Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/09/2010

LOBBYS PRO-ISRAELIENS EN EUROPE – 4

4 - FRIENDS OF ISRAEL INITIATIVE 

 

friends-of-israel.gif

On ne réfléchit pas assez à la triste condition des politiciens chassés du pouvoir par de stupides électeurs. Comment subsister loin des ors (et des fromages) des républiques, loin des caméras et des hordes de journaleux pendus à vos basques ? Dans l’anonymat. Tenez, rien que d’évoquer toute cette tristesse, je sens les larmes me monter aux paupières. Preuve que je ne suis pas totalement dépourvue d’un certain gène.

Mais nos petits amis dégommés ne manquent pas de ressource quand il s’agit de se remettre dans le circuit, même au second rang. Certains ont donc eu une idée : l’idée de génie qui marche à tous les coups, celle qui vous amène plein de fric de généreux donateurs, la gratitude du système reconnaissant, etc, etc. Et cette idée, c’était tout simplement de créer un nouveau machin à la gloire d’Israël. Parce que ça manquait, justement. Ce qui fut fait avec célérité sous le nom de FRIENDS OF ISRAEL INITIATIVE.

 

Oui, le mot « initiative » a été rajouté pour qu’on ne confonde pas avec les European Friends of Israel (lobby que nous avons examiné le 19 septembre). On le pourrait car les buts sont strictement les mêmes : s’opposer à la campagne de « délégitimation » d’Israël, due à des opinions publiques - principalement européennes - désinformées par des médias indignes et même, comble de l’horreur, campagne issue de certaines organisations internationales. Du boulot en perspective. Cette nouvelle structure a vu le jour en juin 2010 et n’a pas chômé depuis. Vous verrez tout à l’heure comme ils se sont démenés.

Mais tout d’abord, je vous parlais de politiciens au chômage, et je vais vous le prouver. Vous constaterez que ce machin fonctionne comme une vraie usine de recyclage :

 

Le président et « inventeur » du concept, c’est José Maria Aznar, ex premier ministre espagnol. Il y a ensuite dans ce « groupe de haut niveau » :  Alejandro Toledo, ancien président péruvien, John Bolton, ancien ambassadeur des USA à l’ONU, David Trimble, ancien premier ministre d’Irlande du nord, Carlos Bustelo, ancien ministre espagnol, Marcello Pera, ancien président du sénat italien,  Vaclav Havel, ancien président tchèque. En attendant les autres. Sarkozy peut-être en 2012 ? Enfin, lui, comme on le connaît, il voudra faire un groupe à lui tout seul.

 

L’originalité de ce nouveau lobby, l’astuce si l’on peut dire, c’est que les dirigeants n’en sont pas juifs et que l’idée maîtresse, celle qu’ils mettent à toutes les sauces, est la suivante : Israël fait totalement partie du monde occidental et toucher à Israël, c’est toucher à l’occident et à ses valeurs. Ce qui s’est passé, c’est que, de façon inexplicable, des siècles d’antisémitisme européen, d’obscurantisme donc, se sont mués en attaques contre un Etat parfaitement innocent et pacifique. Il faut donc le défendre. Leur slogan est d’ailleurs le suivant : We stand or fall together (Nous résisterons ou tomberons ensemble).

 

Donc, l’importance d’Israël est fondamentale pour l’avenir de l’occident. D’ailleurs, c’est une démocratie modèle : ouverte, avancée, comme il n’y en a pas deux au monde : “The Friends of Israel Initiative is committed to act consistently and diligently in its effort to disseminate its members’ vision of Israel as a democratic, open, and advanced nation like any other”.

A partir de là, il y a un ennemi à abattre et un seul : le fondamentalisme islamique. Et l’Iran, naturellement, qui va dans le même package. Sous-entendu, ne perdons pas notre temps à chercher midi à quatorze heure, à ergoter en fouillant au fond des temps – il y a quelques décennies – le pourquoi et le comment de cette soudaine présence musulmane massive. Occupons-nous seulement d’aujourd’hui. Et justement, aujourd’hui, vive la civilisation “judéo-chrétienne”, à nouveau largement sollicitée, vous comprenez pourquoi.

Voyons à présent comme ils ont travaillé dur depuis quelques mois. Que de voyages aux frais de la princesse et de petits fours avalés. Ah c’est dur, la vie d’ex !

 

Le 21 juin 2010, Aznar lance officiellement l’Initiative, qui aura son siège à Madrid.

