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22/02/2012

TRANS-EUROPE EXPRESS…

En rangeant mes petits papiers, je tombe sur une coupure de presse parue dans les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) le 21 août 1992. Bientôt 20 ans. Il s’agissait de la critique (terme particulièrement impropre, mais enfin, je n’en trouve pas d’autre) d’un opuscule que venait tout juste de pondre Jean-Louis Bianco, alors ministre mitterrandien des Transports. M. le Ministre s’était risqué, sans doute pour se distraire cet été là, et aussi plus vraisemblablement pour des raisons plus électorales, à un genre particulièrement casse-gueule : la politique-fiction. Un genre que j’affectionne, surtout avec le recul.

 

Vos yeux émerveillés vont (re)découvrir ci-dessous, sous la plume admirative d’un plumitif des DNA, l’Europe des mille et une merveilles que nous promettait ce bon Jean-Louis en 1992. Une Europe bien socialiste où tous les petits copains se partageaient de formidables fromages dans l’allégresse et la prospérité générales. Il s’agissait alors de faire passer la pilule du traité de Maastricht (février 1992) et d’agiter sous le nez des Français déjà passablement réticents des oripeaux étincelants, aux couleurs de l’arc en ciel.

 

20 ans après, ce qu’est devenue l’Europe des technocrates bruxellois dominée par une pensée unique étouffante – gauche/droite réunies et confondues dans le même mépris des peuples - fait plus penser à un corbillard qu’à un train de luxe. Mais se trouve-t-il un seul journaliste pour aller demander quelques comptes à l’ancien délirant alors ministre et aujourd’hui toujours député ? Et éventuellement lui rappeler que le « rare optimisme », lorsque l’on est un responsable politique, ça porte en principe un autre nom.

 

 

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 "Trans-Europe express ..."

 

« Un voyage en première classe pour le « oui » à Maastricht, avec Jean-Louis Bianco, le ministre de l’Equipement et des Transports dans le rôle de la motrice. Le roman de politique-fiction le plus chaud de l’été aurait pu s’intituler : Maastricht, dix ans après …

 

180 pages : « Trans-Europe express » se lit comme un polar. D’abord le décor : l’Europe, en l’an 2002. Soit vingt pays au total. La Communauté européenne vient d’accueillir la Bohême, la Slovénie et la Hongrie, après l’Autriche, la Norvège, la Suisse, la Finlande et la Suède. Après le « référendum d’infirmation de  1996 » le Danemark a enfin ratifié le traité d’union …

 

Au Parlement de Strasbourg, les décisions sont prises à la majorité relative : « 10 voix pour les grands pays, 2 pour les petits … ».

Ensuite les personnages. En Afrique du Sud, Nelson Mandela a été élu président. C’est un socialiste, Bjorn Engholm, qui est maintenant chancelier d’Allemagne … Felipe Gonzales, dans le fauteuil de Jacques Delors est désormais président de l’Europe, Bernard Kouchner, prix Nobel de la paix, est toujours entre deux avions cargos. On consulte toujours François Mitterrand, retiré à Latché … Mais au fait, qu’est devenu Jean-Louis Bianco ? L’auteur, par modestie, reste muet.

 

Rare optimisme

 

L’Europe de Maastricht, qui effrayait tant en 1992, marche en 2002. Et plutôt bien. En cinq récits, enlevés comme les meilleurs thrillers, plausibles comme le réveil des vieilles nations de l’Europe centrale, Jean-Louis Bianco nous a peaufiné un cours de géopolitique d’un rare optimisme.

Exemples :

Dans l’ex-Yougoslavie, le Kosovo a été pacifié grâce à l’intervention de l’Eurocorps, le corps d’armée européen, dont les bases avaient été jetées au printemps dernier lors du sommet franco-allemand de La Rochelle. Une revanche épistolaire sur les affaires croates et bosniaques de 1992 …

 

« La guerre des monnaies n’a pas eu lieu », un accord ECU-dollar-yen a pu être signé à temps. Les billets de la banque européenne sont à l’effigie de Charlemagne, Léonard de Vinci et Newton …

Arrêt à Strasbourg. « Malgré l’heure de pointe, la circulation était fluide. Le centre-ville était devenu piéton depuis la décision de Catherine Trautmann. Les commerçants avaient commencé par protester et puis finalement les vélos avaient fait leur apparition ».

 

Le Parlement « des vingt » vient de créer « Europol » pour gagner la bataille de la drogue contre la Mafia. Le héros de l’épisode « traverse le Kristkindelmark. On est à la veille de Noël. Il achète les DNA qui titrent sur toute la largeur de la une : l’Europe stoppe la Mafia ».

 

« J’ai voulu parler de l’avenir, parce que c’est le pays où je compte passer le restant de mes jours » confesse Jean-Louis Bianco dans la préface. Reste au ministre le devoir de dépasser la fiction du conteur. »

 

                                

 

                                  xxx

 

Ah, mais c’est que la fiction, c’est quand même plus commode que l’action. Il n’y a qu’un énarque distingué pour pondre une phrase pareille sans en mesurer la connerie : « Les commerçants avaient commencé par protester et puis finalement les vélos avaient fait leur apparition ».

 

Vachement pratiques, les vélos, en plein hiver, quand on a deux ou trois gosses à déposer à l’école et à rechercher, avant d’aller soi-même au boulot. Il est vrai que ces impayables donneurs de leçons, avec leurs chauffeurs, ne connaissent pas ces menus problèmes.

 

Qui est Jean-Louis Bianco ? Entre autres un chantre forcené de l’immigration massive dont vous retrouverez le pedigree dans les archives du blog (21/4/11).

 

26/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (9)

yy.jpgNous allons clore pour le moment nos investigations sur le Gisti, en rapportant l’une ou l’autre info dont il n’a pas été question jusqu’à présent :

Il faut croire que la loi anticasseurs était vraiment restée sur l’estomac de ces jeunes gens si distingués car – sans doute grâce à leurs bons soins – elle sera abrogée dès octobre 1981.

Les infos suivantes sont tirées de Wikipédia.

« Premières victoires

Le Gisti obtient sa première victoire juridique avec un arrêt du Conseil d'État du 13 janvier 1975, qui lui donne raison en annulant les circulaires Marcellin et Fontanet. L’arrêt ne porte toutefois pas le nom du Gisti car sa recevabilité à agir n’étant pas à l’époque certaine (l’association n’était pas encore déclarée), il a paru préférable de mettre en avant un travailleur immigré, de nationalité portugaise. Le second « arrêt Gisti », mais le premier à porter son nom, considéré par la doctrine comme l'un des Grands arrêts du Conseil d'État, date de 1978, et concerne le regroupement familial. Ce dernier affirme en effet qu'«Il résulte des principes généraux du droit et, notamment, du Préambule de la Constitution que les étrangers résidant régulièrement en France ont, comme les nationaux, le droit de mener une vie familiale normale, qui comporte, en particulier, la faculté de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants mineurs. »

« A son arrivée au pouvoir, la gauche appelle certains membres fondateurs de l'association à participer au gouvernement. Ceux-ci cessent alors de militer au sein du Gisti ». [Ce n’était plus nécessaire, les lampistes pouvaient prendre le relais. « Eux » avaient mieux à faire désormais, et pouvaient diriger la manoeuvre de plus haut].

