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14/03/2010

NUIT ET BROUILLARD CHANSON NEGATIONNISTE ET ANTISEMITE

54.jpgAssez stupéfiant, mais véridique. Telle est en tout cas l’analyse que le site HaPoel HaAntifashisti  - « blog fait par des antifascistes appartenant à la minorité nationale juive en France », c’est ainsi qu’ils se présentent – fait de la célèbre chanson de Jean Ferrat. Une chanson « odieuse » car elle a le grand tort de ne pas parler suffisamment de la spécificité de la shoah. Jean Ferrat, encore un juif victime de la fatale « haine de soi » !

Je ne raffolais pas spécialement de lui, en raison de son engagement communiste, mais ma foi, j’ai bien apprécié la réponse qu’il a faite en 2005 à un journal qui mettait en cause sa chanson pour la raison citée plus haut. Vous trouverez cette réponse plus bas, grâce à HaPoel. Elle est tout à son honneur.

« La chanson « Nuit et brouillard » est souvent mentionnée en ce moment, parmi tous les hommages qui sont faits à Jean Ferrat.

Bien entendu nous respectons la dimension « engagée » de Ferrat, même si on ne peut certainement pas dire qu’il était une personne révolutionnaire. Au moins sa démarche partait-elle de bons sentiments, avec tous les défauts que peuvent avoir ici les artistes.

Mais non, la chanson « Nuit et brouillard » n’est pas une belle chanson, non elle ne concerne pas la Shoah et il est même possible de dire: la chanson « Nuit et brouillard » est antisémite, car elle nie l’existence des personnes juives.

Car la chanson « Nuit et brouillard » ne parle pas de la Shoah, mais de la déportation politique. Ce qui n’est pas un mal en soi, bien entendu! Il faut saluer la mémoire de ceux et celles ayant dû affronter les camps de concentration.

Mais Ferrat n’aborde donc en absolument rien la Shoah. On doit même dire que dans sa chanson, les personnes juives sont catégoriquement niées.

Tout comme le révèle d’ailleurs le titre : « Nuit et Brouillard » est un documentaire français de 1956 parlant de déportation, et où le mot « juif » n’est prononcé… qu’une seule fois.

La chanson de Ferrat est dans le même esprit, comme on peut le voir à de nombreux éléments du texte.

Il est ainsi dit:

« Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou
D’autres ne priaient pas mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux. »

Or, les personnes juives déportées et exterminées ne l’ont pas été pour des actes de résistance (« ne plus vivre à genoux ») mais parce qu’elles étaient juives.

Et elles sont toutes mortes, à très peu d’exceptions près, car les camps d’extermination étaient différents des camps de concentration. Dans les camps d’extermination, il y avait des chambres à gaz, des meurtres en série, et pas comme dans la chanson une surveillance brutale et longue au moyen de miradors, de chiens policiers, etc.

Quand Ferrat dit ainsi: « Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ? » il est très clair qu’il ne parle absolument pas de la Shoah et des personnes juives. Environ 60% des déportés dans les camps de concentration sont revenus en France, mais seulement 3% des déportés dans les camps d’extermination.

Jean Ferrat ne formule pas ici quelque chose d’exceptionnel: dans les années 1950, il a existé une tendance erronée en URSS, dans tous les pays de l’Est ainsi que dans les Partis Communistes.

Cette tendance a, au nom de l’universalisme, purement et simplement placé le génocide juif dans l’ensemble des meurtres nazis, sans jamais en mentionner la spécificité.

Une erreur grave, absolument anti-matérialiste. Et beaucoup de personnes juives ont soutenu cette initiative, considérant qu’ainsi, les personnes juives atteignaient un degré d’universalité.
Seulement ce ne sont pas ainsi que les choses marchent. L’antisémitisme est quelque chose de très particulier dans le capitalisme. Ne pas le voir a de lourdes conséquences.

Une polémique a eu lieu en 2005 au sujet de cette chanson, et voici la réponse absolument odieuse de Jean Ferrat à une critique qui lui est faite à ce sujet:

Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par Nouvelles d’Arménie Magazine de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson Nuit et brouillard, car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des Juifs. Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement, Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix.

Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que « Le seul moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah » me paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de « Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances possibles.

Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale : « Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de Nuit et brouillard) serait attaqué pour négationnisme implicite ».

Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie.

Jean Ferrat

Jean Ferrat traite les gens de fous, mais sa position ne tient absolument pas, car il est absolument faux de dire comme il le fait que «  Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis »!

Justement en raison de la différence entre camps de concentration et camps d’extermination. Une différence qui est très peu connue en France, et cela nuit énormément à la compréhension de l’antisémitisme et du fascisme.

La position de Ferrat est de toute manière ridicule car jamais dans sa chanson il ne parle des personnes juives. Le terme de « Jehovah » dans la chanson fait bien plutôt référence aux témoins de Jehovah qui ont été déportés également.

Quant à Samuel, mis sur le même plan que Jean-Pierre et Natacha, cela ne veut rien dire car Jean-Pierre et Natacha pourraient être juif et juive, alors que Samuel, non, etc. etc.

Inversement on pourrait parfaitement légitimement constater que Jean Ferrat a abandonné le nom de son père, Tenenbaum, qui pour le coup fait juif, alors que Ferrat, non.

C’est un choix, qui est grosso modo le même que Patrick Bruel, qui s’appelle en réalité… Maurice Benguigi!

Patrick est plus « snob » que Maurice, et il faut croire que Ferrat était plus « adéquat » pour chanter la France et ses campagnes que Tenenbaum… Tout cela est bien triste, surtout quand on sait que le père de Ferrat est mort à Auschwitz.

