Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/12/2007

ET VOILA, TOUJOURS ABANDONNES!

256fae8f48836344f03c5d291df4788d.jpgLe dernier National Intelligence Estimate (NIE) a été publié la semaine dernière à Washington et a fait du bruit: il estime en effet que l’Iran a cessé de poursuivre son programme nucléaire militaire depuis 2003.

Le NIE est un document sérieux, produit par 16 agences américaines de renseignements relatifs à la sécurité nationale et destiné à éclairer les décisions des responsables politiques. L’administration Bush en général, et Dick Cheney, le vice-président en particulier, ne souhaitaient nullement cette publication qui vient entraver les efforts des va-t-en guerre obsessionnels. Mais impossible de l’empêcher.

Les spécialistes du renseignement relatif à la sécurité du pays ont ainsi conclu que l’Iran ne constituait  pas à ce jour une menace réelle, ce qui semble réjouir les dirigeants du Pentagone, largement réticents à toute action militaire des Etats-Unis contre ce pays. Ne serait-ce que pour ne pas ouvrir un nouveau front, ultra dangereux, à un moment où les troupes américaines sont copieusement enlisées ailleurs.

9252275aa573a0d4a9b74cfd8a228f0c.jpgEn Israël, par contre, vive a été l’indignation à la parution de ce rapport, l’Etat hébreu y voyant une reculade de la part de son grand allié et ami indéfectible. Du coup, chose inhabituelle, le chef d’état-major des forces armées américaines, l’amiral Mike Mullen, a fait une visite éclair en Israël ce lundi pour tenter d’apaiser les esprits. Inhabituelle car il paraît que cela faisait dix ans qu’un chef d’état-major US en exercice ne l’avait fait.

Cette visite s’est passée dans un climat de grande nervosité, accru par le fait que les Israéliens redoutent un désengagement des Etats-Unis d’Irak et d’Afghanistan, qui les isolerait plus encore. Mike Mullen a bien sûr assuré ses hôtes de la profonde amitié des USA et de leur souhait de « renforcer » davantage encore l’armée israélienne. Mais côté israélien, on n’est pas dupe.

D’autant que Mullen a fait tout récemment aux Etats-Unis des déclarations plutôt alarmistes sur la situation … au Kosovo, qui pourrait dégénérer à nouveau, entraînant des réactions en chaîne. D’où éventuellement le risque d’un nouveau front qui impliquerait à nouveau les Etats-Unis. Rien que du bonheur en perspective…. Il faut savoir que Mullen était précédemment commandant des forces armées de l’OTAN dans les Balkans, il connaît en principe le sujet.

Bref, les officiels israéliens commencent à se sentir mal aimés ou plus exactement, plus tout à fait au centre de l’attention de Big Brother comme ils le souhaiteraient.

Leur réaction est très caractéristique de ce type de situation: puisque c’est comme ça, on ira tous seuls et on se débrouillera tous seuls. De toute façon, depuis toujours, on est seuls au monde, alors … Je schématise bien un peu, mais l’essentiel est là.

Ceci dit, des propos menaçants à l’attaque effective de certaines cibles iraniennes - sans l’aide des Etats-Unis - il y a plus qu’un pas. Un abîme. Pour l’heure, les responsables israéliens de la défense réaffirment haut et fort leur détermination inébranlable à « assurer la survie du pays ». Ils ont commencé à passer en revue tous les moyens de restructurer, de réorienter et d’adapter leurs moyens militaires à cette nouvelle donne. Car eux aussi se trouvent confrontés au problèmes des fronts multiples : Gaza, Liban, Syrie, etc.

Là où l’on voit à quel point sont manipulées ou occultées les données, dans le but de poursuivre envers et contre tout le dessein que l’on s’est fixé, c’est qu’il y a deux ans, en août 2005, un autre rapport NIE avait déjà conclu que l’Iran était bien loin de pouvoir atteindre l’arme nucléaire. Qu’il lui faudrait au moins dix ans pour y parvenir. Alors même que l’administration Bush, pressée d’aller en découdre, soutenait mordicus que l’Iran était à deux doigts d’y arriver et qu’il fallait se dépêcher. Depuis, elle avait agi en conséquence, faisant continuellement monter la pression, avec l’aide d’Israël.

