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05/12/2007

VOLE UN CRAYON POUR MOI: UNE LOVE STORY A BERGEN-BELSEN

73f8dd1f273c2141bf12ba44fef701c0.jpgUn film-documentaire qui bénéficie d’une couverture presse et de louanges à faire rêver sort en ce moment sur les écrans américains.

Basé sur le récit publié en 2000 par les protagonistes de l’histoire, le film porte en anglais le titre de Steal a pencil for me. Il a été réalisé par Michèle Ohayon, une réalisatrice née à Casablanca et élevée en Israël, qui croule littéralement sous les récompenses en tous genres.

C’est l’histoire d’un amour qui se développe dans l’environnement ô combien hostile du camp de concentration nazi de Bergen-Belsen. Jack Polack rencontre en fait Ina Soep à Amsterdam en 1943 lors d’une réception. Il est plutôt fauché, et mal marié de surcroît, tandis qu’elle vient d’une famille de diamantaires. Ils se plaisent mais l’avenir semble bouché. Trop de choses les séparent.

Et voilà que trois mois après, tous trois – Jack, Ina et Manja, l’épouse – sont déportés et se retrouvent au camp de transit néerlandais de Westerbork. Et qui plus est, dans la même baraque ! [Suite à une demande de Jack, ai-je lu]. Comme l’épouse n’a pas l’air d’apprécier le roman qui s’ébauche sous ses yeux, Jack et Ina vont devoir se cacher et s’écrire des lettres d’amour secrètes. Jack le dit d’ailleurs lui-même au début du film: “I’m a very special Holocaust survivor. I was in the camps with my wife and my girlfriend; and believe me, it wasn’t easy.”( Je suis un survivant de l’holocauste très spécial. J’étais dans les camps avec ma femme et ma petite amie; et croyez-moi, ce n’était pas facile).

Après Westerbork, tous trois vont se retrouver à Bergen-Belsen, le camp d’Anne Frank. Et durant les mois qui vont suivre, jusqu’à la délivrance en 1945, les lettres secrètes s’échangeront, placées « under her pillow » [sous son oreiller ? il doit s’agir d’une erreur].

Le film présente également la vie du camp, les départs du mardi vers une destination inconnue et la montée de l’angoisse jusqu’à ce jour fatidique. Puis une relative retombée de la tension, avec le spectacle du mardi soir que les prisonniers présentaient à leurs tortionnaires. Ina Soep remarque dans son récit que les prisonniers talentueux ne semblaient jamais choisis pour les départs hebdomadaires.

On y apprend également que le camp avait une école élémentaire que Jack aidait à faire fonctionner, et sa propre forme de vie sociale. De temps en temps, après les 12 heures de travail et avant la sirène de la nuit, Jack et Ina pouvaient se promener un peu sur la route au milieu du camp, parmi d’autres couples qui s’embrassaient dans le noir. A la sirène, bien sûr, il fallait rentrer et continuer à s’écrire en rêvant à un avenir meilleur.

Et ils auront raison d’espérer puisque tous trois vont émerger vivants de cet enfer. L’épouse accordera le divorce en 1945 – elle mourra 60 ans plus tard, en 2005 - et en 1946, les deux amoureux pourront enfin convoler. Ils émigreront aux Etats-Unis en 1951 et auront plusieurs enfants. Jack deviendra le directeur pour les USA du Centre Anne Frank.

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Ils ont même fêté leur 60e anniversaire de mariage l’an dernier à New York. Aujourd’hui, Jack et Ina sont toujours actifs : ils donnent des conférences sur les événements survenus il y a soixante ans à Bergen-Belsen.

08:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : licra, anne, kling, jack, ina, polack, bergen

04/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (23)

LES VOISINS

MATYAS ROSENFELD, dit MATYAS RAKOSI 

Restons encore un peu en Hongrie où nous allons faire la connaissance (ou la redécouverte) d’un autre bon élève de la fine équipe qui prétendit – excusez du peu – répandre la révolution bolchevique sur la planète entière. Car c’était ça l’objectif au départ, ne l’oublions pas. La mondialisation était déjà à l’ordre du jour.