 

Le 19 juillet, lancement de la chose au parlement britannique. Aznar y parlera d’Israël pilier de l’ouest, pays en première ligne de la menace civilisationnelle qui pèse sur chacun de nous. Parfaitement. Accessoirement, le nouveau gouvernement britannique a été prié d’autoriser enfin the queen à se rendre en visite officielle à Israël. Oui, car en 62 ans, c’est un scandale, aucun royal n’y a mis les pieds.

 

Le 1er septembre, lancement à Jérusalem. Mêmes thèmes, mêmes arguments : « Défendre l’Etat d’Israël revient à défendre notre système libéral…. Si Israël tombe, nous tomberons tous ». Vous serez étonnés d’apprendre qu’il a eu droit à une standing ovation. Pas de doute, c’était une bonne idée.

Le 14 septembre, ça va se passer à Washington, lors d’un dîner de 70 couverts sous la houlette de l’AIPAC. Nombre plutôt modeste, vu le contexte. Que dira Aznar cette fois? Eh bien qu’Israël “est partie intégrante de l’ouest et que plus le pays sera faible, plus l’occident entier sera perçu comme affaibli… la diabolisation d’Israël conduira à la délégitimation de nos propres valeurs qui nous sont si chères. Si Israël devait disparaître à cause de ses ennemis, je doute sincèrement que l’occident puisse demeurer tel que nous le connaissons ».

Le lendemain, 15 septembre, tout ce petit monde sera reçu pour un petit-déjeuner au Congrès des USA.

 

Depuis, ils sont tous rentrés chez eux pour reprendre leur souffle et digérer. Avant la prochaine salve.

 

http://www.friendsofisraelinitiative.org/index.php

 

Ci-dessous, Aznar en pleine opération

44.jpg

17/09/2010

LOBBYS PRO-ISRAELIENS EN EUROPE – 3

 

3 – L’ATLANTIS INSTITUTE

« Institute », vous aurez noté, et non pas « Institut ». Un léger détail, certes, mais qui en dit long sur l’atlantisme de ce think tank créé en 2003 dans le contexte du conflit irakien et basé à Bruxelles. On a du mal cependant à trouver des références explicites aux Etats-Unis, encore moins à Israël, sur son site. Et pourtant …

Non, le langage utilisé est des plus lisses et chacun pourrait y souscrire … dans un premier temps. Voyez plutôt :

 

«  … l'Atlantis Institute est un think tank indépendant réunissant des intellectuels francophones issus d’horizons divers. Européen, libéral et convaincu que l’Etat de droit et la démocratie sont des modèles universels à promouvoir activement dans toutes les régions du monde, il préconise une gouvernance mondiale plus saine et réellement efficace.

Interpellé par la souffrance humaine, révolté par l’indifférence dont elle fait trop souvent l’objet, suspicieux à l’endroit des multiples discours qui, gorgés de bons sentiments, se contentent d’appeler à la bonne volonté et au dialogue, l'Atlantis Institute soutient résolument toute initiative favorisant l’application effective des droits de l’homme dans les pays qui en sont dépourvus. »

 

Là, déjà, on commence à se méfier : démocratie façon Union Européenne promue modèle universel, gouvernance mondiale, droits de l’homme dans les pays qui en sont dépourvus, suivez mon regard…

 

Mais ceci est juste le constat de base. Après, l’Atlantis Institute, composé de gens éminemment sérieux, se propose une mission, afin d’aider l’Europe à ne pas sortir du droit chemin :

« Au seuil d’un nouveau siècle riche de promesses mais lourd de dangers, l’Europe doit résolument opter pour la Liberté et le Progrès et diffuser ces idéaux à travers le monde. L’Atlantis Institute se propose d’accompagner ce mouvement en s’interrogeant sur les conditions d’un monde meilleur. »

 

J’ai une tendance très nette à me méfier des majuscules à liberté et à progrès (en général, l’effort s’arrête là), et plus encore des missionnaires qui prétendent imposer leurs conditions pour un monde meilleur. Surtout quand c’est la pax israelo-américana qui est visée.

Justement, qui sont donc ceux qui veulent à tout prix assurer le bonheur de l’humanité?

