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08/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 4

 

32.jpgVoici la suite et la fin de texte de Marcel Aymé, paru en 1950. Il pourrait avoir été écrit ces jours-ci.

 

« L’épuration et le délit d’opinion (n°4)

 

 

La Société des Gens de Lettres, sans oser la moindre protestation, se laissait imposer un général qui venait dans ses murs présider une commission d’enquête. L’Académie française se déshonorait fiévreusement en éjectant de son sein les écrivains persécutés qu’elle avait révérencieusement traités sous l’occupation. A l’Académie Goncourt, la peur et la prudence se doublaient d’un empressement servile dans l’accomplissement des basses besognes d’auto-épuration.

 

Dans le cinéma, il y eut une procédure bien particulière. On fit comparaître devant un tribunal, composé de travailleurs manuels de la Profession, tous les metteurs en scène, scénaristes et dialoguistes. Pour ma part, ayant vendu un scénario à la Continental-Films (société allemande), je fus condamné à un « blâme sans affichage », ce dont je fus avisé par un pli de la Préfecture de la Seine, mentionnant expressément que cette sanction m’était infligée « pour avoir favorisé les desseins de l’ennemi ». Or l’année dernière, donc trois ans plus tard, le ministre de l’Education nationale me manifestait son désir  de me décorer de la Légion d’honneur et, vers la même époque, M. le Président de la République croyait devoir m’inviter à l’Elysée. Par respect pour l’Etat et pour la République, il me fallut refuser ces flatteuses distinctions qui seraient allées à un traître ayant « favorisé les desseins de l’ennemi ». Je regrette à présent de n’avoir pas motivé mon refus et dénoncé publiquement, à grands cris de putois, l’inconséquence de ces très hauts personnages dont la main gauche ignore les coups portés par la main droite. Si c’était à refaire, je les mettrais en garde contre l’extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d’un mauvais Français comme moi et pendant que j’y serais, une bonne fois, pour n’avoir plus à y revenir, pour ne plus me trouver dans le cas d’avoir à refuser d’aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens.

 

Je n’ai rapporté cette histoire personnelle que parce qu’elle témoigne du mépris dans lequel nos gouvernants tenaient eux-mêmes et tiennent encore la Justice qu’ils nous ont fabriquée. J’imagine que chaque fois qu’un tribunal envoyait un homme à la mort pour délit d’opinion, ils devaient échanger des clins d’œil espiègles, car ils savaient ce qu’ils faisaient.

 

Ils savaient où ils allaient et ils sont arrivés où ils voulaient. Aujourd’hui la notion de délit d’opinion est profondément ancrée dans l’esprit des Français de tous âges. Chacun se montre prudent et personne ne bronche. D’ailleurs, les cadres de la nation ont été, pour une part, fusillés, embastillés, réduits à l’exil, au chômage, au silence. Une autre part a été nantie et, par là, réduite au silence aussi. Reste le troupeau des suiveurs, des indifférents de toujours et des anciens collabos convertis par la peur au gaullisme et au communisme. On ne voit pas, dans ces conditions, d’où viendrait aux Français le goût de s’exprimer librement. En fait, la liberté d’opinion n’existe pas en France et il n’existe pas non plus de presse indépendante. Nos journaux sont douillettement gouvernementaux et il n’est pas jusqu’aux journaux communistes qui ne se montrent soucieux de respecter nos hommes d’Etat dans leurs personnes, fussent-ils des coquins avérés, et il n’y a pour ceux-ci rien de plus important. Au moins l’Humanité défend-elle un point de vue et une doctrine. Tous les autres journaux, je veux dire non-conformistes, ne se distinguent les uns des autres que par des nuances exquises que bien souvent les hommes du métier sont seuls à pouvoir apprécier. Voilà pourquoi le Crapouillot, en dépit de sa prudence, de son souci manifeste de ménager la chèvre et le chou, fait figure de périodique indépendant et même audacieux. Ainsi, grâce à l’épuration, grâce à la très ferme répression du délit d’opinion et à tant de nos grands écrivains qui lui ont prêté leur plume, c’est dans des ténèbres soigneusement entretenues depuis six ans que la France marche par des chemins bordés de précipices où il est miraculeux qu’elle ne soit pas déjà engloutie ».