71f5eb60cda7d16305aa6b872558acfb.jpgMatyas Rosenfeld, qui prendra plus tard le nom de Rakosi, naît en 1892 dans une famille juive de Serbie, qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. Comme les autres déjà vus – Kun, Szamuely, Pogany - il est fait prisonnier en Russie durant la 1ère guerre mondiale et en profite pour devenir communiste. Il participera donc tout naturellement, comme les autres aussi, au gouvernement de Bela Kun, en 1919, où il occupe le poste de commissaire du peuple au commerce. Mais nous avons vu que ce genre de poste était précaire dans un gouvernement qui l’était plus encore. Le 1er août 1919, rideau. Tout le monde s’enfuit et Rakosi retourne en Union soviétique.  

Nous le retrouverons secrétaire général du parti communiste hongrois en 1945, au sortir de la guerre. Qu’a-t-il fait entre-temps ? Eh bien, un certain nombre d’allers et retours entre l’URSS et la Hongrie. Il retournera notamment en Hongrie en 1924 où il se fera arrêter et emprisonner. Il est échangé en 1940 contre des drapeaux hongrois qui avaient été volés par les Russes. En Union soviétique,  il devient chef du Komintern.

A l’issue de la guerre, en 1945, il rentre en Hongrie avec l’Armée Rouge. Les communistes ont gagné, la Hongrie voit s’installer une dictature dont il devient le chef. En 1948, les sociaux-démocrates qui existaient encore dans le pays sont contraints par les communistes de les rejoindre pour former le parti hongrois des travailleurs. Dorénavant, Rakosi aura les coudées complètement franches et la terreur d’Etat va peser de tout son poids.

Admirateur frénétique de Staline, il se considérait lui-même comme son  « meilleur élève» ou  son  « meilleur disciple », cela dépendait des jours. En tout cas, il profitera bien des leçons administrées par son mentor et tâchera de l’imiter en tout. Il saura y  ajouter de petits raffinements bien à lui. Il avait ainsi inventé, et il était très fier de sa trouvaille, la « tactique du salami ». Du salami hongrois, sûrement. Bref, comme vous ne l’auriez sûrement pas deviné, cette aimable tactique consistait, non pas à découper délicatement ses ennemis en rondelles – on reste humains, quand même ! – mais cependant à les éliminer par tranches successives.

Il s’y emploiera  avec beaucoup d’efficacité et tout comme Staline, son grand homme, il offrira aux Hongrois, avec l’aide de sa police secrète : arrestations arbitraires, emprisonnements, assassinats, purges, procès préfabriqués, etc. Oui, tout, vraiment. Un excellent disciple. Avec ça, il ne détestait pas un léger culte de la personnalité, pas trop léger cependant.

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La Hongrie était donc devenue un pays parfaitement totalitaire sous le règne de Rakosi. Il s’offrit également en 1952 le poste de premier ministre. Mais hélas, en matière économique, il était moins brillant que dans le remplissage des prisons ou des cimetières. Vous me rétorquerez qu’il avait pourtant été commissaire au commerce sous Bela Kun. Et alors ? Quel rapport ? Le gouvernement avait imposé avec brutalité la collectivisation de l’agriculture et accordé la priorité à l’industrie lourde. Tout manquait, le mécontentement populaire ne cessait de croître. La révolution se profilait et les opposants étaient exécutés par milliers.

La mort de Staline, en 1953, va marquer le déclin de ce stalinolâtre. Sous bien des aspects, il devenait urgent de se débarrasser politiquement de lui. Sous la pression de Moscou, il doit céder dans un premier temps, dès 1953, le poste de premier ministre à Imre Nagy, qu’il ne cessera dès lors de persécuter. Il en fera le bouc-émissaire idéal de la faillite économique.

Il devra ensuite abandonner son poste de dirigeant du PC hongrois en juin 1956. Dans la foulée, il est « invité » en Union soviétique pour « se  soigner ». Les temps avaient un peu changé, il ne sera pas soigné définitivement, mais contraint de demeurer au… Kirgiz, en Asie centrale. Il y restera jusqu’à sa mort, en 1971.

L’insurrection de Budapest eut lieu en octobre 1956, peu après son départ. Elle sera matée dans le sang par les soviétiques.