Et en tout cas la chanson « Nuit et brouillard » a une dimension profondément odieuse; elle a contribué à l’incompréhension de ce qu’a été la Shoah, et en ce sens elle nuit à l’antifascisme aujourd’hui. »

 

 

Source : http://209.85.229.132/search?q=cache:XAwfkZ4O1_oJ:www.hapoel.fr/+irmela+mensah-schramm&cd=6&hl=fr&ct=clnk&gl=fr

13/03/2010

LES SURVIVANTS

Nous sommes en 2010. Les camps nazis ont été libérés en 1945, il y a donc 65 ans. Depuis quelques années, nous assistons à une inflation de témoignages de survivants, qui après des décennies de silence se mettent à évoquer leurs souvenirs, à écrire des livres, à donner des interviews, etc. Tous veulent tout à coup livrer leur témoignage « unique » afin que la transmission soit assurée.

 

Ces gens ont forcément plus de 65 ans. En général, ils en ont 10 ou 20 de plus. Ils constituent par définition ce qui subsiste aujourd’hui d’une population de jeunes ou même d’enfants ayant survécu aux camps. Car bien sûr un certain nombre de « jeunes » survivants sont morts, pour diverses raisons, durant ce long laps de temps, avant que les témoignages ne soient systématiquement collectés.

 

Sans parler de tous les survivants qui étaient adultes ou même âgés au moment de la libération des camps et qui sont passés de vie à trépas durant ces soixante-cinq ans.

 

Ce qui me frappe pourtant aujourd’hui, c’est de constater que les survivants appelés à apporter leur témoignage sont systématiquement présentés comme s’ils étaient « uniques » ou « miraculeusement rescapés ». En fait, comme s’ils étaient aujourd’hui les rescapés. Alors qu’ils sont les rescapés d’il y a 65 ans ayant survécu jusqu'à aujourd'hui. Cela fait une certaine différence.

 

Il est intéressant de rappeler à ce propos quelle fut la population qui échappa aux camps. Il existe un texte intéressant sur les camps de personnes déplacées (DP) qui furent créés après la guerre. Les statistiques liées à ces camps sont de bonnes sources d’information. En résumé (texte complet en lien), on peut y lire ceci :

 

« Avec la libération des camps et la fin de la guerre, vont se produire des déplacements de population sans précédent : 16 à 18 millions de personnes civiles sont des réfugiés, pour l'essentiel d'Europe centrale et des Balkans. On les appelle les DP (Displaced Persons), qui sont regroupés dans des centres de rassemblement, principalement en Allemagne, mais aussi en Autriche et en Italie. Personnes « désireuses de rentrer chez elles mais incapables de se loger sans assistance », personnes « qui ne peuvent pas retourner dans les territoires ennemis ou préalablement ennemis », apatrides « privées, de droit ou de fait, de la protection d'un gouvernement », toutes doivent être prises en charge par l'UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration)

 

À la fin de 1945, la plupart de ces personnes ont été rapatriées chez elles par les militaires alliés et l'UNRRA. Il demeure environ un million de personnes dans les centres, nommées le « noyau résiduel », les non-rapatriables.

 

Il y a parmi eux : les déportés des camps qui ne savent pas où aller ou qui ne sont pas autorisés à émigrer, ceux qui - du fait des déplacements de frontières à l'Est - veulent s'installer ailleurs (Yougoslaves, Hongrois, Roumains, Ukrainiens, Polonais), ceux qui veulent fuir le communisme et s'installer à l'Ouest (en particulier des habitants des pays baltes qui font désormais partie de l'URSS), et les « Allemands de souche » (Volksdeutsche) expulsés de Tchécoslovaquie, de Pologne et de Hongrie, qui, au terme des accords de Potsdam, devaient aller en Allemagne, mais dont certains préfèrent émigrer.

 

De nombreux DP sont des survivants juifs, polonais qui ne veulent pas rentrer en Pologne et dont les rangs grossiront avec ceux qui fuient les pogroms de 1946, allemands qui ne veulent pas retourner en Allemagne, et des Juifs d'autres nationalités qui n'ont plus de contact avec leurs familles dans leurs pays d'origine.

(…) 

 

Fin 1946, il y avait encore 800 000 DP, Polonais, Ukrainiens, Yougoslaves et Baltes. Parmi eux, 250 000 Juifs : 185 000 en Allemagne, 45 000 en Autriche et 20 000 en Italie.

 

À la suite du rapport Harrisson, les Juifs avaient été regroupés dans des camps spécifiques, avec la liberté de se doter d'une direction propre. Chaque camp a ainsi fondé son comité, chargé de l'organisation, de la santé, des activités éducatives et culturelles, et de la vie religieuse. 70 journaux étaient publiés. Ces camps étaient soutenus financièrement par le Joint. L'Agence juive et des organisations de jeunesse préparaient en leur sein l'établissement en Palestine - par des programmes éducatifs aux travaux agricoles - et tentaient d'organiser l'émigration clandestine.

 

Cependant, le nombre de DP juifs a régulièrement augmenté en 1946 et 1947, avec l'afflux de ceux qui fuyaient la Pologne après les pogroms, et de ceux qui progressivement rentraient d'URSS. Les départs en Palestine étaient encore peu nombreux, les recherches familiales particulièrement difficiles et les autorisations d'immigrer très restreintes. La plupart des camps ont fonctionné jusqu'en 1950. Le dernier n'a été fermé qu'en… 1957.

Les politiques d'accueil dans les pays tiers

 

Partout, l'attente d'hypothétiques nouvelles de la famille ou d'une autorisation d'émigrer paraissait sans fin. Il fallait en effet qu'un pays les accueille. Or les pays limitaient l'entrée des réfugiés.

