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05/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (9)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

MEIR HENOCH MOJSZEWICZ WALLACH-FINKELSTEIN, dit MAXIM LITVINOV

1cf47423f78f753fce4515f0d26ef347.jpgIl naît en 1876 dans une famille de banquiers juifs à Bialystok, dans le nord de la Pologne.

Il rejoint, dès sa création en 1898, le parti « socialiste révolutionnaire » de Russie - qui se scindera ensuite en deux factions, les bolcheviks et les mencheviks – et commence sa carrière d’agitateur en faisant de la propagande en Ukraine.

Après certaines péripéties (on s’échappait plus facilement des prisons du tsar que plus tard du goulag), il s’exile en Suisse et y travaille au journal révolutionnaire Iskra (L’Etincelle). De 1906 à 1916, il vit à Londres où il déploie une grande activité comme secrétaire du groupe bolchevique de la capitale britannique. Il y rencontre l’amour sous les traits d’Ivy Lowe, fille d’une grande famille juive d’Angleterre émigrée de Hongrie à la suite de l’échec de la révolution de 1848. Eh oui, les révolutions, ça ne marche pas à tous les coups …

Cette expérience anglaise lui sera en tout cas profitable car la révolution d’octobre à peine achevée, Lénine lui confie la tâche de représenter les soviets en Angleterre. Il sera cependant arrêté par les autorités britanniques en 1918 et gardé en otage afin de servir d’échange avec Robert Lockhart, agent secret accusé par les bolcheviks de complot contre l’Etat. [Ouvrons ici une parenthèse pour signaler que ce personnage, né en 1887 et mort en 1970, eut une vie étonnante qui mérite vraiment d’être connue. Ecossais pur sucre, il clamait notamment à qui voulait l’entendre sa fierté de n’avoir aucune goutte de sang anglais dans les veines : « There is no drop of English blood in my veins ». Cela ne vous rappelle rien ?]

Ce regrettable incident vite oublié, Litvinov entame une grande carrière de diplomate. Vice-commissaire du peuple aux affaires étrangères, il sera le principal représentant des soviets en Europe occidentale, persuadant notamment les Britanniques de mettre fin au blocus contre le gouvernement bolchevique et négociant un certain nombre d’accords commerciaux avec les pays européens.

Egalement fort actif dans son pays, c’est lui qui en 1929 conclura le Litvinov’s Pact, accord de non-belligérance entre Union soviétique, Pologne, Roumanie, Lettonie et Estonie.

Son antisémitisme supposé n’empêchera pas Staline de le nommer commissaire du peuple aux affaires étrangères en 1930. A ce titre, il parviendra en 1933 à persuader les Etats-Unis de Franklin Roosevelt de reconnaître officiellement le gouvernement des soviets.

C’est cette année-là que se déroule, essentiellement en Ukraine, l’horrible tragédie aujourd’hui appelée Holodomor. Entre 1932 et 1933, six millions de personnes au bas mot, dont deux millions d’enfants, seront victimes de cette famine sciemment organisée par le pouvoir pour briser la résistance des masses paysannes. Maxim Litvinov est parfaitement au courant de ce gigantesque crime contre l’humanité. Il est interviewé à ce propos à Moscou par Gareth Jones, le journaliste qui révélera ce forfait au monde occidental. Comme souvent en pareil cas, des intérêts bien plus puissants vont se dresser contre une vérité dérangeante et les révélations de Gareth Jones seront fort mal reçues, y compris par la presse occidentale et américaine. Maxim Litvinov en particulier adressera une lettre personnelle à Lloyd George pour l’informer qu’en raison de ses allégations, M. Jones est désormais indésirable dans le paradis soviétique.

Litvinov représentera ensuite son pays – qu’il avait réussi à y faire admettre - à la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, de 1934 à 1938. Il sera encore présent lors des Accords de Munich en septembre 1938, mais plus à la signature du pacte germano-soviétique de mai 1939. En raison de ses origines juives, Staline le remplacera pour ces négociations par Molotov, qui devient le nouveau ministre des affaires étrangères.

Il n’est cependant pas en disgrâce auprès du tout-puissant maître du Kremlin qui lui octroie un poste de vice-commissaire du peuple et le nomme ambassadeur aux Etats-Unis en 1941, fonction qu’il occupera jusqu’en 1943.

Au terme d’une carrière bien remplie et n’ayant finalement pas trop souffert de l’antisémitisme, Litvinov mourra dans son lit – une rareté – le 31 décembre 1951.

03/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (8)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

KAROL SOBELSOHN dit KARL RADEK

be307f681384fbf1afd5182dfa528f88.jpgIl naît en en 1885 dans une famille juive de Galicie polonaise et milite très jeune à l’Université dans les rangs de la gauche (même remarque que précédemment). Il participe à la révolution de 1905 à Varsovie.

Il émigre ensuite en Suisse, véritable terre promise des révolutionnaires, où il se lie avec Lénine, Trotsky, Zinoviev. Pendant la 1ère guerre mondiale, agissant en qualité d’intermédiaire entre Lénine et les Allemands,  il mènera, avec deux coreligionnaires, Alexander Parvus et Yakov Ganetsky, des négociations secrètes avec les autorités militaires allemandes en vue d’un soutien financier aux bolcheviks. Cette opération prendra le nom de Copenhagen operation.