03/12/2007

LES ROSENBERG : FAUSSES VICTIMES DE L’ANTISEMITISME MAIS VRAIS COUPABLES

Nous avons parlé avant-hier de George Koval, espion américain au service des soviétiques, qui transmit à l’URSS durant la seconde guerre mondiale d’importants renseignements nucléaires. Il s’enfuit en 1948, au moment où les Américains commençaient à découvrir l’étendue des dégâts. C’est sur ces entrefaites que furent arrêtés les époux Rosenberg, bel et bien coupables eux aussi quoique les preuves matérielles de leur culpabilité n’eussent pas été produites au procès. Il était impossible de le faire sans dévoiler que les codes de transmission soviétiques avaient été percés. Mais l’affaire Koval, demeurée à cette époque, et pour longtemps encore, strictement secrète, et qui avait passablement échaudé les responsables américains, a sans doute pesé lourd dans la sévérité de la peine infligée aux Rosenberg.

Julius Rosenberg, né en 1918 à New York dans une famille juive d’origine polonaise,  manifeste ses sympathies communistes dès ses études, dont il sort ingénieur électricien en 1939. Sa femme, Ethel Greenglass, de trois ans son aînée, née dans le même milieu, est tout aussi activiste.

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C’est le frère d’Ethel, David Greenglass, qui fera éclater toute l’affaire. Communiste lui-même et sergent dans l’armée américaine, affecté aux usines atomiques de Los Alamos, il est arrêté pour espionnage en juillet 1950. Il reconnaîtra avoir touché de l’argent d’un espion nommé Harry Gold pour des renseignements qui étaient ensuite transmis aux Rosenberg. Le physicien-espion Klaus Fuchs – dont nous avions parlé dans l’article sur Zarubina – venait par ailleurs aussi de se faire prendre à Los Alamos. Pour atténuer sa propre responsabilité et celle de sa femme, Ruth, David Greenglass va charger sa sœur et son beau-frère. Ceux-ci sont à leur tour arrêtés en juillet 50. A partir de cet instant, ils ne cesseront de nier farouchement les faits qui leur sont reprochés. Ils nieront tout au long de leur procès qui aura lieu en mars 1951. Condamnés à mort, ils continueront à nier alors que des aveux, espérés par les autorités, leur auraient évité la chaise électrique.

7505fd2d1543d6f9e369989708319fe0.jpgLeur exécution sera cependant différée car une incroyable campagne va déferler dans le monde entier, orchestrée en sous-main par les soviétiques, trop heureux de pouvoir accuser l’Amérique de fascisme et d’antisémitisme, et détourner par la même occasion l’attention de leurs propres agissements. Car pendant ce temps-là, un antisémitisme bien réel, lui, sévissait dans l’URSS de Staline!

b951eb76bf1e09c322780d730d6f219b.gifTous les idiots utiles habituels – Jean-Paul Sartre, François Mauriac, Picasso, Prévert, etc – vont se répandre à qui mieux mieux, parlant à tort et à travers dans les médias d’assassinat politique, de nouvelle affaire Dreyfus, de martyrs de la guerre froide, etc, réclamant la grâce des « innocents ».

Aujourd’hui encore, alors que les archives récemment ouvertes de la CIA et du KGB ne laissent plus planer le moindre doute quant à leur culpabilité, il en est encore qui demandent la révision du procès. Au motif essentiellement que les Rosenberg auraient agi pour la bonne cause : s’ils espionnaient, c’était pour aider les soviets dans leur juste lutte contre les nazis ! Décidément inoxydables, ces nazis ! Si on ne les avait pas, il faudrait les inventer.

Les archives ont révélé que les Rosenberg transmettaient des renseignements dès 1942 sous les noms de code de Liberal et Antenne. Qui plus est, ils étaient à la tête d’un véritable réseau d’espions.

Les autorités américaines savaient pertinemment qu’ils étaient coupables. Ils en avaient la preuve matérielle sans pouvoir en faire état, comme on l’a vu plus haut. Au procès, le juge Irving Kaufman, juif lui-même, fut seul mis dans la confidence.

