, qui se scindera par la suite en mencheviques et bolcheviques. Ses activités illicites conduiront le régime du tsar à lui offrir en 1908 une résidence forcée quelque part en Sibérie. Mais il s’enfuit, quitte la Russie et se réfugie en France jusqu’à la révolution de mars 1917.

Il rentre alors au pays et reprend de plus belle son activisme. Il sera l’un des acteurs importants de la révolution d’octobre puisqu’il devient l’un des quinze commissaires du peuple de Lénine et prend la tête de la Yevsektsiya en janvier 1918. C’est ainsi que l’on nommait la section juive du parti communiste soviétique, créée pour évincer le Bund et les partis sionistes, considérés comme des rivaux du marxisme. Ces derniers seront d'ailleurs vite liquidés et des milliers de sionistes iront faire connaissance avec la Sibérie. L’idée derrière cette section spéciale était de supprimer le judaïsme religieux et de remplacer la culture juive traditionnelle par la culture prolétarienne. En imposant la dictature du prolétariat aux masses laborieuses juives. L’autre objectif de la Yevsektsiya était la propagande : il s’agissait de mobiliser les juifs du monde entier en faveur du régime bolchevique.

Semyon Dimanstein, qui sera en quelque sorte considéré comme le représentant « officiel » des juifs soviétiques, exercera notamment ses activités à Boukhara, en Asie centrale, où vivait une importante communauté juive. Il s’y rendra en 1920 afin de consolider le régime bolchevique et d’identifier – et soutenir – l’ « élite » locale. En 1922, on le retrouve en Ukraine, au Département pour l’agitation et la propagande.

Il rentre à Moscou en 1924 pour y diriger d’autres services de propagande visant à répandre l’idéologie communiste parmi les peuples non russes. Tout en collaborant à des organes de presse du style Est Nouveau ou Révolution et Nationalité.

A cette époque-là, il est un chaud partisan de Staline, ferveur qui sera bien mal récompensée par la suite, on le verra. Il soutient en particulier l’idée du dictateur de créer une région juive autonome, quelque part très loin de Moscou. Ce qui sera fait entre 1928 et 1932 et qui amènera du même coup la suppression de la Yevsektsiya. Dans l’idée des autorités, il s’agissait de créer une Sion soviétique afin de détourner les pensées de la Sion de Palestine, dangereuse rivale.

Cette région sera créée vers la frontière chinoise, au Birobidjan, torride et infestée de moustiques l’été, glaciale l’hiver. Les colons y étaient invités à conserver leur héritage culturel yiddish - plutôt qu’hébreu, jugé trop religieux - dans un cadre socialiste. Apparemment, l’ancien rabbin trouvait ça très bien. La propagande battra son plein pendant ces années afin d’y attirer les juifs, qui viendront même de l’étranger. On a vu récemment dans l’article sur l’affaire Koval, que la famille de l’espion avait quitté en 1932 l’Amérique – de la dépression, mais quand même – pour le vert paradis du Birobidjan.

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Ils en seront bien récompensés car leur histoire inspirera un film de propagande en yiddish produit en 1936, intitulé « A la recherche du bonheur »  qui raconte l’édifiante histoire d’une famille juive quittant les Etats-Unis, cet horrible pays où l’on crève de faim, pour se créer une nouvelle vie de félicité au Birobidjan. Mal leur en prit, d’ailleurs, aux Koval, car c’est ce film, et la littérature qui l’accompagna, qui finit par mettre la puce à l’oreille des Américains et leur permit de diriger, enfin, leurs soupçons sur l’espion.

La dernière fonction officielle de Semyon Dimanstein sera de diriger le comité central de l’Ozet. Ainsi s’appelait l’organisme officiel chargé d’aider les juifs à s’acclimater au travail de la terre et à assister les colons principalement en Ukraine et en Crimée, puis au Birobidjan.

Mais sa carrière va bientôt s’achever car il fera partie des purges de 1937-38. Il est arrêté en février 1938, condamné à mort et exécuté.