« Soutien aux mouvements d'étrangers en situation irrégulière 

En 1996 le Gisti soutient les étrangers en situation irrégulière qui occupent l'église Saint-Ambroise puis ceux en grève de la faim de l'église Saint-Bernard évacuée par la force par les gendarmes mobiles. L'association lance par la suite l'idée d'un appel à la désobéissance civile suite à la loi Debré, appel repris par des cinéastes et qui entraîne par la suite l'organisation d'une manifestation rassemblant cent mille personnes dans les rues de Paris. »

« Élargissement des combats de l'association 

En 1996, le Gisti change de nom et devient le Groupe d'information et de Soutien des Immigrés. Il organise et participe à de nombreuses campagnes notamment pour le droit de vote des étrangers aux élections locales (1998), pour l'accueil des mineurs étrangers isolés (2000), contre l'expulsion des étrangers condamnés (2001), pour la suppression des emplois fermés aux étrangers non communautaires (2001).

En outre, le Gisti devient membre du conseil d'administration du comité français du Réseau Européen Contre le Racisme (ENAR de son sigle en anglais) et assure le secrétariat de la Coordination pour le Droit d'Asile (CDA) ».

« Actions du Gisti au niveau européen et international 

Le Gisti s'est investi de manière croissante au niveau européen, notamment avec le réseau Migreurop, né autour de la mobilisation sur le camp de Sangatte, puis dans le cadre du Forum social européen de Florence en 2002.

Le Gisti a fait partie des dix ONG européennes qui, en février 2004, ont porté plainte auprès de la Commission européenne contre le gouvernement italien, pour le renvoi vers la Libye de centaines de candidats à l'asile arrivés sur l'île de Lampedusa. »

« Structure 

Au début de l'année 2009, le Gisti comptait 215 membres (dont 57 avocats). La gestion quotidienne de l'association est assurée par huit salariés (7 en équivalent temps plein dont un emploi jeune) appuyés par des bénévoles.

Depuis sa création, le Gisti a connu trois présidentes Arlette Gründstein (jusqu'en 1985), Danièle Lochak (de 1985 à 2000), Nathalie Ferré (de 2000 à 2008) et un président, Stéphane Maugendre (depuis 2008). »

« Finances 

En 2008, les produits du Gisti - environ 682 300 euros - proviennent des cotisations et des dons (21,2 % ; le Gisti compte sur un total de 1875 donateurs dont 526 ont effectué un don entre 2006 et 2009, de subventions publiques (20,7 % ; CNL,  Région Île de France [tiens, tiens …], Ministère de l'Emploi et de la Solidarité, ACSE...), des formations (19,4 %), de subventions privées (17,1 % ; Emmaüs, CCFD, Fondation de France, Barreaux, Éditions Législatives...), et des publications (15,3 %). »

25/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (8)

yy.jpgNous arrivons tout doucement au bout de notre quête. Ecoutons à nouveau ce que disait Gérard Moreau à Anna Marek : « C’est ce conglomérat d’expériences qui a conduit ces énarques à chercher des voies d’engagement ensemble, dans ce petit groupe d’une douzaine de personnes au début mais qui s’est réduit rapidement à cinq ou six, et à chercher un sujet d’engagement à côté de leur métier. Nous avons donc cherché un thème d’action collective. Il s’est trouvé que, à la fois parce que 1968 avait remis en lumière certaines valeurs d’internationalisme et que les immigrés symbolisaient, comme ils l’ont toujours fait d’ailleurs, des gens pour qui le droit ne s’exerçait pas, nous avons lancé le thème, sur cette base-là. L’immigration incarnait en quelque sorte un champ à défendre pour toute une série de raisons : internationales, économiques, sociales... »

Il est clair que le groupe était plus copieux au début que les « quatre » retenus par la suite. Mais je pense que ces « quatre » ont déjà été nommés précédemment. Il y a un certain nombre de noms supplémentaires dans la promotion Thomas More - qui est une véritable pépinière de gens de gauche* - qui réunissent certains indices, notamment l’une ou l’autre femme, ou encore Alain Richard (voyez sa bio sur internet), mais il est difficile de tirer formellement de ces quelques éléments les conclusions qui nous intéressent.

Par contre, je terminerai par deux personnages dont l’un me paraît être un candidat plausible. Pourtant, il appartient à la promotion suivante (Charles de Gaulle, mars 1970-juillet 1972). N’oublions pas que la fameuse loi anticasseurs, qui a provoqué des remous à l’ENA et qui est donnée comme le « starter » du Gisti, date de juin 1970 (et non de 1969). Il a donc eu l’occasion de fréquenter la promo Thomas More de mars 1970 à mai 1971. Largement de quoi nouer des contacts…. Il s’agit de :

Jean-Cyril Spinetta

 

sp.jpgIl « est né le 4 octobre 1943, à Paris. Sa famille, d'origine corse, est socialiste. Son grand-père a été responsable SFIO de la fédération du Tarn et son père, secrétaire d'Etat à la reconstruction et au logement en 1956, était un proche de Guy Mollet. Plongé dans une ambiance familiale politisée, l'élève brillant élève a suivi un cursus classique en politique : des études de droit public puis l'Institut d'études politiques de Paris (IEP) et enfin l'École nationale d'administration (ÉNA). De 1970 à 1972, il fait ses premières armes syndicales à l’ENA en créant la section CFDT. A la fin de ses études, il est nommé chef du bureau des investissements et de la planification au ministère de l'Education Nationale, puis il devient auditeur au Conseil d'Etat.

 

A vingt-cinq ans, il est chargé de mission au Secrétariat général du gouvernement. Il reste à ce poste pendant treize ans, puis en 1981, Jean-Cyril Spinetta devient chef du service d'information et de diffusion du Premier ministre. Deux ans plus tard, il est nommé Directeur des collèges au ministère de l'Éducation nationale.

 

Cet énarque de talent continue d'évoluer au gré des gouvernements qui reconnaissent ses compétences. De 1984 à 1986, il est Directeur de cabinet de Michel Delebarre, alors Ministre du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle. Puis pendant un an, il exerce la mission d'Inspecteur général de l'Education nationale avant de retrouver Michel Delebarre comme Directeur de cabinet. Il passe alors du ministère des Affaires sociales et de l'emploi, à celui des transports et de la mer puis à celui de l'équipement, du logement, des transports et de la mer. »

 

Vous connaissez la suite, qui nous intéresse moins : PDG du groupe Air France de 1997 à fin 2008. Comme ces gens sont totalement indéboulonnables, depuis le 1er janvier 2009, il est Président du Conseil d'administration d'Air France-KLM et d'Air France.