 

A tout seigneur tout honneur, commençons par le fondateur et président. Là, j’ai un problème car il est inconnu au who’s who du site. Et pourtant, il est généralement mentionné ailleurs comme président de l’Atlantis Institute. Peut-être ne l’est-il plus, mais alors c’est tout récent. Ou alors, peut-être que le site préfère éluder le sujet ? En tout cas, il s’agit de Joël Rubinfeld, qui est tout sauf un personnage effacé. Le Vif/L’Express du 7 décembre 2007 a brossé de lui le portrait suivant, qui vous dira tout, à la fois sur le personnage et partant sur sa création, l’Atlantis :

 

« A 38 ans, Joël Rubinfeld, le nouveau président des organisations de la communauté juive, a déjà essuyé plus de soupçons et de critiques que d’autres en toute une vie. Sans jamais perdre son credo : lutter contre l’antisémitisme et l’antisionisme.

« Ses défauts ? Je cherche… Vous voulez dire, à part le fait d’être juif ? » lance un de ses amis en éclatant de rire. A 38 ans, Joël Rubinfeld vient d’accéder à la plus haute marche de l’organisation qui représente officiellement les juifs sur le plan « politique » : le Comité de coordination des juifs de Belgique. Mais Rubinfeld suscite la polémique.

Si De Gaulle l’avait rencontré, il lui aurait probablement assené sa phrase sur « le peuple juif, sûr de lui et dominateur ». De Gaulle aurait eu tort. Homme de conviction, Rubinfeld doute, en permanence. Il peut même changer d’avis. Sauf sur un point : depuis la seconde Intifada, il a fait de la lutte contre l’antisémitisme et l’antisionisme son cheval de bataille.

 

Il aura fallu aux 39 organisations communautaires près d’un an et huit tours de scrutin, avant qu’elles ne s’accordent sur un président. Car, autour de la candidature de l’outsider Joël Rubinfeld, couraient les plus folles rumeurs. On l’a traité de menteur, de populiste, de démagogue. On l’a accusé de cacher ou de modifier son curriculum vitae. On a dit que ce secrétaire général des Amitiés belgo-israéliennes était payé par l’ambassade d’Israël. On l’a qualifié d’extrémiste (entendez, de droite), de suppôt du libéralisme, ainsi qu’il le démontrerait à travers sa présidence de l’Atlantis Institute (un groupe de réflexion indépendant, de tendance néoconservatrice). Après des disputes et des alliances plus compliquées qu’aux Nations unies, après une action en justice stoppée in extremis, et qui aura affiché les divisions d’une communauté qui déteste tant laver son linge sale en public, le scrutin du 28 novembre aura été le bon. Ou, au moins, le dernier.

Grand bavard, cultivé, Joël Rubinfeld se défend des péchés d’Israël qu’on veut lui faire porter. Et comme il n’a insulté personne, lui, au cours de cette terrible campagne électorale, il peut se poser, aujourd’hui, en rassembleur. Avec une limite : il ne cède jamais au chantage ni aux intimidations.

 

« Je suis un fils de réfugiés », rappelle-t-il. Après les violences nazies de la Nuit de Cristal, son grand-père avait monté une filière pour permettre aux juifs de quitter l’Autriche après l’Anschluss. « Le douanier belge a bien vu que les papiers de ma grand-mère et de mon père n’étaient pas en règle : il a fermé les yeux. » Depuis, son histoire belge a un goût d’amour. De son père, Joël a hérité des idéaux laïques et de gauche. « Si j’étais né un siècle plus tôt, j’aurais forcément été communiste. Aujourd’hui, il est logique (sic) que je me retrouve dans le libéralisme. » Et puisque sa mère est croyante, pour ne faire de peine à aucun de ses parents, il se dit agnostique. Sa famille maternelle (10 enfants) a quitté le Maroc dans les années 1960. « Ils sont sortis de chez eux comme s’ils partaient en promenade et ils se sont enfuis. »

 

L’antisémitisme, il l’a rencontré très tôt sous le visage d’un petit voisin à qui on a interdit, un jour, de jouer avec lui. La famille de ce copain venait d’apprendre que Rubinfeld était juif. Cette fois-là, ses parents déménagèrent. En revanche, ils n’ont jamais su qu’à 12 ans, Joël s’était fait dérouiller par des Skinheads qui lui trouvaient « une tête de juif ». Pour camoufler ses ecchymoses, il a dormi chez un pote. Depuis lors, il ne s’est jamais débarrassé de la honte d’avoir été physiquement le plus faible, ni celle de s’entendre surnommer, pendant plusieurs mois, Rubin-gaz, dans une bonne école bruxelloise où, à la sortie du cocon d’écoles juives, il découvrit « le monde réel » : « J’y ai développé des anticorps contre la maladie antisémite. »