La campagne d’intimidation internationale, qui se déroulera parallèlement à la période du maccarthysme – qui avait quelques fondements, il faut bien le reconnaître – et dans le contexte de la guerre de Corée, échoua à sauver ces deux victimes de l’antisémitisme aveugle des Etats-Unis. Ils s’assoiront sur la chaise électrique, à Sing Sing, le 19 juin 1953. Ayant refusé jusqu’au bout d'avouer, et laissant deux orphelins.

Quant au sympathique frangin, David Greenglass, après avoir purgé une peine de prison – il sera relâché en 1960 - il vit toujours, sous un faux nom, quelque part à New York.

224fcf4df07e4f9619b2f339ebc9c1ff.jpgDeux livres ont paru sur cette affaire ces dernières années, prenant en compte les informations les plus récentes :

La trahison des Rosenberg, de Florin Aftalion (Lattès, 2003)

Et aux Etats-Unis : Engineering Communism, de Steven Usdin (2005) qui traite de deux espions, Joel Barr et Alfred Sarant, ayant appartenu au réseau Rosenberg.

02/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (22)

LES VOISINS

 

 

JOSEF SCHWARTZ, dit JOZSEF POGANY, dit JOHN PEPPER

365566c45ed38c8b9bdf883d593e8bd3.jpgEncore un personnage bien intéressant de l’entourage de Bela Kun. Il naît à Budapest en 1886 dans une famille juive. Communiste convaincu, il participe activement aux troubles qui précèdent en Hongrie l’établissement de l’éphémère, mais sanglante, république soviétique. Il sera d’ailleurs accusé d’avoir assassiné, avec d’autres, le comte Istvan Tisza, personnage politique influent du pays, le 31 octobre 1918. Cette accusation ne sera formulée qu’en 1921, à une époque où la république de Bela Kun sera tombée et où quasiment tous les « conjurés » auront pris la poudre d’escampette.

Il occupe divers postes au gouvernement bolchevique qui durera de mars à août 1919. Il sera notamment commissaire aux affaires étrangères d’avril à juin. A la chute du régime, c’est la débandade générale. Lui s’enfuit d’abord en Autriche, puis en Union soviétique.

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Là-bas, il devient membre du Komintern, l’Internationale communiste, ce qui lui ouvre de nouveaux horizons. Sous le nom de John Pepper, il entre illégalement aux Etats-Unis en 1922 et devient très rapidement un activiste reconnu au Workers Party (parti des travailleurs). C’est sous cette dénomination, reconnue légalement, que se cachait le parti communiste américain dans les années 1920-30. Il sera également – preuve qu’il avait fait de bons progrès en anglais – une des plumes du mensuel radical The Liberator, chargé des affaires internationales.

Toujours dans le cadre de son appartenance au Komintern, il ira aussi dans les années 20  prêcher la bonne parole bolchevique à Stockholm où il aidera à l’émergence du parti communiste suédois.

Il retourne ensuite aux Etats-Unis où il est chargé par Staline de veiller à l’expulsion des trotskistes du parti communiste américain. Il aidera aussi les staliniens dans leur lutte contre James Cannon, qui était le leader des trotskistes et le fondateur du Socialist Workers Party. Finalement, James Cannon survivra à ses « persécuteurs » puisqu’il mourra tranquillement en 1974, tandis que John Pepper, rappelé plus tard à Moscou, aura le très grand tort de s’y rendre.

Car il fera partie des Grandes Purges de 1937, ce qui mettra une fin définitive à sa carrière.

01/12/2007

GEORGE ABRAMOVITCH KOVAL : UN AMERICAIN BIEN MERITANT DECORE PAR POUTINE

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Vladimir Poutine a sûrement pris un plaisir subtil à faire la nique aux Américains en décorant  récemment du titre de Héros de la Fédération de Russie l’espion né américain George Koval qui avait réussi à pénétrer – encore un – au cœur du fameux Projet Manhattan. Tel était le nom du programme nucléaire US pendant la seconde guerre mondiale et si j’ai dit « encore un », c’est que nous en avons déjà rencontré au moins deux, qui étaient des femmes : Zarubina et Kitty Harris.

