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14/03/2011

NETTOYONS LES ECURIES D’AUGIAS – 2

Nous avons quitté Julia Brystiger dans les couloirs passablement encombrés du ministère polonais de la sécurité intérieure (Ministerstwo Bezpieczeństwa Publicznego, MBP), lieu par excellence de toutes les basses œuvres du régime dans les années d’après-guerre en Pologne. Elle était loin d’être seule à y déployer ses talents. Nous n’aurons que l’embarras du choix pour poursuivre notre petit tour d’horizon des tortionnaires méconnus. Continuons donc  par :

 

ANATOL FEJGIN - 2

165px-Aatol_Fejgin_%28SB%29.jpgCe sympathique personnage est né à Varsovie en 1909 et tenez-vous bien, est mort de sa belle mort, toujours à Varsovie … en 2002! Sans avoir connu beaucoup d’ennuis, juste quelques-uns, il faut être juste.

Il était né dans une famille juive de la classe moyenne et malgré l’atroce antisémitisme régnant alors en Pologne, il entame des études de médecine en 1927, à l’âge de dix-huit ans. Mais il ne les terminera jamais car dès l’année suivante, en 1928, il rejoint les communistes polonais et se fait arrêter en 1929 pour activisme. Il est condamné à deux ans de prison, relâché, condamné à nouveau, etc. La routine habituelle en ces années orageuses. Tout ceci nous mène à 1939, date à laquelle Fejgin fuit à Lwow, en zone militaire russe, contacte le NKVD et commence à travailler pour les soviets.

En 1943 on le retrouve dans un régiment d’infanterie russo/polonais où il occupe les fonctions généralement redoutées d’officier de propagande pour le compte du NKVD. Redoutées car un mot de travers vous envoyait assez directement au peloton d’exécution ou au goulag pour les chanceux.

Le 1er janvier 1945, les soviets créent le MBP chargé d’éradiquer l’inexplicable opposition des déviationnistes bourgeois aux bienfaits que le petit père des peuples souhaite pourtant déverser à pleins seaux sur les Polonais. Y sont réunis les services de police secrète, d’espionnage et de contre-espionnage, etc. De sa création à sa dissolution, le MBP sera dirigé par un autre de nos sympathiques amis, Jakub Berman. Feijin ne rejoint pas tout de suite cette officine. Il commence sa carrière dans la police politique de l’armée communiste polonaise (Ludowe Wojsko Polskie).

« En 1948, l'opposition démocratique ayant été éliminée et les organisations clandestines anéanties, une nouvelle phase dans l'activité de l'UB (Urząd Bezpieczeństwa), [au sein du MBP] commence. Suivant l'exemple soviétique, la répression se dirige cette fois vers l'intérieur du parti communiste (Parti ouvrier unifié polonais) avec des accusations de titisme et de déviations nationalistes. Le colonel Anatol Fejgin se distingua dans cette nouvelle tâche en s'appuyant sur les archives militaires des années 1930. Ainsi Władysław Gomułka lui-même est-il visé mais l'épuration prend des dimensions considérables. L'opération est surveillée par Bolesław Bierut (président de la RP et premier secrétaire du parti communiste) et Jakub Berman (membre du bureau politique et responsable de la sécurité). En 1949, un groupe spécial est créé par le quartet, — les dirigeants les plus influents du parti (Bierut, Berman, Minc et Radkiewicz) —, pour mener des enquêtes secrètes sur les plus hautes personnalités du parti. »

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Le colonel Fejgin exercera ses talents au MBP, en tant que directeur de son Bureau spécial, rebaptisé en 1951 Département 10. Ce département était chargé de protéger le Parti des « provocateurs », en réalité de procéder à l’élimination physique des opposants politiques.

Il connaît quelques premiers ennuis en 1953 puisqu’il est suspendu après la défection, en 1953, du directeur adjoint du MBP, Józef Światło (Izak Fleischfarb), qui porte des accusations contre lui et d’autres staliniens. Mais ce n’est qu’en 1956 qu’il est éjecté en même temps que son patron, le vice-ministre Roman Romkowski. A cette époque, son nom, avec ceux de Józef Różański (Josek Goldberg), et du ministre Jakub Berman, symbolisait la terreur stalinienne en Pologne.

