31.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (32)
ROSALIA ZALKIND, dite ROSALIA ZEMLIACHKA
Sous ce doux prénom de Rosalia se cache une véritable harpie bolchevique qui n’avait strictement rien à envier à ses homologues masculins et qui saura démontrer l’étendue de ses talents durant la Grande Terreur.
Rosalia Zalkind naît en 1876 dans une famille de commerçants juifs de Kiev, en Ukraine. Elle y fréquente l’université et s’initie rapidement, au contact de ses frères, aux idées révolutionnaires. Elle est d’abord membre de la Narodnaya Volya (la Volonté du Peuple), mais se tourne vers le marxisme dès 1896. Elle n’a que vingt ans et déjà quelques séjours en prison derrière elle.
Parmi ses amis se trouve un certain Léon Trotski qui lui fait rencontrer Lénine en 1903 - l’année où les bolcheviques se séparent des mencheviques - et l’introduit au comité du parti de Saint-Pétersbourg. Sous le nom de guerre désormais de Zemliachka, elle participe avec ardeur à la révolution de 1905, qui échoue. Elle fera le coup de feu sur les barricades et découvrira à cette occasion que la violence, ça lui plaît.
En février 1917, elle participe à nouveau à la révolution en sa qualité de secrétaire du comité des bolcheviques de Moscou. En 1918, elle est volontaire pour monter au front contre les « blancs ». La voilà donc enrôlée dans l’Armée Rouge, qui ne recrutait pas spécialement les femmes, mais ne refusait pas celles qui se présentaient.
Elle est désormais à son affaire, nommée officier politique en chef de la 8ème armée en Ukraine. Que s’y passe-t-il ? Difficile de le savoir vraiment. Toujours est-il qu’elle est déplacée en avril 1919, après que le moral de la 8ème armée soit tombé bien bas. Elle est à présent affectée à la 13ème armée où elle fait un esclandre mémorable dès son arrivée.
Elle va être chargée de « nettoyer » la Crimée en 1920 après la défaite des blancs et pour ce faire, prendra la relève de Bela Kun qui avait lui-même opéré dans la même région l’année précédente. Zemliachka va procéder à des massacres de masse de tous les « ennemis du peuple » qui auront le malheur de tomber entre ses mains et sera récompensée des éminents services ainsi rendus à la révolution par l’Ordre du Drapeau Rouge, qui lui sera décerné en 1922.
Après la guerre civile, elle est en poste dans l’Oural, mais surveille de près l’ascension de Staline qu’elle seconde de son mieux dans des postes liés à la « sécurité » et à la discipline du parti. Travaillant étroitement avec le NKVD, elle traversera toutes les purges sans y laisser la moindre plume, recevant même en 1936, pour son zèle militant, la plus haute distinction d’URSS, à savoir l’Ordre de Lénine. L’année suivante, en 1937, elle est admise au Soviet Suprême.
Et ce n’est pas fini. Cette bolchevique de la première heure, amie de Trotski et de Lénine, sera nommée commissaire du peuple à l’économie en 1939 ! Devenant ainsi la femme la plus haut placée d’Union soviétique. Durant la guerre, elle reviendra à ses premières amours - militaires - aidant à organiser la défense de Moscou.
Elle mourra en 1947, toujours aussi stalinolâtre, et en sera bien récompensée. Ses cendres sont en effet enterrées dans la nécropole du Mur du Kremlin. Un honneur réservé aux meilleurs.
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22.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (31)
FANNY KAPLAN
De prime abord, question caractère, elle me fait assez penser à Charlotte Corday. Sauf qu’elle rata son coup. Et que Charlotte avait véritablement agi seule, elle… Que se serait-il passé si ce jour-là, Lénine avait été abattu ? Bah, tant d’autres se bousculaient pour le remplacer que vraisemblablement, le cours de la révolution n’en eût pas été dévié pour autant …
Une certaine aura de mystère entoure Fanya, ou Dora, Kaplan. Elle naît en 1883 dans une famille juive pauvre comptant sept enfants. Cette pauvreté n’empêchera pourtant pas ses parents d’émigrer plus tard vers les Etats-Unis. Sans doute grâce à certaines relations de leur fille … Mais n’anticipons pas. Elle milite très jeune au parti socialiste-révolutionnaire. En 1906, elle se fait arrêter à Kiev pour une affaire de bombe ayant explosé au mauvais moment. Premier ratage. Elle est condamnée aux travaux forcés en Sibérie et y perdra en partie la vue. Elle a déjà purgé 11 ans de peine lorsque la révolution de février 1917 éclate et lui rend la liberté. Tout le reste de sa courte vie sera désormais empoisonné de violents maux de tête et de problèmes de vue.
On a vu que les bolcheviques et les socialistes-révolutionnaires s’opposaient notamment sur le traité de Brest-Litovsk qui avait mis fin au conflit avec l’Allemagne. Ainsi qu’en raison de luttes de pouvoir, que chacun voulait garder pour soi. Les bolcheviques comptaient leurs soutiens les plus sûrs dans les soviets tandis que leurs concurrents avaient fait élire l’Assemblée Constituante qu’ils présidaient et que les bolcheviques firent dissoudre en janvier 1918, voulant rester seuls maîtres à bord.
C’est dans ce contexte de lutte ouverte que la socialiste-révolutionnaire Fanny Kaplan décida d’éliminer Lénine. Telle fut du moins la présentation officielle de l’histoire.