Apparemment, les choses ont quand même évolué et des voix américaines plus raisonnables - ou  simplement plus lucides - semblent se manifester davantage.

15:07 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : licra, anne, kling, mullen, NIE, iran, isarel

12/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (27)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

ISAÏ DAVIDOVITCH BERG

Je me sens quelque peu frustrée d’avoir si peu d’informations sur ce personnage. Là encore, nous devons à Soljenitsyne d’avoir soulevé le coin d’un voile épais cachant ce qui n’était pas censé être exposé aux regards.

Isaï Davidovitch Berg est un rouage du système bolchevique comme il y en eut des milliers. Il n’a dû sa – relative – célébrité qu’à son esprit ingénieux qui va s’exercer, hélas pour lui, sur un sujet aujourd’hui des plus sensibles.

Voilà un homme qui s’est retrouvé, dans les années trente, chef du service économique du NKVD pour la région de Moscou. Un poste de responsabilité, certes, mais pas le sommet de l’échelle. Chargé comme il l’était des problèmes économiques, il devait donc veiller à dépenser et faire dépenser le moins d’argent possible. C’est logique.

Nous sommes en 1937, période de grandes purges, lorsque les exécutions, dans le secteur de Moscou, prennent une ampleur telle que nos braves fonctionnaires ont du mal à suivre. Tous ces ennemis du peuple  à fusiller en même temps ! Sans compter toutes les munitions nécessaires pour leur tirer une balle dans la nuque, ça finit par coûter cher ! Et  le temps que ça prend pour les assassiner un par un !

C’est là que va intervenir la cervelle ingénieuse de notre bonhomme. Il va inventer un moyen moins onéreux de procéder. Un moyen simple, mais encore fallait-il y penser : le camion dont les gaz d’échappement sont orientés vers l’intérieur. Cette invention sera appelée en russe dushegubka, ou «chambre à gaz ambulante».

La procédure était effectivement très simple : les « patients » étaient entassés dans un camion hermétiquement clos renvoyant les gaz d’échappement vers l’intérieur, et c’était parti pour une longue promenade autour de Moscou. A l’arrivée,  – ô miracle de la technique - ne restaient plus que des cadavres qui étaient immédiatement escamotés dans un coin discret. Voilà, ce n’était pas plus compliqué que ça. Et relativement économique, encore que… l’essence …

Eh bien, le croirez-vous, ce rouage pourtant zélé et méritant finira misérablement en 1939, victime lui aussi d’une purge. Quels ingrats !

Ce brave Berg a inventé une application pratique mais, soyons juste, l’idée d’utiliser des gaz pour tuer était plus vieille que lui. Elle démarre en fait durant la 1ère guerre mondiale, vite relayée par les bolcheviques qui n’étaient jamais en reste dans ce domaine. Les gaz seront largement utilisés par eux, souvent contre les paysans refugiés dans les bois, notamment à Tambov en 1921. Les ordres reçus de Moscou spécifiaient : « Les forêts où les bandits se cachent doivent être nettoyées par l'utilisation de gaz toxique. Ceci doit être soigneusement calculé afin que la couche de gaz pénètre les forêts et tue quiconque s'y cache ».

11/12/2007

ISRAELIS, GO HOME !

71d51f467e29a2cbd0b02aef57b238db.jpgA l’heure actuelle, il y aurait - chiffres gouvernementaux - environ 700 000 Israéliens ayant fait le choix de quitter leur pays natal pour des cieux plus cléments: 60% d’entre eux vivent aux USA, 25% en Europe, et le reste à travers le monde.

Ces « déserteurs », assez ingrats pour abandonner le navire en péril, ont longtemps été traités par le mépris et désignés sous le terme péjoratif de yordim. Mais voilà que les temps changent. Dans un contexte démographique qui se dégrade, tous les apports possibles et imaginables sont désormais requis et les officiels ont cessé de faire la fine bouche devant les yordim.