 

Je ne retiens pas a priori le second candidat comme l’un des fondateurs du Gisti. Il est cependant intéressant car s’il ne l’a pas été, il aurait fort bien pu l’être, néanmoins, de par son parcours. Il appartient à la promotion précédent Thomas More, celle de Jacques Attali dont il a été un condisciple : la promotion Robespierre, janvier 1968-mai 1970. Lui aussi, comme Attali – et un paquet d’autres – a eu largement la possibilité de fréquenter les « moriens » de janvier 1969 à mai 1970. Il s’agit de :

 

 

Louis Schweitzer

 

sch.jpgVoyons Emmanuel Ratier (éd. 1992) : « Inspecteur des finances, né le 8 juillet 1942 à Genève. (…) Louis Schweitzer est entré à l’inspection des finances à sa sortie de l’ENA en 1970 (ainsi qu’au Bilderberg group). Membre du parti socialiste avant 1981, cet ancien « binôme » de Laurent Fabius à Sciences-Po a été son directeur de cabinet aux ministères du budget, de l’industrie et comme premier ministre (1981-1986). En 1985, il fut le principal artisan du limogeage brutal du PDG de Renault, Bernard Hanon, et de son remplacement par George Besse. (…) Véritable « premier ministre bis » lorsque Laurent Fabius était premier ministre, cette éminence grise passe pour coordonner le réseau de l’ancien premier ministre. »

 

« En 1995, Louis Schweitzer a été mis en examen pour « complicité d'empoisonnement » dans l'affaire du sang contaminé. Il devait notamment répondre du retard qui a été pris dans la distribution d'un test de dépistage du SIDA. Il bénéficiera d'un non-lieu.

 

Cette même année, il est également mis en examen dans l'affaire des écoutes de l'Élysée.

Le 9 novembre 2005, il est condamné dans cette affaire mais dispensé de peine. Il est notamment reconnu coupable pour le placement sur écoutes de Jean-Edern Hallier. Fin septembre 2008, sa condamnation est confirmée par la Cour de cassation. Louis Schweitzer se défendra en avançant: « Il y a eu un effort pour me masquer la réalité ».

En 1998, la justice belge le condamne à une amende de 10 millions de francs belges (1,6 million de FF) pour avoir violé la loi du travail belge lors de la fermeture de l'usine Renault de Vilvorde. »

Mais toutes ces broutilles ne l’empêcheront nullement de recevoir de flatteuses décorations (comme ses petits copains, en général, même si nous n’en n’avons pas parlé) : Grand-Officier de l'Ordre national du Mérite, Commandeur de la Légion d'honneur. Il est naturellement membre du club Le Siècle.

De 2005 à 2010, il sera – et là nous retrouvons notre sujet et ses convictions profondes -  président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). Quoique "de gauche", il ne faisait pas dans le bénévolat ni le caritatif, il ne faut rien exagérer. Son salaire brut était de 6 700 € par mois et s'ajoutait à ses autres revenus.

 

Sa gestion de la Halde a été l'objet d'un examen très critique de la Cour des Comptes en 2010. http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/09/03/la-gestion-de-la-halde-par-louis-schweitzer-dans-le-collimateur-de-la-cour-des-comptes_1406160_3224.html

 

Aux dernières nouvelles, il était à la tête de Volvo.

 

* Voici la promo More au grand complet (y compris les décédés) : http://www.amici-thomae-mori.com/fr/univers_thomas_more.asp?rub=9&idsrub=113&idssrub=97

23/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (7)

yy.jpgLes candidats énarques à la fondation du Gisti ne manquent pas dans cette promotion Thomas More. Je soumets aujourd’hui à votre sagacité un nouveau qui me paraît très vraisemblable. N’oublions pas que les indices parlaient tantôt de quatre, tantôt de cinq ou six énarques fondateurs. Voire plus. C’est cette dernière éventualité qui me paraît la plus plausible.

Les indices parlaient aussi « des fondatrices », ce qui indiquerait qu’il y avait au moins deux femmes dans le lot. Nous en avons déjà une. Ils parlaient aussi d’une personne décédée.

Mais parfois, les indices sont trompeurs. Volontairement ou involontairement ? Telle est la question. Exemple : on nous parle de la loi anti-casseurs « de 1969 ». En réalité, la loi anti-casseurs date du 8 juin 1970. Cette affaire de dates n’est pas sans intérêt.

 

Toujours est-il qu’un certain nombre d’indices concordants nous mènent aujourd’hui à :

 

Jean-Paul Huchon

 

ui.jpgOublions son actuel mandat de président de la région Ile-de-France et penchons-nous sur son passé. Emmanuel Ratier nous dit ceci dans son Encyclopédie politique française (éd. 1992) :

 

« Administrateur civil, né le 29 juillet 1946 à Paris. Venu des milieux catholiques progressistes, il a fondé en 1962 avec les militants communistes au lycée Rodin à Paris un comité antifasciste. Il fut également très actif en mai 1968 à Sciences-Po (face à Gérard Longuet d’Occident). Ayant rallié le PSU en 1969, il a été membre du bureau national de 1972 à 1974, chargé des relations internationales (notamment avec le tiers-monde). Il se liera ainsi d’amitié avec le Portugais Mario Soares, le Cambodgien Pol Pot*, le Grec Mikis Theodorakis, etc. Il hébergera même chez lui des militants révolutionnaires, comme ceux du MIR chilien.

 

C’est l’époque où, écrivant dans Tribune socialiste sous le pseudonyme de Lucien Saintonge, il traitait l’écrivain soviétique déporté Soljenitsyne de « valet des impérialistes ». Entré à l’ENA [promotion Thomas More, janvier 1969, mai 1971], où il a cofondé la section CFDT, il frôlera l’exclusion pour avoir officiellement protesté contre la dissolution du groupe maoïste de la Gauche prolétarienne**. Il est entré au ministère des finances en 1971***. (…) Très proche de Michel Rocard, il a été son directeur de cabinet au Plan (1981-1983) et à l’agriculture (1983-85). (…) Il a signé avec Michel Rocard, sous le pseudonyme de Daniel Lenègre (évocation de son rôle et d’un grand-père martiniquais), Le Marché Commun contre l’Europe ».

 

 

* Quelqu’un songe-t-il à lui en faire grief aujourd’hui, et à le diaboliser pour autant ? Et pourtant … Imaginez le tamtam et les hululements d’effroi dans un cas parallèle, à « droite ».

 

** et peut-être aussi pour avoir signé la pétition contre cette fameuse loi anti-casseurs ? Etant donné le personnage, qu’il ne l’ait pas signée serait assez étonnant.

 

*** « à la direction du budget au ministère des Finances (1971- 1975), en mobilité à la division des relations internationales au ministère du travail et des affaires sociales (1975-78) », nous précise le Who’s Who, éd. 1982.

 

Pour la suite de sa carrière, je vous invite à consulter Wikipédia. Mais reconnaissez que c’est un bon candidat, non ? Et qui a l’air d’aimer les pseudonymes …

 

Aux dernières nouvelles, cet ami de Pol Pot connaît quelques ennuis judiciaires. Qui avaient commencé en 2007, où il avait été condamné pour « prise illégale d’intérêts ». Là, depuis le début d’avril, le ciel s’assombrit de nouveau et il est menacé d’inéligibilité. Mais bof, je ne m’inquiète pas outre mesure pour lui …

22/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (6)

yy.jpgDans notre (en)quête, nous allons tomber aujourd’hui sur un autre membre très éminent de cette promo décidément intéressante, un nom qu’a priori j’aurais écarté, mais il ne faut jurer de rien. Et puis, dans la vie, on est amené à changer ses plans de carrière. Et tel qui est à gauche en 1970 peut très bien avoir changé son fusil d’épaule quelques décennies plus tard. N’oublions pas que nos jeunes gens courageux mais pas téméraires, oeuvraient dans l’ombre pour le triomphe de la gauche. Nous étions dans les années d’après 68 et ils espéraient fermement que ce triomphe serait proche. En fait, ils l’escomptaient pour 1974. Las ! Ils durent patienter sept ans de plus pour récolter les fruits de leurs peines. De quoi vous donner envie de ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier.

