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08/02/2012

LES ALTERNATIFS (1)

C’est une nouvelle rubrique que je vous propose à partir d’aujourd’hui. Contrairement à ce que la lecture de la presse-Pravda pourrait laisser supposer, les juifs sont loin d’être tous sur la même longueur d’onde. Et un nombre appréciable d’entre eux font entendre des voix discordantes souvent emplies de bon sens, s’agissant d’Israël, de la shoah, des ingérences insupportables au nom d’un « devoir de mémoire » éternellement remis sur le tapis, etc, etc.

 

Comme nous, ils ont peu voix au chapitre et on ne les entend guère sur les autoroutes de l’information. Plutôt sur les chemins de traverse. Mais ils existent, c’est l’essentiel. Je les ai donc appelés les alternatifs. Nous les passerons en revue, au fil des jours.

 

Ces voix discordantes par rapport à l’ultra-sionisme échevelé et forcené type CRIF ou LICRA existent également en Israël. Sans surprise, elles s’opposent à la politique des fous furieux du gouvernement. On les trouve plutôt à gauche et en particulier au journal Ha’aretz, bête noire de Netanyahu. Ce dernier aurait carrément déclaré à la mi-janvier, lors d’une soirée  au congrès de la Wizo à Tel Aviv, que « les journaux Haaretz et New York Times sont les plus grands ennemis d’Israël », ajoutant que « Les journalistes du monde entier les lisent chaque matin et s’appuient sur eux pour leurs informations et leurs campagnes anti-israéliennes. »

 

Je n’ai pas l’intention de me livrer à une enquête approfondie sur tous les personnages qui seront évoqués, mais plutôt d’apporter un éclairage sur certains éléments intéressants et révélateurs qui permettent de nuancer la perception des choses.

 

Aujourd’hui, intéressons-nous à une journaliste israélienne qui a publié il y a quelques jours, justement dans Ha’aretz, un article qui passerait pour antisémite s’il sortait de ma plume. Mais il a fait des remous sous la sienne aussi. Contrairement à ce que je disais plus haut, elle est également journaliste à la télévision et a donc une large surface médiatique. Je l’ai cependant retenue pour la teneur de ses propos:

 

Merav Michaeli:Israel's never-ending Holocaust”

 

Elle y commente un récent sondage selon lequel les juifs israéliens estiment quasi unanimement – à 98% ! - que le principe qui doit guider le pays - et même le judaïsme - est la mémoire de l’holocauste. (“The issue that should have sparked panic in the survey is the total consensus among Israeli Jews - regardless of religious, ethnic or political differences - that the "guiding principle" for the country and for Judaism itself is "to remember the Holocaust." Ninety-eight percent of the respondents consider it either fairly important or very important to remember the Holocaust, attributing to it even more weight than to living in Israel, the Sabbath, the Passover seder and the feeling of belonging to the Jewish people.”)

 

La journaliste s’interroge sur le devenir d’un peuple qui ne se définit qu’à travers un traumatisme. Certes, ce traumatisme a constitué le facteur déclenchant de la création de l’Etat, mais depuis lors, jamais ce peuple n’a cessé de s’estimer persécuté et menacé, encouragé en cela par ses dirigeants qui y ont trouvé avantage à tous points de vue.

L’holocauste constitue l’unique prisme au travers duquel est examinée chaque situation. Un prisme qui déforme la réalité et conduit à des conclusions erronées, du style « toutes nos vies ne sont qu’une longue shoah ». Affirmation que d’aucuns – et notamment certaines autorités religieuses – ne craignent pas d’asséner à tout propos. Un dolorisme fort peu en rapport avec la réalité.

Et pourtant, les survivants ont été fort mal traités dans le pays, Merav Michaeli ne se fait pas faute de le rappeler. Et ce, en dépit des sommes faramineuses destinées aux « réparations » déboursées par les contribuables des pays européens considérés comme coupables. Non seulement les survivants ont été mal traités dans le passé, mais ils continuent à l’être*, alors que dans le même temps le gouvernement se sert de leur  traumatisme pour justifier son bellicisme actuel. Et continuer à percevoir de juteuses royalties.

Pour cette énorme proportion de juifs israéliens, Israël n’a pas de rivaux, d’adversaires ou même d’ennemis. Il a bien pire. Enfermés dans leur paranoïa, ils ne perçoivent le monde autour d’eux que comme autant d’« Hitlers » toujours menaçants. Une psychose collective soigneusement entretenue dès l’école et la visite obligée des camps, qui conduit fatalement les jeunes Israéliens à assez peu se préoccuper des souffrances des autres nations.

Elle estime en conclusion que « Nos dirigeants ont réduit le judaïsme au rang de syndrome post-traumatique et nous engagent sur le chemin de l’autodestruction ».

http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/israel-s-never-ending-holocaust-1.409942

* Archives du blog : 12/9/09 ; 6/4/10 ; 11/4/10.