Le jour fixé était le 30 août 1918. Lénine devait parler dans une usine de Moscou. Lorsqu’il en sortit, elle l’attendait, l’interpella et tira à trois reprises. Hélas, elle n’y voyait pas très bien et n’en fit pas un cadavre. Seulement un blessé, assez sérieusement atteint à l’épaule et au poumon. Il fut transporté au Kremlin dont il refusa de sortir pour aller à l’hôpital se faire soigner tant il craignait un nouvel attentat. Il survivra cependant quoique sans avoir jamais réellement récupéré de ses blessures.

Fanny Kaplan fut conduite dans les locaux de la tchéka - alors dirigée par Félix Dzerjinski - et interrogée. Elle déclara ceci: "Je m'appelle Fanny Kaplan. J'ai tiré sur Lénine aujourd'hui. J'ai agi seule. Je ne dirai pas d'où provient le revolver. Je ne donnerai aucun détail. J'étais résolue à tuer Lénine depuis longtemps. Je le considère comme un traître à la Révolution. J'ai été exilée à Akatui pour avoir participé à la tentative d'assassinat du tsar à Kiev. J'y ai passé onze ans de travaux forcés. J'ai été libérée après la Révolution. J'étais en faveur de l'Assemblée Constituante et je le suis toujours."
Elle ne dira rien de plus et refusera de dévoiler les noms de complices éventuels. Elle sera exécutée le 3 septembre 1918, sans jugement. Son exécution avait été organisée par Yakov Sverdlov, celui-là même qui avait orchestré celle du tsar et de sa famille peu de temps auparavant, en juillet 1918. Il demandera expressément à ce qu’il ne reste rien d’elle.
Le même jour, un autre attentat avait tué Moisei Uritsky, commissaire du peuple aux affaires intérieures et chef de la tchéka de Petrograd. Ces deux événements eurent pour effet de déclencher la première vague de terreur rouge. L’occasion était trop belle de se débarrasser de tous les gêneurs au nom du sacro-saint intérêt supérieur de la révolution.
Mais l’histoire est sans doute plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Et il est bien possible que ces deux attentats aient fait partie d’un complot des Anglais visant à décapiter la révolution bolchevique. Un personnage très curieux, du nom de Sigmund Rosenblum, alias Sidney Reilly, y jouera un rôle non moins étonnant et important. Nous aurons l’occasion de reparler de ce client très particulier. Le revolver utilisé par Fanny Kaplan lui avait été fourni par Boris Savinkov, qui avait dirigé la section terroriste du parti socialiste-révolutionnaire. Il sera ensuite espion au service de l’Intelligence Service britannique. Arrêté en URSS en 1924, il reconnaîtra alors avoir fomenté l’attentat contre Lénine par l’intermédiaire de Fanny Kaplan. Il se serait suicidé dans la prison de la Loubianka.
Etant donné toutes ces accointances bien mystérieuses, on peut comprendre que l’on ait fait partir la famille de Fanny Kaplan vers des cieux plus tranquilles. Et plus discrets.
10:15 Publié dans IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : licra, anne, kling, fanny, kaplan, lenine, reilly
19.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (30)
Plus encore que dans le cas de Rosa la Rouge, nous sommes là dans la génération des “précurseurs”, de ceux qui ont pavé la voie aux bolcheviques arrivés ensuite dans la foulée, de ceux qui ont essuyé les plâtres pour eux. Cette génération comporte également un certain nombre de clients intéressants qui généralement ne vivaient pas vieux ….
Gesya Gelfman passera à la postérité pour avoir participé à l’assassinat du tsar Alexandre II. Elle naît en 1852 dans une famille juive établie à Mozyr, en Biélorussie, où vivait une importante communauté. Afin d’échapper à un mariage forcé, dit-on, elle s’enfuira de chez elle vers l’âge de dix-sept ans.
Elle se rend à Kiev, la capitale de l’Ukraine, où elle entreprend des études de sage-femme. Ce qui ne l’empêche pas, parallèlement, d’être membre de plusieurs mouvements révolutionnaires. Elle est arrêtée une première fois en 1875 pour distribution de littérature illégale et condamnée à deux ans d’emprisonnement. En 1879, elle est envoyée en exil en Sibérie, mais s’en échappe et la même année rejoint, à Saint-Pétersbourg, la Narodnaya Volya qui vient de se créer.
La Narodnaya Volya (La Volonté du Peuple) était un mouvement révolutionnaire clairement terroriste qui s’opposait à d’autres groupes moins extrémistes. Plus tard, au début du XXe siècle, la Narodnaya Volya deviendra le parti socialiste-révolutionnaire dont nous avons parlé à diverses reprises. Avec la N.V., la terreur va désormais être adoptée comme méthode de combat. Et quel symbole plus fort que de s’attaquer au cœur même du pouvoir : le tsar.
Alexandre II, qui avait pourtant introduit quelques mesures « libérales » comme l’abolition du servage, sera visé par les terroristes à plusieurs reprises, attentats qui tous échouèrent. C’est finalement la 7e tentative qui sera la bonne, en mars 1881. Les narodniki réussirent certes à tuer le tsar mais pourtant, d’une certaine façon, ils échouèrent. Ils avaient escompté que ce choc serait de nature à ébranler le peuple et le conduirait à se soulever. Or, rien ne bougea. Les temps n’étaient pas mûrs. D’autres allaient tirer les marrons d’un feu qui ne brûlait pas encore suffisamment. Et surtout, ils étaient très isolés alors que d’autres, là encore, allaient bénéficier d’innombrables complicités et d’aides diverses.

