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09/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (11)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

ADOLPH ABRAMOVICH JOFFE (ou IOFFE)

aefe6f6488752ad8f940c4b514e8eb49.jpgToute sa vie, Adolph Joffé fut un ami fidèle et un chaud partisan de Trotsky. Il naît en 1883 – il est donc de quatre ans plus jeune que son mentor – dans une famille juive karaïte de Crimée. [De façon très simplifiée, le karaïsme est une branche du judaïsme qui s’oppose au judaïsme « rabbinique »].

Il rejoint le parti socialiste révolutionnaire de Russie en 1903, durant ses études, et prend une part active à la révolution de 1905. Après l’échec de celle-ci, il s’exile à Berlin, puis à Vienne, en 1906. C’est là qu’il va aider Trotsky, qui s’y trouve aussi, à fonder la Pravda et à la faire vivre. Car la famille de Joffé est prospère et le soutien financier de celui-ci est le bienvenu. La Pravda a en effet été créée à Vienne en 1908 par Trotsky. Joffé contribuera à sa publication jusqu’en 1912, tout en étudiant la médecine et la psychanalyse.

En 1917, il se trouve en Russie, où il devient membre du Comité central du Parti dès le mois d’août et où il retrouve la Pravda, désormais rapatriée. En octobre, il soutient Lénine et Trotsky dans leur volonté de s’emparer du pouvoir par la force. Et il devient le président du Comité militaire révolutionnaire de Pétrograd qui renverse le gouvernement provisoire, le 25 octobre.

De novembre à janvier 1918, c’est lui qui conduira avec Trotsky la délégation bolchevique à Brest-Litovsk pour négocier l’arrêt des hostilités avec l’Allemagne et l’Autriche. Les bolcheviques font traîner les négociations dans l’espoir qu’entre-temps les révolutions tant espérées gagneront du terrain dans ces pays. Peine perdue, après neuf semaines de vaines parlotes, l’armée allemande se met en marche vers Petrograd et Lénine finira par ordonner d’accepter les termes du traité.

Lorsque Trotsky prend le contrôle de l’Armée Rouge, c’est lui, Joffé, qui le remplace comme commissaire du peuple aux affaires étrangères. A ce titre, il mènera diverses négociations avec la Turquie et avec l’Allemagne. On le retrouve  à Berlin d’où il se fait expulser en novembre 1918 avec sa délégation, accusés de fomenter la révolution.

En 1919-20, il poursuit son activité diplomatique et négocie un certain nombre de traités. En 1922, il est nommé ambassadeur en Chine où il signe un accord avec Sun Yat-Sen. Il se rend au Japon en 1923 pour y organiser les relations sovieto-japonaises.

Mais il tombe gravement malade et doit rentrer à Moscou. Il représentera encore les soviets en Autriche en 1924-26, mais rien ne va plus. Sa santé se détériore encore, ainsi que ses relations avec le nouveau pouvoir de Staline. Ce dernier, lui faisant payer le soutien sans faille à Trotsky, refuse de le laisser partir se soigner à l’étranger.

Trotsky est exclu du Parti le 12 novembre 1927 et Joffé se suicide quatre jours plus tard. Le discours que prononcera Trotsky à ses funérailles sera le dernier qu’il prononcera sur le sol soviétique.

Joffé avait une fille, Nadezhda Joffé, née en 1906, qui sera tout aussi activiste et trotskyste que son père. Elle en paiera le prix par une déportation en Sibérie. Après la mort du dictateur, elle rentrera à Moscou dans un premier temps, puis s’installera à New York où elle mourra en 1999.

 

c8c61c8d6db91ac310c1583ccc521be5.jpgPuisque nous parlions de psychanalyse au début de l’article, il est intéressant de noter que Trotsky, qui avait fait la connaissance de cette discipline à Vienne en 1908, s’y intéressait vivement et participera activement à sa promotion dans la Russie bolchevique.

Cela se traduira par la création, en 1923, d’un Institut de Psychanalyse financé par l’Etat. On y travaillait tout particulièrement sur les rapports entre freudisme et marxisme.