A la déstalinisation, il passe en jugement et se voit condamné en novembre 1957 à 12 ans de prison pour violation des droits de l’homme (!!!) et abus de pouvoir. Avec d’autres acolytes du même acabit, il est reconnu coupable d’avoir torturé 28 personnes durant des interrogatoires, y compris des femmes. Il commence à purger sa peine, qui est amnistiée en 1964. Il aura donc fait sept ans de prison.

En 1985, Fejgin devient membre d’une association de vétérans patronnée par l’Etat, intitulée (on est prié de ne pas rigoler) Société des Combattants pour la Liberté et la Démocratie. Parfaitement.

A ce titre, il bénéficiera des privilèges attachés à la qualité de vétéran de la guerre. Hélas, cinq ans plus tard, en 1990, à la chute de l’URSS, des antisémites vont s’intéresser à son cas et le priver de ces privilèges, en raison de son « passé stalinien » ! Fort mécontent, Fejgin en appelle à la Cour suprême polonaise qui rejettera sa requête au motif que ses activités postérieures à la guerre n’avaient pas à proprement parler été très positives pour le pays.

Au moment de sa mort, en 2002, - il avait 93 ans – l’Institute of National Remembrance (INR) polonais était toujours penché sur les crimes qu’il avait commis durant sa période de gloire…. Pas des plus réactifs, à l’INR.

24/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (18)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

LISA ROZENSWEIG, dite ELIZABETH ZUBILIN (ou ZARUBINA)

27d583fa1398ec528c80653744991d6b.jpgNous avons fait sa connaissance hier et il serait dommage de laisser passer sans s’y intéresser de plus près cette espionne bolchevique à la carrière bien fournie. Ce qui ne l’a pas empêchée de mourir il n’y a pas si longtemps que ça, en 1987.

Elle commence le siècle en fanfare puisqu’elle naît le 1er janvier 1900 dans une famille juive de la province de Bucovine, entre la Roumanie et l’Ukraine. Une famille apparemment assez aisée pour lui permettre de poursuivre des études d’histoire et de philologie en Russie, France et Autriche. Très douée pour les langues, elle parle roumain, russe, allemand, français, anglais et hébreu. Tout cela va lui être bien utile par la suite. Sa famille est aisée, ce qui n’empêche pas la fibre révolutionnaire. Dans sa parenté se trouve Ana Pauker, qui fondera le parti communiste roumain. Une autre personne bien intéressante…

Zarubina – on va l’appeler comme ça, c’est plus mignon, ça fait un peu comédie italienne – participe activement aux mouvements révolutionnaires qui agitent la Bessarabie (grande région adjacente à la Bucovine) après la 1ère guerre. Et en 1919, elle devient membre du komsomol de Bessarabie. Le komsomol était le nom donnée à l’organisation des jeunesses …bolcheviques, car il fallait bien encadrer ces jeunes gens, futurs piliers du régime.

Ses qualités vont vite trouver à s’employer ailleurs qu’en Bessarabie. En 1923, elle rejoint le parti communiste d’Autriche. En 1924, elle intègre les services secrets bolcheviques et travaillera jusqu’en 1925 à l’ambassade soviétique à Vienne, puis, jusqu’en 1928, toujours à Vienne mais en dehors de l’ambassade.

On la retrouve ensuite à Moscou où, comme on l’a vu hier, Meïer Abramovitch Trilisser, à l’époque chef des services secrets et vice-président de la Guépéou, lui ordonne en 1929 de abandon bourgeois prejudice, autrement dit de laisser tomber les préjugés bourgeois, et de séduire Yakov Blumkin. Elle exécutera sa mission en Turquie où il se trouve alors, sous le nom de Lisa Gorskaya, apparemment inconnue de Blumkin qui était pourtant son collègue. Mais il est vrai qu’elle avait exercé à Vienne …En tout cas, elle rapportera fidèlement toutes leurs conversations à Trilisser. On connaît la suite, pour Blumkin.

Zarubina, elle, se mariera au cours de la même année 1929 avec un collègue des services secrets, Vassili Zarubin. Dès lors ils feront équipe pendant de longues années, opérant sous la couverture d’un couple tchèque travaillant en Allemagne, France, Etats-Unis.

Zarubina démontrera des qualités hors pair d’agent recruteur, créant un réseau clandestin de juifs émigrés de Pologne. Elle sera particulièrement active aux Etats-Unis, introduisant des agents dans l’entourage d’Einstein, d’Oppenheimer et d’autres, afin de percer au bénéfice des soviétiques les secrets de la bombe américaine.

