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24/01/2007

L'ABBE PIERRE ET GEORGES-PAUL WAGNER

L'avocat Georges-Paul Wagner, qui nous a quittés l'an dernier, avait évoqué avec la finesse et l'humanité qui le caractérisaient, sa carrière dans un ouvrage intitulé D'un Palais l'autre, paru en 2000.

J'en ai extrait le passage suivant à l'occasion du décès de l'abbé Pierre.

"Devenu l'avocat d'un cabinet d'administration de biens, créée par un ancien camarade de Massillon, je finis par me considérer comme une sorte de spécialiste de la loi des loyers d'habitation. Un moment même - comble de la gloire - je fus choisi pour l'enseigner aux stagiaires. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles, au début de l'abbé 1954, à la suite de la campagne menée par l'abbé Pierre, un groupe d'avocats dont j'étais éprouva l'envie de le connaître et de lui apporter son concours.

Par un jour triste et gris, pluvieux, boueux, il nous reçut, quelque part en banlieue, et nous émut par son aspect misérable et un petit sermon très pieux, puis nous emmena parcourir ses premières constructions. Dans notre caravane charitable, il y avait, avec mon inséparable ami Jean-Marc Gernigon, qui faisait alors autorité dans le droit des loyers, des magistrats, des experts, des confrères. Ensuite, pendant une dizaine d'années, nous fîmes ce que nous pûmes pour l'aider dans son combat. Notre participation à l'insurrection de la bonté qu'il avait lancée, consista en une sorte d'aide judiciaire spontanée et supplémentaire. Nous consultions et nous plaidions, le plus souvent en référé ou en justice de paix, afin d'obtenir des délais à de pauvres gens menacés d'expulsion pour des raisons diverses, foyers disloqués, loyers impayés, chômage, en une époque où il fallait du mérite pour être chômeur, occupations sans droit de logements dans lesquels ils étaient entrés par squattage, avec l'aide de compagnons d'Emmaüs.

Dans les arrondissements de Paris et la plupart des villes de la périphérie parisienne (je m'occupais de Clamart, proche de mon cabinet qui était alors dans le 15ème arrondissement), un groupe de ces compagnons s'était constitué pour venir en aide à ces sans-logis. Ainsi fîmes-nous, avec eux, une sorte de croisière lugubre à travers les divers aspects de la misère et de la déchéance humaines. Nos escales étaient les tribunaux où nos thèmes et nos thèses, généralement peu juridiques, étaient diversement appréciés. J'ai rencontré depuis, avec d'autres clients plus connus et plus voyants, d'autres formes d'hostilité judiciaire. On peut poser la règle générale que les tribunaux n'aiment pas les cas qui sortent de l'ordinaire et qui obligent à la réflexion, et davantage à l'innovation en dehors de la jurisprudence. Je n'ai pas toujours plaidé dans le sens du vent et même assez rarement (...).

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