En vertu de ce principe, tout un faisceau d’indices concordants nous conduisent à …

Jean-Claude Trichet

Etonnant à première vue, non ? Et pourtant … Reprenons l’Encyclopédie politique française d’Emmanuel Ratier (éd.1992), qui nous apprend ceci :

mm.jpg« Inspecteur des Finances, né le 20 décembre 1942 à Lyon. Diplômé de l’Ecole des mines de Nancy et de l’IEP de Paris, il a flirté avec le PSU et a appartenu à la section CFDT de l’ENA [promotion Thomas More, janvier 1969-mai 1971]. Il collaborera par la suite à la commission économique du PS, mais la défaite de François Mitterrand en 1974 lui fera réviser son plan de carrière. A sa sortie de l’ENA, il est entré en 1971 à l’inspection des finances. Il y a été rapporteur auprès du Comité interministériel à l’aménagement des structures industrielles (CIASI) avant de rejoindre le ministre de l’industrie René Monory comme conseiller technique pour les questions industrielles. Il a ensuite occupé cette fonction auprès du président de la République Valéry Giscard d’Estaing (1978-1981).

Il est alors entré à la direction du Trésor dont il a été sous-directeur en 1982 et, en parallèle, promu par le ministre des finances Pierre Bérégovoy, chef du service des affaires internationales en 1985. Il fut alors président de droit du Club de Paris (qui regroupe les créanciers des pays lourdement endettés). En mars 1986, sur les conseils de Jacques Friedmann, le nouveau ministre de l’économie et des finances Edouard Balladur le prit comme directeur de cabinet. Il a enfin remplacé Daniel Lebègue en septembre 1987, comme directeur du Trésor, devenant le fonctionnaire le plus puissant de France, poste qu’il a conservé au retour de la gauche. Inspecteur général des finances depuis 1989, il est également membre du Siècle, de la Fondation Saint-Simon, du Groupe des trente, club très fermé de financiers, banquiers et industriels internationaux. »

Si vous êtes attentifs, vous reconnaîtrez sans peine bien des indices énoncés dans le n°3 de cette série. Je ne poursuis pas le récit de sa prestigieuse carrière, que vous trouverez sans mal. Mais lisez donc cet extrait d’un article très élogieux de lExpress, en date du 16/9/1993, où comme le petit Poucet, nous trouverons encore quelques cailloux … :

« Mystère aussi sur ses convictions politiques. Lui qui dirigea, en 1986-1987, le cabinet d'Edouard Balladur servit avec la même fidélité René Monory et Valéry Giscard d'Estaing, Pierre Bérégovoy et Michel Sapin. «Il est politiquement très habile, raconte un fonctionnaire du Trésor. Il sait forger des concepts qui plaisent aux politiques et s'adapter pour faire passer ses convictions. Mais, à plusieurs reprises, je l'ai entendu dire non à un ministre.» Jérôme Monod, président de la Lyonnaise des eaux-Dumez, qui connut Trichet quand celui-ci s'occupait d'affaires industrielles, souligne son «humanité» et son «caractère extraordinairement équilibré. Il est constant dans ses principes, qui sont fermes, mais qu'il exprime avec simplicité et aussi gentillesse. C'est plutôt rare chez un financier».

Dans sa jeunesse, «il était assez marqué à gauche», rappelle l'un de ses camarades de l’ENA l'ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco. En 1970, il fut l'un des cofondateurs de la section CFDT de l'école, qu'il intégra en 1969. "Entre 19 et 20 ans*, j'ai été membre du PSU, époque mendésiste, raconte Trichet. C'était la fin de la guerre d'Algérie, des années troublées. Je crois que l'image de Mendès France était très forte pour les gens de ma génération. Assez jeune, j'ai été imprégné par l'idée que la politique est une chose importante, de même que la notion de service public."  (…)  Ajoutez à cela un patriotisme farouche, presque démodé, qui faisait sourire déjà ses camarades d'études, et vous avez devant vous le parfait modèle du serviteur de la République. «Il avait à l’ENA un patriotisme exigeant. Il pensait toujours que notre pays pouvait faire mieux**, raconte l'un de ses anciens camarades. C'est chez lui une conviction absolue, qui l'habite encore aujourd'hui.»

ON L'APPELAIT JUSTIX

Son attirance pour la fonction publique, cependant, lui est venue progressivement, presque sur le tard. Le jeune Trichet suivit d'abord des études scientifiques. Il fut diplômé de l'Ecole nationale des mines de Nancy, alors dirigée par un homme qu'il cite encore aujourd'hui parmi ceux qui l'ont beaucoup marqué, Bertrand Schwartz, le frère de l'académicien Laurent, «un directeur formidable, qui avait profondément modernisé l'institution». Il travaille comme ingénieur dans une filiale de la Caisse des dépôts et consignations avant d'entamer de nouvelles études, à Sciences po et à la faculté de sciences économiques. Il se découvre alors «un vrai goût, très fort, pour l'économie», puis se tourne vers le service public, grâce à Sciences po. Il se trouve déjà un peu vieux, 25 ans, lorsque survient, pendant son service militaire, Mai 68, qu'il perçoit comme «le surgissement de la jeunesse», à laquelle, peut-être, il sent qu'il n'appartient déjà plus. Quand il entre à l’ENA, «il était un peu plus âgé que nous, se souvient Bianco. C'était une figure de la promotion. Il avait un vrai souci de la notion de justice. C'était la mode des bandes dessinées d'Astérix, et Trichet avait donc un surnom: Justix».
Le jeune justicier sera inspecteur des finances et intégrera la direction du Trésor en 1975. »

 

* Il renvoie donc ces amours contrariantes à la lointaine période 1962 (avant 68, autant dire au déluge), en faisant l’impasse sur sa collaboration bien plus tardive à la commission économique du PS.

** A ce compte-là, Attali aussi est très patriote. Puisqu’il pense lui aussi que la France peut effectivement faire bien mieux. En ouvrant encore plus largement ses portes. Donc, méfiance devant ce « patriotisme » très mondialiste.