En 1941, elle a le grade de capitaine du KGB. Son mari opère à Washington - il sera chef du KGB de 1941 à 1944 - et elle-même se rend fréquemment en Californie où, par l’intermédiaire de Gregory Kheifetz, vice-consul à San Francisco et lui aussi agent du KGB, elle se lie d’amitié avec l’épouse d’Oppenheimer, Kitty Puening Harrison, d’origine allemande, aux amitiés communistes bien affirmées. Elle aura dès lors de fréquents rapports avec Oppenheimer, lui-même très à gauche. C’est un vrai nid d’espions pro-soviétiques qui pullule autour du Projet Manhattan. Il y aura en particulier le physicien allemand Klaus Fuchs, introduit par Zarubina, qui travaillera pour le NKVD  et qui jouira de l’entière confiance d’Oppenheimer. Elle introduira également l’espionne Maria Konnenkova auprès d’Einstein.

La suite des événements est difficile à décrypter. Ce qui est sûr, c’est que Zarubina n’est morte qu’en mai 1987 et son agent secret de mari en 1972. Une lettre de dénonciation était parvenue aux services secrets américains en 1943, qui amènera le rappel du couple à Moscou. Après enquête, lui sera déchargé de ses fonctions en 1948 « pour raison de santé », ce qui était plutôt inquiétant là-bas. Quant à elle… mystère. Mais peut-être ont-ils terminé leur existence comme des bourgeois bien tranquilles de la nomenklatura, qui sait ?

22/11/2007

SOLOMON MOREL A RENDU COMPTE DE SES CRIMES AILLEURS

bc555adac4884b048826848f1e5c8d14.jpgAvant Helena Wolinska, dont nous parlions hier, les autorités polonaises avaient réclamé une autre extradition, à Israël cette fois et s’étaient heurtées à une fin de non recevoir. Le personnage dont il était question était pourtant accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Il s’agissait de Solomon Morel qui a fini par mourir de sa belle mort, bien tranquillement, à Tel Aviv en février de cette année, à l’âge de 87 ans.

Lui aussi était né en 1919, comme Helena Wolinska, également en Pologne, et comme elle dans une famille juive. Et lui aussi apparemment s’estimait parfaitement autorisé à se livrer aux pires crimes.

Lorsqu’éclate la seconde guerre mondiale, lui et son frère Izaak se cachent dans les environs de leur village natal, dans la ferme d’un paysan qui sera dûment décoré de la médaille des Justes en 1983.  Le caractère actif et entreprenant de ces jeunes gens les pousse en 1942 à former une bande qui pille les villages voisins. Izaak est pris par la résistance communiste et exécuté. Solomon, lui, intègre le groupe des communistes et leur sert de guide dans les forêts. A partir de là, les faits sont assez brumeux. Il prétendra plus tard avoir été déporté à Auschwitz, mais l’enquête de la Commission polonaise chargée de l’affaire a révélé que c’était un mensonge. Un de plus.

Toujours est-il, et cela c’est sûr, qu’on le retrouve en 1944 dans les services de sécurité intérieure et qu’à l’été de cette année-là, il participe à l’organisation de la Milice Citoyenne de Lublin, qui est alors la capitale du gouvernement communiste d’occupation. Milice Citoyenne, vous aurez noté la saveur de la chose au passage …. Nos gauchistes n’ont vraiment rien inventé.

A partir de là, il va monter en grade. Bien qu’il n’ait que 25-26 ans, les Russes le nomment commandant de la prison de Lublin, puis commandant du camp de concentration de Zgoda où il va pouvoir démontrer l’étendue de ses talents. Zgoda dépendait originellement du camp d’Auschwitz. Ouvert en 1943, c’était un camp de travail forcé. Le NKVD va le rouvrir en février 1945 pour y enfermer des Allemands et des Silésiens. Il s’agissait essentiellement de civils, dont des femmes et des enfants, ainsi que de prisonniers politiques.

Le nombre des détenus assassinés dans ce camp, où la torture était couramment pratiquée, est sobrement évalué de 1 600 à 2 500 pour les seuls mois – de février à novembre – où Morel en fut le commandant. Il ne rechignait pas à faire le travail lui-même puisque de nombreux témoignages attestent qu’il tuait personnellement. Ces excès finirent par le faire mettre à pied – trois jours – et écarté de la direction du camp, par le NKVD qui n’était pourtant pas composé de tendres.