Bien au contraire. Une grande offensive de charme vient d’être lancée par le ministère de l’Immigration (Immigrant Absorption Ministry) pour inciter les expatriés à rentrer au bercail. Elle s’intitule Bring Israelis Back Home. « Nous voulons faire passer le message que nous ne sommes plus écoeurés par le fait qu’ils ont décidé de partir, que nous comprenons pourquoi ils l’ont fait, et que nous souhaitons juste qu’ils reviennent » a déclaré le porte-parole du ministre. C'est qu'il s’agit d’une population jeune, entreprenante, d'un bon niveau général, dont 70% a entre 20 et 44 ans, et dont l’absence se fait cruellement sentir de multiples façons.

Pour les décider à rentrer, la fibre patriotique a bien sûr été titillée, car Israël fêtera son 60e anniversaire l’an prochain – je suppose que nous aurons l’occasion d’en reparler – mais pas seulement. Des avantages plus matériels et des incitations plus directes ont été prévus, et des crédits débloqués en conséquence. Comme le souci premier de ces ex-expatriés potentiels est de retrouver le même niveau de vie, des efforts ont été consentis dans ce sens, s’agissant des assurances médicales, d' emplois équivalents, de l’éducation des enfants.
De grandes entreprises israéliennes ont joué le jeu, débloquant un certain nombre de postes pouvant leur convenir. Une agence de placement style Manpower a même été installée pour s’occuper des problèmes spécifiques. Pour bénéficier des mesures incitatives mises en place, il faudra cependant avoir séjourné à l’étranger pendant au moins deux ans. Il paraît que 4 000 Israéliens sont d’ores et déjà rentrés cette année.

Faire revenir les yordim c’est bien, mais faire en sorte que les jeunes Israéliens restent au pays et ne soient pas tentés de partir eux aussi, c'est mieux. C’est à cela que va s’attaquer en parallèle le gouvernement. Qui a pris conscience que ces départs entraînaient des risques autrement plus grands qu’un manque à gagner économique ou des capacités perdues. C’est l’identité juive qui est en péril.

Une  étude inquiétante vient en effet de révéler que les enfants des yordim étaient en grand danger de perdre leur identité juive et israélienne. Car, vivant à l’étranger, ils avaient une fâcheuse tendance à s’assimiler. Terrifiant, isn’it ? Figurez-vous qu’un quart des jeunes Israéliens vivant en Europe font des mariages mixtes – quelle horreur – et que 60% d’entre eux n’appartiennent plus à aucune communauté juive et ne participent plus à des activités juives. Vous voyez d’ici le danger. Ils ne suivent même plus l’exemple de leurs parents qui, eux, tiennent malgré tout à conserver leurs racines.

Pour pallier ce danger, le ministère israélien de l’Education nationale a notamment prévu des cours renforcés d’hébreu à l’intention des enfants des yordim qui rentreront. Cours qui constituent dans son esprit une incitation supplémentaire au retour.

source:  www.jpost.com  

14:45 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : licra, anne, kling, yordim, israel

10/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (26)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

 

 

GRIGORI MOISSEVITCH MAIRANOVSKI

85d739932ddc25e3bee39b492237bca3.jpgVous avez dû entendre parler des expérimentations humaines auxquelles se livraient les nazis dans les camps. Mais je parierais que vous avez moins souvent entendu parler de celles qui se pratiquaient dans les coins discrets de la Loubianka, le siège des services secrets soviétiques, qu’ils se soient appelés Tchéka, Guépéou, KGB ou NKVD.

Et encore moins de celui qui eut la haute main sur ces expérimentations de 1937 à 1951. Il a fallu pour cela que Soljenitsyne lève le voile en 2003 dans le tome 2 de sa fresque Deux siècles ensemble – Juifs et Russes pendant la période soviétique. Et révèle des choses bien étonnantes, quoique quasiment boycottées depuis.

c3b9df24f916a62d81c0cf5835d3387f.jpgLe laboratoire des poisons du régime bolchevique est installé dès 1921. En 1926, il passe sous la férule de Gendrik Yagoda, alors second de la Guépéou. A partir de 1937, sous le nom de Laboratoire 1, ses activités vont considérablement se développer sous la direction de Grigory Moïssevitch Maïranovski.

