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03/06/2011

SUITE DE L’OFERGATE (MAIS SÛREMENT PAS FIN)

Nous parlions récemment de l’affaire Ofer, mettant en cause les deux frères et le père, et leurs rapports avec l’Iran. Première victime : le père Sammy Ofer vient de mourir très brusquement.

 

ofer2.jpg

Lu sur le site d’Israël Valley :

 

"OFERGATE, ESPIONNAGE ET CORRUPTION : LES INGREDIENTS DU SCANDALE. LA MORT DANS LA TOUR AKIROV DE SAMMY OFER, L'HOMME LE PLUS RICHE D'ISRAËL".

 

"Ce matin la presse israélienne explique que Sammy Ofer est mort dans son appartment de la luxueuse Tour Akirov en raison “d’une grave maladie”. Cette explication ne tient pas la route. Tout le monde sait que sa mort est bien liée au scandale Iran-Israël. Israël va donc vivre dans les prochains jours son “affaire DSK” d’un ordre tout à fait différent.

 

Cette mort brutale va entraîner des conséquences directes sur le management des biens du multimilliardaire. Impossible dans le contexte israélien de ne pas retrouver à un moment où un autre la marque de ce groupe tentaculaire.

 

Un problème essentiel lié à la mort du magnat : la relation fusionnelle entre les très riches et très puissants et le monde politique israélien. Sammy Ofer avait une sorte d’impunité en Israël. Le nombre de politiciens qui dépendent de lui et de sa famille sont nombreux. Ofer a été finalement mis au banc des accusés par la justice américaine qui a compris qu’elle devait faire le “sale boulot” pour le compte d’Israël."

 

JACQUES BENDELAC D’ISRAELVALLEY

"La fortune de la famille Ofer est estimée à 10 milliards de dollars, soit la première d’Israël, loin devant les familles Wertheimer et Harisson. Selon le Forbes, la famille Ofer est classée au 79e rang mondial pour sa fortune. Le groupe Ofer possède de nombreuses entreprises ainsi que de multiples participations dans les différents secteurs de l’économie israélienne, comme l’industrie, la banque, etc.

 

La famille Ofer (le père Sammy et les fils Eyal et Idan) est à la tête d’Israel Corp., le plus grand consortium israélien qui étend ses ramifications comme la banque (Mizrahi), la chimie (Israel Chemicals), l’énergie (Raffineries de Pétrole), les transports maritimes (Zim), les ressources naturelles (les Entreprises de la Mer morte), le high tech (Tower Semiconductor).

 

Le groupe Ofer est aussi présent dans l’immobilier, le tourisme, le commerce de détail, etc. Sammy Ofer, qui vient de décéder, faisait aussi partie des plus grands donateurs israéliens; sa générosité a bénéficié notamment aux hôpitaux Rambam (Haifa) et Ihilov (Tel Aviv).

 

L’influence qu’exerce la famille Ofer sur l’économie israélienne et les soupçons qui viennent de lui être adressés (commerce illégale avec l’Iran) inquiètent la Banque d’Israël. Dans un communiqué exceptionnel publié en fin de semaine, le Contrôleur des banques indique suivre de près l’évolution de l’activité du groupe Ofer, tout en exerçant son contrôle sur les actionnaires des banques israéliennes. Ce que la banque centrale a omis de préciser, c’est que la famille Ofer détient 19,75% du capital de la Banque Mizrahi, la quatrième banque du pays, et que tout ce qui concerne la famille, concerne aussi le secteur bancaire israélien."

 

Source : http://www.israelvalley.com/news/2011/06/03/31980/israelvalley-ofergate-espionnage-et-corruption-les-ingredients-du-scandale-la-mort-dans-la-tour-akirov-de-sammy-offer-l-h

03/11/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

7.  NATHAN LEOPOLD et RICHARD LOEB

 

Ces deux-là ne sont pas vraiment à leur place dans cette galerie d’originaux dont la plupart  sont quand même plutôt sympa. Eux ne le sont pas du tout, sympa. Ce sont d’ignobles assassins. Mais comme leur crime est d’un genre assez particulier, ils sont repêchés dans la série.

 

corde.jpgVous souvenez-vous du film d’Hitchcock, La Corde ? (The Rope). Deux étudiants snobinards et persuadés de leur absolue supériorité veulent s’offrir des sensations inédites : ils étranglent  pour le plaisir un condisciple, placent son corps dans un coffre sur lequel ils installent les plats qui seront dégustés lors d’une réception à laquelle participent, raffinement supplémentaire, les parents du sacrifié. Mais Hitch veille : les assassins finiront mal la soirée …

 

Eh bien, c'est un fait divers particulièrement sordide, qui avait eu un grand retentissement aux USA, qui a inspiré le film.