Pratiquement tous les conjurés furent arrêtés et exécutés. Un seul, Emelianov, parvint à s’enfuir à l’étranger. Gesya Elfman vivait alors avec un collègue révolutionnaire, Nikolai Sablin, qui se suicida lorsque la police vint l’arrêter.
Geysa Gelfman était enceinte à ce moment-là. Elle ne fut donc pas pendue comme les autres, mais condamnée aux travaux forcés à perpétuité, appelés katorga, dans la lointaine Sibérie. Cette « clémence » nous informe Wikipédia, aurait été due à une campagne de presse menée de l’étranger. On peut cependant s’interroger sur les limites de cette « clémence » qui apparut peut-être à l’époque comme une victoire et qui engendra de grandes souffrances. Car lorsque l’enfant naquit – une fille – elle lui fut retirée et placée dans un orphelinat où elle ne vivra guère. Geysa Gelfman la suivra de peu, mourant apparemment d’une péritonite, ou folle disent certains, le 12 octobre 1882.
A la suite de l’assassinat du tsar, de violents pogroms secouèrent la Russie et la répression anti-révolutionnaire se fit plus dure. Tous les ingrédients commençaient à s’assembler pour faire monter la pression jusqu’à l’explosion finale.
09:25 Publié dans IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : licra, anne, kling, gesya, gelfman, narodnaya, volya
16.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (29)
Faisant un récapitulatif des révolutionnaires évoqués jusqu’à présent, je m’aperçois que sur une petite trentaine de noms, n’apparaissent que … deux femmes : l’espionne Zarubina et la communiste roumaine Ana Pauker. Serait-ce que les femmes n’avaient pas, elles aussi, l’ardent désir de participer activement à l’avènement du grand soir ? Ce serait bien mal les juger. Aussi, nous allons en évoquer quelques-unes, afin de vous prouver que leur soif de renverser l’ordre établi ne le cédait en rien à celle de leurs compagnons.
J’en profite pour indiquer – mais vous l’aurez remarqué – que je choisis mes « victimes » au gré de l’inspiration. Faire un plan établi, les enfermer trop rigidement dans des catégories fixes m’ennuie, finalement. Je trouve que c’est plus intéressant de circuler à travers les secteurs d’activités, voire les pays. De toute façon, ils n’échapperont pas …
ROSA LUXEMBURG, dite ROSA LA ROUGE
Si quelqu’un a eu véritablement la fibre révolutionnaire, c’est bien elle. Qui l’a poussée à ne jamais transiger avec ses convictions et à ne pas ménager ses critiques à l’égard de ses collègues révolutionnaires, quels qu’ils soient. S’inquiétant du chemin suivi par les bolcheviques, elle écrira notamment ceci peu de temps après la révolution d’Octobre : "La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement." [...] "La tâche historique qui incombe au prolétariat, une fois au pouvoir, c'est de créer, à la place de la démocratie bourgeoise, la démocratie socialiste, et non pas de supprimer toute démocratie." Allez, pour avoir écrit – et pensé – cela, il lui sera beaucoup pardonné.
Elle naît en 1870 ou 1871 dans une famille de commerçants juifs polonais et n’a pas dix-huit ans qu’elle est déjà obligée de fuir en Suisse en raison de ses activités politiques. Elle s’est en effet engagée au parti socialiste révolutionnaire polonais Proletaryat où elle manifeste un activisme débordant.
Installée à Zurich, elle reprend des études d’économie politique et s’engage dans diverses activités annexes, comme le lancement d’un journal, La cause ouvrière, en 1893, ou encore celui d’un parti, le SDKP – parti social-démocrate du Royaume de Pologne – en 1894, avec Leo Jogiches, qui restera un compagnon de toute sa vie.
En 1898, elle contracte un mariage blanc avec Gustav Lübeck afin de devenir citoyenne allemande et milite avec ardeur dans les rangs du SPD (parti social-démocrate). Dès cette période, elle s’illustre par des débats théoriques très poussés avec les différentes factions, branches, mouvements existant au sein du marxisme. Je me garderai bien d’entrer dans les détails, il y faudrait plus qu’un article. Mais vous l’aurez compris, c’est une théoricienne brillante et passionnée, bien que souvent moquée par ses distingués confrères qui lui reprochent, étant femme, de se mêler de débats hors de sa (faible) portée.
Ce qui ne l’empêche nullement de poursuivre avec opiniâtreté sa route. Pour gagner sa vie, elle est journaliste, traductrice, car elle parle polonais, russe, allemand, français et yiddish, voire enseignante à l’école des cadres du SPD.
Eclate la révolution de 1905 en Russie. Rosa Luxemburg se précipite en Pologne où elle espère l’embrasement. Mais, fausse alerte, le soufflé retombe et elle est arrêtée. Elle manquera de peu d’être exécutée. Cette fois, elle sera simplement assignée à résidence en Finlande.
Elle n’y reste pas longtemps puisqu’on la retrouve en Allemagne en 1906. A partir de cette date et jusqu’à la guerre de 1914, elle va traverser une sorte de désert où elle se trouve marginalisée dans son propre parti qui est contaminé – de son point de vue – par le nationalisme et le militarisme ambiants et qui finira par voter les crédits de guerre en 1914.
Pacifiste, elle va s’opposer avec Karl Liebknecht à ce qu’elle considère comme une dérive. Elle appelle au refus d’obéir aux ordres de conscription, ce qui lui vaudra d’être emprisonnée. Exclue du SPD, elle crée le 1er janvier 1916 la Ligue Spartacus avec Liebknecht, Clara Zetkin et Franz Mehring. Elle est à nouveau emprisonnée peu après.