Les sources ne sont pas très loquaces sur ce personnage qui ne manque pourtant pas d’intérêt et dont les hauts faits mériteraient de passer à la postérité au moins autant que ceux du Dr Mengele. Difficile déjà de trouver un portrait de lui. On sait qu’il est né en 1899 à Batoumi en Géorgie. Dans sa jeunesse, il s’affilie au Bund (l’Union – socialiste et antisioniste – des travailleurs juifs), mais devant les nuages qui s’amoncellent sur ce mouvement, qui sera finalement liquidé, il préfère rejoindre les bolcheviques. C’est plus sûr. Il devient médecin biochimiste.

Il travaille ensuite à l’Institut de recherches médicales Gorki à Moscou qui sera placé sous l’autorité du NKVD. En 1937, l’année des grandes purges, ce serviteur très zélé du régime obtient une promotion dont il tâchera de se rendre digne : on lui confie la direction du Laboratoire 1 avec la tâche très spéciale de mettre au point un poison mortel ne laissant pas de traces. Un poison provoquant un décès qui semblerait naturel, du genre « insuffisance cardiaque ».

Dès lors, il va se mettre au travail avec ardeur et sans états d’âme superflus. De toute façon, n’est-ce pas, ses victimes étaient des ennemis du peuple, et lui-même travaillait à instaurer un monde meilleur, alors les détails…

Il va se livrer à des recherches sur toutes sortes de poisons : la digitaline, le curare, la ricine, etc. Et  comme c’était un homme consciencieux et désireux de bien faire, il fera des essais sur des cobayes humains – les oiseaux, ainsi les appelait-il poétiquement – d’âge et de condition physique très variés. Il administrait le poison dans la nourriture ou la boisson, puis à travers un judas, observait les phases de l’agonie, notant scrupuleusement tous les détails.

Il est si bien noté par ses chefs qu’il est promu colonel du NKVD en 1943. C’est la guerre, ce ne sont pas les ennemis du peuple qui manquent. Outre les russes, il aura bientôt à sa disposition des oiseaux allemands, polonais, voire japonais. Il expérimente à tour de bras.

Et d’ailleurs il réussira apparemment à mettre au point la substance parfaite, appelée C-2 qui vous tuait doucement en quinze minutes, sans laisser de traces. Elle sera largement utilisée.

Le NKVD demandera également à ce précieux auxiliaire d’expérimenter un « camion à gaz ». Mais nous en reparlerons.

Ce n’est qu’à la veille du procès de Nuremberg, en 1945, que les expérimentations sur cobayes humains effectuées par le bon docteur Maïranovski furent interdites. Du moins officiellement.

Les luttes de pouvoir sauvages au sein du NKVD, alors dirigé par Lavrenti Béria, vont affecter le colonel-empoisonneur qui se croyait pourtant bien à l’abri dans son laboratoire. Il savait tant de choses, ayant personnellement pratiqué tant d’assassinats politiques, qu’il se considérait intouchable ....

Il est cependant arrêté en décembre 1951 -  pas pour ses crimes, je vous rassure tout de suite - mais dans un contexte de luttes de clans.  Et, sans qu’il y ait de procès, il est condamné à 10 ans de prison pour… abus de fonction et détention illégale de poisons ! Curieusement, il ne sera pas libéré à la mort de Staline, en mars 1953, et dans l’espoir de se dédouaner, il chargera copieusement son ancien patron, Lavrenti Béria, lors du procès de celui-ci en juin de la même année, reconnaissant du même coup ses propres crimes.

Il  fera bel et bien ses 10 ans de prison, à sa grande indignation. Voilà comment on récompensait la vertu militante ! Il est libéré en décembre 1961 et assigné à résidence au Daghestan où il travaillera dans un laboratoire de chimie.

Il commettra une erreur fatale en essayant d’obtenir avec acharnement sa réhabilitation. Dans ce but, il écrit à Krouchtchev, le nouveau maître, pour lui rappeler certains faits anciens – notamment un assassinat commun – que ce dernier n’avait apparemment nulle envie de voir ressurgir. Maïranovski n’aura pas l’occasion d’en parler davantage car il succombe opportunément en décembre 1964 d’une… insuffisance cardiaque.