21/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (5)

oo.jpgNous allons aujourd’hui nous intéresser au parcours d’un membre éminent de cette promotion Thomas More (janvier 1969-mai 1971) : Jean-Louis Bianco. Fut-il de la bande des 4 ? J’en ai l’intime conviction, sans en avoir la preuve, bien sûr. Mais voyons de plus près son parcours et vous jugerez sur pièces :

 

Jean-Louis Bianco

 

bia.jpgTout d’abord, le lisse, que nous apprend Wikipedia ou le Who’s Who :

Il «est né à Neuilly le 12 janvier 1943. Issu d’une famille métissée, avec des origines italienne, irlandaise, flamande et suissesse, Jean-Louis Bianco est le fils d’un immigré italien. Sa famille est partie d’Italie par crainte de Mussolini.» [Ca, ça fait toujours bien dans le décor] Mais voyons la version moins lisse, que nous propose Emmanuel Ratier dans son Encyclopédie politique française (éd. 1992) :

« Son père, contrairement à une légende généreusement colportée, n’a rien du prolétaire immigré. Né à Nice d’un père italien et d’une mère irlandaise, il partit vivre en Italie et devint sous-officier. Communiste, il revint en France en 1933. Après avoir exercé divers métiers, il est devenu un riche expert-comptable et PDG de nombreuses sociétés. Son nom est apparu dans le procès du Patrimoine foncier (Le Monde, 6 juin 1975) puis à nouveau en 1992 (Le Canard enchaîné, 29 avril 1992) avec la publication de lettres où le nom de son fils était « exploité » pour conquérir des marchés.»

Ce modeste fils d’immigré italien né à Neuilly fait ses études au lycée Janson de Sailly dans le 16e arrondissement de Paris, où il va faire une rencontre des plus profitables pour la suite : celle de Jacques Attali. Leur amitié date de ces années de lycée. Ensuite, c’est l’Institut d’études politiques (licence en sciences économiques), le diplôme d’ingénieur de l’Ecole des mines, où il fut délégué de l’Unef, puis enfin l’ENA. Il est intéressant de savoir dès à présent que son copain Attali l’y a juste précédé d’une promotion, puisque ce dernier fait partie de la promo Robespierre (janvier 1968-mai 1970). Ce qui signifie qu’ils ont fréquenté l’ENA en même temps de janvier 1969 à mai 1970.

A sa sortie de l’ENA, en 1971, il devient auditeur au Conseil d'État. Emmanuel Ratier nous informe que : « Il a milité à partir de la fin des années 60 au sein des Groupes d’action municipale avant de collaborer sous le pseudonyme de Jacques Thibert à la section économique du PS de 1974 à 1979 (sans jamais y adhérer) ». En 1973-74, il est chargé de mission au groupe central des villes nouvelles et de 1976 à 79, sous-directeur de la famille, de l'enfance et de la vie sociale au ministère des Affaires sociales (avec Simone Veil ministre). En 1976, il est devenu maître des requêtes au Conseil d'État.

Bizarrement, il y a comme un trou dans sa bio entre 1979 et 1981. J’ai lu que « promis à une brillante carrière dans la haute fonction publique, Jean-Louis Bianco n’a pas hésité à plaquer le Conseil d’État, à la fin des années 1970. Par réflexe éthique : « J’avais le sentiment d’avoir atteint la limite déontologique du travail d’un haut fonctionnaire de gauche sous un gouvernement de droite ». En fait, il quitte Paris pour devenir chargé de mission au Syndicat intercommunal de développement des vallées de la Durance et de la Bléone.

Mais il renaît de ses cendres en 1981 : chargé de mission au cabinet du président de la République, dans une petite équipe formée par l’inévitable Attali, où il retrouvera notamment un condisciple de l’ENA, Pierre Morel. Puis l’apothéose, toujours grâce à son copain: il devient secrétaire général de la présidence de la République à partir de 1982. Il le restera jusqu’en 1991.

Edith Cresson le nomme ministre des affaires sociales et de l’intégration en mai 1991. Il le restera jusqu’en avril 1992, date à laquelle il devient ministre de l'équipement, du logement et des transports, jusqu’en 1993. Chaque fois une année, on comprend une certaine frustration … Il devient Conseiller d’Etat, en 1994. Il ne sera plus ministre après 1993 et en concevra une amertume certaine. Il doit désormais se contenter de la province : conseiller régional (il conduit une liste de Bernard Tapie en 1992), maire de Digne-les-Bains en 2001, il est actuellement président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence et député. Bon, abrégeons, vous trouverez facilement le reste.

1fce6ab0c2c8e244eb5e5175c8a79967-0.jpgSa dernière : un bouquin sorti en 2010, modestement intitulé « Si j’étais Président… ». Oui, car il avait eu des velléités de primaires socialistes, mais y a sagement renoncé, finalement.

Revenons à la période Mitterrand et reprenons nos classiques (Emmanuel Ratier) : « A ce poste (SG de la présidence), extraordinaire plaque tournante politique, Bianco fut le grand coordinateur de la machinerie élyséenne, notamment comme chef d’orchestre de l’opération SOS-Racisme qu’il a montée de A à Z avec Julien Dray. (…) Il soutient dès sa naissance SOS-Racisme, renflouant à plusieurs reprises, grâce aux fonds secrets, les caisses de l’association ». A ce propos, je ne saurais trop vous conseiller de lire ce lien qui vous en apprendra de belles sur les dessous de l’ «antiracisme»:

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article76529,%C2%A0

 

« Partisan de l’octroi du droit de vote aux immigrés (vœu réitéré en novembre 1991), il considère que « le seul défi qui vaille est celui de réussir l’intégration ». Il a limogé en novembre 1991 le président de l’Office des migrations internationales, Jean-Claude Barreau, coupable d’avoir soulevé le tabou de l’islam dans « De l’Islam en général et du monde moderne en particulier ».

En novembre 2009, SOS-Racisme lançait une pétition demandant l’abandon du débat sur l'identité nationale, qui commençait ainsi : «Depuis le 2 novembre 2009, la France a été entraînée, malgré elle, dans les tourments d’un débat sur l’identité nationale. De nombreuses voix s’étaient pourtant élevées pour avertir que le lien posé d’emblée entre l’immigration et l’identité nationale était de nature à libérer une parole au «mieux» stigmatisante, au pire raciste. »

Bien sûr, Bianco fut parmi les premiers signataires de ce texte où pullulaient les « nauséabonds » et autres « valeurs du vivre ensemble ». Je vous invite là aussi à vous régaler de la liste des signataires de cette pétition. Toute la gauche caviar y défile en bataillons serrés, un vrai plaisir. Evidemment, l’actuel président du Gisti ne pouvait manquer. La pétition «Arrêtez ce débat» est à signer en ligne ici. (attention, c’est pour l’info, je ne fais pas de pub, hein !)

 

jj.jpgLe tandem Bianco-Attali

Revenons-y car je crois qu’il a eu son rôle dans la création du Gisti. Je ne vous rappellerai pas tous les propos délirants d’Attali sur l’immigration, tenus encore récemment, où il persiste et signe dans le discours que plus personne de sensé n’ose tenir, du style : «l’immigration, facteur de développement de la population, est en tant que telle une source de création de richesse, donc de croissance».

Bref, je croirais assez qu’il a vu d’un très bon œil il y a quarante ans la création du Gisti, et qu’il y a peut-être mis la main, en tout cas prodigué ses savants conseils. Car plusieurs indices se croisent : il précède Bianco d’un an au Conseil d’Etat où il entre en 1970. En 1972, il publie ses deux premiers livres: Analyse économique de la vie politique et Modèles politiques pour lequel il obtient un prix de l'Académie des sciences. Il rencontre Mitterrand dès 1968, et collaborera étroitement avec lui à partir de 1973. Pas la peine de chercher plus loin comment le Gisti a eu accès si facilement à Mitterrand, Rocard et au journal Le Monde.