 

C’est à titre posthume que cette très haute décoration lui a été décernée puisque George Koval est mort l’an dernier, à l’âge de 92 ans. « M. Koval, qui opérait sous le nom de code de Delmar, a fourni les informations qui ont permis de réduire considérablement le temps pris par l’Union soviétique pour développer sa propre bombe », indiquait le communiqué officiel du Kremlin.

648b9343fdb1276f2d5408a0e2dc77cd.jpgLa décoration et le livret de Héros vont à présent être exposés au musée du GROu, l’officine des renseignements militaires russes.

George Koval naît le 25 décembre 1913 à Sioux City, Iowa, dans une famille juive qui arrivait tout droit de Biélorussie. En émigrant, son père, Abraham, comptait se rendre à New York, mais il n’y connaissait personne. Tandis qu’il avait un ami à Sioux City, qui abritait une communauté juive importante. D’où ce choix, étonnant de prime abord. Il ne tardera pas à mettre suffisamment d’argent de côté pour faire venir sa fiancée qui était restée en Russie. Cette dernière, fille de rabbin, était une socialiste convaincue. Ils se marièrent et eurent trois enfants, dont le futur espion, George. 

Tous deux accueillirent l’annonce de la révolution bolchevique avec transport. Le couple Koval faisait partie d’un groupe de juifs communistes américains qui, en 1924, créèrent l’ICOR (Organization for jewish colonization in Russia) qui militait pour l’établissement d’une région autonome juive en Union soviétique, en « réponse » aux projets sionistes. Et de fait, Staline créa cette région autonome, bien loin à l’est, sous le nom de Birobidjan. Les parents des Koval restés en Russie s’y installèrent aussitôt. Et en 1932, durant la grande dépression, toute la famille Koval du côté américain quitta à son tour Sioux City pour s’installer au Birobidjan, aux confins de la Sibérie.

George, le futur espion, avait alors 18 ans. Le Birobidjan étant un peu petit pour ses ambitions, il se rendit à Moscou pour y faire ses études universitaires – en chimie. Il en sortit diplômé en 1939. Les Grandes Purges se terminaient, l’Armée Rouge et le NKVD étaient décimés, on recrutait massivement. Il y avait justement à New York un poste vacant d’agent de renseignements militaires. George, né américain, avait le profil idéal. Il fut donc recruté par le GRU (renseignements militaires de l’Armée Rouge), on lui donna le nom de code de Delmar et son entraînement commença. La boucle était bouclée.

Si je me suis étendue si longuement sur le parcours de la famille Kovar, c’est pour illustrer la légèreté, pour ne pas dire plus, des officiels américains qui accordèrent par la suite leur confiance – et l’accès aux lieux les plus stratégiques du pays - à un homme ayant pareils antécédents, qu’il n’était pas insurmontable de retrouver.

Delmar fut d’abord chargé d’obtenir des informations sur les recherches en matière d’armes chimiques. Jusqu’en 1943, il n’obtint pas grands résultats. Cette année-là, il s’engage dans  l’armée US qui, au vu de faux diplômes, l’envoie se perfectionner sur les données radioactives au City College of New York. L’armée l’envoie ensuite à Oak Ridge, dans le Tennessee, lieu de recherches secrètes à haut degré de sécurité. C’est à partir de là qu’il pourra fournir, lors de ses congés, de très importants renseignements aux soviétiques, qui leur feront gagner beaucoup de temps dans leur propre programme atomique. Delmar leur fournira des rapports sur la production de plutonium et de polonium, les processus scientifiques requis, les quantités, la qualité, etc.

En 1945,  il monte en grade et se retrouve à Dayton, dans l’Ohio. Dans son nouveau poste, il aura accès aux secrets les plus intimes de la recherche nucléaire, qui ne tarderont pas, eux aussi, à être connus des soviétiques. Et qui plus est, il y aura accès en tant que gradé de l’armée américaine, avec les responsabilités et l’autorité y afférents.

Après la guerre, les choses vont se gâter. Un autre agent soviétique, Guzenko, était passé à l’ouest et avait fait des révélations sur l’état d’avancement du programme nucléaire à l’est qui conduisent – quand même – les responsables à se méfier et à renforcer les mesures de sécurité. Mais ils ignorent le nom de la taupe. Koval sent l’étau se resserrer et réclame le droit de rentrer à Moscou avec sa femme. Le GRU finit par accepter en 1948.