De cet Institut dépendait un jardin d’enfants un peu spécial, dirigé par Véra Schmidt, qui, sans aucun diplôme, y appliquait des théories « alternatives » pour le moins étranges, touchant à la sexualité infantile. Rumeurs et plaintes ne tardèrent pas.

Au pays des soviets, la vogue de la psychanalyse, qui avait accompagné les années glorieuses de Trotsky, retomba en même temps que son étoile pâlissait. Institut et jardin d’enfants seront fermés en 1925.

08/11/2007

CES ANCETRES QUI DONNENT DES CAUCHEMARS ....

Dans un magazine féminin de décembre qui vient de paraître, j’ai trouvé un article intitulé Mes ancêtres et moi ! sous-titré : Du vécu de nos aïeux, on hérite du meilleur comme du pire ! Profitons des réunions familiales pour renouer avec nos racines et éclairer le présent. Pourquoi pas, après tout ? Cet article était illustré par deux témoignages, dont l’un, qui m’a fait sursauter, est le suivant :

« Marie-Laure, 55 ans

Quand j’ai eu 7 ans, j’ai commencé à faire des cauchemars et à souffrir d’asthme. Sur les conseils d’une amie psy, ma mère a cherché à savoir si cela avait un rapport avec notre histoire familiale. C’est ainsi qu’elle a découvert que son grand-père avait une sœur. Elle s’appelait Sarah. Elle est morte à 7 ans, gazée à Auschwitz. Personne n’en avait jamais parlé. Ma mère a retracé la vie de sa tante et m’a ensuite raconté toute son histoire. Chose incroyable : mes cauchemars ont disparu de suite et mes crises d’asthme ont cessé en quelques mois ».

Je suis désolée de dire que cette tragique histoire ne tient pas debout et j’attends de pied ferme qu’on me démontre le contraire. Cette dame ayant 55 ans aujourd’hui est donc née en 1952. On peut raisonnablement penser que sa mère est née au plus tôt en 1934 (elle aurait alors eu 18 ans à la naissance de sa fille), mais plus vraisemblablement vers 1930, ou même avant.

La petite fille gazée à 7 ans à Auschwitz devait être née, elle, au plus tard en 1938 et au plus tôt vers 1933.

La mère est donc vraisemblablement née avant cette petite fille qui est censée avoir été sa tante ou sa grand-tante, on ne sait pas très bien car le texte se contredit sur la question. Comment le grand-père/père aurait-il dans ces conditions pu avoir une sœur dont elle n’aurait jamais entendu parler ?

Vous allez me dire que je pinaille ? Peut-être, mais dans ce domaine douloureux, il n’y a pas de place pour l’à-peu-près.

Ceci dit, ça n’a pas vraiment d’importance car le message était ailleurs, et il est passé, c’est l’essentiel.

07/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (10)

LAZAR MOÏSSEÏEVITCH KAGANOVITCH

379d58bc03d1bfe5a2de4268fa552dd7.jpgCe très proche collaborateur et adorateur servile de Staline est né en 1893 et, tenez-vous bien, est mort de sa belle mort le 25 juillet….1991. A l’âge canonique de 98 ans ! Après la chute du rideau de fer ! En voilà un de plus en tout cas à avoir échappé à la « fureur antisémite » du maître du Kremlin. Un personnage  particulièrement sympathique, comme nous allons le voir. Mais n’anticipons pas cette épopée et commençons par le début.

Kaganovitch naît dans une famille juive d’Ukraine et débute dans la vie comme apprenti cordonnier. Il adhère au bolchevisme en 1911 et se bat dans l’Armée Rouge durant la guerre civile. En 1920, il est envoyé en Asie centrale, dans le Turkestan.

Contrairement à ses collègues qui l’ont précédé dans cette série, Kaganovitch commence donc sa carrière plutôt petitement. Mais une fois parti, il ne s’arrêtera plus.

Stalinolâtre dès le tout début, il en sera bien récompensé puisqu’il intègre le Comité central du Parti en 1924 et est promu 1er secrétaire du Parti d’Ukraine de 1925 à 1928. Il va s’illustrer une première fois durant cette triste période en soutenant à fond la collectivisation forcée des campagnes, véritable guerre déclarée par le pouvoir aux paysans, et en éliminant sans états d’âme tous les opposants et autres « éléments parasitaires et antisociaux ». Et ils sont nombreux.