 

Aux États-Unis, les quotas de la loi de 1924 restent la règle. La directive Truman de décembre 1945 préconise de faciliter l'entrée des réfugiés, mais dans le cadre de la loi des quotas et sous la condition qu'ils ne soient pas une « charge publique ». Priorité est donnée aux orphelins, à condition que les organismes humanitaires subviennent à leurs besoins. L'admission se fait au compte-goutte. Il faut être « assimilable » et être en bonne santé pour obtenir un visa. Il faut encore passer une « mission de sélection ». L'Amérique craint pêle-mêle les pauvres, les inassimilables, les espions de l'Est. On est en pleine Guerre froide. La propagande antisémite qualifie le refugee de « refu-jew ». Cependant, la loi change en 1948, le Congrès autorisant davantage d'entrées de réfugiés qui fuient les régimes communistes : les États-Unis acceptent l'immigration de 200 000 DP sur deux ans. De politique de l'immigration, la loi évolue vers une politique étrangère à l'égard des réfugiés, arme dans la Guerre froide. La priorité balte et agricole favorise de fait l'entrée d'anciens nazis. La loi est amendée en 1950 et les clauses qui freinaient encore l'entrée des Juifs sont éliminées : 300 000 DP sont autorisés à immigrer en quatre ans, sans distinction de race, de religion ou d'origine nationale. Mais il faut encore avoir une garantie de logement et d'emploi pour ne pas devenir « une charge publique ». 140 000 Juifs ont finalement émigré aux États-Unis après la guerre.

 

L'Angleterre n'ouvre pas non plus la Palestine aux DP juifs. Les règles d'avant la guerre demeurent telles quelles. Truman tente de convaincre le Premier ministre britannique Attlee, en utilisant le rapport Harrison, d'assouplir les règles et d'autoriser tous les Juifs qui le souhaitent à partir en Palestine. Mais Attlee ne veut pas « déstabiliser la situation au Moyen-Orient ». Le nombre de visas reste limité et l'armée anglaise refoule ou interne les immigrants qui n'ont pas de visas. Les organisations juives tentent de réaliser des passages clandestins, à partir de l'Italie, mais de nombreux bateaux sont interceptés. En novembre 1947, la résolution de partition de la Palestine est adoptée par les Nations unies et la Grande Bretagne renonce à son mandat à partir de mai 1948. De 1945 à mai 1948, 115 000 immigrants sont arrivés en Palestine ; 50 000 ont été capturés et maintenus en détention par les Britanniques jusqu'en novembre 1947. L'émigration s'intensifie après 1947. Au total, les deux tiers des survivants juifs se sont établis en terre d'Israël.

 

(…) Entre le 1er juillet 1947 et le 30 juin 1949, 82 000 DP juifs vont au Royaume-Uni, 69 000 au Canada, 55 000 en Australie, 35 000 en France, 27 000 en Argentine, 22 000 en Belgique et 20 000 au Brésil. Officiellement, c'est-à-dire sans compter les passages clandestins.

 

(…) Le Congrès juif mondial explique dans son rapport d'avril 1947 que le Fichier central de Genève a cessé d'opérer depuis le 1er janvier 1947 et que tout son matériel a été transféré au Bureau européen de recherches du Congrès juif mondial, basé à Londres. Ce bureau établit des rapports, qui sont transmis dans les camps de DP. Il fait le point statistique précis, chaque mois, du nombre de demandes reçues, classées par pays. Il rend compte de la constitution progressive de listes de survivants. Il demande que celles-ci soient transmises en urgence, afin de réunir les familles et afin que les parents à l'étranger puissent venir en aide aux survivants, en leur envoyant une aide matérielle et en facilitant leur immigration par l'envoi de visas. Il fait le point des coopérations avec les services de recherche des organisations juives dans tous les pays. »

 

 

Source : http://www.unlivredusouvenir.fr/camps-de-personnes-deplacees.html

19/02/2010

OUBLIEE ? NE SERAIT-CE PAS PLUTOT L’HOLODOMOR QUI LE SERAIT?

Sortez vos mouchoirs. Et surtout oubliez tout ce qui s’est passé avant 1939. Tchéka, bolcheviks, massacres, Holodomor, fini tout ça, on n’en parle plus. Qui s’intéresse encore à ces vieilleries ? D’autant qu’il s’est passé depuis un événement infiniment plus important :

« La Shoah oubliée de l’Ukraine (article du site juif.org)

A la recherche d’une nouvelle histoire nationale, l’Ukraine a du mal à reconnaître toute l’étendue de la “Shoah par balles”, la mort de plus d’un million de Juifs par balles. Les derniers témoins racontent.

 

La neige tombe sur Slavuta, un village du nord-ouest de l’Ukraine. Devant la modeste synagogue, cachée au fond d’une impasse, une dizaine de vieux Juifs célèbrent Hanouka, la "fête des lumières", dans le froid et l’obscurité. La petite communauté est rassemblée autour des bougies rituellement allumées et murmure maladroitement une rapide prière, malgré les encouragements de deux Américains rompus à l’exercice des traditions, venus tout droit des Etats-Unis pour l’occasion. Le yiddish est hésitant, la mémoire encombrée, trop lointaine

 

Contrastant avec l’exubérance des deux jeunes missionnaires américains, le malaise des Juifs d’Ukraine est tangible. Jusqu’en 1941, la population de Slavuta était composée à 80 % de Juifs. Puis les nazis ont déferlé en attaquant l’Union sovié­tique, 2,5 millions de Juifs vivaient alors en Ukraine avant la guerre. Entre 1941 et 1944, tout un peuple fut quasiment anéanti.