Mais, vous allez rire, cette belle amitié de 40 ans (au moins) a subi un revers lors du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin (novembre 2009) : Jacques a traité Jean-Louis … d’antisémite ! Parfaitement !! L’histoire est trop drôle, mais mon texte est déjà assez long, je vous donne le lien :http://www.lexpress.fr/actualite/politique/jacques-attali-accuse-jean-louis-bianco-d-antisemitisme_827240.html

 

20/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (4)

oo.jpgA ce stade, un certain nombre d’indices concordants nous permet de nous intéresser de très près au couple Moreau.

Certes, Gérard Moreau a été nommé en clair. Il est pourtant énarque et de la même promotion que sa femme [Thomas More, janvier 1969-mai 1971]. Pourquoi lui et pas les autres ? Vous n’avez pas été sans noter qu’il parlait dans son entretien avec Anna Marek, de « cinq ou six énarques », là où les autres sources parlent obstinément de quatre seulement. Est-il le 5e et s’est-il dévoué pour protéger l’anonymat des autres ? Et surtout celui de sa femme ?

Cette dernière, Yannick Moreau, a, elle, clairement fait partie de la bande des 4. Jugez plutôt :

Yannick-Moreau.jpgYannick Moreau

« Née Yannick Polo le 30 décembre 1945 à Nantes, est un haut-fonctionnaire français, et épouse de Gérard Moreau, conseiller-maître à la Cour des comptes et ancien camarade de promotion à l’ENA.

Diplômée de HEC et docteur en droit, ancienne élève de l'ENA, elle est auditeur puis maître des requêtes au Conseil d'État quand François Mitterrand la nomme en 1981 conseillère technique au secrétariat général de l'Élysée, chargée des affaires sociales.

En juillet 1984, elle devient directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement nommé ministre de l'Éducation nationale.

À partir de 1986, elle est commissaire du gouvernement près de la Cour supérieure d'arbitrage, puis en 1988 auprès des formations du contentieux. De 1989 à 1991 elle est secrétaire générale au l'administration du ministère de la Défense [alors dirigé par Chevènement].

Elle est promue Conseiller d'Etat en 1990.

Directrice générale adjointe, chargée des relations sociales et des ressources humaines, à la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) en 1992, elle devient en 1995 présidente de sous-section au Conseil d’État et directrice du programme d’études avancées Gestion des transformations sociales à Institut d'études politiques de Paris.

Martine Aubry, ministre de l'Emploi et de la Solidarité, la nomme présidente de l’Institut de veille sanitaire et présidente du Conseil supérieur de la prud’homie en 1999.

Présidente du Conseil d'orientation des retraites en juin 2004, elle est nommée présidente de la section sociale du Conseil d'État en avril 2006.

Elle a été nommée par décret du Premier ministre au Haut conseil du dialogue social en décembre 2008, elle en assure la présidence des sessions.

Elle est membre du club du Siècle. »

Voilà, toutes ces précisions nous sont aimablement fournies par Wikipédia. Le Who’s Who et diverses encyclopédies politiques, dont celle d’Emmanuel Ratier, complètent le personnage :

« ENA promotion Thomas More (1971). Fille d’Henri Polo, industriel, et de Mme, née Suzanne Cosse. Mariée le 17 décembre 1970 à Gérard Moreau, ingénieur. »

« Elle a milité dans sa jeunesse à l’extrême gauche, signant notamment la pétition contre la loi anticasseurs et dans diverses associations de soutien aux travailleurs immigrés. Entrée au Conseil d’Etat en 1971, elle a été détachée au Plan de 1975 à 1978. Militante CFDT, cette socialiste chevènementiste est devenue en 1981 conseiller technique au secrétariat général de la présidence de la République. »

Je trouve encore l’une ou l’autre précision dans le Dictionnaire de la politique française, d’Henry Coston (éd.1982) : « Yannick Moreau, maître des requêtes au Conseil d’Etat, auteur (avec Nicole Questiaux) du rapport sur « le vieillissement de la population », membre actif du PS et secrétaire de la commission « retraite et socialisme », créée par Jean Laurain ».

Je pense qu’après ce panégyrique, aucune hésitation n’est plus possible. Mme Moreau, qui poursuit imperturbablement ses activités, est bien l’une de nos cibles. Voilà typiquement le genre de personnages totalement ignorés de la France « d’en bas », jamais élus, et qui pourtant ont eu une influence décisive sur le pays. Il est grand temps de les apprécier à leur juste valeur.

 

GERARD MOREAU

« Ingénieur, responsable ministériel. Né le 14 juillet 1943. Fils de Pierre Moreau, directeur de la Mutualité sociale agricole, et de Mme, née Ruth Lewin. Ingénieur civil des mines, licencié ès sciences économiques, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris. ENA promotion Thomas More (1971).

Administrateur civil au ministère de l’Equipement (1971-72), (…), conseiller technique au cabinet de Mme Questiaux, ministre de la solidarité nationale (1981-83), puis au cabinet de Pierre Bérégovoy, ministre des affaires sociales et de la solidarité nationale (depuis 1983), membre du Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés (Gisti) ».

La citation précédente est extraite du Who’s Who in France de 1984-85.Très curieux. Il y est fait mention en toutes lettres de son appartenance au Gisti alors que rien n’est indiqué à cet égard pour sa femme, qui a pourtant droit à son propre paragraphe bien fourni dans la même édition. Cela renforce l’idée que le choix de se dévoiler dès ces années-là a été fait pour protéger l’anonymat des autres. Il est membre du PS depuis les années 1970.

Poursuivons sa carrière : il a été, de 1985 à 1997, directeur de la Population et des Migrations au ministère des Affaires sociales et secrétaire général du Haut Conseil de la population et de la famille, placé auprès du président de la République. De 1989 à 1992, il a également présidé le comité directeur de la Population du Conseil de l’Europe.

Conseiller maître à la Cour des Comptes, il a par ailleurs présidé jusqu’en janvier 2006 le CNASEA (Centre National pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles).Le CNASEA, établissement public spécialisé dans le paiement des aides publiques, intervient dans un domaine qui va de l’agriculture (aides à l’installation des agriculteurs, contrats d’agriculture durable...) à l’emploi (paiement des contrats aidés du plan de cohésion sociale) en passant par la formation professionnelle, le développement local ou l’environnement.

Quelques-unes de ses publications ou participations à des revues : 

La Crise du statut des réfugiés, 1989.

L’Intégration, 1996.

Vingt ans de politique d’immigration, 1997.

Quelques éléments de comparaison entre les politiques d’intégration de l’Allemagne, du Canada, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et des Pays-Bas, 2000.

Un article de Libération, 2002 :

http://webcache.googleusercontent.com/search?um=1&hl=fr&tab=iw&q=cache:1J_SWfM5krEJ:http://www.liberation.fr/evenement/0101409590-l-interview-gerard-moreau-ancien-directeur-de-la-dpm-l-integration-est-un-processus-continu+g%C3%A9rard+moreau&ct=clnk

Nous continuerons demain.