Son zèle sera reconnu à sa juste valeur : il est élu en 1930 au Politburo, où il restera jusqu’en 1957, date du début de la déstalinisation. Une longévité absolument remarquable.

De 1930 à 1935, le voilà 1er secrétaire à Moscou. Comme l’indique pudiquement Wikipédia,  « Durant les années 1930, Kaganovitch participe avec zèle et sans état d'âme à la mise en œuvre des réformes économiques et sociales de Staline, notamment la collectivisation de l'agriculture et l'industrialisation aussi rapide que violente de l'URSS, ainsi qu'aux  purges politiques. »

Derrière cette phraséologie lisse, se cache un épisode particulièrement abject d’une carrière pourtant bien remplie à cet égard. Kaganovitch jouera en effet un rôle de premier plan lors de l’Holodomor, la famine orchestrée par le pouvoir, qui fit au bas mot six millions de victimes, dont deux millions d’enfants. Le plan de collecte totalement irréaliste prévu par le gouvernement des soviets n’ayant pas été rempli, et pour cause, Kaganovitch et Molotov sont envoyés en octobre 1932 dans le Caucase du nord et en Ukraine afin d’ « accélérer les collectes » et d’ empêcher à tout prix les paysans de fuir vers les villes.

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Le 2 novembre 1932 – il y a tout juste 75 ans – la commission présidée par Kaganovitch, envoyée dans le Caucase du nord,  adoptera la résolution suivante : « A la suite de l’échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage ».  A partir de ce moment-là, les opérations « anti-sabotage » vont aller bon train et les victimes se compteront par dizaines de milliers. Sans compter les déportations de villages entiers. Un certain Nikita Khrouchtchev s’illustrera d’ailleurs également par sa férocité durant cette sombre période, en Ukraine. Il a été calculé qu’au plus fort de la famine, jusqu’à 33 000 personnes mourraient de faim chaque jour dans cette région.

Durant la Grande Terreur et ses purges, dans les années 1936-39, Kaganovitch continuera à seconder efficacement son maître. Sa signature apparaît au bas de 191 listes de condamnés, en général à mort. Il se rendra d’ailleurs personnellement en 1937 purger le Donbass, Tchéliabinsk, Iaroslav, Ivanovo, Smolensk.  Résultat : il monte encore en grade et devient en 1938 vice-président du Conseil des commissaires du peuple - soit n°2 du pays -, poste qu’il réussira à conserver jusqu’en 1957.

Pendant la guerre, il est membre du Comité d’Etat à la Défense et obtient même en 1943 la distinction rare de Héros du travail socialiste. Il est, le 5 mars 1940, l'un des responsables soviétiques qui contresignent l'ordre d'exécution par le NKVD de 25 700 officiers polonais faits prisonniers par l'Armée Rouge. Ils seront abattus à Katyn et cette tuerie sera, lors du procès de Nuremberg, portée sur la facture payée par les nazis.

Après la guerre, il continue à faire partie du 1er cercle du pouvoir et cumule nouveaux postes et nouveaux honneurs, puisqu’il intègre le Présidium en 1952. Jamais il ne s’opposera aux campagnes « antisémites » de Staline, qu’il soutiendra, bien au contraire.

Il réussira même le tour de force de conserver son influence après la mort inopinée de Staline en 1953, puisqu’il devient ministre du Travail et des Salaires en 1955-56. Il contribue à la montée en puissance d’une vieille connaissance du temps de l’Ukraine, Nikita Khrouchtchev, mais n’en sera pas vraiment récompensé. Ce dernier, qui cherche à se débarrasser de souvenirs gênants, et de témoins embarrassants de la période stalinienne – à laquelle il a pourtant largement contribué – le démet de ses fonctions gouvernementales en 1957.

Mais, heureusement pour lui, les temps ont (un peu) changé. Il n’est donc pas liquidé et ne sera finalement exclu du Parti qu’en 1964.

Il lui reste près de trente ans à vivre, avec ses souvenirs et sans jamais avoir été inquiété pour ses activités criminelles qui en font pourtant l’équivalent d’un Adolf Eichman. L’un comme l’autre zélés, dévoués à la cause et sans états d’âme superflus.