 

Suivirent quatre décennies d’athéisme communiste qui recouvrirent d’une chape de plomb prières et traditions, et jusqu’à la mémoire des massacres.

 

A Slavuta, David Gochkis, Juif ukrainien, journaliste et écrivain de 97 ans, est l’un des derniers témoins vivants de cette époque. Au début de la guerre, son engagement dans les rangs de l’Armée rouge l’a tenu éloigné de son village et d’une mort certaine. "Quand je suis rentré chez moi, en 1947, il y avait des étrangers dans ma maison. Vingt-trois personnes de ma famille sont mortes, parce qu’elles étaient juives."

 

Ici, pas de chambres à gaz. Les Juifs ont été tués un à un et jetés dans des fosses communes. Des opérations dirigées par les Einsatzgruppen, des bataillons d’exécutions mobiles. La "Shoah par balles", médiatisée en Europe de l’Ouest par, notamment, les travaux du père Desbois, a fait plus d’un million de victimes en Ukraine.

 

Sur les pas du gendre de David Gochkis, Edwin Sokolov, nous sortons du village pour arriver au milieu d’un grand terrain vague où poussent quelques arbres chétifs battus par un vent glacial. "Ici, les nazis ont massacré 14 000 Juifs", raconte Edwin. "Quand j’étais petit, je venais ici, et on trouvait des os et des dents d’enfants dans le sol."

 

Un monument en métal, noir et acéré, a été dressé là à la mémoire des "victimes innocentes des fascistes allemands". Sans trop de détails, à la mode soviétique. Pour en savoir plus, il faut compter sur la mémoire de David, qui recueille inlassablement témoignages et documents sur cette Shoah oubliée et qui se bat pour ériger stèles et plaques partout où les Juifs ont été assassinés.

 

A une vingtaine de kilomètres de la maison de David, la petite ville de Chepetiv­ka. Ici, les 8 000 Juifs du village ont été rassemblés dans un éphémère ghetto, puis massacrés. Un monument, au lieu-dit "603 km", du nom d’une borne le long de la route, commémore cette tragédie. Il a été financé par la petite communauté juive du bourg. "On y a aussi tué les Juifs des villages alentours. Cela fait peut-être 10 000 victimes", explique Alexandre Loukachouk, conservateur du musée historique de la ville.

 

"Ce chiffre est approximatif, nous n’avons trouvé que deux charniers, mais beaucoup d’autres fosses restent inconnues." Dans le musée, qui honore abondamment les héros ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale, seule une petite vitrine rappelle la Shoah, illustrée par un bout de barbelé et une vieille photo. La seule synagogue encore debout, sur les huit que comptait Chepetivka avant la guerre, a été transformée en salle de sport aux murs peint de couleurs acidulées.

 

Avant la guerre, les Juifs d’Ukraine représentaient la deuxième plus importante communauté juive d’Europe. Nombre d’écrivains, d’intellectuels ou de rabbins sont nés ici, tout comme l’un des courants principaux du judaïsme, le hassidisme. L’Ukraine se souvient pourtant aujourd’hui avec grand mal de son passé juif et de sa page la plus sombre, l’Holocauste. A Kiev, quelques historiens y ont pourtant consacré leur vie. Boris Zabarko est de ceux-là. C’est un homme mince aux cheveux blancs, un survivant. Enfant, il a été prisonnier dans un camp de concentration. "A l’époque soviétique, cette histoire était taboue. C’était la guerre froide, les archives étaient fermées, il était hors de question de parler de ça", se souvient l’historien.

 

L’antisémitisme qui sévit dans l’URSS d’après-guerre complique encore un peu plus le travail de mémoire, les survivants et leurs familles se taisent.

 

La situation n’évoluera guère après l’indépendance de l’Ukraine, en 1991. "En 1993, lors d’un colloque, je me suis rendu compte que rien ou presque n’avait été écrit sur cette question dans mon pays", raconte encore Boris Zabarko. "J’ai décidé de commencer à collecter des témoignages dans les territoires ukrainiens occupés par les Allemands. Je suis seul, sans soutien du gouvernement. Mon laboratoire de recherche existe uniquement grâce à l’aide d’organisations juives."

 

Boris Zarbako a néanmoins réussi à réaliser quatre volumes sur le sort des Juifs d’Ukraine, une somme de récits et de témoignages. "Toutes les fosses n’ont pas été encore découvertes, loin de là, car personne au sein du pouvoir ne s’intéresse à ce sujet", dit-il. "Ici, à Kiev, où des dizaines de milliers de Juifs sont morts dans l’immense massacre de Babi Yar, il n’y a pas un musée sur l’Holocauste. C’est une honte et une catastrophe pour l’Ukraine." Anatoly Podilsky dirige une ONG dans la capitale, le Centre ukrainien pour l’étude de l’Holocauste. Sa petite équipe collabore avec le Mémorial de la Shoah en France, la maison d’Anne Frank à Amsterdam, ou encore l’Institut Yad Vachem en Israël. L’association est pourtant quasi introuvable, reléguée au bout du couloir d’un vieil édifice soviétique, à l’étroit dans deux pièces minuscules. "Pour les autorités, l’Holocauste fait partie de l’histoire juive, pas ukrainienne", relève Podilsky, dont une partie de la famille a été fusillée à Babi Yar. "C’est mon principal message : les Juifs ukrainiens qui ont été exterminés à Kiev, à Lviv et ailleurs, faisaient partie de notre société." L’homme et son institut luttent à contre-courant.