 

09/12/2007

PETIT BILLET DE (TRES MAUVAISE) HUMEUR

Je suis allée à la FNAC et au rayon politique/société, je suis tombée sur deux méga-présentoirs, du style trois colonnes en largeur sur quatre étages. Pour les rater, il fallait vraiment le faire exprès. Alors, à gauche, vous aviez les mémoires de Simone Veil, intitulées Une Vie. Je suppose que vous n’ignorez pas que Simone Veil, 80 ans, est rescapée d’Auschwitz et que c’est en rescapée qu’elle a traversé le reste de son existence. Elle a beaucoup de choses à raconter.

Et à droite, c’était Michel Drucker qui nous interpellait anxieusement sous le titre Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? Il paraît que lui aussi se raconte pour la première fois. Comme je n’ai pas acheté le livre, je ne sais pas s’il y parle également de son père Abraham, qui était médecin-chef du camp de Drancy. En tout cas, lui aussi se considère comme un survivant : oui, il est le seul rescapé de la télévision de grand-papa à être toujours en activité.

J’ai pensé fielleusement qu’ils en avaient, de la chance, d’avoir de si beaux présentoirs et que moi par exemple … Je me suis alors retournée et tenez-vous bien – je vous jure que c’est vrai – juste derrière moi, il y avait d’autres présentoirs tout aussi grands et beaux où cette fois on trouvait :   

A gauche, un Abécédaire mal pensant de Jean-François Kahn. Achetez-le si vous voulez savoir ce qu’est un hérisson : « Animal tiré à beaucoup plus que quatre épingles » ou un kangourou : « Mammifère de l’ordre des marsupiaux. A investi beaucoup en Australie et en fut de sa poche » ou encore un Arno Klarsfeld: «Avocat judéo médiatique (…), candidat aux élections législatives de juin 2007 dans le 20ème arrondissement de Paris, il a expliqué qu’il connaissait l’arrondissement parce qu’il l’avait traversé à la course. C’est sans doute ce qu’on appelle être à course d’arguments. Il n’a pas réussi à convaincre les électrices qui, elles, y font leurs courses».

Dieu, que je suis mauvaise langue. Mais ils m’agacent aussi, à la fin. Parce que juste à côté, sur la droite, vous aviez un bouquin de Jacques Attali intitulé Amours – Histoires des relations entre les hommes et les femmes. Quel homme éclectique, soit dit en passant. Comment fait-il pour avoir ainsi un avis définitif et autorisé sur toutes choses en ce bas monde?

Voilà. Ces quatre titres, je ne vous mens pas, sur 1 mètre carré maximum. Heureusement que nous savons tous que la France est un pays odieusement antisémite, car sinon, qu’est-ce que ce serait !

Et dans tout ça, pas le moindre petit bout de fond de rayon pour La France LICRAtisée. Franchement, vous trouvez ça normal, vous?

08/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (25)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

IAKOV IAKOVLEV

Le petit préambule ci-dessus s’applique particulièrement à ce personnage dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est tombé dans les oubliettes de l’histoire. C’est dommage, car son grand titre de gloire aura pourtant d’avoir été commissaire du peuple à l’agriculture pendant l’Holodomor, la terrible famine orchestrée par le pouvoir bolchevique en 1932-33, qui fit au bas mot six millions de morts.

Il existe fort peu de données le concernant, du moins dans une langue intelligible pour moi. Encore moins de portrait. Le seul que j’aie trouvé est en fait une caricature publiée dans un livre qui vient de sortir, Dessine-moi un bolchevikLes caricaturistes du Kremlin, 1923-1937, qui a été traduit du russe. On y voit une sorte de rat moustachu et mal rasé assez peu ragoûtant. Mais, je le rappelle, c’est une caricature faite par un de ses collègues bien-aimés en 1923.