En novembre 1918, c’est la révolution en Allemagne. Rosa Luxemburg est libérée et en profite immédiatement pour réorganiser la Ligue Spartacus, qui deviendra plus tard le parti communiste allemand. Elle en rédige le programme, en définit la stratégie et en anime le journal, Die Rote Fahne (Le Drapeau Rouge).
Entre-temps s’est bien sûr produite la révolution de 1917, dont elle ne tarde pas à dénoncer la dérive totalitaire, notamment dans un ouvrage publié en 1918, La révolution russe. Mais elle ne saura jamais à quel point elle avait eu raison – sur ce point. L’insurrection spartakiste est déclenchée le 5 janvier 1919 à Berlin. Elle échoue et est réprimée dans le sang par les sociaux-démocrates au pouvoir, ses anciens compagnons, qui se débarrasseront à cette occasion de cette aile gauche encombrante. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont tous les deux arrêtés et assassinés le 15 janvier 1919.
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14.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (28)
Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.
IAN FRIDRIKHOROVICH, dit MARTYN IVANOVICH LATSIS
Il est très difficile de trouver des données concernant ce personnage qui occupa pourtant un rang élevé à la tchéka dès sa création en décembre 1917. C’est finalement sur un site russe que j’ai trouvé ses dates de naissance et de décès, ainsi que son nom véritable.
Martyn Latsis, son pseudonyme, est né en 1888 dans une famille juive de Lettonie. Il va suivre le parcours classique puisqu’il adhère tout jeune au parti socialiste-révolutionnaire. Très actif lors de la révolution de 1917, il fait partie, avec Dzerjinski, le futur patron de la tchéka, du comité révolutionnaire de Petrograd. C’est dans ce noyau dur que Dzerjinski va recruter les cadres de la future police secrète et Latsis sera son adjoint.
Bien que l’on connaisse peu de chose sur lui, on peut supposer qu’il avait fait des études car apparemment il aimait écrire. Il publiera en effet en 1920 à Moscou un livre intitulé Dva goda borby na vnutrennom fronte (Deux ans de lutte sur le front intérieur), dans lequel il relate sa vision de la guerre civile.

En tout cas, dans ses fonctions de dirigeant de la tchéka, il aura l’occasion de s’exprimer à maintes reprises et il dira alors des choses fort instructives :
Dans les Izvestia du 23 août 1918 – alors que la première vague de la terreur rouge bat son plein: « La guerre civile ne connaît pas de lois écrites. La guerre capitaliste a ses lois écrites (…) mais la guerre civile a ses propres lois (…) Il faut non seulement détruire les forces actives de l’ennemi mais démontrer que quiconque lèvera l’épée contre l’ordre de classe existant périra par l’épée. Telles sont les règles que la bourgeoisie a toujours observées dans les guerres civiles qu’elle a menées contre le prolétariat (…) Nous n’avons pas encore suffisamment assimilé ces règles. On tue les nôtres par centaines et par milliers. Nous exécutons les leurs un par un, après de longues délibérations devant des commissions et des tribunaux. Dans la guerre civile, il n’y a pas de tribunaux pour l’ennemi. C’est une lutte à mort. Si tu ne tues pas, tu seras tué. Alors tue si tu ne veux pas être tué ! ».
Ces accents meurtriers étaient destinés à réveiller l’instinct de revanche dans les masses populaires. Ce qui va marcher au-delà de toute espérance. Ainsi encouragées par le pouvoir, les tchékas locales, qui constituaient l’occasion rêvée de régler tous les comptes en retard, vont se mettre à pulluler. A telle enseigne que les bolcheviques auront du mal par la suite à remettre de l’ordre et à faire rentrer tout ce beau monde dans le cadre d’une tchéka unifiée et disciplinée.
Le 1er novembre 1918, Latsis fournit à ses sbires les instructions suivantes pour la conduite de leurs « enquêtes » : « Nous ne faisons pas la guerre contre des individus en particulier. Nous exterminons la bourgeoisie comme classe. Ne cherchez pas dans l’enquête des documents et des preuves de ce que l’accusé a fait, en actes ou en paroles, contre l’autorité soviétique. La première question que vous devez lui poser, c’est à quelle classe il appartient, quelles sont son origine, son éducation, son instruction, sa profession ».
Dans son livre, il prétendra qu’au cours du second semestre 1918, la tchéka avait exécuté 4500 personnes, précisant même : « Si l’on peut accuser la tchéka de quelque chose, ce n’est pas d’excès de zèle dans les exécutions mais d’insuffisance dans l’application des mesures suprêmes de châtiment. Une main de fer diminue toujours la quantité de victimes ».
Des études ultérieures ont fait apparaître la nette sous-évaluation de ce chiffre. Le nombre des victimes de la tchéka pour le seul automne 1918 tourne plutôt autour de 10 à 15 000.
Nous retrouvons Latsis chef de la tchéka d’Ukraine en 1920. C’est la période de la décosaquisation. Des familles entières, voire des voisins, seront enfermés dans de véritables camps de la mort. Latsis notera à ce propos dans un rapport: « Rassemblés dans un camp près de Maïkop, les otages – des femmes, des enfants et des vieillards – survivent dans des conditions effrayantes, dans la boue et le froid d’octobre (…) Ils meurent comme des mouches (…) Les femmes sont prêtes à tout pour échapper à la mort. Les soldats qui gardent le camp en profitent pour faire commerce de ces femmes ».