Peu de temps après son retour, les soviétiques procédaient à leurs premiers essais nucléaires. Koval, lui, découvre la routine. Il devient professeur de chimie à son ancienne université moscovite et prendra sa retraite à la fin des années 70. Il mourra dans son appartement de Moscou le 31 janvier 2006.

Franchement, Poutine aurait pu le décorer de son vivant, vous ne trouvez pas ?

Quant aux Américains, ils furent à ce point mortifiés par cette affaire qu’ils réussirent à la tenir secrète pendant des décennies.

30/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (21)

LES VOISINS

TIBOR SZAMUELY

Restons en Hongrie, sous le très court règne de Bela Kun, en 1919. Comme nous l’avons vu, pour lutter contre les opposants, il déchaîne très vite la terreur rouge. Dans cette entreprise, il sera efficacement secondé par Tibor Szamuely, un compagnon de la première heure.

02e5e4384c6c082a6b92ef145bb44a05.jpgCe dernier naît en 1890 dans une famille juive de Hongrie. Après des études universitaires, il devient journaliste dans de petits organes socialistes et s’inscrit au parti social-démocrate du pays.

Il suivra à peu près la même filière que Bela Kun, puisque lui aussi prisonnier en Russie pendant la 1ère guerre mondiale, il en profite pour devenir un communiste pur et dur. Après la révolution bolchevique, il est à Moscou et aidera Kun à créer la faction hongroise au sein du PC. Lui aussi combat durant la guerre civile dans les rangs de l’Armée Rouge. On peut imaginer qu’il y apprendra quelques ficelles qui lui serviront bientôt.

En décembre 1918, alors que Kun est en Hongrie pour créer le PC hongrois, Szamuely est en Allemagne où il participe à la formation du PC allemand avec Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg. D’autres voisins.

Lorsque la révolution survient en Hongrie, en mars 1919, il rentre et devient l’un des principaux dirigeants de la toute nouvelle république soviétique hongroise. Après quelques autres postes, il devient commissaire aux affaires militaires. Il a alors 29 ans et va s’éclater durant la terreur rouge que va rapidement instaurer son compère, Kun. Mais attention ! C’était dans un but parfaitement légitime, puisqu’il s’agissait de combattre les contre-révolutionnaires, ces salauds !

A cet effet, il crée un groupe para-militaire, les Gars de Lénine (Lenin Boys), composé d’environ 200 gaillards en veste de cuir, qui vont s’employer à dévaster les campagnes et à semer mort et désolation dans le court laps de temps qui s’achèvera avec la chute de Kun, le 1er août 1919. Durant ces quelques mois, des centaines de cadavres, essentiellement de paysans, joncheront leur route. Des cours martiales de fantaisie seront  organisées, suivies de généreuses pendaisons aux arbres. Tout comme Lénine, et les autres, Szamuely clamait que « la terreur [est] la principale arme de notre régime ».

A la chute du pouvoir bolchevique en Hongrie, Tibor Szamuely s’enfuit en Autriche. La suite des événements est brumeuse. Une version indique qu’il aurait franchi illégalement la frontière et aurait été tué le 2 août. Une autre prétend qu’il se serait suicidé. En tout cas, il avait 29 ans et avait fini se sévir. Alors que Bela Kun avait encore de belles espérances devant lui, on l’a vu.

Un mot pour indiquer que pour faire bonne mesure, il est généralement précisé que la terreur blanche a immédiatement suivi la terreur rouge. Façon de faire passer cette dernière à la trappe. Et évidemment, cette terreur blanche était ANTISEMITE ! Incroyable, mais vrai ! Peut-être. Toujours est-il, et il n’est pas mauvais de le préciser, que le premier ministre de la Justice de Miklos Horthy, au contre-gouvernement qui suivit, était un juif, Lajos Palmai.

29/11/2007

« NOUS DEVONS NETTOYER LE PAYS DES ARABES ET LES REINSTALLER LA D’OU ILS VIENNENT »

Attention, attention ! Pas de malentendus entre nous ! Ces propos martiaux n’ont pas été tenus sur un territoire qui pourrait vous sembler familier, mais en Israël, là où on a apparemment le droit de parler ainsi. Il n’a pas été précisé si le nettoyage se ferait au karcher, mais l’idée y était.