07/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 3

Suite du texte de Marcel Aymé, paru en 1950 dans Le Crapouillot:

 

L'épuration et le délit d'opinion  (n° 3)

 

"Jusqu’au dernier jour, on crut que le général de Gaulle n’était pas absolument indifférent à la littérature et qu’il aimerait gracier un écrivain innocent. On ne pouvait se tromper plus lourdement. A lui aussi, la vie d’un poète était peu de chose et importait infiniment moins qu’un témoignage de satisfaction du parti communiste. Peut-être aussi qu’il avait du goût pour les exécutions (sinon, comment aurait-il, sans une parole de réprobation ou d’apaisement, toléré les massacres des premiers mois de la Libération ?). Durant le temps qu’il fut au pouvoir, on chercherait en vain, dans sa vie publique, la moindre manifestation de générosité, de bonté, le plus petit élan de pitié ou de charité. L’homme est sec.

 

Pour Maurras, il ne pouvait être question de suspecter son patriotisme et l’on savait qu’aucune considération n’aurait pu l’empêcher de dénoncer publiquement ce qu’il croyait contraire aux intérêts du pays. On le savait même si bien qu’on décida de le réduire au silence par tous les moyens. C’est qu’avant la guerre, Maurras avait en France une situation exceptionnelle qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui. Leader du parti monarchiste, ce n’était pas à ce titre qu’il devait son importance. Mais grand maître de l’Action Française où il écrivait quotidiennement ses deux ou trois cents lignes, il était le critique officiel de la Troisième République. On comprend que les nouveaux messieurs de la Quatrième aient voulu se débarrasser d’un critique ayant si souvent alerté l’opinion publique. Ils avaient presque tout à cacher : l’inanité de leur politique, la corruption dans les ministères, dans les administrations, les abus de pouvoir, l’abaissement d’un peuple abruti par la terreur et le mensonge. Imagine-t-on, en 1945, Maurras libre d’écrire comme il l’était autrefois ? C’eût été la fin du régime. Le plus simple était de le faire condamner à mort, ce qui ne souffrait du reste aucune difficulté. Comme  son innocence était patente et qu’on redoutait le mépris de nos alliés anglo-saxons dégoûtés par nos kermesses judiciaires, on n’osa pas fusiller un vieillard. La peine de mort fut commuée en celle des travaux forcés à vie. L’essentiel était qu’il se tût. Aujourd’hui encore, nos gouvernants ne sont pas pressés de lui rendre la liberté.

 

L’originalité des tribunaux de la Résistance c’est que, tout en se débarrassant des personnes, l’Etat s’emparait de leurs biens. A première vue on ne saisit pas le rapport entre la confiscation des biens et le délit d’opinion, mais il faut se souvenir que nombre de Résistants ou pseudo-résistants s’étaient octroyé des situations dans la politique, dans l’administration, dans le journalisme et même dans les lettres. Ces situations, ils entendaient en jouir en toute quiétude. Ayant fait condamner à la prison ceux qu’ils avaient supplantés dans leurs emplois, ils voulaient encore que ces malheureux, au jour lointain de leur libération, fussent jetés sur le pavé sans un toit, sans un meuble, sans un sou et dans un tel état de misère qu’il leur fût impossible de rien entreprendre. Supplémentairement, les tribunaux frappaient les gens qui s’étaient rendus coupables du délit d’opinion d’une peine « d’indignité nationale », apparemment anodine, mais interdisant l’accès à la plupart des professions libérales et commerciales. A une époque où les criminologistes se soucient de plus en plus, pour les délinquants, de faciliter leur réadaptation à la vie normale, il est remarquable que le gouvernement de Gaulle ait voué au chômage et au désespoir les « criminels » convaincus du délit d’opinion. Il faut croire que cette préoccupation était d’ordre majeur chez nos maîtres résistants, car ils n’abandonnèrent pas aux seules cours de justice le soin d’empêcher leurs ennemis d’exercer un métier qui pût servir de tremplin à une activité politique. Il y eut des espèces de juridictions professionnelles qui éliminaient les indésirables (en même temps, les syndicats, par exemple dans le journalisme et le cinéma, multipliaient les barrières interdisant l’accès à la profession, si bien qu’aujourd’hui encore on se croirait revenu aux temps d’avant 89, en plein régime corporatif), les condamnant au chômage, à temps ou à vie.