On peut supposer qu’il poursuivra dans les rangs de la tchéka une carrière aussi prometteuse.
D’après le site russe, il meurt en 1938. Il avait donc cinquante ans. Etant donné cette date fatidique, on peut supposer sans trop risquer de se tromper qu’il ne s’est pas fait écraser par un autobus. Mais bien plutôt par une machinerie autrement plus puissante qui portait le nom évocateur de « grande purge ».
Source des citations: Le livre noir du communisme -ouvrage collectif
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12.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (27)
Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.
ISAÏ DAVIDOVITCH BERG
Je me sens quelque peu frustrée d’avoir si peu d’informations sur ce personnage. Là encore, nous devons à Soljenitsyne d’avoir soulevé le coin d’un voile épais cachant ce qui n’était pas censé être exposé aux regards.
Isaï Davidovitch Berg est un rouage du système bolchevique comme il y en eut des milliers. Il n’a dû sa – relative – célébrité qu’à son esprit ingénieux qui va s’exercer, hélas pour lui, sur un sujet aujourd’hui des plus sensibles.
Voilà un homme qui s’est retrouvé, dans les années trente, chef du service économique du NKVD pour la région de Moscou. Un poste de responsabilité, certes, mais pas le sommet de l’échelle. Chargé comme il l’était des problèmes économiques, il devait donc veiller à dépenser et faire dépenser le moins d’argent possible. C’est logique.
Nous sommes en 1937, période de grandes purges, lorsque les exécutions, dans le secteur de Moscou, prennent une ampleur telle que nos braves fonctionnaires ont du mal à suivre. Tous ces ennemis du peuple à fusiller en même temps ! Sans compter toutes les munitions nécessaires pour leur tirer une balle dans la nuque, ça finit par coûter cher ! Et le temps que ça prend pour les assassiner un par un !
C’est là que va intervenir la cervelle ingénieuse de notre bonhomme. Il va inventer un moyen moins onéreux de procéder. Un moyen simple, mais encore fallait-il y penser : le camion dont les gaz d’échappement sont orientés vers l’intérieur. Cette invention sera appelée en russe dushegubka, ou «chambre à gaz ambulante».
La procédure était effectivement très simple : les « patients » étaient entassés dans un camion hermétiquement clos renvoyant les gaz d’échappement vers l’intérieur, et c’était parti pour une longue promenade autour de Moscou. A l’arrivée, – ô miracle de la technique - ne restaient plus que des cadavres qui étaient immédiatement escamotés dans un coin discret. Voilà, ce n’était pas plus compliqué que ça. Et relativement économique, encore que… l’essence …
Eh bien, le croirez-vous, ce rouage pourtant zélé et méritant finira misérablement en 1939, victime lui aussi d’une purge. Quels ingrats !
Ce brave Berg a inventé une application pratique mais, soyons juste, l’idée d’utiliser des gaz pour tuer était plus vieille que lui. Elle démarre en fait durant la 1ère guerre mondiale, vite relayée par les bolcheviques qui n’étaient jamais en reste dans ce domaine. Les gaz seront largement utilisés par eux, souvent contre les paysans refugiés dans les bois, notamment à Tambov en 1921. Les ordres reçus de Moscou spécifiaient : « Les forêts où les bandits se cachent doivent être nettoyées par l'utilisation de gaz toxique. Ceci doit être soigneusement calculé afin que la couche de gaz pénètre les forêts et tue quiconque s'y cache ».
09:20 Publié dans IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : licra, anne, kling, isai, davidovitch, berg, tambov
10.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (26)
Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.
GRIGORI MOISSEVITCH MAIRANOVSKI
Vous avez dû entendre parler des expérimentations humaines auxquelles se livraient les nazis dans les camps. Mais je parierais que vous avez moins souvent entendu parler de celles qui se pratiquaient dans les coins discrets de la Loubianka, le siège des services secrets soviétiques, qu’ils se soient appelés Tchéka, Guépéou, KGB ou NKVD.
Et encore moins de celui qui eut la haute main sur ces expérimentations de 1937 à 1951. Il a fallu pour cela que Soljenitsyne lève le voile en 2003 dans le tome 2 de sa fresque Deux siècles ensemble – Juifs et Russes pendant la période soviétique. Et révèle des choses bien étonnantes, quoique quasiment boycottées depuis.
Le laboratoire des poisons du régime bolchevique est installé dès 1921. En 1926, il passe sous la férule de Gendrik Yagoda, alors second de la Guépéou. A partir de 1937, sous le nom de Laboratoire 1, ses activités vont considérablement se développer sous la direction de Grigory Moïssevitch Maïranovski.
Les sources ne sont pas très loquaces sur ce personnage qui ne manque pourtant pas d’intérêt et dont les hauts faits mériteraient de passer à la postérité au moins autant que ceux du Dr Mengele. Difficile déjà de trouver un portrait de lui. On sait qu’il est né en 1899 à Batoumi en Géorgie. Dans sa jeunesse, il s’affilie au Bund (l’Union – socialiste et antisioniste – des travailleurs juifs), mais devant les nuages qui s’amoncellent sur ce mouvement, qui sera finalement liquidé, il préfère rejoindre les bolcheviques. C’est plus sûr. Il devient médecin biochimiste.
Il travaille ensuite à l’Institut de recherches médicales Gorki à Moscou qui sera placé sous l’autorité du NKVD. En 1937, l’année des grandes purges, ce serviteur très zélé du régime obtient une promotion dont il tâchera de se rendre digne : on lui confie la direction du Laboratoire 1 avec la tâche très spéciale de mettre au point un poison mortel ne laissant pas de traces. Un poison provoquant un décès qui semblerait naturel, du genre « insuffisance cardiaque ».