19/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (3)

oo.jpgAujourd’hui, nous allons aborder les indices qui ont permis de remonter avec une très forte probabilité jusqu’à nos trop modestes énarques fondateurs du Gisti. Ces indices  sont tirés pour l’essentiel des articles de Liora Israël et Anna Marek dont nous avons parlé hier. Bien évidemment, à partir de ces indices, j’ai procédé ensuite à d’autres recoupements. Mais chaque chose en son temps.

 

Les citations sont tronquées car le texte serait interminable, sinon. Je vous ai donné les liens hier pour tout replacer dans le contexte. Et je précise que c’est moi qui ai souligné en gras l’essentiel. Et ajouté l’un ou l’autre commentaire entre parenthèses.

 

1) Liora Israël :

 

« C'est de la période de cette fondation et des premières années du GISTI (1971-1978) que nous entendons traiter ici, afin de montrer à travers une approche socio-historique comment l'association qui apparaît aujourd'hui comme l'exemple quasi paradigmatique d'une mouvance associative de gauche de plus en plus coutumière de l'usage des outils juridiques s'est constituée grâce à l'alliance improbable de militants issus de traditions opposées (des énarques proches de la gauche réformatrice, des travailleurs sociaux souvent trotskistes ou maoïstes, des jeunes magistrats membres du Syndicat de la Magistrature naissant, des juristes du Mouvement d'Action Judiciaire) … »

 

"La naissance du GISTI: quatre jeunes énarques dans le vent de la contestation"

 

« À l'origine du GISTI, telle qu'elle fut présentée lors de la journée « Histoire et Mémoire » [8 décembre 2000], il y a quatre jeunes énarques qui, pris entre leur formation professionnelle de futurs hauts fonctionnaires et l'esprit plus subversif des mobilisations politiques de leur génération, vont être conduits à imaginer une forme d'engagement conciliable avec cette vocation pour la haute administration » [« vocation pour la haute administration » ? disons plutôt appétit de pouvoir, on sera davantage dans la réalité …]

 

« L'évènement déclencheur de la réflexion collective conduisant au GISTI est la signature par plusieurs jeunes énarques, en 1969, d'un texte protestant contre la loi « anti-casseurs ». Suite à cette protestation, le gouvernement de l'époque réagit en demandant à ces jeunes gens de démissionner de l'ENA ou de retirer leur signature [Bien évidemment, nos déjà courageux jeunes gens ont préféré retirer leur signature]. Cette pression subite du pouvoir induit chez une quarantaine de membres de cette promotion [?] tout d'abord la peur de devenir des « purs rouages » de l'administration, et d'autre part la volonté de créer des groupes de travail sur des questions précises et de produire une expertise et une réflexion politiques. Ces groupes, dits groupes « Paoletti » du nom de celui qui en prit l'initiative, [donc, il s’agissait bien de la promotion Thomas More, janvier 1969-mai 1971] vont se spécialiser sur des terrains différents. Ainsi, celui qui nous intéresse, constitué au départ de quatre énarques, se spécialise sur les questions d'immigration : « Nous avions décidé qu'il y avait un thème qui était intéressant, un thème à forte charge et à faible visibilité qui était le vide juridique du côté des immigrés, cette espèce de zone de non-droit ».

 

« Nous [les énarques] sommes allés voir les confédérations syndicales en leur disant : "Voilà, nous sommes plusieurs, nous ne sommes pas plus bêtes que d'autres et assez bien formés sur le plan du droit, nous vous apportons notre force de travail le soir". Nous sommes donc allés voir le secteur migrant de la CGT et de la CFDT. L'accueil a été distant. »

 

« Ce premier échec impose un contournement de l'obstacle…. C'est donc plutôt par l'intermédiaire de réseaux militants et amicaux que va peu à peu se constituer, autour du noyau initial des énarques, un groupe informel de réflexion sur ces questions qui va agréger des avocats membres de la Ligue des Droits de l'Homme, comme Jean-Jacques de Felice, des membres du syndicat de la magistrature créé en 1968, mais aussi des travailleurs sociaux et des membres du milieu associatif, et particulièrement du secteur migrants de la CIMADE. » [tous ceux-là n’ont pas eu peur de se nommer, eux, car ils n’avaient pas de « vocation pour la haute administration »].

« La première des réunions du groupe dont nous disposons du compte-rendu date du 18 décembre 1971. Le groupe n'a pas encore de nom bien déterminé, mais ses sujets sont déjà très représentatifs de la spécificité de ce qui s'appellera le GISTI : « Éléments discutés le 18 décembre 1971 : outre un échange d'information sur la situation des foyers africains et la création du comité de liaison des travailleurs immigrés, les points suivants ont été discutés : 1° Orientation des membres du groupe non juristes 2° Travail des juristes  ».

« L'activité des non-juristes est plus généraliste, elle consiste, toujours selon ce premier compte-rendu, à créer des contacts avec la CFDT pour envisager la participation à la formation des militants et responsables syndicaux ; l'autre point étant d'envisager la publication à terme d'une petit livre de vulgarisation. Le souci précoce de publiciser et de diffuser le travail réalisé par le groupe apparaît également à travers mention du fait qu'ils disposent de contacts permettant à la fois d’obtenir de faire passer des informations dans le journal Le Monde, et, sur un plan plus directement politique, de transmettre des questions à l'Assemblée par l'intermédiaire de François Mitterrand et Michel Rocard. [Voilà, voilà, les choses se précisent. Mais ils n’auront pas affaire à des ingrats. En 1981, ils seront récompensés de leurs peines].

 

« Ces hésitations et ces premières intuitions sont évaluées par les membres du groupe dès la réunion du 19 mars 1972, qui avait pour objet de « fixer plus précisément les objectifs que se donne le groupe et les méthodes de travail ». Est ainsi d'abord élaboré un « bilan rapide » du groupe, portant notamment sur sa composition puisqu'il réunit « 23 membres de professions et donc d'expériences variées : travailleuses sociales, membres de la CIMADE, avocats, étudiants, fonctionnaires (magistrats, Conseil d'État, CNRS, Ministères de l'Industrie, des finances, de l'Éducation Nationale, de l'Équipement) ». [Ca fait déjà plus de 4 énarques, tout ça].

« D'ores et déjà, à l'issue de cette réunion et avant que ne soit tiré un bilan de cette consultation, sont posées trois types de conclusions provisoires, qui constituent une sorte d'auto-identification temporaire : - Le groupe peut rassembler une documentation et étudier une question posée par un membre - il ne s'est pas manifesté à l'extérieur (en tant que tel), ni par une action directe avec les travailleurs immigrés, ni par une information du public [déjà ce très grand souci de faire les coups en douce et en coulisse. Sans compter que le contact direct avec ces gens, ...]. Néanmoins ses membres expriment le souhait « que le groupe ne se marquera pas par la présence de quelques célébrités. Pour expliquer ce qu'il est on dira qu'il comprend notamment des avocats, des fonctionnaires, des travailleurs sociaux » [Faisons lisse pour ne pas éveiller les soupçons trop tôt…].