 

Nous sommes à Chicago en 1924. Deux étudiants issus d’un milieu juif très aisé, Nathan Leopold et Richard Loeb, amis et même un peu plus, ont lu Nietzsche avec énormément d’intérêt et en ont tiré certaines conclusions. Celle-ci, notamment : les surhommes - comme eux - peuvent tout se permettre. Ne sont-ils pas infiniment plus intelligents que leur entourage et bien sûr, que la police, tellement stupide comme chacun sait ? Souhaitant se prouver la chose à eux-mêmes et s’offrir des sensations fortes, ils décident de commettre ensemble un crime gratuit et parfait.

 

Ils commencent par quelques menus larcins, histoire de se faire la main, puis se lancent le 21 mai 1924. La victime froidement choisie est un jeune voisin de 14 ans qu’ils frappent à coups de burin avant de l’achever en l’étouffant. Pour rendre l’identification du corps plus difficile, ils le brûlent à l’acide puis vont le cacher sous un pont.

Comme ils sont très intelligents, du moins de leur point de vue, ils demandent une rançon afin d’égarer les soupçons.

 

loeb.jpgHélas, rien ne va se passer comme prévu pour nos surdoués. Le corps est très vite retrouvé, ainsi qu’une paire de lunettes malencontreusement oubliée. Et pour finir, ils sont confondus par une vulgaire machine à écrire, celle qui a servi à la demande de rançon.

Interrogés par la police, les deux surhommes s’effondrent et crachent le morceau, tout en s’accusant l’un l’autre des coups mortels.

 

Le procès fera sensation. Les accusés vont échapper à la peine de mort en raison de leur âge tendre, si l’on peut oser l’expression : 19 et 18 ans. Ils seront condamnés à la prison à vie. Richard Loeb va être assassiné à son tour par un codétenu en 1936. Nathan Leopold obtiendra une liberté conditionnelle en 1958, après 33 ans de prison.

 

 

En tout cas, tous deux  auront eu amplement le temps de méditer sur quelques failles dans la théorie du surhomme ….

16/09/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

6.        LA GOULUE

 

Weber-Goulue.jpg

 

Eh oui, ça vous étonne, pas vrai ? Celle qui sera connue plus tard sous les délicats vocables de « la goulue » ou « vide-bouteilles » naît Louise Weber dans une famille juive originaire d’Alsace. Nous sommes en 1866 et la famille s’est entretemps installée à Clichy où la mère tient une blanchisserie.

 

Les temps sont durs et la blanchisserie fatigante. Il y a mieux à faire qu’à s’échiner à laver le linge du beau monde : en être soi-même. Louise Weber va peu à peu gravir les échelons classiques de la carrière alors offerte aux filles ambitieuses et désargentées : vendeuse de fleurs, modèle, danseuse dans les bals de banlieue, à l’occasion prostituée.

 

Et elle débute dans les salles de spectacle parisiennes. Elle racontera un jour ainsi ses débuts : « Un jour ma veine m’a conduite au moulin de la Galette. J’y ai connu Renoir, le peintre, et Charlot, le déménageur, Charles Desteuque, qu’on appelait « l’Intrépide Vide­Bouteilles ». On se donnait des noms comme ça vers les 1880.

Vide-Bouteilles me dit : Si tu veux venir avec moi au grand Véfour, je te ferai faire un joli costume de laitière. Ah ! mes enfants, quelle soirée ! Tous ces messieurs en habit, avec des favoris et des monocles ! Ils m’ont fait danser et boire du champagne. Ils me mettaient des louis dans les cheveux, dans mes souliers, partout. Ce fut ma première sortie dans le monde chic. M’sieur Zidler, le directeur du Moulin-Rouge m’engagea. Je gagnais 800 fr. par mois. Ça me valait encore des cachets chez tous les princes de Paris et des tournées à l’étranger. Car je faisais partie du « grand quadrille », avec Grille d’Égout, qu’est concierge maintenant, la Sauterelle qui tient un bistrot à Reims, et Nini patte-en-l’air, qu’est morte en faisant le grand écart. Ah ! je crossais ! »

 

La voilà donc engagée à Montmartre, au bal du Moulin Rouge, qui ouvre en 1889. C’est l’époque du french cancan. Elle va formidablement y réussir. Son lever de jambes suggestif attirera les foules masculines. Elle y gagne aussi ses surnoms, notamment celui de « la goulue » car elle avait l’habitude de vider les verres des clients, en passant à leur table. Elle formera un duo de danse très apprécié avec Valentin le désossé.