Dès lors, il va se mettre au travail avec ardeur et sans états d’âme superflus. De toute façon, n’est-ce pas, ses victimes étaient des ennemis du peuple, et lui-même travaillait à instaurer un monde meilleur, alors les détails…
Il va se livrer à des recherches sur toutes sortes de poisons : la digitaline, le curare, la ricine, etc. Et comme c’était un homme consciencieux et désireux de bien faire, il fera des essais sur des cobayes humains – les oiseaux, ainsi les appelait-il poétiquement – d’âge et de condition physique très variés. Il administrait le poison dans la nourriture ou la boisson, puis à travers un judas, observait les phases de l’agonie, notant scrupuleusement tous les détails.
Il est si bien noté par ses chefs qu’il est promu colonel du NKVD en 1943. C’est la guerre, ce ne sont pas les ennemis du peuple qui manquent. Outre les russes, il aura bientôt à sa disposition des oiseaux allemands, polonais, voire japonais. Il expérimente à tour de bras.
Et d’ailleurs il réussira apparemment à mettre au point la substance parfaite, appelée C-2 qui vous tuait doucement en quinze minutes, sans laisser de traces. Elle sera largement utilisée.
Le NKVD demandera également à ce précieux auxiliaire d’expérimenter un « camion à gaz ». Mais nous en reparlerons.
Ce n’est qu’à la veille du procès de Nuremberg, en 1945, que les expérimentations sur cobayes humains effectuées par le bon docteur Maïranovski furent interdites. Du moins officiellement.
Les luttes de pouvoir sauvages au sein du NKVD, alors dirigé par Lavrenti Béria, vont affecter le colonel-empoisonneur qui se croyait pourtant bien à l’abri dans son laboratoire. Il savait tant de choses, ayant personnellement pratiqué tant d’assassinats politiques, qu’il se considérait intouchable ....
Il est cependant arrêté en décembre 1951 - pas pour ses crimes, je vous rassure tout de suite - mais dans un contexte de luttes de clans. Et, sans qu’il y ait de procès, il est condamné à 10 ans de prison pour… abus de fonction et détention illégale de poisons ! Curieusement, il ne sera pas libéré à la mort de Staline, en mars 1953, et dans l’espoir de se dédouaner, il chargera copieusement son ancien patron, Lavrenti Béria, lors du procès de celui-ci en juin de la même année, reconnaissant du même coup ses propres crimes.
Il fera bel et bien ses 10 ans de prison, à sa grande indignation. Voilà comment on récompensait la vertu militante ! Il est libéré en décembre 1961 et assigné à résidence au Daghestan où il travaillera dans un laboratoire de chimie.
Il commettra une erreur fatale en essayant d’obtenir avec acharnement sa réhabilitation. Dans ce but, il écrit à Krouchtchev, le nouveau maître, pour lui rappeler certains faits anciens – notamment un assassinat commun – que ce dernier n’avait apparemment nulle envie de voir ressurgir. Maïranovski n’aura pas l’occasion d’en parler davantage car il succombe opportunément en décembre 1964 d’une… insuffisance cardiaque.
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08.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (25)
Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.
IAKOV IAKOVLEV
Le petit préambule ci-dessus s’applique particulièrement à ce personnage dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est tombé dans les oubliettes de l’histoire. C’est dommage, car son grand titre de gloire aura pourtant d’avoir été commissaire du peuple à l’agriculture pendant l’Holodomor, la terrible famine orchestrée par le pouvoir bolchevique en 1932-33, qui fit au bas mot six millions de morts.
Il existe fort peu de données le concernant, du moins dans une langue intelligible pour moi. Encore moins de portrait. Le seul que j’aie trouvé est en fait une caricature publiée dans un livre qui vient de sortir, Dessine-moi un bolchevik – Les caricaturistes du Kremlin, 1923-1937, qui a été traduit du russe. On y voit une sorte de rat moustachu et mal rasé assez peu ragoûtant. Mais, je le rappelle, c’est une caricature faite par un de ses collègues bien-aimés en 1923.
Il avait alors 27 ans car il était né en 1896, et travaillait à ce moment-là au Département pour l’agitation et la propagande du comité central. Il était entré au parti bolchevique en 1913 et s’était en quelque sorte spécialisé dans la propagande puisqu’en 1918, il sera envoyé en Ukraine pour y œuvrer dans ce secteur. Dans les années 20, il sera notamment rédacteur en chef de la Krest’janskaya Pravda (La Vérité Paysanne), qui titrait alors à plus d’un million d’exemplaires.
Fervent stalinien, c’est sans doute sa « connaissance » du monde paysan qui conduira Staline à le nommer commissaire du peuple à l’agriculture en 1929. Il le restera jusqu'en 1934. En février1930 commença la « dékoulakisation », c’est-à-dire la déportation et la répression de masse contre les centaines de milliers de paysans suffisamment aisés pour avoir de quoi manger et/ou mécontents de la politique bolchevique. Les sbires de la Guépéou feront régner la terreur dans les campagnes. Tout cela donnera tellement de travail à Iakovlev qu’il sera obligé d’envoyer son adjoint afin de le représenter en juin 1930, au 16e congrès du Parti.