Mais voyez comme c’est étrange : l’un a été justement puni, l’autre est mort dans son lit, médaillé de l’Ordre de l’Union soviétique.

06/11/2007

CIRCULEZ, Y A RIEN A VOIR ….

Vous savez ce qu’est Internet : vous cherchez quelque chose et de fil en aiguille, vous tombez sur tout autre chose. Souvent fort intéressant. D’où de nouvelles recherches, de nouvelles vérifications, etc.

Donc, en cherchant autre chose, je suis tombée sur une List of French Jews proposée par Wikipédia. Ne la cherchez pas en français, vous ne la trouverez pas. Cette liste a été mise à jour récemment car à la rubrique « religieux », on tombe sur feu le cardinal Jean-Marie Lustiger, avec la date de son décès. Il est étonnamment seul, d’ailleurs, à figurer à ce chapitre.

Vous trouvez ensuite toute une série de rubriques diverses et variées : militants, militaires, hommes politiques, hommes d’affaires, scientifiques, philosophes, artistes, acteurs, musiciens, sportifs.

Vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelque chose ? Moi si. Un anglo-saxon qui tomberait sur cette liste conclurait fort logiquement que chez les Frenchies, il n’existe pas à l’heure actuelle de journalistes issus de cette communauté-là, ou si peu, vraiment, que ce n’est pas la peine d’en parler …

 

C’est en cherchant bien, à la rubrique « écrivains et poètes », que l’on finit quand même par trouver, péniblement, TROIS journalistes, dont l’un n’est plus en activité depuis belle lurette : Jean-Jacques Servan-Schreiber. A part lui, deux femmes : Anne Sinclair et Claude Sarraute. Voilà, c’est tout. Circulez, il n’y a rien d’autre à voir. Une précision : les autres ne sont pas non plus sous « militants », j’ai vérifié.

Je me demande s’il ne faudrait pas signaler à Wikipédia cette petite lacune et nous proposer généreusement pour y remédier. Car tant qu’à faire les choses, autant les faire bien et si déjà liste il y a, autant qu’elle soit crédible…

Ah, et puis aussi leur signaler l’existence, dans notre doux pays, d’une Association des journalistes juifs de la presse française, présidée par Clément Weill-Raynal, journaliste à France 3. A ne pas confondre avec son jumeau, Guillaume Weill-Raynal, avocat, auteur de Une haine imaginaire ? Contre-enquête sur le « nouvel antisémitisme ».

05/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (9)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

MEIR HENOCH MOJSZEWICZ WALLACH-FINKELSTEIN, dit MAXIM LITVINOV

1cf47423f78f753fce4515f0d26ef347.jpgIl naît en 1876 dans une famille de banquiers juifs à Bialystok, dans le nord de la Pologne.

Il rejoint, dès sa création en 1898, le parti « socialiste révolutionnaire » de Russie - qui se scindera ensuite en deux factions, les bolcheviks et les mencheviks – et commence sa carrière d’agitateur en faisant de la propagande en Ukraine.

Après certaines péripéties (on s’échappait plus facilement des prisons du tsar que plus tard du goulag), il s’exile en Suisse et y travaille au journal révolutionnaire Iskra (L’Etincelle). De 1906 à 1916, il vit à Londres où il déploie une grande activité comme secrétaire du groupe bolchevique de la capitale britannique. Il y rencontre l’amour sous les traits d’Ivy Lowe, fille d’une grande famille juive d’Angleterre émigrée de Hongrie à la suite de l’échec de la révolution de 1848. Eh oui, les révolutions, ça ne marche pas à tous les coups …

Cette expérience anglaise lui sera en tout cas profitable car la révolution d’octobre à peine achevée, Lénine lui confie la tâche de représenter les soviets en Angleterre. Il sera cependant arrêté par les autorités britanniques en 1918 et gardé en otage afin de servir d’échange avec Robert Lockhart, agent secret accusé par les bolcheviks de complot contre l’Etat. [Ouvrons ici une parenthèse pour signaler que ce personnage, né en 1887 et mort en 1970, eut une vie étonnante qui mérite vraiment d’être connue. Ecossais pur sucre, il clamait notamment à qui voulait l’entendre sa fierté de n’avoir aucune goutte de sang anglais dans les veines : « There is no drop of English blood in my veins ». Cela ne vous rappelle rien ?]