 

medium_477px-Henri_de_Toulouse-Lautrec_037.jpgLe peintre Toulouse-Lautrec fera d’elle un certain nombre de portraits et d’affiches. Elle servira par ailleurs de modèle au photographe Achille Delmaet pour une série de nus qui feront scandale.

Toujours au sommet de l’affiche durant cette période, qui va durer six ans, La Goulue devient riche et de plus en plus capricieuse.

 

En 1895, persuadée d’avoir tous les atouts pour réussir seule, elle quitte le Moulin Rouge et prend une baraque de danseuse orientale dans les fêtes foraines. Ladite baraque sera décorée par Lautrec (les panneaux sont visibles aujourd’hui au musée d’Orsay). Cela ne suffit pourtant pas à faire venir le public qu’elle espérait.

Mais elle persévère et à partir de 1898, se lance dans le domptage de fauves. En 1900, elle épouse un magicien, Joseph-Nicolas Droxler, qui devient dompteur lui aussi.

 

Petit à petit, les choses vont se dégrader. La Goulue ne retrouvera jamais son succès de l’époque du Moulin Rouge. Il y aura ensuite la guerre. Les noces à répétition, l’alcoolisme, auront raison du peu d’argent qui lui reste. Devenue méconnaissable, elle continue à traîner dans les foires et les fêtes foraines, vivant tantôt dans sa roulotte à Saint-Ouen, tantôt – l’hiver – boulevard Rochechouart. Toujours entourée de chiens, de chats et d’épaves en tous genres.

 

Dans les années 20, elle allait souvent rôder du côté de Montmartre, vendant des cigarettes et des allumettes aux terrasses des cafés, ainsi qu’à l’entrée du Moulin-Rouge dont elle avait jadis été la reine. Mais Mistinguett l’avait remplacée.

Elle mourra à l’hôpital en 1929 et sera enterrée dans l’anonymat au cimetière de Pantin.

 

Anonymat dont elle va pourtant sortir en 1992 pour un dernier tour de piste : à la demande de son petit-fils, elle est exhumée et le maire de Paris, Jacques Chirac, va ordonner le transfert de ses cendres au cimetière de Montmartre. Ce qui sera fait en grande pompe, avec tous les officiels requis. Elle aurait été contente.

 

09/09/2008

PETITE GALERIE D'ORIGINAUX

5.      LA PAÏVA   ou  QUI PAIE Y VA

 

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Allez, il n’y a pas que la politique dans la vie, heureusement ! Aujourd’hui, nous allons évoquer non pas un mais une originale, dont je dois dire qu’elle m’en met plein la vue !!! Cette grande croqueuse de diamants devant l’Eternel – quel qu’il soit – mérite toute notre considération. Un bel exemple d’assimilation particulièrement réussie !

 

Esther Lachmann naît à Moscou en 1819 dans une modeste famille juive d’origine polonaise. Son père, drapier dans le ghetto, la marie dès ses seize ans à un tailleur français tout aussi modeste, Antoine Villoing. Après avoir mis au monde un fils, elle prend le large un an après son mariage avec un amant de passage. Après un intermède galant à Constantinople, la voilà à Paris où elle troque son prénom contre celui de Thérèse. Elle ne va pas tarder à y faire son trou.

 

Elle y sera puissamment aidée par le riche compositeur-pianiste Henri Hertz, qui l’introduit dans un milieu d’artistes, musiciens et écrivains. En quelques années, elle devient une courtisane accomplie.

 

Ayant finalement épuisé les charmes – et les possibilités – de Paris, elle franchit le Channel et décide d’aller écumer Londres. Elle y éblouira son premier lord anglais, Lord Stanley, qui sera suivi d’une pléthore d’autres. Car évidemment, elle ne pêche – et ne pèche – que dans le gratin.

 

En 1848, ayant une nouvelle fois épuisé les possibilités de l’endroit, on la revoit à Paris. En 1851 – elle a trente-deux ans, il faut songer à l’avenir – elle épouse un marquis portugais : le marquis de Païva. Il n’est pas certain qu’il soit vraiment marquis, en tout cas il est riche. Le nom lui plaît bien, elle va le garder, même après la séparation d’avec son mari, qui ne tarde guère. Précisons à ce point de notre histoire que fort heureusement, le premier mari, le franco-russe, avait entretemps rejoint un monde meilleur.

 

Elle épouse ensuite le richissime comte Guido Henckel von Donnersmarck, cousin de Bismarck – bon sang, ces femmes avaient un secret : lequel ? – qui, amoureux fou quoique plus jeune qu’elle, lui fait construire un hôtel particulier extravagant et hors de prix, qui existe toujours, au 25 avenue des Champs-Elysées (c’est à présent le siège du Traveller’s Club). Durant la construction, un mot courait Paris : Les travaux avancent-ils bien ? Oh oui, le trottoir est fini !