 

A côté de ces comités d’épuration et les épaulant, il y avait des associations de rabatteurs et de poulets auxiliaires qui se chargeaient de subodorer le délit d’opinion et de livrer les suspects à la police. Par exemple, le CNE (Comité National des Ecrivains) publia une liste de coupables, dénonçant ainsi des confrères à la justice et réclamant à grand tapage les plus durs châtiments. Puissamment orchestrée, la délation avait à son service d’autres bourriques qui travaillaient dans la presse et il y avait même, suscités par la peur, des initiatives privées, des poètes indicateurs ou des mouches du roman psychologique, qui bavaient spontanément des injures et des calomnies sur leurs confrères en difficulté. C’était comme un grand concours d’ignominie. »

05/12/2009

GALLIMARD CHEZ LES NAZIS

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Voilà qui a dû faire plaisir à la célèbre maison d’édition …. Mais il est vrai qu’on a peu entendu parler de ce livre en France. C’est au Québec qu’il vient d’être publié sous la signature de Jean-François Poupart, écrivain, poète et professeur.

Ah les nazis ! Ils en auront fait couler, de l’encre. C’est si facile de réécrire l’histoire soixante-cinq ans après les faits, en faisant abstraction du quotidien et de l’environnement culturel, politique, social, de ceux qui connurent effectivement cette époque éprouvante. Et de distribuer bons et mauvais points, du haut de sa sagesse, en ne regardant systématiquement que dans une seule direction ...

poupart.jpgCe qu’a voulu démontrer Jean-François Poupart, c’est l’atroce « connivence d’un certain nombre d’écrivains et éditeurs français avec l’occupant nazi ». Ce seul mot de « connivence » doit nous donner le frisson. Le monde de la pensée unique est par définition totalement manichéen, c’est très reposant. D’un côté, il y a les méchants, les collabos, ceux dont nous parle Poupart, et de l’autre les vertueux, dont il ne nous parle pas, mais que nous allons évoquer. Car nous, nous ne sommes pas manichéens, et c’est fatigant.

Sur le site Tolérance Canada (http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=64601&L=fr)  – tout un programme – Poupart nous dit ceci :

« La thèse de ce bref essai est simple : tout ce qui a été publié entre 1940 et 1944 à Paris de façon officielle le fut avec l'accord de la censure nazie. Ce qui implique particulièrement les célèbres auteurs de chez Gallimard, Albert Camus et Jean-Paul Sartre. J'ai seulement voulu replacer des faits vérifiables et précis dans un océan de ouï-dire, de fabrication, de révisionnisme, de désinformation et, parfois, de propagande… Ce bref essai est plus un pamphlet qu'une étude exhaustive sur les sympathies fascistes des années 1930. Gallimard est un fleuron, à plusieurs titres, de l'édition, de la littérature et de la pensée française du 20e siècle. Il est important de comprendre que le fascisme européen des années 1930 n'aurait pu s'étendre aussi rapidement sans le contrôle des médias qui sont alors à leurs premiers balbutiements en tant qu'outils de propagande. Toute la presse européenne sera antisémite. Des feuilles de choux comme «Je suis partout» atteindront des tirages hebdomadaires de 400 000 exemplaires!... »