Ce regrettable incident vite oublié, Litvinov entame une grande carrière de diplomate. Vice-commissaire du peuple aux affaires étrangères, il sera le principal représentant des soviets en Europe occidentale, persuadant notamment les Britanniques de mettre fin au blocus contre le gouvernement bolchevique et négociant un certain nombre d’accords commerciaux avec les pays européens.

Egalement fort actif dans son pays, c’est lui qui en 1929 conclura le Litvinov’s Pact, accord de non-belligérance entre Union soviétique, Pologne, Roumanie, Lettonie et Estonie.

Son antisémitisme supposé n’empêchera pas Staline de le nommer commissaire du peuple aux affaires étrangères en 1930. A ce titre, il parviendra en 1933 à persuader les Etats-Unis de Franklin Roosevelt de reconnaître officiellement le gouvernement des soviets.

C’est cette année-là que se déroule, essentiellement en Ukraine, l’horrible tragédie aujourd’hui appelée Holodomor. Entre 1932 et 1933, six millions de personnes au bas mot, dont deux millions d’enfants, seront victimes de cette famine sciemment organisée par le pouvoir pour briser la résistance des masses paysannes. Maxim Litvinov est parfaitement au courant de ce gigantesque crime contre l’humanité. Il est interviewé à ce propos à Moscou par Gareth Jones, le journaliste qui révélera ce forfait au monde occidental. Comme souvent en pareil cas, des intérêts bien plus puissants vont se dresser contre une vérité dérangeante et les révélations de Gareth Jones seront fort mal reçues, y compris par la presse occidentale et américaine. Maxim Litvinov en particulier adressera une lettre personnelle à Lloyd George pour l’informer qu’en raison de ses allégations, M. Jones est désormais indésirable dans le paradis soviétique.

Litvinov représentera ensuite son pays – qu’il avait réussi à y faire admettre - à la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, de 1934 à 1938. Il sera encore présent lors des Accords de Munich en septembre 1938, mais plus à la signature du pacte germano-soviétique de mai 1939. En raison de ses origines juives, Staline le remplacera pour ces négociations par Molotov, qui devient le nouveau ministre des affaires étrangères.

Il n’est cependant pas en disgrâce auprès du tout-puissant maître du Kremlin qui lui octroie un poste de vice-commissaire du peuple et le nomme ambassadeur aux Etats-Unis en 1941, fonction qu’il occupera jusqu’en 1943.

Au terme d’une carrière bien remplie et n’ayant finalement pas trop souffert de l’antisémitisme, Litvinov mourra dans son lit – une rareté – le 31 décembre 1951.

03/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (8)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

KAROL SOBELSOHN dit KARL RADEK

be307f681384fbf1afd5182dfa528f88.jpgIl naît en en 1885 dans une famille juive de Galicie polonaise et milite très jeune à l’Université dans les rangs de la gauche (même remarque que précédemment). Il participe à la révolution de 1905 à Varsovie.

Il émigre ensuite en Suisse, véritable terre promise des révolutionnaires, où il se lie avec Lénine, Trotsky, Zinoviev. Pendant la 1ère guerre mondiale, agissant en qualité d’intermédiaire entre Lénine et les Allemands,  il mènera, avec deux coreligionnaires, Alexander Parvus et Yakov Ganetsky, des négociations secrètes avec les autorités militaires allemandes en vue d’un soutien financier aux bolcheviks. Cette opération prendra le nom de Copenhagen operation.

Il rentre en Russie en 1917 avec ses petits camarades dans le fameux train. Après la révolution d’octobre, il devient vice-commissaire à la propagande. Chargé de la « politique étrangère », c’est lui qui a la lourde tâche de soutenir et d’accompagner tous les mouvements révolutionnaires qui vont désormais éclater un peu partout. Ce qui ne l’empêchera pas de faire partie également de la délégation bolchevique à Brest-Litovsk, en juillet 1918.