 

Lviv (ex-Lvov, ex-Lemberg), à l’extrême ouest du pays, est le symbole de la foisonnante diversité culturelle d’avant-guerre. ­Austro-hongroise, puis polonaise jusqu’en 1939, la région passe sous la coupe des Soviétiques en vertu du pacte germano-soviétique. En 1941, l’Allemagne attaque l’URSS, Lviv est envahie par les troupes nazies. La ville aux quarante synagogues, dont le tiers de la population est juive, sera le théâtre de massacres effroyables, notamment dans la forêt toute proche de Lisinitchi.

 

Près de soixante-dix ans plus tard, Bedry Meron, un vieil Ukrainien né dans le village, se souvient encore "des colonnes de gens traversant Lisinitchi vers la forêt où on les fusillait, et le bruit des mitrailleuses qui ne cessait jamais".

 

Difficile, aujourd’hui, de retrouver le chemin jusqu’à cette ancienne fosse commune. Sur place, la forêt a repris ses droits. Quelques bouteilles de bière ou de vodka, des paquets de chips éventrés : l’endroit est apprécié pour les pique-niques. Aucune inscription ne signale l’histoire des lieux, si ce n’est une plaque de contreplaqué en hébreu dont on retrouve des bouts épars jetés entre les feuilles mortes.

 

Pour Tarik Cyril Amar, directeur des études au Centre pour l’histoire urbaine d’Europe de l’Est à Lviv, "il y a deux raisons principales qui expliquent le silence partiel des autorités sur cette question. Le fait que les pogroms, qui ont eu lieu avant l’arrivée des Allemands, ont été perpétrés par la population elle-même, et surtout le rôle de la police ukrainienne dans les massacres". Des centaines de citoyens ukrainiens ont servi comme auxiliaires des nazis pendant les exactions. Sans oublier ces nationalistes ukrainiens, en lutte contre le régime soviétique et la domination russe, qui ont cru voir dans le nouvel occupant un allié.

 

Aujourd’hui, sous la présidence de ­Viktor Iouchtchenko, les leaders de l’UPA - l’Armée insurrectionnelle ukrainienne -, Bandera, Choukhevitch sont devenus des héros nationaux. Tant pis si le panache de ces résistants à l’occupation soviétique est entaché par leur collaboration de circonstance avec l’Allemagne nazie et leur possible participation à la Shoah. Le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dérange dans le grand chantier de construction d’une histoire nationale de l’Ukraine. Au centre de cette mémoire, il y a déjà une autre grande tragédie que les Ukrainiens veulent faire reconnaître au monde comme un génocide : la grande famine de 1932-1933 qui a fait des millions de morts dans les campagnes d’Ukraine ­soviétique, baptisée Holodomor ("extermination par la faim").

 

44.jpg"Iouchtchenko a une vision ethnique du nationalisme ukrainien et il est toujours dans une conception binaire de la mémoire; soit héros, soit victime", se désole Tarik Cyril Amar, à Lviv. "Tout ceci est en contradiction avec l’histoire de l’Holocauste et favorise une sorte de compétition des victimes." Dans la rue, la confusion est frappante. Lorsqu’on évoque l’Holocauste, nombre d’Ukrainiens entendent "Holodomor".

 

Ils en ont quand même, du toupet, ces Ukrainiens …

 

 

Source : http://www.juif.org/go-news-121520.php

16/02/2010

"A l'usage des futurs citoyens, toujours plus responsables et informés"

Si les citoyens de demain ne sont pas pleinement « responsables et informés », ce ne sera vraiment pas la faute des officiels de ce pays. Jugez plutôt la dernière démonstration en date :

 

« Une convention va être signée entre le Mémorial de la Shoah et l'académie de Toulouse

 

Olivier Dugrip, recteur de l'académie de Toulouse et Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah vont signer une convention de partenariat, mardi 16 février 2010, au rectorat de l'académie de Toulouse.

 

L'objet de cette convention est de donner un cadre à l'action commune entre les deux structures. Cela fait des années que le Mémorial de la Shoah, soutenu par la Fondation pour la mémoire de la Shoah, est le partenaire d'un certain nombre d'établissements scolaires de l'académie. Ainsi, le Mémorial mettra-t-il à la disposition de l'académie de Toulouse des moyens pédagogiques tant humains que matériels pour participer à la mise en place de projets : information et formation des professeurs, accès aux ressources, création d'outils pédagogiques, expositions itinérantes, manifestations diverses, visites, voyages d'étude pour les professeurs et les élèves. Des conventions complémentaires pourront être signées sur des projets spécifiques. Dans sa dimension civique, elle a l'ambition de concourir à la formation de futurs citoyens toujours plus responsables et informés. »

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

 

Toujours sur le même sujet, je suis tombée sur un site des plus instructifs, qui s’intitule Yad Layeled France, sous-titré L’enfant et la shoah. Allez y faire un tour, il vous intéressera. En préambule, on peut y lire ceci :

« Enseigner l’histoire de la Shoah

Yad Layeled France encourage l’enseignement de l’histoire de la Shoah dès la classe de CM2.

Nos ressources pédagogiques :

  La mallette pédagogique L’enfant et la Shoah,

  Le séminaire pour enseignants,

  La bande dessinée « Les enfants sauvés »,

  L’exposition Janusz Korczak,

  L’affiche « Tous les enfants ont le droit »,

En préparation, l’exposition Sur les traces d’une photo.

S’appuyant sur des histoires de vie pendant la Shoah, l’association Yad Layeled France conçoit et diffuse des ressources pédagogiques pour accompagner les enseignants du CM2 et du collège dans l’étude de l’histoire de la Shoah avec leurs élèves.

Depuis 2002, la Seconde Guerre mondiale et en particulier «l’extermination des Juifs par les nazis, un crime contre l’humanité» figurent parmi les cinq points forts du programme d’histoire du XXe siècle, à l’école primaire. (B.O., 14 février 2002).