 

Source : http://www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid=17419&artyd=5

Puisque Poupart ne l’a pas fait, évoquons rapidement les vertueux : en 1940, les communistes, ayant péniblement digéré le pacte germano-soviétique, enfourchent à nouveau leur dada favori, la lutte antifasciste. Dans ce combat sacré, il convient d’enrôler les intellos « progressistes » et c’est la raison pour laquelle est fondé dans un premier temps le Front national des écrivains (FNE). Qui se transformera peu de temps après en Comité national des écrivains, maquillage destiné à l’ouvir au maximum en faisant mine de l’éloigner un peu de l’emprise communiste.

Comme on ne se refait pas, va vite se mettre en place une première forme d’épuration : les fameuses   listes noires où figureront les confrères « embochés ». Ces derniers sont frappés d’excommunication, empêchés de publier, voire carrément fusillés un peu plus tard. C’est qu’à la Libération, le CNE s’érige en tribunal des lettres et l’on sait que ces termes, avec les communistes, ont un sens qui ne prête pas à rire. L’épuration va se donner libre cours. Ce sera le grand moment des règlements de compte.

Metapedia nous dit que « Le CNE ou Conseil national des écrivains fut créé en 1941 par Jacques Decour et Jean Paulhan. En 1944, le CNE diffusa une liste noire des écrivains "collaborateurs", exigeant que le gouvernement provisoire dirigé par le général de Gaulle entame des poursuites à la "libération". Ce fut effectivement le cas : plusieurs journalistes et écrivains désignés par le CNE furent exécutés, l’affaire la plus célèbre étant celle de Robert Brasillach. Les autres écrivains cités dans la liste furent pour la plupart emprisonnés et dans tous les cas frappés d'une interdiction de publier. »

La liste des écrivains "interdits"

Jean Ajalbert, colonel Alerme, Paul Allard, Robert Brasillach, Barjavel, Jacques Benoist-Méchin, Pierre Béarn, Abel Bonnard, Georges Blond, Pierre Benoit, Henry Bordeaux, René Benjamin, Henri Béraud, Marcel Belin, Émile Bocquillon, Jacques Boulenger, Georges Champeaux, Léon Emery, Guy Crouzet, Louis-Ferdinand Céline, Alphonse de Châteaubriant, Jacques Chardonne, Camille Mauclair, Georges Claude, Lucien Combelle, André Castelot, Paul Chack, Félicien Challaye, André Chaumet, Pierre Drieu La Rochelle, Jacques Dyssord, Pierre Dominique, Francis Delaisi, Paul Demasy, André Demaison, Marcel Espiau, André Fraigneau, Paul Fort, Bernard Fay, Robert Francis, Alfred Fabre-Luce, Jean Giono, Marcel Jouhandeau, Bernard Grasset, Sacha Guitry, René Gontier, Abel Hermant, Jean de La Hire, Jean Jacoby, René Lasne, Jean Lasserre, Jean Lousteau, Georges de La Fouchardière, Alain Laubreaux, Jean Luchaire, Charles Maurras, Henry de Montherlant, Paul Morand, Georges Montandon, Xavier de Magallon, Jean-Pierre Maxence, Pierre Mouton, Jean Marquès-Rivière, Arnaud Petitjean, Edmond Pilon, Georges Pelorson, Henri Poulain, Pierre Pascal, Lucien Rebatet, Jean-Michel Renaitour, Raymond Recouly, Jules Rivet, André Thérive, Louis Thomas, Maurice Vlaminck, Henri Valentino, Jean Xydias, René de Narbonne, Jean Thomasson, Jean de la Varende, etc.

Source : « http://fr.metapedia.org/wiki/Conseil_national_des_%C3%A9crivains »

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