Il rentre en Russie en 1917 avec ses petits camarades dans le fameux train. Après la révolution d’octobre, il devient vice-commissaire à la propagande. Chargé de la « politique étrangère », c’est lui qui a la lourde tâche de soutenir et d’accompagner tous les mouvements révolutionnaires qui vont désormais éclater un peu partout. Ce qui ne l’empêchera pas de faire partie également de la délégation bolchevique à Brest-Litovsk, en juillet 1918.

C’est l’Allemagne qui sera l’objet prioritaire de ses soins. Il y vivra de 1918 à 1920 et contribuera à la fondation du parti communiste allemand, présidé par Paul Lévi. Hélas pour lui, la révolution ne se déroule pas comme prévu. Elle échoue et Karl Radek rentre en Russie où il devient l’un des dirigeants de l’Internationale communiste, le Komintern.

Cette défaite est considérée comme sa défaite. Désormais, son influence ne sera plus la même. En tant que trotskiste, faisant partie de l’ « opposition » à Staline, il connaîtra en prime les mêmes revers que les autres. Il est éjecté du Comité central du Parti en 1924. Lui est cependant confiée la formation des cadres de la révolution chinoise à l’Université Sun Yat-Sen de Moscou, dont il devient le recteur de 1925 à 1927. Il « formera » notamment Deng Xiaoping.

Il est expulsé du Parti en 1927 et se retrouve en Sibérie comme un vulgaire contre-révolutionnaire. Après deux ans de ce régime, il capitule misérablement et fait son entière  soumission à Staline. Il est réadmis dans le Parti en 1930, ayant accepté d’être humilié, sali et ayant dûment calomnié ses amis de la veille.

Devenu le chantre du stalinisme, il dirige de 1932 à 1934 un « Bureau d’information pour les questions internationales » directement sous la coupe du dictateur et chargé spécifiquement de la lutte « antifasciste ». Il participe même à la rédaction de la Constitution soviétique de 1936.

Mais la fin est proche. Devenu lui aussi inutile, autocritique et dénonciations de ses anciens amis ne le sauveront plus. Il fait partie des accusés du 2e procès de Moscou, en 1937, sous l’inculpation de trahison.

Condamné comme les autres à 10 ans de goulag, il y meurt deux ans plus tard, en 1939, dans des circonstances non encore véritablement élucidées. Mais pas de vieillesse, en tout cas.

01/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (7)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

GRIGORY GIRSH YANKELEVICH BRILLIANT dit SOKOLNIKOV

d3bbdba0f916b76a3bccd15638308a44.jpgIl naît dans une famille juive d’Ukraine en 1888 et rejoint les bolcheviques dès 1905, à l’âge de 17 ans. Il partira ensuite pour la France et fera ses études à la Sorbonne dont il sortira diplômé en droit et en économie. Ce qui m’amène à faire la même réflexion que précédemment, pour Ouritsky. Même juif, dans l’empire tsariste, on pouvait donc voyager et apparemment avoir les moyens de faire ses études à l’étranger. Etonnant pour un pays aussi furieusement antisémite…

Bref, il rentre en Russie avec Lénine en 1917, dans le fameux train qui amènera tous les bacilles de la peste à pied d’œuvre. Il est élu membre du Comité central du Parti, puis du Politburo dès sa création.

Preuve de son importance au sein de l’appareil révolutionnaire, c’est lui qui signe pour la toute nouvelle république bolchevique le traité de Brest-Litovsk, mettant fin à la guerre contre l’Allemagne, en mars1918.

A partir de la mi-1918, on le retrouve dans plusieurs conseils militaires révolutionnaires de divers régiments de l’Armée rouge, où il sera distingué par Trotsky. Il partira ensuite en mission au Turkestan, vaste région d’Asie centrale où il est chargé d’installer durablement le nouveau pouvoir. De fait, le Turkestan ne tardera pas à devenir l’une des républiques d’URSS.

De retour à Moscou en 1921, Lénine lui confie le poste sensible s’il en est, de commissaire du peuple aux finances, qu’il occupera jusqu’en 1926. C’est lui qui sera chargé de la difficile restructuration des systèmes financier, fiscal, etc, dans le contexte de la NEP, nouvelle politique économique décidée par le pouvoir. Il pourra donc utilement se servir de ses diplômes acquis à la Sorbonne. C’était déjà lui d’ailleurs, qui dès la révolution d’octobre, avait dirigé la nationalisation des banques.

En 1918, il avait écrit dans la Pravda un article intitulé Mauvaises finances, bonne révolution, dans lequel il soutenait que l’ordre ancien devait être balayé et que le chaos financier aiderait à cimenter la révolution. A présent, victorieux, il ne tarde pas à se rendre compte que de mauvaises finances font en réalité une bien mauvaise révolution.

