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30/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (21)

LES VOISINS

TIBOR SZAMUELY

Restons en Hongrie, sous le très court règne de Bela Kun, en 1919. Comme nous l’avons vu, pour lutter contre les opposants, il déchaîne très vite la terreur rouge. Dans cette entreprise, il sera efficacement secondé par Tibor Szamuely, un compagnon de la première heure.

02e5e4384c6c082a6b92ef145bb44a05.jpgCe dernier naît en 1890 dans une famille juive de Hongrie. Après des études universitaires, il devient journaliste dans de petits organes socialistes et s’inscrit au parti social-démocrate du pays.

Il suivra à peu près la même filière que Bela Kun, puisque lui aussi prisonnier en Russie pendant la 1ère guerre mondiale, il en profite pour devenir un communiste pur et dur. Après la révolution bolchevique, il est à Moscou et aidera Kun à créer la faction hongroise au sein du PC. Lui aussi combat durant la guerre civile dans les rangs de l’Armée Rouge. On peut imaginer qu’il y apprendra quelques ficelles qui lui serviront bientôt.

En décembre 1918, alors que Kun est en Hongrie pour créer le PC hongrois, Szamuely est en Allemagne où il participe à la formation du PC allemand avec Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg. D’autres voisins.

Lorsque la révolution survient en Hongrie, en mars 1919, il rentre et devient l’un des principaux dirigeants de la toute nouvelle république soviétique hongroise. Après quelques autres postes, il devient commissaire aux affaires militaires. Il a alors 29 ans et va s’éclater durant la terreur rouge que va rapidement instaurer son compère, Kun. Mais attention ! C’était dans un but parfaitement légitime, puisqu’il s’agissait de combattre les contre-révolutionnaires, ces salauds !

A cet effet, il crée un groupe para-militaire, les Gars de Lénine (Lenin Boys), composé d’environ 200 gaillards en veste de cuir, qui vont s’employer à dévaster les campagnes et à semer mort et désolation dans le court laps de temps qui s’achèvera avec la chute de Kun, le 1er août 1919. Durant ces quelques mois, des centaines de cadavres, essentiellement de paysans, joncheront leur route. Des cours martiales de fantaisie seront  organisées, suivies de généreuses pendaisons aux arbres. Tout comme Lénine, et les autres, Szamuely clamait que « la terreur [est] la principale arme de notre régime ».

A la chute du pouvoir bolchevique en Hongrie, Tibor Szamuely s’enfuit en Autriche. La suite des événements est brumeuse. Une version indique qu’il aurait franchi illégalement la frontière et aurait été tué le 2 août. Une autre prétend qu’il se serait suicidé. En tout cas, il avait 29 ans et avait fini se sévir. Alors que Bela Kun avait encore de belles espérances devant lui, on l’a vu.

Un mot pour indiquer que pour faire bonne mesure, il est généralement précisé que la terreur blanche a immédiatement suivi la terreur rouge. Façon de faire passer cette dernière à la trappe. Et évidemment, cette terreur blanche était ANTISEMITE ! Incroyable, mais vrai ! Peut-être. Toujours est-il, et il n’est pas mauvais de le préciser, que le premier ministre de la Justice de Miklos Horthy, au contre-gouvernement qui suivit, était un juif, Lajos Palmai.

28/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (20)

LES VOISINS

BELA KOHN, dit BELA KUN

f5e6684ed541ccaf128ca3ba7045b9a7.jpgIl naît en 1886 dans une famille d'origine juive de Transylvanie, alors partie de l’empire austro-hongrois, aujourd’hui roumaine. Il sera agent d’assurances, peu scrupuleux puisqu’il sera accusé de détournements de fonds, puis journaliste. Pendant la 1ère guerre mondiale, il est prisonnier en Russie et, de socialiste qu’il était, devient communiste convaincu. Sur ces entrefaites, éclate la révolution d'octobre et Kun rêve aussitôt d’introduire pareille merveille en Hongrie. En mars 1918, il fonde à Moscou le groupe hongrois du parti communiste russe. Après s’être battu aux côtés des bolcheviques – la guerre civile fait rage – il rentre en Hongrie en novembre 1918, accompagné de plusieurs centaines de militants et de suffisamment d’argent, procuré par les soviets, pour financer sa révolution.