Il avait alors 27 ans car il était né en 1896, et travaillait à ce moment-là au Département pour l’agitation et la propagande du comité central. Il était entré au parti bolchevique en 1913 et s’était en quelque sorte spécialisé dans la propagande puisqu’en 1918, il sera envoyé en Ukraine pour y œuvrer dans ce secteur. Dans les années 20, il sera notamment rédacteur en chef de la Krest’janskaya Pravda (La Vérité Paysanne), qui titrait alors à plus d’un million d’exemplaires.

Fervent stalinien, c’est sans doute sa « connaissance » du monde paysan qui conduira Staline à le nommer commissaire du peuple à l’agriculture en 1929. Il le restera jusqu'en 1934. En février1930 commença la « dékoulakisation », c’est-à-dire la déportation et la répression de masse contre les centaines de milliers de paysans suffisamment aisés pour avoir de quoi manger et/ou mécontents de la politique bolchevique. Les sbires de la Guépéou feront régner la terreur dans les campagnes. Tout cela donnera tellement de travail à Iakovlev qu’il sera obligé d’envoyer son adjoint afin de le représenter en juin 1930, au 16e congrès du Parti.

Cet adjoint - qui le restera en 1929 et 1930 - n’est pas n’importe qui. Il s’agit du « nain sanguinaire » Nikolai Yezhov, qui finira chef du NKVD. Et qui retrouvera d’ailleurs Iakovlev à cette occasion, nous le verrons. Représentant donc son supérieur lors de ce congrès, il en profitera pour se répandre en articles pompeux sur la collectivisation, l’éducation des masses, leur mobilisation, etc. Amusant, lorsque l’on sait qu’il avait péniblement fini l’école primaire et qu’il avait été apprenti tailleur dans sa vie pré-bolchevique.

2ce04ba033466dcab68f6e418e76f9dc.jpg

C’est donc Iakov Iakovlev qui sera de par ses fonctions responsable de l’exécution de cette politique décidée à Moscou, qui consistait en fait à liquider toute une partie de la population. La loi du 7 juillet 1932 prévoira même la peine de mort pour « toute escroquerie au préjudice d'un kolkhoze », qui commençait par le simple vol d’un épi de blé.

Cette « politique » culminera avec l’horreur de l'Holodomor, en Ukraine principalement. Nous en avons déjà parlé.

Je lis ça et là que Iakovlev occupera ensuite - forcément après 1934 - des fonctions importantes dans l’appareil de contrôle de l’Etat et du Parti. Lesquelles ? Je l’ignore. De toute manière, cela ne l’empêchera pas d’être emporté, comme bon nombre de ses collègues, dans les grandes purges de 1937. Il est arrêté cette année-là mais ne passera devant le peloton d’exécution qu’en juillet 1938.

Et devinez qui donnera l’ordre de tirer ? Le nain sanguinaire lui-même, son ancien adjoint. Qui ne tardera d’ailleurs pas à le suivre. La seule morale que l’on puisse tirer de cette horrible histoire.

07/12/2007

GARRY KASPAROV, LES ETATS-UNIS ET LES IDIOTS UTILES…

Vladimir Poutine a remporté haut la main les élections législatives en Russie, ce qui a fait tordre le nez à l’Union européenne toujours prompte à donner des leçons et à chercher la petite bête démocratique…chez les autres. Normal, quand on est soi-même irréprochable sur la question, quand on prend scrupuleusement en compte tous les souhaits exprimés par le suffrage dit universel et qu’on permet à toutes les opinions de participer au débat et d’avoir des élus, normal, dis-je, dans ces conditions, d’être si exigeant pour les autres.

La France, justement, modèle s’il en est de démocratie appliquée, a cru bon de faire savoir par la bouche de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, qu’elle craignait beaucoup que ces élections n’aient pas été aussi régulières qu’il eût été souhaitable. "Force est de constater qu'il y a certaines allégations, que ces allégations sont fortes et qu'il serait temps que toute la lumière soit faite et que la Russie se comporte de ce point de vue-là comme toutes les démocraties. Il y a du progrès à faire", a-t-il indiqué. Sur ce point, je suis bien d’accord avec lui, il y a du progrès à faire…ici, pour commencer.