 

Pendant la seconde Intifada, il a décidé de mettre en parenthèse sa vie professionnelle (il dirigeait une agence de communication). Aujourd’hui, il dispose d’assez d’argent pour se permettre de rester quelques années encore – pas davantage – un « lobbyiste », un « activiste », un briseur d’idées reçues, selon les camps. « Défendre le droit à l’existence d’Israël, actuellement, c’est être dreyfusard ou résistant », soutient-il. Et qu’on ne l’embête pas avec une supposée « double allégeance » : il aime Israël, mais se sent, là-bas, complètement « touriste ». Et puis, lorsqu’il soutient farouchement les Tutsi ou le Tibet, nul ne le suspecte d’être Rwandais ou Tibétain ! D’ailleurs, ce n’est pas la critique d’Israël qui lui pose problème, mais un antisionisme qui révèle, dit-il, une nouvelle forme d’antisémitisme.

 

Rubinfeld ne cherche pas la voie de la facilité : il continue à dire que toute intervention capable de débarrasser les Irakiens du dictateur Saddam Hussein avait un sens. Et parle simultanément de justice, de conscience, d’antiracisme. On le sent fondre d’amour pour ses enfants, sa femme, ses parents. Au-delà, un brin candide, il avoue nourrir un vrai sentiment de fraternité pour l’humanité. « Dans un milieu antisioniste, je me sens très juif, et très arménien, dans un environnement qui nie le génocide arménien. » Le parrain de sa fille se nomme Djamel : « Il est le frère que je n’ai pas. »

 

A la tête de la communauté juive pour un mandat de deux ans (renouvelable une fois), il devra convaincre tant les juifs, divisés, que les autres. Dans le salon de ce féru d’histoire, qui dévore quatre ou cinq livres à la fois, se trouve le dictionnaire commenté des allusions historiques (Larousse), intitulé : Qui m’aime me suive. Au boulot ! »

 

Bon, c’est un peu long mais très éclairant. Vous aurez compris que le fondateur (et apparemment toujours président) de l’Atlantis Institute a été élu en 2007 à la tête de l’équivalent belge du CRIF, qui porte le nom compliqué de CCOJB. Et en 2009, sur sa lancée, vice-président du Congrès Juif Européen.

 

Aux dernières nouvelles, il ne s’est pas représenté à l’issue de son mandat de deux ans au CCOJB car il a d’autres ambitions : il se lance à présent dans la politique active. Justement, un ami à lui, Mischaël Modrikamen, qui fut président de la communauté israélite libérale de Belgique de 2000 à 2003, vient de créer un nouveau parti de droite, le Parti Populaire. Rubinfeld en est le vice-président depuis quelques mois.  « Ma motivation : l’impératif de salubrité publique », explique Joël Rubinfeld. Il faut redonner du sens aux mots, à l’éthique du devoir. Le XXème siècle a été celui des droits de l’homme, mais n’oublions pas que les droits sont subordonnés aux devoirs ». L’éthique, donc. Mischaël Modrikamen inculpé pour de présumées malversations financières ? « Allons ! L’histoire politique nous l’enseigne : quand un parti qui dérange voit le jour, pour certains, tous les coups sont permis ».

 

Oui, le fondateur du Parti Populaire est en délicatesse avec la justice belge depuis cette année. Tous des antisémites, forcément. Décidément, une fois encore, on constate qu’à présent, c’est « la droite » qui a le vent en poupe et la gauche qui est dans les choux, chez les responsables communautaires. Enfin, une certaine « droite », américanophile et sioniste, ce qui change tout. Une "droite" dans les rails et dans le système, quoi.

 

Passons au directeur de l’Atlantis Institute, Corentin de Salle. Belge également, et professeur à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

« Il voit le capitalisme comme premier bienfait de l'humanité. Chroniqueur occasionnel de La Libre Belgique, jusqu'en décembre 2005, ses positions controversées y étaient jugées provocatrices, suscitant de vives réactions. Concernant la thématique environnementale, il affirmait le caractère illimité des ressources naturelles du fait de l'évolution à venir de la science. » Il a créé un autre think tank libéral, l'Institut Hayek, qui défend lui aussi des thèses atlantistes et néoconservatrices. Toujours l’utilité de multiplier les zinzins, qui finissent toujours par servir d’une façon ou d’une autre…


Sinon, le who’s who du site de l’Atlantis Institute répertorie 13 personnes, réparties en « fellows » ou « senior fellows », dont Ivan Rioufol, journaliste au Figaro, dont nous parlions l’autre jour. Cette distinction n’est pas liée à l’âge, mais peut-être à l’ancienneté dans la réflexion et à l’engagement dans la mission ? Je le suppose car on ne nous dit jamais rien, à nous.