C’est l’Allemagne qui sera l’objet prioritaire de ses soins. Il y vivra de 1918 à 1920 et contribuera à la fondation du parti communiste allemand, présidé par Paul Lévi. Hélas pour lui, la révolution ne se déroule pas comme prévu. Elle échoue et Karl Radek rentre en Russie où il devient l’un des dirigeants de l’Internationale communiste, le Komintern.

Cette défaite est considérée comme sa défaite. Désormais, son influence ne sera plus la même. En tant que trotskiste, faisant partie de l’ « opposition » à Staline, il connaîtra en prime les mêmes revers que les autres. Il est éjecté du Comité central du Parti en 1924. Lui est cependant confiée la formation des cadres de la révolution chinoise à l’Université Sun Yat-Sen de Moscou, dont il devient le recteur de 1925 à 1927. Il « formera » notamment Deng Xiaoping.

Il est expulsé du Parti en 1927 et se retrouve en Sibérie comme un vulgaire contre-révolutionnaire. Après deux ans de ce régime, il capitule misérablement et fait son entière  soumission à Staline. Il est réadmis dans le Parti en 1930, ayant accepté d’être humilié, sali et ayant dûment calomnié ses amis de la veille.

Devenu le chantre du stalinisme, il dirige de 1932 à 1934 un « Bureau d’information pour les questions internationales » directement sous la coupe du dictateur et chargé spécifiquement de la lutte « antifasciste ». Il participe même à la rédaction de la Constitution soviétique de 1936.

Mais la fin est proche. Devenu lui aussi inutile, autocritique et dénonciations de ses anciens amis ne le sauveront plus. Il fait partie des accusés du 2e procès de Moscou, en 1937, sous l’inculpation de trahison.

Condamné comme les autres à 10 ans de goulag, il y meurt deux ans plus tard, en 1939, dans des circonstances non encore véritablement élucidées. Mais pas de vieillesse, en tout cas.

02/11/2007

LE PROFESSEUR HAYEM

La France de 1931 est-elle (déjà) antisémite ? On pourrait assez facilement le croire à la lecture des Droit de Vivre, journal de la LICRA, qui sera créé l’année suivante, en 1932. Journal qui existe toujours aujourd’hui. Pourtant, je suis tombée, en lisant un livre de souvenirs écrit par Sacha Guitry – lui qui sera honteusement traîné dans la boue à la Libération, avant de voir son « innocence » reconnue, bien à regret  – sur un texte amusant qui apporte un éclairage bien différent à ce sinistre climat « antisémite » qui aurait régné sur notre pays dès cette époque lointaine. Sacha Guitry relate, sous le titre Le professeur Hayem une rencontre qu’il fit à Evian, où il faisait une cure, en août 1931.

« Un petit vieillard à barbe blanche, à cheveux longs, est arrivé ce matin à l’hôtel. Il a le type sémite nettement prononcé, il porte une jaquette noire et il est commandeur de la Légion d’honneur. Lorsqu’il est entré dans la salle du restaurant, tout le monde l’a remarqué et chacun s’est demandé :

-          Qui est ce vieux savant ?

Notre voisine de table, que nous connaissons un peu, me l’a même demandé à moi. Je lui ai répondu que je n’en savais rien.

Alors, elle a appelé le maître d’hôtel et lui a posé la même question.

-          Je vais vous le dire tout de suite, Madame.

Il a quitté la salle, est allé à la réception et en est revenu avec un petit bout de papier qu’il a remis à notre voisine. Elle s’est de nouveau penchée vers nous et elle m’a dit :

-          C’est le professeur Hayin. Est-ce que ce nom vous dit quelque chose ?

-          Rien du tout, Madame.

 

Une heure plus tard, j’ai su que c’était le professeur Hayem, le plus illustre médecin français. Alors je me suis souvenu de la curiosité instinctive et générale qu’il avait soulevée en entrant dans cette salle de restaurant. Nous sommes tous ici des malades, puisque, en principe, nous sommes venus à Evian pour nous soigner, et la présence parmi nous de cette sommité médicale, nous l’avons vraiment devinée, nous l’avons sentie. Une demi-heure plus tard, tout l’hôtel savait que c’était le professeur Hayem et nous en éprouvions un plaisir extrême. Quelle impression réconfortante, quelle tranquillité cela donne de savoir qu’on a, à portée de la main, un homme d’une telle infaillibilité ! Ce médecin, que ses confrères appellent en consultation depuis quarante années, dire que nous n’avons qu’un signe à faire pour qu’il nous guérisse !