La voilà enfin bien mariée et installée dans ses meubles. Aujourd’hui encore, sa baignoire fait rêver et son lit finira brillamment sa carrière, un plus tard, vers 1900, dans une maison close sise 6 rue des Moulins à Paris. On peut bien donner l’adresse maintenant, il y a prescription.

 

Elle va énormément y recevoir. Au salon, bien sûr. Mais voilà que les choses se gâtent pour elle. Elle est devenue par son mariage cousine de Bismarck et grandement désireuse de lui faire plaisir. Sa fortune étant désormais faite, elle découvre à présent les charmes de la politique. Toujours est-il qu’elle se voit sérieusement soupçonnée d’espionnage au profit de l’Allemagne et priée de quitter le pays. Eh oui. Elle se retire alors dans la région d’origine de son mari, la Silésie, au château de Neudeck, où elle meurt en 1884, à l’âge de soixante-cinq ans.

 

Les frères Goncourt, ces mauvaises langues, avaient été invités le 24 mai 1867 dans le palais de la Païva. Voici leurs commentaires venimeux :

 

"Gautier, [Théophile, bien sûr] qui est en ce moment le maestro di casa, nous présente à cette fameuse Païva, dans son légendaire hôtel des Champs-Élysées. Elle nous reçoit dans une petite serre. Une vieille courtisane peinte et plâtrée, l'air d'une actrice de province, avec un sourire et des cheveux faux.

On prend le thé dans la salle à manger qui, avec tout son luxe et la surcharge de son mauvais goût Renaissance, ne ressemble guère qu'à un très riche cabinet de grand restaurant, à un salon des Provençaux, malgré tout l'argent de ses marbres, de ses boiseries, de ses émaux, de ses peintures, de ses candélabres d'argent massif, venant des mines du Prussien entreteneur qui est là.

[…] On sent tomber sur cette table magnifique, chargée de cristaux, éclairée de l'incendie des lustres, le froid, l'horrible froid, spécial aux maisons de putains jouant la femme du monde, et l'espèce de Mané Thécel Pharès d'ennui et de malaise qui glace, dans les palais de prostitution et dans les Louvres du cul, le naturel et l'esprit des gens qui y passent."

05/09/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

4.  BENJAMIN HARRISON FREEDMAN

 

freedman.jpgEn l’occurrence, c’est plutôt d’anticonformisme et de liberté de penser qu’il faudrait parler. Pour ne pas dire de sagacité.

 

Benjamin Freedman naît en 1890 à New York dans une famille juive ashkénaze nommée en réalité Friedman (il américanisera plus tard son nom). Attiré par la politique, il devient l’assistant de Bernard Baruch lors de la campagne présidentielle de 1912. Ce grand financier de Wall Street, également d’origine juive, soutient le candidat démocrate qui sera élu et débutera son premier mandat en 1913 : Woodrow Wilson. C’est Wilson qui fera entrer les Etats-Unis dans la première guerre mondiale. Baruch sera son conseiller pour les questions de défense et prendra la tête du Bureau des Industries de Guerre. Plus tard, toujours aussi influent, il deviendra l’un des proches de Roosevelt.

 

Freedman aura donc l’occasion, de par ses contacts et activités, de voir de près les ressorts de la politique américaine et surtout d’en connaître les coulisses durant ces années extrêmement intenses, qui vont de la première guerre mondiale à 1945.  Il ne sera jamais un politique au sens électoral du terme, mais un industriel très riche. Il met sa fortune au service de ses convictions dont la principale se trouve formulée dans le livre The Hidden Tyranny (La Tyrannie Cachée), qu’il fait paraître en 1961 : les organisations sionistes exercent une très forte emprise sur la politique des Etats-Unis. Il racontera dans ce livre sa vision des événements dont voici un aperçu, très simplifié. 

 

Selon lui, durant la première guerre mondiale, les milieux sionistes se livrèrent à un lobbying intense auprès des puissances occidentales de l’époque afin de favoriser la création d’un Etat juif en Palestine, en jouant habilement des alliances et influences diverses et réciproques. Dans cette optique, toujours selon Freedman, il était nécessaire que les Etats-Unis entrent en guerre et l’Angleterre y avait elle aussi un vif intérêt. Les relais sionistes de la presse américaine s’employèrent donc à faire évoluer l’opinion publique du pays, qui était à l’époque plutôt pro allemande. Avec succès. Le fait est – d’autres raisons certes y concourront – que les Etats-Unis rejoignent la Triple Entente (France, Royaume-Uni, Russie) le 6 avril 1917.