Les nouveaux programmes réaffirment la nécessité d’enseigner cette histoire et préconisent une diversité d’approches.

La démarche éducative originale de l’Association Yad Layeled France associe mémoire et message de vie. Elle propose une éducation à la citoyenneté qui incite les élèves à réfléchir sur les problèmes de l’intégration, du « vivre ensemble » dans une société démocratique, et sur les questions de l’exclusion, de l’antisémitisme et du racisme. »

Source : http://www.yadlayeled.org/

 

On peut se demander à quel titre ce genre d'initiative à tonalité fortement partisane intervient ainsi dans l'enseignement public? N'y a-t-il pas des priorités autrement plus pressantes? Heureusement que je n'ai plus d'enfants d'âge scolaire, ça me ferait grimper aux rideaux ...

20/01/2010

A QUEL MOMENT LE MYTHE INTERVIENT-IL ?

images.jpgPour commémorer comme il se doit le 65e anniversaire de la libération d’Auschwitz, Arte va gâter ses téléspectateurs : la diffusion complète du film de Lanzmann, Shoah, qui dure la bagatelle de … neuf heures trente minutes. En deux épisodes, il est vrai: ce soir et mercredi prochain.

 

Voici un court extrait de La France LICRAtisée, où j’évoquais ce film-fleuve :

 

« Le Droit de Vivre (DDV) consacre en 1985 une page entière au film de Claude Lanzmann, Shoah, qui vient de sortir et qui dure neuf heures trente minutes. Un film qualifié de « projet d’intérêt national » par l’Etat d’Israël, qui a participé à son financement.

Le cinéaste raconte dans cette interview la difficulté qu’il a eue à retrouver des témoins et la manière dont il les a dirigés, ce que le DDV rapporte en ces termes :

 

« Lanzmann les a poussés, forcés à revivre l’horreur, avec pour seule attestation du vrai, les mimiques du visage, lorsqu’ils racontaient. Ces événements sont d’une telle magnitude qu’ils créent leur propre mythologie fondatrice. A quel moment le mythe intervient-il ? Lanzmann donne pour exemple un épisode du film où les paysans polonais racontent la routine des navettes des camions à gaz qui défilent chaque jour. La routine se brise à partir d’un événement inouï, un accident : le camion à gaz se renverse, les portes s’ouvrent et les juifs, à demi asphyxiés, tombent sur la route.

Il y a eu un seul témoin qui l’a raconté aux autres, et tous l’ont raconté comme s’ils en avaient été les vrais témoins : légende et aussi vérité. C’est tout cela qui a permis au film de vivre au présent ».

 

Le film Shoah sera également diffusé en Pologne et à ce propos, Claude Lanzmann déclare au DDV : « Pour en revenir aux dirigeants polonais, ils ont été infâmes en envoyant des journalistes interroger certains paysans qui sont dans mon film pour leur faire dire que c’est moi, Lanzmann, qui leur avait mis des idées antisémites dans la tête, mais qu’ils n’étaient pas le moins du monde de cet avis. En somme, je les aurais payés pour qu’ils disent ce qu’ils ont dit. Extraordinaire ! C’est une attitude qui les condamne eux-mêmes ».

 

Pourtant, André Glucksmann avait déclaré lors d’une projection du film à Dijon, et ces propos sont quand même assez étonnants : « La force de ce film est de montrer non ce qui s’est passé – il s’en garde bien – mais la possibilité de ce qui s’est passé ».

 

 

 

Claude Lanzmann a toujours considéré que la parole sacrée des « témoins » ne devait jamais être mise en doute. La passer au crible du doute scientifique constituait un danger par trop important. Ainsi, à la sortie du livre de Jean-Claude Pressac, Les crématoires d’Auschwitz, en 1993, avait-il déclaré que « le danger de cette enquête technique est de fragiliser les nombreux témoignages de survivants qui ont tout dit en la matière et dont la parole n’a pas à être soumise à un quelconque doute, y compris scientifique ».

 

Puisqu’il est question plus haut de « camions à gaz », je trouve judicieux, afin de contribuer à une vue d’ensemble sur le sujet, de rappeler un personnage intéressant quoique injustement méconnu, dont Soljenitsyne a parlé en premier, et que j’ai évoqué à mon tour dans mon livre sur les révolutionnaires juifs : Isaï Davidovitch Berg. Ses exploits se sont situés juste quelques années avant la seconde guerre mondiale. Voici ce que j'en disais:

 

« Isaï Davidovitch Berg est un rouage du système bolchevique comme il y en eut des milliers. Il n’a dû sa – relative – célébrité qu’à son esprit ingénieux qui va s’exercer, hélas pour lui, sur un sujet aujourd’hui des plus sensibles.

Voilà un homme qui s’est retrouvé, dans les années trente, chef du service économique du NKVD pour la région de Moscou. Un poste de responsabilité, certes, mais pas le sommet de l’échelle. Chargé comme il l’était des problèmes économiques, il devait donc veiller à dépenser et faire dépenser le moins d’argent possible. C’est logique.

Nous sommes en 1937, période de grandes purges, lorsque les exécutions, dans le secteur de Moscou, prennent une ampleur telle que nos braves fonctionnaires ont du mal à suivre. Tous ces ennemis du peuple  à fusiller en même temps ! Sans compter toutes les munitions nécessaires pour leur tirer une balle dans la nuque, ça finit par coûter cher ! Et  le temps que ça prend pour les assassiner un par un !