Et puis nous apprenons une nouvelle qui vient augmenter encore l’intérêt que nous lui portons égoïstement : le professeur Hayem a quatre-vingt-onze ans ! Un médecin âgé de quatre-vingt-onze ans paraît être la preuve évidente de l’efficacité de ses méthodes thérapeutiques.

Dès le repas suivant, nous cherchons tous à savoir ce qu’il mange, ce qu’il boit et s’il prend du café. Chacun de nous, à tour de rôle, questionne le maître d’hôtel et l’on sent que dans quarante-huit heures nous allons tous nous conformer au régime que suit le professeur Hayem.

Nous sommes devenus, sans qu’il le sache, ses clients, puisqu’il est devenu notre médecin – malgré lui. Et je n’oublierai jamais nos têtes à tous lorsque nous le vîmes allumer un magnifique cigare à la fin de son repas. Les non-fumeurs étaient consternés, les fumeurs exultaient.

De tous les coins du restaurant, on entendait ces mots :

-          Garçon, passez-moi donc les cigares !

 

Lorsque le professeur Hayem traverse à petits pas le grand salon, chacun le salue. C’est la santé qui passe.

Personne n’a encore osé lui parler. D’ailleurs, il n’a pas l’air aimable. Dame ! Il doit savoir ce qu’il lui en coûte dès qu’il a l’imprudence de répondre trop gracieusement à un salut. Et j’imagine qu’il a dû bannir à jamais de son langage certaines formules de politesse. Celle-ci entre autres, surtout celle-ci :

- Comment allez-vous ?

Que se passerait-il si ces mots lui échappaient ?

On ne serait pas long à le lui dire, comment on va !

Nous sortions de table, hier, lorsque le directeur de l’hôtel vint à moi et me dit :

-          Le professeur Hayem voudrait vous serrer la main, Monsieur.

 

Ma joie fut grande, mais de courte durée, car, immédiatement, je me suis demandé si je n’avais pas une mine épouvantable, et si ce n’était pas par pitié qu’il désirait me voir. Il n’en était rien, grâce à Dieu.

Nous avons bavardé assez longtemps tous les deux, et comme il est la perspicacité même, il n’est pas surpris qu’on se permette de transformer tout de suite en consultation la conversation qu’il se proposait d’avoir avec nous. On n’oserait pas demander à Paderewski de vous jouer une valse de Chopin, on hésiterait à prier M. Nénot de vous faire le plan d’une petite maison de campagne, mais on ne résiste pas à l’envie de savoir du professeur Hayem si l’emploi de la digitaline est efficace ou non, si l’aspirine doit se prendre en mangeant, et si la siathermie combat le rhumatisme.

 

Il répond en souriant aux questions qu’on lui pose. Il me paraît sceptique et j’ai l’impression qu’il considère que le nombre des malades imaginaires est considérable.

Entre deux bouffées de cigare, il m’a dit :

-          En tout cas, vous avez tort de fumer : ce n’est pas bien.

 

Le soir, je l’ai revu et je me suis permis de lui poser la question suivante :

-          S’il vous fallait, Monsieur, résumer d’un seul mot toutes les connaissances que vous avez acquises, tout ce que l’expérience a pu vous apprendre…. Ou, plus exactement, si vous ne pouviez donner qu’un seul conseil à un être qui vous serait cher, lequel lui donneriez-vous ?

En somme, je lui demandais de faire son testament. Je l’imaginais à son lit de mort, je le voyais faisant un effort suprême pour prononcer quelques mots.

Ma question, d’abord, l’étonna mais il comprit vite ce que j’attendais de lui. Il y pensa, et je cherchai à deviner ce qu’il allait me répondre. Allait-il me dire : « L’estomac … » ou bien : « Les reins … », ou bien : « Le foie … » ?