 

Pour finir, je vous informe que l’Atlantis Institute s’est fait sévèrement remonter les bretelles en mars 2006, lors de la visite du professeur Dershowitz à l’ULB. L’Université avait été accusée d’antisémitisme à la suite de propos qui avaient été sciemment déformés, lors d’une interview, ainsi qu’il apparut plus tard. Si elle vous intéresse, toute l’histoire figure dans « Notes et références » de la page Wikipédia consacrée au think tank.

 

 

Et enfin, j’ai l’impression qu’aux States fonctionne le jumeau, créé début 2004, qui porte le même nom et annonce les mêmes objectifs, mais reste très discret sur ses membres :

http://www.theatlantisinstitute.com/

 

 

Source : http://www.atlantis.org/

 

 

 

 

13/09/2010

LOBBYS PRO-ISRAELIENS EN EUROPE – 2

2 – L’ASSOCIATION FRANCE-ISRAEL (AFI)

 

 

Certes, ce n’est pas un lobby européen. Mais bien français. Il n’empêche qu’il a toute sa place dans cette série, ainsi que quelques petits copains qui auront leur tour. Nous allons alterner, ce sera plus intéressant.

 

Ce que l’on appelle aujourd’hui Association France-Israël était à l’origine l’Association France-Palestine, fondée en 1926 par Joseph-Paul Boncour. Arrêtons-nous un instant sur ce personnage bien oublié aujourd’hui. Il fut pourtant ministre de la guerre en 1932, puis ministre des affaires étrangères jusqu’en 1934. Socialiste, il milite avec Edouard Herriot pour le rapprochement avec l’URSS de Staline. Nous sommes en pleine période de l’Holodomor (famine orchestrée en Ukraine et ailleurs en 1932/33, faisant la bagatelle de 6 millions de victimes, morts de faim et du typhus). Hitler, lui, n’arrivera au pouvoir qu’en 1933. Boncour mourra en 1972 à l’âge de … 99 ans. Ca conservait, la politique, au temps de la Troisième !

 

Revenons à notre association. On retrouve dans son comité fondateur de 1926 quelques connaissances de la future LICA (devenue ensuite LICRA) qui verra le jour l’année suivante, en 1927. La révolution bolchevique avait considérablement élargi les horizons et les temps étaient mûrs pour ce bouillonnement et les revendications qui allaient avec.

 

« France-Palestine s'est efforcée inlassablement, dans toutes les instances nationales et internationales, de faire connaître les droits imprescriptibles de la nation juive sur son Foyer National. Elle est devenue France-Israël en 1948, à la naissance de l'État d'Israël. », nous apprend le site de l’AFI, qui précise un peu plus loin : « Aujourd'hui, France-Israël compte dans ses instances dirigeantes de nombreuses personnalités de la classe politique et de la société civile. »

 

Nous arrivons dans le vif du sujet. Qui préside l’association? Vous allez voir comme le monde est petit car il s’agit de Gilles-William Goldnadel, par ailleurs membre depuis cette année du comité directeur du CRIF.

 

Nous sommes donc chez les sionistes purs et durs. Les ultras, ceux pour qui rien n’est jamais assez et aux yeux de qui tout mot de travers visant Israël est automatiquement estampillé « antisémite ». Du reste, les articles de Guy Millière sont omniprésents sur le site, de même que ceux de Michel Gurfinkiel. Clément Weill-Reynal y tient également chronique. Rappelons que ce dernier personnage, mis en examen pour diffamation à la fin de 2009, est rédacteur en chef adjoint de France 3 et président de l’association des journalistes juifs de la presse française. Encore une association étonnante.

Ces noms permettent de se rendre compte qu’en fait un assez petit nombre de personnes, toujours les mêmes, se répandent dans les médias, investissent un nombre certain de sites, tiennent le crachoir partout et en tout lieu. Mais un petit nombre de personnes seulement, il ne faut pas l’oublier.