Ceux qui s’exprimaient ainsi sont des rabbins qualifiés de prominent, c’est-à-dire importants, lors d’une réunion de crise tenue lundi à Jérusalem en marge de la conférence d’Annapolis.

04d4eb12cc660e336a16888381585019.jpgLe rabbin Dov Lior, président du Comité des rabbins de Judée-Samarie, estime qu’aucune paix ne sera possible tant que des arabes resteront sur le sol israélien. Il a même précisé : « Si cela signifie que nous devons les payer, nous le ferons. Sinon, nous ne serons jamais en paix sur notre terre ». « With evil people of this kind”, a-t-il aimablement ajouté.

Ces colombes n’entendent pas lâcher le moindre petit bout de territoire et les éventuelles concessions que le gouvernement israélien serait amené à accepter, sont refusées d’office. Il ne s’agit pour eux rien moins que de la lutte entre le Bien et le Mal. «This is a struggle of good versus evil”.

Le rabbin Zalman Melamed a rappelé que céder des portions d’Eretz Israël - la terre d’Israël - à des non juifs était strictement défendu : « Nous devons dire clairement que nous ne ferons rien qui aille à l’encontre de notre sainte Torah. Nous combattrons tous ceux qui tenteront de violer les prescriptions de la Torah ».

A l’issue de cette rencontre, la déclaration suivante a été adoptée : « Aucun dirigeant, aucune génération, n’ont le droit de céder Eretz Israël… nous appelons tous les juifs vivant à l’étranger, spécialement les chefs des communautés et les rabbins, à se joindre à nos efforts contre ce traité et ses implications.

Ensemble, nous sauverons le peuple d’Israël du terrible plan du gouvernement ».

Ces propos ont fait jaser, c’est le moins que l’on puisse dire. 132 commentaires suivent l’article relatant l’affaire, sur Ynetnews, dont un certain nombre, soyons honnêtes, condamnent ces déclarations fracassantes. Mais pas toutes, loin de là. En tout cas, il y a débat, ce qui est déjà beaucoup.

Je traduis le commentaire suivant qui me semble pertinent : « Je suis arabe. J’essaie vraiment d’être ouvert à propos du conflit entre Israël et la Palestine, mais ça devient de plus en plus difficile ! « Nettoyer » le pays des arabes ! C’est ça que prêche votre Torah ? Pour que la paix s’installe, il faut faire des compromis, et un compromis signifie qu’on n’aura pas exactement ce qu’on voudrait, mais plutôt qu’il faudra accepter de  donner quelque chose. Je suis sûr que tous les Israéliens ne pensent pas comme le rabbin Lior. Je suis sûr qu’il existe des citoyens ouverts qui souhaitent la paix et admettent que les Palestiniens sont des êtres humains qui ont besoin de stabilité et d’une terre pour vivre comme les autres peuples.

Et « mauvais » peuple ! Sérieusement ? Qui parle encore comme ça? »

source: http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3476150,00.html

28/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (20)

LES VOISINS

BELA KOHN, dit BELA KUN

f5e6684ed541ccaf128ca3ba7045b9a7.jpgIl naît en 1886 dans une famille d'origine juive de Transylvanie, alors partie de l’empire austro-hongrois, aujourd’hui roumaine. Il sera agent d’assurances, peu scrupuleux puisqu’il sera accusé de détournements de fonds, puis journaliste. Pendant la 1ère guerre mondiale, il est prisonnier en Russie et, de socialiste qu’il était, devient communiste convaincu. Sur ces entrefaites, éclate la révolution d'octobre et Kun rêve aussitôt d’introduire pareille merveille en Hongrie. En mars 1918, il fonde à Moscou le groupe hongrois du parti communiste russe. Après s’être battu aux côtés des bolcheviques – la guerre civile fait rage – il rentre en Hongrie en novembre 1918, accompagné de plusieurs centaines de militants et de suffisamment d’argent, procuré par les soviets, pour financer sa révolution.