 

1917 est décidément une année incroyable. Elle voit la révolution bolchevique et la déclaration Balfour qui servira plus tard à légitimer le futur Etat d’Israël.

Par cette déclaration en forme de lettre au baron Rothschild qui préside alors l’antenne anglaise du mouvement sioniste, les Anglais promettent assez vaguement aux juifs un « foyer national », tout en faisant des promesses exactement opposées aux arabes.

 

Freedman est un antisioniste ardent, vous l’avez deviné. En 1946, il fondera la « Ligue pour la Paix et la Justice en Palestine ».

 

Il se fait des ennemis inexpiables, mais n’en a cure. De toute façon, il a un autre dada qui ne plaira pas davantage aux sionistes: les Khazars. Il écrira à ce sujet Les faits sont les faits : la vérité sur les Khazars.

 

La Khazarie était au Moyen-Age un royaume turco-caucasien qui s’était converti au judaïsme en 838. Selon la théorie de Freedman, les juifs ashkénazes (dont il était) descendaient de ces anciens Khazars convertis qui, après la chute de leur royaume, s’étaient dispersés dans toute l’Europe orientale et l’Asie centrale. Selon lui, plus de 90% des juifs vivants descendaient d’une façon ou d’une autre des Khazars. Vous imaginez la réaction des sionistes. Une théorie aussi scabreuse, en niant les liens du sang avec les anciens Hébreux, fichait par terre tous les mythes fondateurs du sionisme, Elle discréditait la prétention au « retour » et accessoirement réduisait à presque rien le terme de « sémite » que seuls pouvaient encore revendiquer les sépharades. Quel couscous !

 

Comme un malheur ne vient jamais seul, le professeur Abraham Poliak, de l’Université de Tel Aviv avait publié en 1941 La conversion des Khazars au judaïsme. Ses conclusions rejoignaient celles de Freedman et furent d’ailleurs accueillies avec la même hostilité. La controverse fera rage et pour le punir, le nom de Poliak sera finalement supprimé de l’édition 1971-1972 de l’Encyclopedia Judaïca. Plus tard, Arthur Koestler reprendra le sujet avec les mêmes conclusions.

[Je reviendrai sur ce sujet intéressant, la Géorgie faisant partie de l’ancien royaume khazar. Les années sont courtes et la mémoire est longue].

 

Pour faire bonne mesure, Freedman s’en prendra aussi au Talmud et recensera toutes ses attaques contre le christianisme. Il ira au bout de sa logique : Benjamin Freedman finit par se convertir et devient chrétien.

 

Il était encore actif au milieu des années 70 et mourra en 1984, à l’âge vénérable de 94 ans, systématiquement honni et vilipendé par toutes les organisations sionistes américaines sous le terme de self hatred jew (juif atteint de la « haine de soi »). Une affreuse maladie qui touche inévitablement tous ceux qui, juifs eux-mêmes, se permettent d’émettre la moindre critique à l’encontre du sionisme.

31/08/2008

PETITE GALERIE D'ORIGINAUX

3.    HERSCHMANN CHAIM STEINSCHNEIDER, dit ERIK JAN HANUSSEN

hanussen_000.jpg

Le futur « mage de Hitler » naît en 1889 dans une famille juive d’un village de l’empire austro-hongrois.  Il débute à Vienne en 1910 par de petits cachets dans des cabarets et des piges dans quelques journaux. Faisant des recherches sur les secrets de Leo Rubini, un coreligionnaire magicien très connu, il se rend compte qu’en s’appliquant un peu, il arrive à réaliser ses tours de télépathie aussi bien que le maître.

Il décide donc d’occuper ce créneau prometteur où il réussira si bien qu’en 1918, toujours à Vienne, il remplit les salles et se voit même proclamé « plus grand voyant d’Europe ».

Mais à l’époque, il y a bien mieux que Vienne : Berlin ! La capitale de la république de Weimar est alors une métropole quelque peu décadente de quatre millions d’âmes où la vie nocturne est sans égale. Environ 20 000 astrologues, fakirs et autres occultistes y prospèrent et parmi eux, une confrérie juive florissante se présentant en général sous des habillages aussi divers que hauts en couleurs : tsiganes, chamans, moines exotiques, etc.

Le « plus grand voyant d’Europe » se lance donc à la conquête de Berlin en 1930 et entend bien y faire fortune. Se prétendant, lui, aristocrate danois itinérant, il ouvre un cabinet de voyance dans un quartier chic et cible dès le départ une clientèle huppée. Il ne délivrera pas ses oracles au tout venant. Et il a bien raison, car malgré ses tarifs exorbitants, il connaît un succès fou. Ses clients comptent parmi l’élite culturelle de Berlin : chanteurs, cinéastes, acteurs, notamment Peter Lorre.