 

Les objectifs officiels de l’AFI sont des plus lisses : « France-Israël est une organisation non confessionnelle qui regroupe des personnalités, des hommes et des femmes de toutes tendances politiques républicaines, religieuses ou philosophiques. Elle s’efforce de promouvoir et d’entretenir l’Amitié entre le Peuple de France et le Peuple d’Israël en les aidant à ouvrir les yeux sur un monde qui bouge et à prendre conscience des enjeux d’aujourd’hui et de demain.  Consciente que l’amitié repose sur la compréhension mutuelle, elle favorise par tous moyens la connaissance respective des réalités politiques, économiques, sociales, historiques et culturelles, et combat la désinformation. (…)

France-Israël agit pour défendre l'image et les droits d'Israël. Elle s’efforce d’agir sur les médias, les décideurs ainsi que sur l’ensemble de l’opinion française. L'association veut aussi tenir un langage français qui soit, si nécessaire, différent du langage officiel et échappe aux modes intellectuelles.  (…)

 

L’association est aussi un outil de réflexion dans le but de proposer aux pouvoirs publics dans les deux pays, toute mesure de nature à favoriser l’objet  social et à défendre les valeurs de civilisation communes à la France et à Israël. »

 

Car voilà enfin apparaître LA grande idée, celle qui se décline d’ailleurs très facilement au niveau européen et plus largement, occidental. Comme cela, il y en a pour tout le monde et personne n’est oublié. La grande idée, c’est donc ce nouveau slogan de l’AFI, qu’elle tâche de faire entrer dans les cervelles en le rabâchant à tout propos: « Quand nous défendons la France nous défendons Israël, et quand nous défendons Israël nous défendons la France ! ».

 

Lumineux, n’est-ce pas ? Car maintenant, finies les tolérances universelles façon LICRA, les « droit à la différence » serinés sur tous les tons lorsqu’étaient seuls visés les « de souche ». Maintenant qu’il y a le feu à la maison et que le danger se rapproche, l’ennemi est enfin désigné par ceux qui en ont le droit : « Enfin, et peut-être surtout, la doctrine essentielle de l’Association réside dans la certitude qu’aujourd’hui, les nations française et israélienne sont menacées par des ennemis identiques : la détestation de l’État-Nation, l’islamo-fascisme et l’extrémisme de droite et de gauche. »  

 

On sent bien que l’ « extrémisme de droite » est mis là par bienséance, mais le cœur n’y est plus. Le vrai ennemi est ailleurs, tout le monde le sait. D’ailleurs, il sera désigné sans ambages par le président himself, Goldnadel, lors d’une soirée de gala en novembre 2009. En présence notamment de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale et membre du comité directeur de l’AFI, il affirmera notamment : « Des bandes déterminées, organisées, puissamment financées, profitant de bouleversements démographiques en rien maîtrisés, dont il est de très mauvais goût de seulement s’inquiéter, contribuent puissamment à la détestation d'Israël et de son peuple. (…) Une idéologie délétère qui se croit progressiste a passé une alliance objective avec l'islamisme le plus rétrograde dans la rue comme dans les médias.

 

Mais que l'on ne s'y trompe pas, et je l'ai répété maintes fois, la détestation de la France que nous aimons, de sa nation, de son État, de son passé est de la même farine et du même mauvais levain. Ses ennemis ne puisent pas leur haine, comme on est arrivé à le faire croire dans leur prétendue misère ou leurs improbables souffrances, mais dans la faiblesse d'une nation incertaine de sa légitimité. (…)

C’est vrai, ils pensent vaincre et subjuguer parce qu’ils sont la multitude.

Mais nous, nous sommes l’Humanité. »

 

C’est beau comme l’antique, mais ce ne serait pas très légèrement raciste, ça, de vouloir rejeter carrément cette multitude en dehors de l’Humanité, avec un grand H ?

Toujours aussi mesurés et humanistes, nos amis sionistes.