La situation est très mauvaise là-bas, les conditions de vie désastreuses. C’est dans ce contexte que Bela Kun crée le parti communiste hongrois le 4 novembre 1918 et commence immédiatement sa propagande révolutionnaire. Il lui manque cependant le soutien populaire. Se produit alors un événement qui aura de lourdes conséquences : les frontières hongroises sont modifiées par les alliés en mars 1919, amputant le pays d’une partie de son territoire. Bien sûr, les Hongrois réagissent très vivement et devant le conflit qui se profile, contre les alliés cette fois, ils se cherchent de nouveaux soutiens. L’ogre bolchevique leur tend les bras, ils s’empressent de s’y jeter. Et Bela Kun, tout naturellement, va servir d’intermédiaire.

C’est l’occasion rêvée. Il réclame aussitôt à la coalition sociale-démocrate alors au pouvoir en Hongrie, la proclamation d’une république soviétique. C’est chose faite le 21 mars 1919.Au sein du nouveau conseil révolutionnaire, qui compte 33 commissaires du peuple, Bela Kun est commissaire aux affaires étrangères. Mais en réalité, c’est lui, en tant que chef du parti communiste, qui dirige l’ensemble. D’autant que les camarades socialistes, trop confiants de bout en bout,  vont être rapidement évincés.

Voilà donc à pied d’œuvre le second gouvernement communiste, après celui de la Russie, et la deuxième révolution achevée.

Pas pour bien longtemps, cependant. Kun commence très fort en nationalisant les propriétés privées mais en refusant de redistribuer les terres aux paysans, ce qui lui aliène d’office la majeure partie de la population. A la place, il a l’idée géniale de créer des fermes collectives sur tout le territoire.

71d9bdf9c24a158690505bac1c08a943.jpgComme il est par ailleurs incapable de résoudre les problèmes aigus de logement et de ravitaillement, les choses se gâtent très vite pour lui. En juin, une tentative pour renverser les communistes avorte. En réponse, Bela Kun va instaurer la terreur rouge, avec l’aide de sa police secrète. Quelques personnalités assez sympathiques, dont nous parlerons bientôt, se signalent à cette occasion.

A cela vont s’ajouter des conflits avec les pays voisins. Ce gouvernement communiste éphémère finit par tomber le 1er août 1919, après 133 jours d’existence. Kun s’enfuit à Vienne puis de là, sera échangé en juillet 1920 contre des prisonniers autrichiens retenus en URSS.

Sa carrière est cependant loin d’être achevée. A un sujet aussi méritant, une nouvelle chance est offerte. Les soviets l’envoient en Crimée pour y diriger le comité révolutionnaire. Il s’agit de « re-bolchéviser » ces régions qui étaient contrôlées par les blancs. C’est là qu’il va commettre ses plus grands crimes, bien qu’un délicat voile d’oubli soit pieusement retombé sur ses excès.

Que faire de lui à présent ? Rappelé à Moscou, comme il est un ami de Zinoviev qui le dirige depuis sa création en 1919, il devient membre du Komintern. A ce titre, il est envoyé en Allemagne en mars 1921 pour conseiller le parti communiste allemand. Il le conseillera si bien que la grande offensive révolutionnaire du 27 mars se soldera par un échec cuisant qui mettra Lénine en fureur. Il reste cependant au Komintern et sera envoyé au cours des années suivantes, ici et là,  en Autriche ou en Tchécoslovaquie.

Sa petite idée reste de fomenter une seconde révolution en Hongrie. Mais l’heure est passée. Il se fait arrêter à Vienne en 1928 pour une bêtise de faux passeport et renvoyé une nouvelle fois à Moscou. Là, ce personnage décidément très sympathique dénoncera à la Guépéou un certain nombre de ses anciens camarades, communistes hongrois réfugiés comme lui en URSS.

Cela ne le sauvera pourtant pas car, accusé de trotskisme – un des rares crimes qui ne pardonnaient pas dans ces années-là – il fait partie des grandes purges staliniennes de 1937-38. On ne sait pas précisément à quelle date il a été exécuté, ni si cet événement s’est produit au goulag ou à Moscou. Mais cette fois, sa carrière s’arrêtera là. Pour faire bonne mesure, sa femme, sa fille et son gendre prendront, eux aussi, le chemin du goulag.