Sa carrière ne s’arrêtera pourtant pas là puisqu’il est nommé ensuite commandant d’un camp spécial pour les prisonniers politiques mineurs à Jaworzno. Il dirigera ensuite les prisons d’Opole, de Raciborz et de Katowice et partira comme si de rien n’était à la retraite en 1968, avec le grade de colonel.

Les autorités polonaises commencent à enquêter officiellement sur son passé en 1992. Il ne sera entendu par la justice qu’une seule fois car, considérant que les choses se gâtent, Solomon Morel se dépêche de fuir la Pologne. Il se réfugie … en Israël.

d7d0eec77630bd47a9516e1e6a2de5f3.jpgL’enquête se poursuit cependant. En 1996, il est inculpé de neuf chefs d’accusation. En 1998, Israël refuse l’extradition au motif que les délais pour poursuivre les crimes de guerre seraient dépassés. Authentique !  En 2003, un mandat d’arrêt est lancé contre lui, mais Israël refuse à nouveau de l’extrader. D’autres demandes seront formulées par les Polonais, la réponse sera toujours identique.

Morel avait clamé pour sa défense qu’il s’agissait d’un complot antisémite. Et que d’ailleurs, trente membres de sa famille avaient été tués par les nazis. Alors, hein …

Certains ont quand même dû échapper à la barbarie germanique car c’est la famille de Solomon Morel qui a fait part de sa mort à Tel Aviv, où il est enterré, en février de cette année.

Et un de ses cousins, Micky Goldfarb, avait écrit en juin 2003 une lettre pour l’excuser et justifier ses actes. Je vous traduis cette lettre ci-dessous. Vous verrez qu’elle n’appelle aucun commentaire. Tantôt trop vieux, tantôt trop jeune, toujours victime. Tout y est.

« Solomon Morel est mon cousin. C’est un très vieil homme. Il a perdu toute sa proche famille dans l’Holocauste et a été nommé commandant de ce camp alors qu’il n’avait que 26 ans. Je ne crois pas qu’il soit un tueur.

S’il a traité durement les détenus, j’estime que c’est compréhensible en raison de ce qu’il a subi et vu de ses propres yeux – les crimes perpétrés par les Allemands et les Polonais pendant la seconde guerre mondiale.

Je pense qu’il faut le laisser tranquille et s’occuper plutôt des vrais « meurtriers en série » qui ont été relâchés avant la fin  de leur peine ou qui n’ont jamais été inquiétés. Il y a assez de nazis et de sympathisants de nazis qui vivent toujours en liberté de par le monde et qui attendent qu’on s’occupe d’eux.  Micky Goldfarb »

12:00 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : licra, anne, kling, solomon, morel, NKVD, zgoda

17/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (16)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

SERGEY SPIGELGLAS

Il ne fera qu’un passage éclair à la tête de l’INO, de février à novembre 1938, mais sa carrière n’est pas inintéressante, loin de là. Il naît en 1897 dans une famille juive de Bélarus et fera son droit à l’Université de Moscou. Mais sa vocation est ailleurs.

Après la révolution d’octobre, il rejoint la tchéka où, en raison de ses compétences linguistiques étendues, on l’affecte au département « étranger ». En 1926, il se trouve en Mongolie, engagé dans des opérations secrètes contre la Chine et le Japon.

En 1930 : changement de décor. Il est à Paris, en tant que chef clandestin de la  Guépéou. [Tiens, la LICRA venait tout juste d’être créée, à Paris aussi, par des admirateurs de la « grande annonciation ». Tout ce petit monde ne devait pas manquer de sujets de conversation …] Comme couverture, il ouvre une poissonnerie de luxe près du boulevard Montmartre. Spécialité : les langoustes. Mais c’est dans d’autres eaux qu’il va pêcher, du côté des émigrés russes blancs et des trotskystes, une obsession de Staline. Il infiltrera ces milieux en y plaçant des agents à lui.

Puis il rentre à Moscou pour y former les cadres de l’espionnage et devient l’adjoint d’Abram Slutsky. Il est particulièrement en charge de la liternoye, ou opérations de liquidation. Il organisera l’assassinat du nationaliste ukrainien Yevhen Konovalets à Rotterdam en mai 1938, ainsi que les opérations Ignace Reiss et Evgenii Miller, dont nous avons parlé hier.

Il est également fortement suspecté d’avoir fait assassiner en France en 1937 Georges Agabekov, ex-agent du NKVD ayant fait défection par amour pour une Anglaise et en 1938, toujours en France, le trotskyste Rudolf Klement.