Cet adjoint - qui le restera en 1929 et 1930 - n’est pas n’importe qui. Il s’agit du « nain sanguinaire » Nikolai Yezhov, qui finira chef du NKVD. Et qui retrouvera d’ailleurs Iakovlev à cette occasion, nous le verrons. Représentant donc son supérieur lors de ce congrès, il en profitera pour se répandre en articles pompeux sur la collectivisation, l’éducation des masses, leur mobilisation, etc. Amusant, lorsque l’on sait qu’il avait péniblement fini l’école primaire et qu’il avait été apprenti tailleur dans sa vie pré-bolchevique.

C’est donc Iakov Iakovlev qui sera de par ses fonctions responsable de l’exécution de cette politique décidée à Moscou, qui consistait en fait à liquider toute une partie de la population. La loi du 7 juillet 1932 prévoira même la peine de mort pour « toute escroquerie au préjudice d'un kolkhoze », qui commençait par le simple vol d’un épi de blé.
Cette « politique » culminera avec l’horreur de l'Holodomor, en Ukraine principalement. Nous en avons déjà parlé.
Je lis ça et là que Iakovlev occupera ensuite - forcément après 1934 - des fonctions importantes dans l’appareil de contrôle de l’Etat et du Parti. Lesquelles ? Je l’ignore. De toute manière, cela ne l’empêchera pas d’être emporté, comme bon nombre de ses collègues, dans les grandes purges de 1937. Il est arrêté cette année-là mais ne passera devant le peloton d’exécution qu’en juillet 1938.
Et devinez qui donnera l’ordre de tirer ? Le nain sanguinaire lui-même, son ancien adjoint. Qui ne tardera d’ailleurs pas à le suivre. La seule morale que l’on puisse tirer de cette horrible histoire.
09:55 Publié dans IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : licra, anne, kling, holodomor, iakov, iakovlev, yezhov
06.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (24)
Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.
SEMYON DIMANSTEIN
Laissons pour un temps les voisins – encore fort nombreux, mais nous y reviendrons – et retournons à nos bolcheviques maison.
Semyon Dimanstein naît en 1886 dans une famille de commerçants juifs installés au nord-ouest de la Russie, près de la frontière estonienne. Une famille sans doute très orthodoxe puisqu’il fera ses études dans une yeshiva où il sera ordonné rabbin à l’âge de dix-huit ans.
Rabbin peut-être, mais révolutionnaire, sûrement. La même année, 1904, il s’inscrit au RSDLP, le parti socialiste-révolutionnaire créé en 1898, qui se scindera par la suite en mencheviques et bolcheviques. Ses activités illicites conduiront le régime du tsar à lui offrir en 1908 une résidence forcée quelque part en Sibérie. Mais il s’enfuit, quitte la Russie et se réfugie en France jusqu’à la révolution de mars 1917.
Il rentre alors au pays et reprend de plus belle son activisme. Il sera l’un des acteurs importants de la révolution d’octobre puisqu’il devient l’un des quinze commissaires du peuple de Lénine et prend la tête de la Yevsektsiya en janvier 1918. C’est ainsi que l’on nommait la section juive du parti communiste soviétique, créée pour évincer le Bund et les partis sionistes, considérés comme des rivaux du marxisme. Ces derniers seront d'ailleurs vite liquidés et des milliers de sionistes iront faire connaissance avec la Sibérie. L’idée derrière cette section spéciale était de supprimer le judaïsme religieux et de remplacer la culture juive traditionnelle par la culture prolétarienne. En imposant la dictature du prolétariat aux masses laborieuses juives. L’autre objectif de la Yevsektsiya était la propagande : il s’agissait de mobiliser les juifs du monde entier en faveur du régime bolchevique.
Semyon Dimanstein, qui sera en quelque sorte considéré comme le représentant « officiel » des juifs soviétiques, exercera notamment ses activités à Boukhara, en Asie centrale, où vivait une importante communauté juive. Il s’y rendra en 1920 afin de consolider le régime bolchevique et d’identifier – et soutenir – l’ « élite » locale. En 1922, on le retrouve en Ukraine, au Département pour l’agitation et la propagande.
Il rentre à Moscou en 1924 pour y diriger d’autres services de propagande visant à répandre l’idéologie communiste parmi les peuples non russes. Tout en collaborant à des organes de presse du style Est Nouveau ou Révolution et Nationalité.
A cette époque-là, il est un chaud partisan de Staline, ferveur qui sera bien mal récompensée par la suite, on le verra. Il soutient en particulier l’idée du dictateur de créer une région juive autonome, quelque part très loin de Moscou. Ce qui sera fait entre 1928 et 1932 et qui amènera du même coup la suppression de la Yevsektsiya. Dans l’idée des autorités, il s’agissait de créer une Sion soviétique afin de détourner les pensées de la Sion de Palestine, dangereuse rivale.
Cette région sera créée vers la frontière chinoise, au Birobidjan, torride et infestée de moustiques l’été, glaciale l’hiver. Les colons y étaient invités à conserver leur héritage culturel yiddish - plutôt qu’hébreu, jugé trop religieux - dans un cadre socialiste. Apparemment, l’ancien rabbin trouvait ça très bien. La propagande battra son plein pendant ces années afin d’y attirer les juifs, qui viendront même de l’étranger. On a vu récemment dans l’article sur l’affaire Koval, que la famille de l’espion avait quitté en 1932 l’Amérique – de la dépression, mais quand même – pour le vert paradis du Birobidjan.