 

Bon, pour terminer sur une note plus frivole, et pour vous faire faire des affaires, je vous signale ce qui suit :

 

« 12 et 13 octobre 2010 : 7e vente annuelle France-Israël à Paris

 

« Des marques de prestige à tout petit prix »

 

Monsieur Claude Goasguen, député-maire du XVIème arrondissement et Vice-Président de France-Israël nous accueillera dans sa mairie

71 avenue Henri Martin 75116 Paris (Métro rue de la Pompe)

Mardi 12 Octobre 2010 de 10h à 20h

Mercredi 13 Octobre 2010 de 10h à 18h

 

VETEMENTS, LINGERIE ET CUIR :

Paul & Joe, Barbara Bui, Philippe Carat, Delphine Murat, Anne Fontaine, Paul Brial, Sinequanone, Antik Batik, Etoile du Monde, Apostrophes, Les Petites, Suzana, Axara, Gérard Darel, …

 

MAROQUINERIE :

Dior, Le Tanneur, Christian Lacroix, Carré Royal, Chloé, Victoria Couture, Ted Lapidus, Marion Godard, …

 

PARFUMS :

Guerlain, Lancôme, Cacharel, Diesel, Burberry, Kaloo, Revlon, Gatineau, Coty, Laboratoire Darphin, Yves Rocher, Sephora, Prada, Cerruti, Yves Saint Laurent, Marc Jacobs, Calvin Klein, Lancaster, Paul Smith, Ted Lapidus…

 

ACTION ANTI-BOYCOTT :

De nombreux articles en provenance d'Israël, dont des bonbons de SDEROT

 

ET AUSSI :

Du linge de maison, des bijoux, des accessoires de mode, des pulls cachemire, des lunettes Nina Ricci et Lanvin…..

Un stand de livres, des « Stands Gourmands », des chocolats, un salon de thé, une Pêche au Trésor …

Venez nombreuses et nombreux !

Paiement espèces, chèque ou carte bleue ».       

 

Vous ne direz pas que je ne m’occupe pas de vos intérêts … Et ils seront tellement heureux de vous voir !

 

10/09/2010

LOBBYS PRO-ISRAELIENS EN EUROPE - 1

 

1 - LES AMIS EUROPEENS D’ISRAEL – EUROPEAN FRIENDS OF ISRAEL

 

Le lobby Les Amis Européens d’Israël (AEI), plus connu sous son nom anglophone d’European Friends of Israel (EFI) a vu le jour en septembre 2006 à Bruxelles. Des centaines de politiciens européens et israéliens et de membres du Parlement européen l’ont porté en grande pompe sur les fonts baptismaux lors d’un prestigieux gala.

 

Son objectif avoué est de «  renforcer la compréhension mutuelle et les relations entre l’Europe et Israël dans un esprit de dialogue et d’ouverture. » En réalité, son activité consiste à suivre de près les activités des instances européennes afin de veiller à ce qu’elles soient conformes aux intérêts israéliens. Et surtout d’agir en amont afin que ces mêmes instances prennent les « bonnes » décisions en la matière.

 

Depuis sa création il y a quatre ans, on ne peut pas reprocher à l’AEI d’avoir chômé. Il a même manifesté une activité débordante. Aux frais de qui ? Mystère … mais j’ai bien une petite idée …

 

Rien qu’en 2007, l’organisation a conduit trois missions à haut niveau dans des Etats membres: Portugal en janvier, Espagne en février, Malte en mai. Histoire de réseauter au maximum et de susciter la création de groupes nationaux de parlementaires eux aussi « amis d’Israël ». Car en fait, l’idée a vite débordé du cadre strict du Parlement européen pour viser les parlements nationaux qui ne seraient pas encore suffisamment « amis d’Israël ». En mai de la même année, l’AEI a emmené ses ouailles en terre promise : 16 parlementaires européens de 11 pays membres ont pu rencontrer tous les dirigeants israéliens qu’ils ont voulu et se faire une idée parfaitement objective de la situation.

Sans parler des conférences, notamment une en mars 2007 appelant sans surprise aux « Sanctions économiques contre l’Iran ».

 

C’était un bon début mais en 2008, pour le 60e anniversaire de l’Etat d’Israël, l’AEI s’est surpassé, organisant différentes activités au Parlement européen : colloques, expositions, etc. Une activité qui a culminé les 6 et 7 novembre 2008, avec l’organisation d’une grande conférence réunissant des centaines de parlementaires de 42 pays européens et d’Israël. Ceci afin d’intensifier les relations entre l’UE et Israël et les faire passer à la vitesse supérieure.

 

L’AEI organise également chaque année un pèlerinage des parlementaires européens à Auschwitz le jour anniversaire de la libération du camp, fin janvier. Très important, ce pèlerinage, pour garder tout ce petit monde dans le droit chemin.