Les Etats-Unis n’ont pas été en reste de critiques, mais là se joue un jeu entre puissances - USA, Russie - qui laisse l’Union européenne au bord du chemin, juste bonne à jouer en écho la voix de son maître. Et c’est là qu’intervient Garry Kasparov et le drôle de jeu qu’il joue aux Etats-Unis contre Poutine, qu’il vient formellement d’accuser d’avoir truqué les élections.

fe0f47a06c46ce202b1d4ed69a37eeef.jpg

Né Garri Weinstein en Azebaïdjan en 1963, il a pris plus tard le nom de sa mère arménienne, Kasparyan, qu’il a russifié en Kasparov. Il est devenu le champion du monde d’échecs bien connu, cela chacun le sait, mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il est également un militant politique de longue date. Et que son parcours est à première vue étonnant.

En 1984 – il a donc 21 ans – il adhère au parti communiste soviétique et sera élu en 1987 au comité central du Komsomol ( les jeunesses communistes). Il quitte le Parti en 1990, mais poursuit son activisme, soutenant notamment la candidature de Boris Eltsine.

Il fera le grand saut en 2005, après son retrait officiel du monde des échecs. Il crée le United Civil Front, mouvement destiné à préserver la « démocratie électorale » en Russie. Il est dès lors un adversaire virulent de Poutine. Il participera également à la création de la coalition L’Autre Russie, qui accueille diverses formations, dont le National Bolshevik Party. Sûrement un modèle de démocratie électorale.

L’Autre Russie n’a pas pu se présenter à ces élections législatives, faute d’avoir pu se faire enregistrer. Pour quelle raison, je l’ignore. Ce qui est certain en revanche, c’est que cette coalition plutôt hétéroclite est pratiquement ignorée par les Russes, mais chouchoutée en occident, allez savoir pourquoi.

Dans le cadre de son combat démocratique contre Poutine, Kasparov a été arrêté fin novembre et incarcéré durant cinq jours à Moscou. Mais ne soyez pas trop tristes, comme la nourriture de la prison ne lui convenait pas, et sous la pression de la presse occidentale qui hurlait à la mort, il a pu recevoir des colis de chez lui. Sympa quand même. Il faut donc croire que Poutine n’est pas encore tout à fait Staline, comme il le prétend.

J’ai failli oublier de préciser que Kasparov avait reçu en 1991 le Keeper of the Flame Award décerné par un think tank de Washington consacré aux questions de sécurité nationale, le Center for Security Policy, pour « résistance anti-communiste et propagation de la démocratie ».

1ed87239b3bb47914d54aac364adfff0.jpg

Curieux, déjà pour un ancien communiste - tiens, il venait tout juste de quitter le Parti… -  mais surtout quand on sait que cette récompense est en principe attribuée aux "individuals for devoting their public careers to the defense of the United States and American values around the world"  (« individus consacrant leur carrière publique à la défense des Etats-Unis et des valeurs américaines partout dans le monde »). Un prix décerné également à Paul Wolfowitz, Richard Meyers ou Donald Rumsfeld, tous colombes bien connues.

Kasparov était même membre du comité directeur de ce think tank - en compagnie notamment de Richard Perle -, mais il s’en est retiré depuis peu, c’était un peu trop voyant.

Il continue par contre à collaborer au Wall Street Journal de Rupert Murdoch, ce qui lui fournit une tribune prestigieuse d’où lancer ses tirades venimeuses contre le président russe. Car il compte se présenter l’an prochain à la présidentielle. En Russie, bien sûr.

06/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (24)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

SEMYON DIMANSTEIN

Laissons pour un temps les voisins – encore fort nombreux, mais nous y reviendrons – et retournons à nos bolcheviques maison.

8b42726b06315e4ad3f7fdc2b0cd4d58.jpgSemyon Dimanstein naît en 1886 dans une famille de commerçants juifs installés au nord-ouest de la Russie, près de la frontière estonienne. Une famille sans doute très orthodoxe puisqu’il fera ses études dans une yeshiva où il sera ordonné rabbin à l’âge de dix-huit ans.