C’est là que va intervenir la cervelle ingénieuse de notre bonhomme. Il va inventer un moyen moins onéreux de procéder. Un moyen simple, mais encore fallait-il y penser : le camion dont les gaz d’échappement sont orientés vers l’intérieur. Cette invention sera appelée en russe dushegubka, ou «chambre à gaz ambulante».

La procédure était effectivement très simple : les « patients » étaient entassés dans un camion hermétiquement clos renvoyant les gaz d’échappement vers l’intérieur, et c’était parti pour une longue promenade autour de Moscou. A l’arrivée,  – ô miracle de la technique - ne restaient plus que des cadavres qui étaient immédiatement escamotés dans un coin discret. Voilà, ce n’était pas plus compliqué que ça. Et relativement économique, encore que… l’essence …

Eh bien, le croirez-vous, ce rouage pourtant zélé et méritant finira misérablement en 1939, victime lui aussi d’une purge. Quels ingrats ! 

Ce brave Berg a inventé une application pratique mais, soyons juste, l’idée d’utiliser des gaz pour tuer était plus vieille que lui. Elle démarre en fait durant la 1ère guerre mondiale, vite relayée par les bolcheviques qui n’étaient jamais en reste dans ce domaine. Les gaz seront largement utilisés par eux, souvent contre les paysans refugiés dans les bois, notamment à Tambov en 1921. »

Ayez une petite pensée pour ce pauvre Berg si oublié, ce soir, devant votre petit écran …

16/12/2009

DU MOMENT QUE C’EST ELLE QUI LE DIT ….

images.jpgCa a fait le tour du Web, mais je reviens quand même dessus parce que c’est assez hallucinant. Elle avait bu, ou quoi ? Pour d'autres, on ne se priverait pas d'accuser la sénilité, comme on l'a vu en certaines circonstances.

 

Bref, interviewée par un copain, Fogiel, sur Europe 1 il y a quelques jours, la journaliste Claude Sarraute s’est lâchée dans les grandes dimensions :

 

« Un de vos confrères est venu vous défier sur le thème « tu n’oseras jamais taquiner sur la shoah » et vous avez écrit :

 

Regardez-nous les juifs, ce qu’on a réussi à faire avec notre shoah 

 

Ah, j’ai dit ça à une Arménienne

 

On l’a vendue partout. On est couverts d’argent. On est vraiment plus fort que vous

 

Oui, j’ai dit ça à une Arménienne (…)

 

Ces cons-là, ils ont vraiment eu la même chose et tout ce qu’ils trouvent à faire, c’est de s’asseoir par terre dans la rue ».

 

Intéressant. On peut en retenir que les Arméniens sont des cons – ils apprécieront sûrement. Qu’ils ont eu « la même chose ». Ah tiens, je croyais que c’était tellement indicible que c’en était hors de l’histoire.

Et enfin que les juifs ont très bien vendu la chose. On s’en doutait un peu, mais c’est bien qu’une juive le dise. Merci, Claude.

http://www.dailymotion.com/video/xbfv2r_claude-sarraute-a-europe-1-le-91209_fun

11/12/2009

LE PETIT CHAPERON ROUGE EXPLIQUE LA SHOAH AUX ENFANTS

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Non, non, vous ne rêvez pas . A ce stade, je dois dire que la réalité est en train de dépasser l’affliction la plus totale. Si vous avez des enfants, n’hésitez pas une seconde : emmenez-les vite se régaler pour Noël des contes de fée légèrement revisités que leur concocte la PUTE, à savoir la Pensée Unique Totalitaire Envahissante. Bon, cela risque d’être un peu tard pour le Petit Chaperon Rouge, mais ne vous inquiétez pas : ils auront droit bientôt au Petit Poucet dévoré tout cru par le vilain nazi ou à Riquet à la Houppe déporté à Auschwitz.

 

J’ai tout compris. L’histoire qu’on n’enseignera plus aux terminales scientifiques – pourquoi faire ? ça ne peut que leur brouiller l’esprit inutilement – ce sont les gamins du primaire (ô combien) qui vont y avoir droit à forte dose. Une histoire légèrement reformatée, s’entend, car il ne faut pas qu’ils prennent de mauvais plis dès le départ, ces futurs citoyens. C’est-y pas astucieux, ça ?

 

Oyez donc, bonnes gens, ce que nous apprend le CRIF :

 

« La compagnie Etincelles présente jusqu’au 11 décembre 2009 à l’espace Renaudie d’Aubervilliers le Petit Chaperon Uf de Jean Claude Grumberg. Sortez de Paris, et promenez vous dans les bois où vous croiserez un petit chaperon rouge qui rencontre un loup, normal…Mais Wolf, est un loup déguisé en caporal. Il apprend au petit chaperon rouge la triste vérité : Elle est Uf et, comme pour tous les Ufs petits et grands, tout ou presque lui est interdit.

 

Isabelle Charaudeau installe ses comédiennes fabuleusement masquées dans un décor intelligemment épuré  et des costumes soignés. Ils nous racontent  une allégorie des statuts des Juifs d’octobre 1940 et juin 1941 à travers le personnage du loup , déguisé en caporal-Kapo ( Rafaele Arditti) dont les exactions renvoient à l’histoire de la collaboration en France et à l’application des mesures d’exclusion envers les juifs: port de l’étoile : « capuchon jaune caca d’oie», classement de la population ( « Uf et non-Uf »), restrictions alimentaires , clichés dévalorisants stigmatisant les Juifs : Le loup se pince le nez comme si ça sentait mauvais  « Ufs sales, très toujours» …

 

Par un travail scrupuleux avec les enfants à partir de 7 ans, la troupe a circulé dans les classes pour accompagner les instituteurs dans une première approche de l’enseignement du génocide des Juifs, le Petit Chaperon Uf est une oeuvre pédagogique et drôle pensée pour le tout public qui mêle conte et réalité de façon pertinente.