La situation est très mauvaise là-bas, les conditions de vie désastreuses. C’est dans ce contexte que Bela Kun crée le parti communiste hongrois le 4 novembre 1918 et commence immédiatement sa propagande révolutionnaire. Il lui manque cependant le soutien populaire. Se produit alors un événement qui aura de lourdes conséquences : les frontières hongroises sont modifiées par les alliés en mars 1919, amputant le pays d’une partie de son territoire. Bien sûr, les Hongrois réagissent très vivement et devant le conflit qui se profile, contre les alliés cette fois, ils se cherchent de nouveaux soutiens. L’ogre bolchevique leur tend les bras, ils s’empressent de s’y jeter. Et Bela Kun, tout naturellement, va servir d’intermédiaire.

C’est l’occasion rêvée. Il réclame aussitôt à la coalition sociale-démocrate alors au pouvoir en Hongrie, la proclamation d’une république soviétique. C’est chose faite le 21 mars 1919.Au sein du nouveau conseil révolutionnaire, qui compte 33 commissaires du peuple, Bela Kun est commissaire aux affaires étrangères. Mais en réalité, c’est lui, en tant que chef du parti communiste, qui dirige l’ensemble. D’autant que les camarades socialistes, trop confiants de bout en bout,  vont être rapidement évincés.

Voilà donc à pied d’œuvre le second gouvernement communiste, après celui de la Russie, et la deuxième révolution achevée.

Pas pour bien longtemps, cependant. Kun commence très fort en nationalisant les propriétés privées mais en refusant de redistribuer les terres aux paysans, ce qui lui aliène d’office la majeure partie de la population. A la place, il a l’idée géniale de créer des fermes collectives sur tout le territoire.

71d9bdf9c24a158690505bac1c08a943.jpgComme il est par ailleurs incapable de résoudre les problèmes aigus de logement et de ravitaillement, les choses se gâtent très vite pour lui. En juin, une tentative pour renverser les communistes avorte. En réponse, Bela Kun va instaurer la terreur rouge, avec l’aide de sa police secrète. Quelques personnalités assez sympathiques, dont nous parlerons bientôt, se signalent à cette occasion.

A cela vont s’ajouter des conflits avec les pays voisins. Ce gouvernement communiste éphémère finit par tomber le 1er août 1919, après 133 jours d’existence. Kun s’enfuit à Vienne puis de là, sera échangé en juillet 1920 contre des prisonniers autrichiens retenus en URSS.

Sa carrière est cependant loin d’être achevée. A un sujet aussi méritant, une nouvelle chance est offerte. Les soviets l’envoient en Crimée pour y diriger le comité révolutionnaire. Il s’agit de « re-bolchéviser » ces régions qui étaient contrôlées par les blancs. C’est là qu’il va commettre ses plus grands crimes, bien qu’un délicat voile d’oubli soit pieusement retombé sur ses excès.

Que faire de lui à présent ? Rappelé à Moscou, comme il est un ami de Zinoviev qui le dirige depuis sa création en 1919, il devient membre du Komintern. A ce titre, il est envoyé en Allemagne en mars 1921 pour conseiller le parti communiste allemand. Il le conseillera si bien que la grande offensive révolutionnaire du 27 mars se soldera par un échec cuisant qui mettra Lénine en fureur. Il reste cependant au Komintern et sera envoyé au cours des années suivantes, ici et là,  en Autriche ou en Tchécoslovaquie.

Sa petite idée reste de fomenter une seconde révolution en Hongrie. Mais l’heure est passée. Il se fait arrêter à Vienne en 1928 pour une bêtise de faux passeport et renvoyé une nouvelle fois à Moscou. Là, ce personnage décidément très sympathique dénoncera à la Guépéou un certain nombre de ses anciens camarades, communistes hongrois réfugiés comme lui en URSS.

Cela ne le sauvera pourtant pas car, accusé de trotskisme – un des rares crimes qui ne pardonnaient pas dans ces années-là – il fait partie des grandes purges staliniennes de 1937-38. On ne sait pas précisément à quelle date il a été exécuté, ni si cet événement s’est produit au goulag ou à Moscou. Mais cette fois, sa carrière s’arrêtera là. Pour faire bonne mesure, sa femme, sa fille et son gendre prendront, eux aussi, le chemin du goulag.