Il me posa très nettement la main sur le bras et, les yeux dans les yeux, comme quelqu’un qui sait de quoi il parle, il me répondit :

-          « Eh bien ! Monsieur, je lui dirais : « Travaille…. Parce que le travail c’est ce qui élimine le mieux les toxines. »

20fec998ec8289cde7ea5bc14c0a37f7.jpgCe médecin illustre, Georges Hayem, fut l’un des fondateurs de l’hématologie. On lui doit également la mise au point d'une solution isotonique qui lui permit de sauver de la déshydratation un grand nombre de ses malades pendant les grandes épidémies de choléra. Ce succès lui valut d'ailleurs le surnom de "Dr choléra".  Il devait mourir en 1933, deux ans après sa rencontre avec Sacha Guitry, à l'âge respectable de quatre-vingt-treize ans.

01/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (7)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

GRIGORY GIRSH YANKELEVICH BRILLIANT dit SOKOLNIKOV

d3bbdba0f916b76a3bccd15638308a44.jpgIl naît dans une famille juive d’Ukraine en 1888 et rejoint les bolcheviques dès 1905, à l’âge de 17 ans. Il partira ensuite pour la France et fera ses études à la Sorbonne dont il sortira diplômé en droit et en économie. Ce qui m’amène à faire la même réflexion que précédemment, pour Ouritsky. Même juif, dans l’empire tsariste, on pouvait donc voyager et apparemment avoir les moyens de faire ses études à l’étranger. Etonnant pour un pays aussi furieusement antisémite…

Bref, il rentre en Russie avec Lénine en 1917, dans le fameux train qui amènera tous les bacilles de la peste à pied d’œuvre. Il est élu membre du Comité central du Parti, puis du Politburo dès sa création.

Preuve de son importance au sein de l’appareil révolutionnaire, c’est lui qui signe pour la toute nouvelle république bolchevique le traité de Brest-Litovsk, mettant fin à la guerre contre l’Allemagne, en mars1918.

A partir de la mi-1918, on le retrouve dans plusieurs conseils militaires révolutionnaires de divers régiments de l’Armée rouge, où il sera distingué par Trotsky. Il partira ensuite en mission au Turkestan, vaste région d’Asie centrale où il est chargé d’installer durablement le nouveau pouvoir. De fait, le Turkestan ne tardera pas à devenir l’une des républiques d’URSS.

De retour à Moscou en 1921, Lénine lui confie le poste sensible s’il en est, de commissaire du peuple aux finances, qu’il occupera jusqu’en 1926. C’est lui qui sera chargé de la difficile restructuration des systèmes financier, fiscal, etc, dans le contexte de la NEP, nouvelle politique économique décidée par le pouvoir. Il pourra donc utilement se servir de ses diplômes acquis à la Sorbonne. C’était déjà lui d’ailleurs, qui dès la révolution d’octobre, avait dirigé la nationalisation des banques.

En 1918, il avait écrit dans la Pravda un article intitulé Mauvaises finances, bonne révolution, dans lequel il soutenait que l’ordre ancien devait être balayé et que le chaos financier aiderait à cimenter la révolution. A présent, victorieux, il ne tarde pas à se rendre compte que de mauvaises finances font en réalité une bien mauvaise révolution.

C’est une fuite en avant qui commence, les bolcheviques imprimant pour donner le change des tonnes de roubles à tour de bras. En 1922, Sokolnikov informe le 10e Congrès des soviets que l’Etat n’a quasiment aucun revenu et que 98% de ce qui est dépensé a été imprimé en monnaie « fictive », sans aucune contrepartie économique.

Après la mort de Lénine, il est entraîné comme les autres dans de sombres luttes de pouvoir. Staline s’empressera de l’éloigner et lui confiera à cet effet la fonction d’ambassadeur des soviets à Londres, en 1929. Il sera ensuite rappelé au pays et, son étoile définitivement pâlie, fera partie de la charrette du 2e procès de Moscou, en 1937. Accusé de conspiration contre Staline, il est condamné à 10 ans d’emprisonnement.

Mais il ne les fera pas car il est assassiné par le NKVD dans sa prison, en mai 1939.