Il se produit par ailleurs sur des scènes prestigieuses et réussit très vite à remplir son programme initial: il devient richissime. Il va étaler un train de vie époustouflant, même pour Berlin : voitures de luxe, appartements, yacht, gardes du corps. Son fameux yacht, où circulait la cocaïne, sera le théâtre de « spectacles » d’un genre très particulier.

Au sommet de son étoile, en 1931, il lance deux journaux afin d’entretenir l’intérêt du public : Hanussen Magazine et Bunte Wochenschau, tous deux consacrés à l’occultisme et au paranormal. Thomas Mann sera un contributeur régulier.

Si ses affaires se portent bien, l’Allemagne va mal. Elle connaît une période de chaos qui voit un nouveau venu conquérir peu à peu les foules : Hitler. Hanussen suit les événements politiques avec attention. Sa folle ambition et son désir de respectabilité vont le perdre. Il est un saltimbanque riche, il veut devenir un maître à penser. Il se lance donc dans les prédictions politiques. Le 25 mars 1932, son journal titre Hanussen en transes prédit l’avenir de Hitler.

Il prédit l’arrivée de Hitler au poste de chancelier pour l’année suivante. Evidemment, ce faisant, il attire l’attention des hiérarques du NSDAP. Hitler serait devenu l’un de ses clients à partir de ce moment-là. Mieux vaut utiliser le conditionnel car peut-on être sûr de quoi que ce soit dans ce domaine si particulier ? Et puis, on ne prête qu’aux riches…

Ce qui est sûr en revanche, c’est que Hanussen avait soigneusement caché à ses nouveaux amis son origine juive que les communistes allemands, déchaînés, vont étaler dans leur presse. Horreur dans les rangs nazis. Hanussen, sommé de s’expliquer, invente une histoire rocambolesque de parents danois morts prématurément en Moravie et d’adoption par une famille juive compatissante. On le croit – pour l’instant - et Hanussen respire.

Il s’offre même un monument extravagant à sa gloire, un théâtre nommé Le Palais de l’Occulte, où les nazis continuent à se rendre. Et son tabloïd  est l’un des deux journaux envoyés aux prisonniers du camp de Dachau qui vient tout juste de s’ouvrir.

Mais la fin est proche. Son rôle dans l’affaire de l’incendie du Reichstag est assez trouble – il avait opportunément « prédit » toute l’affaire juste avant. Par ailleurs, il avait prêté de fortes sommes d’argent à des membres éminents de la SA. Sans compter l’existence de « films » compromettants qui auraient été tournés sur le fameux yacht.

Et puis, ses dénégations n’ont pas vraiment convaincu. Le mouvement nazi, qui l’avait utilisé un temps, n’a plus besoin de lui. Hanussen n'aura pas prévu ce qui lui arrive au soir du 24 mars 1933: alors qu’il s’apprête à partir pour son théâtre, il est arrêté par des membres de la SA. Conduit à la gestapo, il est accusé de complicité avec les communistes et de production de faux certificat aryen.

Quelques heures après, le « prophète du IIIe Reich » est exécuté par balles et son cadavre abandonné dans la périphérie de Berlin. Par la suite, il ne sera plus guère évoqué, étant finalement aussi embarrassant pour les nazis que pour les juifs.

28/08/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

 

2. MOSES PINKELES, alias IGNAZ TREBITSCH-LINCOLN, alias CHAO KUNG

 

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Moses Pinkeles naît en 1879 – la même année que Trotski – dans une famille juive orthodoxe de Hongrie. Il est du genre turbulent et aura souvent maille à partir avec la police pour divers larcins. De toute façon, Budapest est trop étroit pour lui et dès ses 18 ans, il part pour  Londres. Là, ayant rencontré des missionnaires chrétiens, il abandonne la religion familiale et se fait baptiser le jour de Noël 1899. On peut supposer que c’est à cette occasion qu’il adopte une nouvelle identité : dorénavant, il s’appellera Ignaz Trebitsch-Lincoln. Le nouveau converti entame des études de théologie dans un séminaire luthérien du Schleswig-Holstein, puis est envoyé au Canada comme missionnaire chargé de promouvoir le christianisme auprès des juifs de Montréal. Il rentre en Angleterre en 1903.

 

Là, il ne tarde pas à faire la connaissance de l’archevêque de Canterbury, qui lui confie une paroisse dans le Kent. Il rencontre également un autre personnage important : Seebohm Rowntree, millionnaire du chocolat et membre influent du parti libéral, dont il devient le secrétaire. Quoique toujours de nationalité hongroise, il est présenté par son mentor aux législatives de janvier 1910 et remporte le siège de Darlington, dans le comté de Durham, battant le conservateur en place depuis des lustres. Hélas, il ne restera pas longtemps membre du Parlement car en novembre de la même année, de nouvelles élections ont lieu et Darlington retourne à ses anciennes amours.