« La dimension contentieuse était en même temps la plus à même de faire apparaître la compétence spécifique de l'association, au niveau du contentieux correctionnel, mais aussi et surtout du contentieux administratif. Ce dernier volet présentait en effet une spécificité juridique et sociale particulière, tenant notamment à l'interlocuteur crucial que fut le Conseil d'État. Rappelons que deux des quatre énarques fondateurs étaient membres de cette institution, qui n'était pas non plus un interlocuteur neutre politiquement et socialement : la confrontation à cette plus haute autorité administrative engageait un processus de généralisation et de révélation juridique du traitement public de l'immigration. Bien plus, en accordant une puis des victoires au GISTI, le Conseil d'État contribuait au processus de légitimation de l'association, sans commune mesure avec la taille de ses effectifs. »

 

« Cette remarque permet d'insister sur la discrétion dans les luttes d'une association qui tenait à la fois une place importante d'un point de vue logistique et politique, tout en présentant une faible visibilité publique, hormis pour les professionnels qui bénéficiaient de ses ressources et les militants directement confrontés à sa présence»

« Le caractère crucial de cette décision [recours contre les circulaires Marcellin-Fontanet] tient à la place spécifique du Conseil d'État dans le dispositif institutionnel français, du point de vue de sa légitimité juridique comme de sa distance supposée par rapport aux mouvements sociaux, en particulier aussi marginaux que le GISTI (alors qu'à l'époque la participation au GISTI est quasi clandestine : les premiers statuts n'ont pas été déposés aux noms de ses véritables initiateurs [courageux, mais pas téméraires, hein ?], particulièrement pour protéger l'anonymat des jeunes hauts fonctionnaires fondateurs) [comme on ne sait jamais d’où va venir le vent politique, mieux vaut se couvrir].

« Cette ambiguïté annonçait d'ailleurs les divergences qui apparurent au sein du GISTI après le victoire de la gauche en 1981 : un certain nombre de ses membres, hauts fonctionnaires ou magistrats, entrèrent à cette occasion dans les cabinets ministériels ou les cercles proches de l'Élysée pour développer une expertise technique de gauche, en particulier sur les questions sociales, se démarquant du reste de l'association qui choisit de conserver une position critique à l'égard du nouveau gouvernement ».

« Cette socio-histoire des premières années du GISTI permet de mettre en évidence le positionnement paradoxal d'une association caractérisée par un ancrage politique radical mais dotée d'outils réformateurs ; fondée sur un noyau de militants limité mais dont l'extrême compétence et les réseaux sociaux, des travailleurs sociaux aux plus hautes sphères de l'État, étaient remarquables, au point parfois d'induire des situations où les membres du GISTI se trouvaient juges et parties (particulièrement au sein du Conseil d'État ou de la magistrature. »

« Cette évolution d'une confrontation à une forme de « collaboration objective » avec les pouvoirs publics fut d'ailleurs remarquée, que ce soit pour le critiquer comme Jean-Jacques de Felice qui souligne le "risque de devenir de plus en plus technicien d'un droit qu'il [le GISTI] avait dénoncé en lui-même", ou pour le constater comme cette membre fondatrice aujourd'hui Conseillère d'État qui souligne que peu à peu le GISTI est devenu « un espèce de requérant d'habitude du Conseil d'État, qui a quasiment un espèce de rôle de service public … ».

Notes :

 

« Les quatre membres fondateurs sont désignés dans l'article comme F1, F2, F3 et F4. L'une de ces personnes est aujourd'hui décédée. Les trois autres ont participé à la journée Histoire et Mémoire du GISTI, et l'une d'entre elles a demandé à ce que son anonymat soit respecté : par contiguïté nous avons ainsi choisi de ne pas nommer les trois autres, puis d'anonymiser l'ensemble des témoignages issus de la journée Histoire et Mémoire. C'est aussi la raison pour laquelle nous avons présenté peu d'éléments tenant à la carrière ultérieure des quatre énarques, même si d'un point de vue sociologique c'est en partie regrettable. »

 

« L'une des fondatrices participait au groupe des « experts en politique sociale » sur lesquels vont s'appuyer les socialistes lors de leur arrivée au pouvoir, comprenant de « jeunes énarques qui avaient créé une section CFDT à l'ENA » et plus largement des membres qui avaient déjà une bonne expérience de la haute administration, particulièrement dans le domaine des politiques sociales. »

 

2) Anna Marek :

« Gérard Moreau —[énarque, promotion Thomas More, janv.69-mai 71] : «  Moi, j’ai l’impression que le petit groupe d’énarques n’aura été que le facteur coagulant de militants, d’acteurs beaucoup plus anciens ayant des racines sociales, juridiques et militantes bien plus profondes et bien plus anciennes que ce petit groupe.

Les énarques, en l’occurrence, sont des gens qui ont fini leurs études à l’époque de 68. [Tous ont fait des études universitaires avant d’intégrer l’ENA]. Ce sont vraiment des soixante-huitards mais un peu frustrés parce qu’ils s’occupaient plus de leurs concours que des manifestations !... Plusieurs d’entre eux, dans ce petit groupe, ont eu une petite aventure à l’école elle-même et ont failli se faire révoquer, parce qu’ils ont voulu affirmer les principes qu’ils avaient appris à l’école et qui consistaient à dire que le droit est respectable, qu’il y a des droits de l’homme et des règles qu’il faut respecter. On leur a dit que s’ils continuaient à parler trop fort et indépendamment du respect de la hiérarchie, ils n’avaient qu’à choisir une autre direction, en tout cas pas l’ENA. »

« C’est ce conglomérat d’expériences qui a conduit ces énarques à chercher des voies d’engagement ensemble, dans ce petit groupe d’une douzaine de personnes au début mais qui s’est réduit rapidement à cinq ou six, et à chercher un sujet d’engagement à côté de leur métier. »

 

Gérard —« Je crois que … si l’on ôte un peu l’appareil idéologique marxiste-révolutionnaire et le verbalisme de ce genre de débats et d’analyse, il y avait une sensibilité que nous partagions tout de même sur le fond. A savoir l’idée que les immigrés étaient au cœur de l’internationalisme, du tiers-monde, des rapports de classe tels qu’on les avait analysés. Nous n’étions pas formellement engagés dans des partis de gauche, mais intellectuellement, chacun selon son histoire individuelle, nous avions découvert et adhéré progressivement à ce style d’analyse. »

«  Le Gisti est issu de la rencontre entre des milieux très différents. Pourriez-vous revenir sur la façon dont le groupe s’est constitué, à partir des cinq ou six « énarques » ? Qu’est-ce qui fait que cela a fonctionné ? Quelle était la base commune ? »

« Gérard — C’est une démarche qui a été au début assez légitimiste dans la mesure où ce groupe a cherché à s’intégrer à des partis ou à des syndicats. …. Donc, en gros, aussi bien les partis que les syndicats ont répondu : adhérez, faites vos classes, et on verra plus tard. … Les uns et les autres ont adhéré à des syndicats, ou au parti socialiste, ou à d’autres partis, plus ou moins individuellement mais ce n’est pas cela qui réunissait notre groupe. »

« Gérard — La démarche du Gisti était différente, il y avait un effort de pédagogie. Il ne s’agissait pas de dire « toutes ces règles sont stupides et absurdes », mais de dire « connaissez bien la règle et cherchez à en tirer le meilleur parti pour vous défendre ». C’est là qu’on n’était pas aussi théoriciens ou idéologues ... Le noyau d’énarques n’était pas d’extrême-gauche. »