Lorsque son chef direct, Abram Slutsky, meurt empoisonné en février 1938, c’est lui qui le remplace à la tête de l’INO. Mais il ne restera pas longtemps à ce poste qui était un vrai siège éjectable. Le nouveau chef du NKVD, Lavrenti Beria, le fait arrêter en novembre 1938. Il devenait un témoin gênant de trop de crimes.

Il est emprisonné, torturé pour lui arracher une fausse confession. Il déclarera notamment dans cette confession que Lev Sedov, le fils de Trotsky, était mort de mort naturelle et non assassiné par des agents de Staline. Après un simulacre de procès, il est exécuté en janvier 1941.

Franchement, je me demande comment il pouvait encore y avoir des candidats à ce poste …. Et pourtant, il y en eut. Encore et encore.

 

Je m’absente pour trois jours. A mercredi …

16/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (15)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

ABRAM ARONOVICH SLUTSKY

febdba84d908dafab82a5a759e3cc95b.jpgCe (futur) chef des services secrets naît en 1898 dans une famille juive d’Ukraine. Il rejoint les bolcheviques dès 1917, à l’âge de dix-neuf ans. Durant la guerre civile, il combat dans l’Armée Rouge puis il intègre la Guépéou, où, nous dit Wikipédia, il grimpe rapidement les échelons en raison de son affable personality. Vu la suite des événements, je reste quand même sceptique quant à cette « aimable personnalité ».

En fait, il débute à la GPU dans l’espionnage industriel. Il sera notamment décoré pour avoir réussi à voler aux Suédois un procédé de fabrication de roulements à bille. Après ces amusettes, les choses sérieuses vont commencer. Dans un premier temps, à partir de 1929,  il deviendra  l’adjoint d’Artur Artuzov qui dirige à ce moment-là  l’INO (voir article d’hier).

Puis il le remplace à la tête des services secrets en mai 1935. Il va enfin pouvoir donner la pleine mesure de sa personnalité affable.

Sa tâche principale va être de traquer et d’éliminer – poliment – tous les opposants, ou présumés tels, de Staline. Essentiellement des émigrés russes blancs et les trotskystes. Parmi les principales opérations à son actif, on peut citer : - le kidnapping du général blanc Evgenii Miller, à Paris en 1937. Le général sera exécuté à Moscou en mai 1938. - l’assassinat d’Ignace Reiss en Suisse, également en 1937. Reiss était un ex-agent du NKVD décidé à rompre avec Moscou - la liquidation de bon nombre d’opposants en Espagne durant la guerre civile.

En 1936, il aura la charge d’extorquer les fausses confessions destinées à charger les accusés du 1er procès de Moscou (Zinoviev, Kamenev et cie). Loquace de nature, il racontera à ses subordonnés, Leiba Lazarevich Felbing, dit Alexander Orlov, et Samuel Ginsberg, dit Walter Krivitsky, qui le relatent dans leurs Mémoires – des veinards qui ont apparemment eu le temps de les écrire – ses méthodes pour briser ces vieux bolcheviques.

Son chef direct était le patron du NKVD, Iagoda. Or, comme on l’a vu, Iagoda tombe en 1937 et se voit remplacé par « le nain sanguinaire », Nikolai Yezhov. Ce dernier va immédiatement se livrer à une chasse aux sorcières à l’intérieur de ses services pour éliminer tous les proches de son prédécesseur. Dans un premier temps, Slutsky sera cependant épargné afin d’éviter la défection d’agents à l’étranger.

Mais ce répit est de courte durée. Il mourra le 17 février 1938. Comment ? Rien n’est simple avec les agents secrets. On a donc le choix entre deux versions :

-         Il est mort empoisonné à l’acide cyanhydrique dans le bureau de Mikhail Frinovsky – l’un des chefs du NKVD -  à la Loubianka après avoir dégusté du thé et des gâteaux (il n’était pourtant pas invité par Agatha Christie)

-         Il a été assassiné par injection de poison dans le bras toujours dans les mêmes locaux, toujours par Frinovsky ou ses sbires,  et toujours sur ordre de Yezhov.

Quelle que soit la version choisie, le résultat sera  de toute façon le même et aucun des témoins de ce regrettable incident ne survivra longtemps, ni n’aura le temps d’écrire ses Mémoires. Tous disparurent durant les grandes purges, y compris Frinovsky. Et Yezhov aussi, d’ailleurs.