Rabbin peut-être, mais révolutionnaire, sûrement. La même année, 1904, il s’inscrit au RSDLP, le parti socialiste-révolutionnaire créé en 1898, qui se scindera par la suite en mencheviques et bolcheviques. Ses activités illicites conduiront le régime du tsar à lui offrir en 1908 une résidence forcée quelque part en Sibérie. Mais il s’enfuit, quitte la Russie et se réfugie en France jusqu’à la révolution de mars 1917.

Il rentre alors au pays et reprend de plus belle son activisme. Il sera l’un des acteurs importants de la révolution d’octobre puisqu’il devient l’un des quinze commissaires du peuple de Lénine et prend la tête de la Yevsektsiya en janvier 1918. C’est ainsi que l’on nommait la section juive du parti communiste soviétique, créée pour évincer le Bund et les partis sionistes, considérés comme des rivaux du marxisme. Ces derniers seront d'ailleurs vite liquidés et des milliers de sionistes iront faire connaissance avec la Sibérie. L’idée derrière cette section spéciale était de supprimer le judaïsme religieux et de remplacer la culture juive traditionnelle par la culture prolétarienne. En imposant la dictature du prolétariat aux masses laborieuses juives. L’autre objectif de la Yevsektsiya était la propagande : il s’agissait de mobiliser les juifs du monde entier en faveur du régime bolchevique.

Semyon Dimanstein, qui sera en quelque sorte considéré comme le représentant « officiel » des juifs soviétiques, exercera notamment ses activités à Boukhara, en Asie centrale, où vivait une importante communauté juive. Il s’y rendra en 1920 afin de consolider le régime bolchevique et d’identifier – et soutenir – l’ « élite » locale. En 1922, on le retrouve en Ukraine, au Département pour l’agitation et la propagande.

Il rentre à Moscou en 1924 pour y diriger d’autres services de propagande visant à répandre l’idéologie communiste parmi les peuples non russes. Tout en collaborant à des organes de presse du style Est Nouveau ou Révolution et Nationalité.

A cette époque-là, il est un chaud partisan de Staline, ferveur qui sera bien mal récompensée par la suite, on le verra. Il soutient en particulier l’idée du dictateur de créer une région juive autonome, quelque part très loin de Moscou. Ce qui sera fait entre 1928 et 1932 et qui amènera du même coup la suppression de la Yevsektsiya. Dans l’idée des autorités, il s’agissait de créer une Sion soviétique afin de détourner les pensées de la Sion de Palestine, dangereuse rivale.

Cette région sera créée vers la frontière chinoise, au Birobidjan, torride et infestée de moustiques l’été, glaciale l’hiver. Les colons y étaient invités à conserver leur héritage culturel yiddish - plutôt qu’hébreu, jugé trop religieux - dans un cadre socialiste. Apparemment, l’ancien rabbin trouvait ça très bien. La propagande battra son plein pendant ces années afin d’y attirer les juifs, qui viendront même de l’étranger. On a vu récemment dans l’article sur l’affaire Koval, que la famille de l’espion avait quitté en 1932 l’Amérique – de la dépression, mais quand même – pour le vert paradis du Birobidjan.

1a7c35328d3ec2157e72ba00f13cac25.jpg

Ils en seront bien récompensés car leur histoire inspirera un film de propagande en yiddish produit en 1936, intitulé « A la recherche du bonheur »  qui raconte l’édifiante histoire d’une famille juive quittant les Etats-Unis, cet horrible pays où l’on crève de faim, pour se créer une nouvelle vie de félicité au Birobidjan. Mal leur en prit, d’ailleurs, aux Koval, car c’est ce film, et la littérature qui l’accompagna, qui finit par mettre la puce à l’oreille des Américains et leur permit de diriger, enfin, leurs soupçons sur l’espion.

La dernière fonction officielle de Semyon Dimanstein sera de diriger le comité central de l’Ozet. Ainsi s’appelait l’organisme officiel chargé d’aider les juifs à s’acclimater au travail de la terre et à assister les colons principalement en Ukraine et en Crimée, puis au Birobidjan.

Mais sa carrière va bientôt s’achever car il fera partie des purges de 1937-38. Il est arrêté en février 1938, condamné à mort et exécuté.