Ils en seront bien récompensés car leur histoire inspirera un film de propagande en yiddish produit en 1936, intitulé « A la recherche du bonheur » qui raconte l’édifiante histoire d’une famille juive quittant les Etats-Unis, cet horrible pays où l’on crève de faim, pour se créer une nouvelle vie de félicité au Birobidjan. Mal leur en prit, d’ailleurs, aux Koval, car c’est ce film, et la littérature qui l’accompagna, qui finit par mettre la puce à l’oreille des Américains et leur permit de diriger, enfin, leurs soupçons sur l’espion.
La dernière fonction officielle de Semyon Dimanstein sera de diriger le comité central de l’Ozet. Ainsi s’appelait l’organisme officiel chargé d’aider les juifs à s’acclimater au travail de la terre et à assister les colons principalement en Ukraine et en Crimée, puis au Birobidjan.
Mais sa carrière va bientôt s’achever car il fera partie des purges de 1937-38. Il est arrêté en février 1938, condamné à mort et exécuté.
12:25 Publié dans IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : licra, anne, kling, semyon, dimanstein, birobidjan
04.12.2007
IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (23)
LES VOISINS
MATYAS ROSENFELD, dit MATYAS RAKOSI
Restons encore un peu en Hongrie où nous allons faire la connaissance (ou la redécouverte) d’un autre bon élève de la fine équipe qui prétendit – excusez du peu – répandre la révolution bolchevique sur la planète entière. Car c’était ça l’objectif au départ, ne l’oublions pas. La mondialisation était déjà à l’ordre du jour.
Matyas Rosenfeld, qui prendra plus tard le nom de Rakosi, naît en 1892 dans une famille juive de Serbie, qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. Comme les autres déjà vus – Kun, Szamuely, Pogany - il est fait prisonnier en Russie durant la 1ère guerre mondiale et en profite pour devenir communiste. Il participera donc tout naturellement, comme les autres aussi, au gouvernement de Bela Kun, en 1919, où il occupe le poste de commissaire du peuple au commerce. Mais nous avons vu que ce genre de poste était précaire dans un gouvernement qui l’était plus encore. Le 1er août 1919, rideau. Tout le monde s’enfuit et Rakosi retourne en Union soviétique.
Nous le retrouverons secrétaire général du parti communiste hongrois en 1945, au sortir de la guerre. Qu’a-t-il fait entre-temps ? Eh bien, un certain nombre d’allers et retours entre l’URSS et la Hongrie. Il retournera notamment en Hongrie en 1924 où il se fera arrêter et emprisonner. Il est échangé en 1940 contre des drapeaux hongrois qui avaient été volés par les Russes. En Union soviétique, il devient chef du Komintern.
A l’issue de la guerre, en 1945, il rentre en Hongrie avec l’Armée Rouge. Les communistes ont gagné, la Hongrie voit s’installer une dictature dont il devient le chef. En 1948, les sociaux-démocrates qui existaient encore dans le pays sont contraints par les communistes de les rejoindre pour former le parti hongrois des travailleurs. Dorénavant, Rakosi aura les coudées complètement franches et la terreur d’Etat va peser de tout son poids.
Admirateur frénétique de Staline, il se considérait lui-même comme son « meilleur élève» ou son « meilleur disciple », cela dépendait des jours. En tout cas, il profitera bien des leçons administrées par son mentor et tâchera de l’imiter en tout. Il saura y ajouter de petits raffinements bien à lui. Il avait ainsi inventé, et il était très fier de sa trouvaille, la « tactique du salami ». Du salami hongrois, sûrement. Bref, comme vous ne l’auriez sûrement pas deviné, cette aimable tactique consistait, non pas à découper délicatement ses ennemis en rondelles – on reste humains, quand même ! – mais cependant à les éliminer par tranches successives.
Il s’y emploiera avec beaucoup d’efficacité et tout comme Staline, son grand homme, il offrira aux Hongrois, avec l’aide de sa police secrète : arrestations arbitraires, emprisonnements, assassinats, purges, procès préfabriqués, etc. Oui, tout, vraiment. Un excellent disciple. Avec ça, il ne détestait pas un léger culte de la personnalité, pas trop léger cependant.

La Hongrie était donc devenue un pays parfaitement totalitaire sous le règne de Rakosi. Il s’offrit également en 1952 le poste de premier ministre. Mais hélas, en matière économique, il était moins brillant que dans le remplissage des prisons ou des cimetières. Vous me rétorquerez qu’il avait pourtant été commissaire au commerce sous Bela Kun. Et alors ? Quel rapport ? Le gouvernement avait imposé avec brutalité la collectivisation de l’agriculture et accordé la priorité à l’industrie lourde. Tout manquait, le mécontentement populaire ne cessait de croître. La révolution se profilait et les opposants étaient exécutés par milliers.
La mort de Staline, en 1953, va marquer le déclin de ce stalinolâtre. Sous bien des aspects, il devenait urgent de se débarrasser politiquement de lui. Sous la pression de Moscou, il doit céder dans un premier temps, dès 1953, le poste de premier ministre à Imre Nagy, qu’il ne cessera dès lors de persécuter. Il en fera le bouc-émissaire idéal de la faillite économique.
Il devra ensuite abandonner son poste de dirigeant du PC hongrois en juin 1956. Dans la foulée, il est « invité » en Union soviétique pour « se soigner ». Les temps avaient un peu changé, il ne sera pas soigné définitivement, mais contraint de demeurer au… Kirgiz, en Asie centrale. Il y restera jusqu’à sa mort, en 1971.
L’insurrection de Budapest eut lieu en octobre 1956, peu après son départ. Elle sera matée dans le sang par les soviétiques.
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