 

Que faire à présent ? Gagner de l’argent, bien sûr, mais comment ? Durant ces années d’avant-guerre, il s’essaie à diverses entreprises commerciales dans les Balkans, tâte de l’industrie pétrolière sans grand succès. Il offre ses services comme espion au gouvernement britannique. En vain.  Il aura plus de chance avec les Allemands qui l’emploient comme agent secret.

 

Mais rien n’est simple avec lui. Qu’a-t-il fait ou pas fait pour avoir mécontenté ses employeurs ? Toujours est-il qu’on le retrouve aux Etats-Unis en 1915. L’attaché militaire allemand en poste là-bas, Franz von Papen, reçoit de Berlin l’instruction expresse de l’écarter.

Du coup, Trebitsch-Lincoln vend son histoire au New York World Magazine. Elle paraîtra sous le titre sensationnel de Révélations de I.T Lincoln, l’ancien membre du Parlement devenu espion.

Malheureusement pour lui, les Anglais ne vont pas goûter la plaisanterie et Lincoln, extradé, purgera trois ans de prison sur l’île de Wight. Il est relâché en 1919.

 

Commence une nouvelle période de son existence où on le retrouve, toujours désargenté, dans les milieux militariste et d’ « extrême-droite » de la république de Weimar, dans le sillage de Wolgang Kapp et Erich Ludendorff. A la suite de l’échec du putsch de Kapp, en 1920, il quitte l’Allemagne pour Vienne puis Budapest, tentant de réunir des factions rivales en une improbable Internationale blanche. Celle-ci échouera mais Trebistch, ayant eu accès à des archives instructives, en profitera pour vendre ses informations à divers gouvernements.

L’Autriche lui intente un procès pour haute trahison. Acquitté, il est néanmoins déporté et se retrouve … en Chine où il va servir divers seigneurs de guerre en tant que « conseiller militaire ».

 

Entre deux opérations guerrières, il aura l’occasion de recevoir la révélation – du moins le prétendra-t-il - et il se convertit au bouddhisme à la fin des années 20. Comme il ne fait pas les choses à moitié, il devient moine. Il créera même son propre monastère à Shanghaï. Les impétrants étaient priés de transférer leurs possessions terrestres, désormais inutiles, à leur nouveau supérieur, qui avait pris le nom de Chao Kung. Lequel, disent les mauvaises langues, ne dédaignait pas de convertir également les nonnes.

 

Mais sa carrière ne s’arrête pas encore là, car cet homme infatigable va se mettre au service des Japonais en 1937, produisant pour eux de la propagande anti-britannique. Il avait vraiment gardé une dent contre les Anglais car lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, il contactera à nouveau les Allemands pour se rappeler à leur bon souvenir et leur proposer de soulever tous les bouddhistes de la région (la Chine…) contre l’influence anglaise. Cette proposition va être prise très au sérieux et  provoquer l’enthousiasme de Heinrich Himmler et de Rudolf Hess. Hélas, après l’envol de ce dernier pour l’Ecosse en mai 1941, Hitler mettra un point final à ces délires politico-mystiques.   

 

Ce qui n’empêchera nullement Chao Kung de continuer à travailler pour les services secrets japonais et allemands jusqu’à sa mort, survenue en octobre 1943.

En juillet de la même année, quelques mois avant sa mort, il donnait une interview au journal yiddish Unzer Lebn, publié par les juifs réfugiés à Shanghaï. Lui-même antisioniste, il y préconisait l’accueil des juifs réfugiés sur des domaines appartenant aux bouddhistes, près de Shanghaï, afin d’y créer un « Tel-Aviv miniature ».

26/08/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

Au hasard des lectures ou autres sources, il arrive que l’on tombe sur des personnages étonnants et peu connus. Des originaux inclassables, en quelque sorte. Qu’on soit d’accord avec leur démarche ou pas n’a aucune importance. Ils ont de toute façon l’immense mérite de sortir des sentiers battus et de ne pas ressembler aux tristes clones que l’on voit à l’heure actuelle à peu près partout, rabâchant sempiternellement l’éternel discours convenu et approuvé.

 

Pour clore l’été, je vous invite à découvrir une petite série de ces originaux. Si vous, de votre côté, en trouvez d’autres, merci de le signaler.