 

Jeudi 10 décembre 2009 à 14h, vendredi 11 décembre à 14h et 19h, à l’Espace Renaudie, 30 rue Lopez et Jules Martin 93300 Aubervilliers (Métro : Fort d’Aubervilliers) 01 48 11 08 02»

 

Je ne peux m’empêcher de voir dans tous ces efforts frénétiques pour faire parler encore et toujours de la shoah – je lisais l’autre jour qu’une des dernières trouvailles, en Hollande, a été une émission de télé où l’on a réussi à faire comparaître 15 anciens condisciples d’Anne Frank, pour parler d’elle, comme ça, tout à coup, 65 ans après les faits – une fébrilité et presque une panique qui en disent long sur un certain sentiment de voir les choses et les situations échapper à ce qui était prévu. D’où un pathétique besoin de resserrer tous les boulons possibles et imaginables. Sans plus aucune mesure ni pudeur.

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=17802&artyd=99

21/11/2009

BARBARIES

 

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Quelle différence entre ces deux scènes de rue?

 

Celle du bas se déroulait en 1942 dans le ghetto de Varsovie et celle du haut dans une rue de Kharkiv en 1933.

 

Celle du bas était due à Hitler et on en entend parler matin, midi et soir, celle du haut à un certain Lazar Kaganovitch qui eut pendant l’Holodomor la haute main sur l’Ukraine. L’Holodomor et ses six millions de victimes, dont deux millions d’enfants.

 

Mais de cela on n’entend JAMAIS parler. Serait-ce parce que Kaganovitch était juif ? Et que cette fois les victimes étaient surtout de l’autre côté ?

 

J’y pensais en relisant -  suite à la note d’hier sur Jan Karski - l’article que lui consacra le New York Times à son décès, en juillet 2000. On apprend dans cet article que Karski avait réussi à "infiltrated both the Warsaw Ghetto and a German concentration camp".  Ce qui me paraît étonnant. Infiltrer le ghetto de Varsovie, passe encore, mais un camp de concentration …. On y entrait et on en sortait donc comme ça ? Bizarre.

 

J’y pensais en relisant -  suite à la note d’hier sur Jan Karski - l’article que lui consacra le New York Times à son décès, en juillet 2000.

Ce qui me paraît étonnant. Infiltrer le ghetto de Varsovie, passe encore, mais un camp de concentration allemand … On y entrait et on en sortait donc comme ça ? Bizarre.   

 

Bref, contacté en 1942 par deux chefs de la résistance juive qui avaient eux aussi réussi à quitter le ghetto, il y entre à son tour avec eux afin de pouvoir témoigner. Pourquoi ces deux chefs, qui étaient à l’extérieur, n’ont-ils pas eux-mêmes fait le nécessaire pour alerter au moins des responsables de leur communauté à l’étranger ? On l’ignore.

 

Toujours est-il qu’ils le font pénétrer en août 1942 dans le ghetto où il pourra assister à des scènes comme celles indiquées plus haut.

“Decades later, when asked to describe what he had seen, Mr Karski, a fastidious man who hated violence even in films or on television, would usually simply say “I saw terrible things”. (Des décennies plus tard, lorsqu'on lui demandait de décrire ce qu'il avait vu, M. Karski, un homme délicat qui détestait la violence, même dans des films ou à la télévision, se contentait de dire généralement : «J'ai vu des choses terribles ». 

 

“But on some occasions, such as in his appearance in « Shoah », Claude Lanzmann’s documentary film about the Holocaust, he would tell of seeing many naked dead bodies lying in the streets and describe emaciated and starving people, listless infants and older childre with expressionless eyes ». (Mais à certaines occasions, comme lors de son apparition dans "Shoah", le film documentaire de Claude Lanzmann sur l'Holocauste, il disait avoir vu les corps nus de nombreux morts gisant dans les rues et il décrivait les gens émaciés et affamés, les nourrissons et les enfants apathiques, aux yeux inexpressifs. )"

 

Horrible, bien sûr, mais très exactement ce que l’on voyait aussi durant l’Holodomor, neuf ans auparavant. Sans beaucoup de réaction non plus, reconnaissons-le.

 

J’ajoute même que les millions d’affamés d’aujourd’hui crèvent de faim dans la plus profonde indifférence de nos « dirigeants ». Du moment qu’eux n’ont jamais faim, peuvent-ils seulement imaginer ce que signifie avoir le ventre vide, et le cortège de malheurs qui vont avec ?

 

Tout ça pour dire que cette façon de se gratter toujours et éternellement au même endroit, sans rien voir autour, et surtout pas ce qui se passe aujourd’hui, m’insupporte. Disons-le et redisons-le, c’est notre devoir.

 

Pour en revenir à cet étonnant M. Karski, sorti du ghetto de Varsovie, il réussira à pénétrer avec ses mentors dans un camp de concentration allemand. Où il verra d’autres horreurs. Mais où on lui donnera une clé contenant des microfilms.

 

Heureusement pour lui, il parviendra à sortir du camp comme il y était entré et partira pour Londres, puis New York avec sa clé. Il rencontrera plein de monde afin de tenir sa promesse, qui était de témoigner de ce qu’il avait vu. Il verra des responsables juifs et non juifs -  y compris un juge juif de la Cour Suprême des Etats-Unis, Félix Frankfurter – qui ne le croiront pas. Et même le premier ministre britannique et le président Roosevelt. The question is : pourquoi personne ne l’a-t-il cru ?

 

Source: http://www.nytimes.com/2000/07/15/world/jan-karski-dies-a...