 

Cette année, le CRIF titrait d’ailleurs sans ambiguité : « Le CRIF et les Amis européens d’Israël : pour que l’Europe se souvienne d’Auschwitz. »

 

Oui, car les deux organisations avaient fait le voyage ensemble. On pouvait lire dans la newsletter du CRIF :

« Les Amis Européens d’Israël (European Friends of Israel ou EFI) et le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), ont organisé, les 26 et 27 janvier 2010, leur 3e mission annuelle à Auschwitz à l’occasion du 65ième anniversaire de la libération des camps de concentration et d’extermination.

 

Sous la bannière d’une « Europe unie dans la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme », plus de deux cent cinquante participants, dont une centaine de parlementaires et d’eurodéputés représentants trente-trois pays, ont participé à ce voyage de la mémoire dédié aux millions de victimes de la barbarie nazie.

 

Venus des quatre coins de l’Europe et d’Israël se recueillir sur les décombres de l’un des plus grands crimes de toute l’histoire de l’humanité, les parlementaires entendaient manifester leur fidélité au devoir de mémoire à l’heure où les témoins disparaissent peu à peu et où les discours de haine et de négation du génocide juif se propagent jusqu’au sommet de certains Etats.

 

Placé sous la houlette du Président d’EFI, l’eurodéputé suédois Gunnar Hökmark et du Président du CRIF, Richard Prasquier, ce voyage a débuté dans la matinée du 26 janvier par la visite de la vieille ville de Cracovie et de son ancien quartier juif de Kazimierz. (…)

 

Parmi ses principaux intervenants, l’on comptait de nombreux Présidents et Vice-présidents de parlements nationaux, dont Petra Pau (Allemagne), Jorge Fernandez Diaz (Espagne), Alexander Torshin (Russie), Per Westerberg (Suède), Rodoula Zissi (Grèce), Lászlo Mandur (Hongrie), Tsetska Tsacheva (Bulgarie),  Yuli Tamir (Israël)…

(…)  

La délégation française ne fut pas en reste. Le sénateur Simon Sutour (PS), actuel Vice-président de la commission des affaires européennes du Sénat a pris la parole lors d’un discours sans faux semblants. Le Sénateur du Gard a rappelé que « l’assassinat de plus de 6 millions de Juifs a été l’aboutissement de la négation des valeurs fondatrices de l’humanisme occidental » et qu’il était impératif de « … rappeler à l’Humanité l’impérieuse nécessité de rester vigilante et intransigeante face à la résurgence de l’antisémitisme et de toutes les formes de racisme ». Tout en tenant à préciser que « l’ami de l’Etat d’Israël qu’il est n’est pas toujours en accord avec la politique de son gouvernement », il a également dénoncé «… le retournement contre les Juifs de l’accusation de racisme et la  nazification du sionisme et de l’Etat d’Israël » qui constitue selon lui « …l’un des thèmes majeurs de la nouvelle haine anti-juive ».

 

Ce voyage de la mémoire fut une protestation silencieuse contre l’oubli. Il a permis aux leaders européens de mesurer combien il était difficile, voire impossible, de concevoir rationnellement l’anéantissement programmé de tout un peuple. Il leur a également donné l’occasion de réfléchir aux nouvelles formes de haines racistes et antisémites. Plus que jamais, ils se sont engagés à combattre ces fléaux en leur opposant la promotion du dialogue, de la tolérance, du débat d’idées et la connaissance de l’Histoire. Ils entendaient également réaffirmer leur amitié pour l’Etat d’Israël dont la vocation fut de redonner aux Juifs, parmi lesquels un grand nombre de rescapés de …. » Etc, etc.

 

Au hasard de ce texte, on apprend qu’un certain Gunnar Hökmark préside cette officine. Il s’agit d’un eurodéputé suédois du Parti modéré, qui préside aussi l’association d’amitié Israël-Suède. Et qui est aussi co-président de l’Institut européen des entreprises, ce qui peut toujours servir.

 

A part ça, difficile de savoir qui est membre de l’AEI. Curieusement, ces gens-là n’ont pas l’air d’avoir un site internet. J’en ai bien trouvé un, mais concernant Friends of Israel Initiative, qui me semble un cousin, mais n’est pas exactement la même chose. Ils n’ont pas l’air de rechercher la publicité. Sans doute préfèrent-ils opérer dans la coulisse, c’est plus efficace. Et puis, le contexte de l’opinion publique européenne n’est pas follement favorable en ce moment. Alors, attendons des jours meilleurs, doivent-ils se dire … et restons bien à l’abri de nos murailles bruxelloises si protectrices. Pour le moment.