 

 

1.     MUHAMMAD ASAD

 

Asad1932.jpgComme son nom ne l’indique pas, il est né Léopold Weiss en 1900 à Lvov, dans l’empire austro-hongrois, aujourd’hui ville d’Ukraine. La communauté juive de Lvov était très importante - de l'ordre de près d'un tiers de la population - et prospère. Issu d’une longue lignée de rabbins, Weiss est plongé dès son plus jeune âge dans les arcanes de l’hébreu, de l’araméen, du talmud, de la mishna. Et much more.

 

En 1918, il s'inscrit en philosophie et histoire de l’art à l’université de Vienne et débute très brièvement dans la vie active à Berlin aux côtés du cinéaste Fritz Lang. En fait, il veut devenir journaliste.  Il n’a que vingt ans et un grand sens de la houtspah, qui va lui permettre de décrocher une interview exclusive de la femme de Maxime Gorki, Yekaterina Peshkova, alors secrètement à Berlin pour solliciter l’aide des occidentaux. Nous sommes en 1920-21 et la famine fait rage au paradis bolchevique. Du coup, le voilà engagé au Frankfurter Zeitung.

 

En 1922, son oncle maternel, le psychanalyste Dorian Feigenbaum, l’invite à Jérusalem, alors sous mandat britannique, où il dirige une clinique psychiatrique. C’est une révélation. Léopold Weiss découvre le monde arabe et la religion musulmane. Il est si séduit par l’un et l’autre qu’il finira par se convertir à l’islam quelques années plus tard, en 1926. « L’islam ne me paraissait pas une religion … mais plutôt une manière de vivre ; moins un système théologique qu’un ensemble de règles individuelles et sociales fondées sur la conscience de Dieu », écrira-t-il notamment.

 

En attendant, il va rencontrer énormément de gens et voyager dans tout le Moyen-Orient : Egypte, Arabie saoudite, Iran, Afghanistan, et même plus loin, jusque dans les républiques soviétiques d’Asie, étudiant toutes les facettes de l'islam.. Il est vu d’un mauvais œil par les autorités coloniales qui le considèrent comme un bolchevik en raison de sa sympathie affichée pour les mouvements de « libération » des arabes de la férule coloniale soutenus plus ou moins discrètement par Moscou.

 

Durant ces années d’avant-guerre, il va passer six années à La Mecque et à Médine à étudier les textes religieux de l’islam et à nouer des contacts politiques. Finalement déçu par les dirigeants soudiens, il se rend en Inde en 1932 et y fera une rencontre importante : celle de Muhammad Iqbal, philosophe et poète, qui soutient la création d’un Etat musulman indépendant en Inde, qui deviendra bientôt le Pakistan. C’est à l’instigation d’Iqbal qu’il écrira en 1934, L’Islam à la Croisée des Chemins, livre à caractère politique destiné principalement aux jeunes générations musulmanes. Il s’y livre à des diatribes contre les valeurs matérialistes occidentales.

 

En 1938, lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, Weiss avait refusé le passeport allemand qui lui était proposé, préférant conserver sa nationalité autrichienne. Ce qui n’empêchera pas les Britanniques de l’emprisonner en Inde dès la déclaration de la guerre, comme « ennemi étranger ». Il ne sera libéré qu’en 1945.

 

La partition a lieu en 1947 et Asad – Weiss est à présent définitivement oublié - participe activement à la création du Pakistan, préconisant sa stricte conformité à la charia, contrairement à d’autres qui souhaitent un Etat laïque. Il occupe une position officielle dans les instances dirigeantes du pays, au sein du ministère des affaires étrangères.  En 1952, il devient ambassadeur du Pakistan auprès des Nations Unies à New York.

 

Mais il ne va pas tarder pas à se brouiller avec les Pakistanais pour des raisons assez mystérieuses. Il donne sa démission la même année et décide de rester à New York.

mecque.jpgA partir de cette date, il va consacrer son temps à l’écriture. Le plus célèbre de ses livres sera Le Chemin de la Mecque, publié en 1954, où il raconte ses voyages et sa conversion. Il y exprime également sans détours ses vues antisionistes. Car il a toujours été opposé au sionisme et la période d’avant-guerre qu’il décrit se situe toute entière dans le contexte de la pression sioniste grandissante. Weiss raconte qu’il avait découvert en Palestine des habitants qui lui semblaient évoquer bien davantage les figures bibliques que les immigrants hétéroclites provenant de divers coins d’Europe.

 

En 1955, il s’installe en Espagne et s’attelle à son œuvre majeure : la traduction du Coran en anglais. Il va y passer dix-sept années. Cette traduction sera publiée en 1980 sous le titre The Message of the Quran.

 

Au terme d’une existence originale et mouvementée, ayant eu quatre épouses et un fils, il meurt en Espagne en 1992.