C’est une fuite en avant qui commence, les bolcheviques imprimant pour donner le change des tonnes de roubles à tour de bras. En 1922, Sokolnikov informe le 10e Congrès des soviets que l’Etat n’a quasiment aucun revenu et que 98% de ce qui est dépensé a été imprimé en monnaie « fictive », sans aucune contrepartie économique.

Après la mort de Lénine, il est entraîné comme les autres dans de sombres luttes de pouvoir. Staline s’empressera de l’éloigner et lui confiera à cet effet la fonction d’ambassadeur des soviets à Londres, en 1929. Il sera ensuite rappelé au pays et, son étoile définitivement pâlie, fera partie de la charrette du 2e procès de Moscou, en 1937. Accusé de conspiration contre Staline, il est condamné à 10 ans d’emprisonnement.

Mais il ne les fera pas car il est assassiné par le NKVD dans sa prison, en mai 1939.

30/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (6)

MOISSEI OURITSKY

Voilà encore un révolutionnaire qui promettait beaucoup, avant que sa carrière ne soit prématurément interrompue alors qu’il oeuvrait pourtant à l’édification d’un monde meilleur.

Moïssei Ouritsky naît en 1873 dans une famille juive d’Ukraine et fait ses études à l’Université de Kiev dont il sort diplômé en 1897. Ce qui prouve, au passage, que dans cet empire tsariste si follement antisémite, on pouvait, même juif, faire des études normales à l’université.

Et même voyager, puisqu’il se rend au Congrès socialiste de Londres en 1903 et collabore, de Scandinavie, au quotidien socialiste internationaliste Naché Slovo (Notre parole), publié à Paris. Il est alors menchevik.

En 1917, on le retrouve en Russie où il rallie les bolcheviks et se fait élire au Comité central du Parti en juillet. A ce titre, il participe activement, avec Trotsky, à la révolution d’octobre.

Dès décembre 1917 est créée la Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage, plus connue sous le doux nom de tchéka. La police secrète bolchevique va désormais faire régner la terreur et accumuler les crimes, reléguant les activités de l’okhrana, l’ancienne police secrète tsariste, au rang d’aimables divertissements.

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Ouritsky devient le chef de la tchéka de Petrograd (Saint-Pétersbourg), mais hélas - pour lui - il se fait assassiner le 30 août 1918 par un coreligionnaire, l’étudiant socialiste-révolutionnaire Leonid Kannegisser, désireux de venger l’exécution d’un ami. Il n’aura de ce fait pas eu le temps de démontrer l’étendue de ses talents.

Il se trouve que le même jour, un attentat sera dirigé contre Lénine. Les deux agressions ne sont pas liées, mais elles serviront néanmoins de point de départ à la Terreur rouge.

Dès le lendemain, 31 août 1918, on pourra lire dans la Pravda ce véritable appel au meurtre: « Travailleurs, le temps est venu pour nous d’anéantir la bourgeoisie, sinon vous serez anéantis par elle. Les villes doivent être implacablement nettoyées de toute la putréfaction bourgeoise. (…) L’hymne de la classe ouvrière sera un chant de haine et de vengeance ».

Un décret du 5 septembre « légalise » le déferlement de haine, de violence et de meurtres qui va désormais s’abattre sur tous les « contre-révolutionnaires ». Ce qui est alors projeté, et mis en chantier, c’est l’extermination pure et simple de certaines classes de la société, déclarées indignes de vivre. Des milliers, voire des dizaines de milliers, de victimes périront durant le seul automne sanglant de 1918.

(plus haut : emblème de la tchéka : épée et bouclier)

25/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (5)

IAKOV SOLOMON, dit SVERDLOV

d8aba1d1e11ce864ac5959a501b45890.jpgIl naît dans une famille juive à Nijni-Novgorod en 1885. Sa carrière d’agitateur, comme celle de ses collègues, débute très tôt et il participe à la révolution de 1905 dans les rangs bolcheviques. Durant les années qui suivent, il fait l’un ou l’autre séjour en Sibérie d’où il est libéré à la révolution de février 1917.

Proche de Lénine, et bon organisateur, il fait partie du Comité militaire révolutionnaire qui met sur pied l’insurrection armée d’octobre qui donnera le coup d’envoi à la révolution. Il est également membre du Comité central du Parti.

Dès novembre 1917, il devient même président de ce Comité exécutif central, soit l’équivalent de chef de l’Etat.

C’est dans cette fonction qu’il produira son coup d’éclat. C’est en effet sur son ordre que sera assassiné, sans jugement, le tsar Nicolas II à Iekaterinbourg, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette tuerie, qui devait du passé faire table rase, sera perpétrée par la tchéka locale sous les ordres de Iakov Iourovski, lui-même né dans une famille juive orthodoxe. Onze personnes trouveront la mort: le couple impérial, ses cinq enfants et des membres de leur personnel.

L’avancée des forces contre-révolutionnaires avait fait redouter aux bolcheviques une éventuelle libération du tsar et Iourovski avait reçu de Moscou le message suivant : « Informé de la menace que font peser les bandits tchécoslovaques sur la rouge capitale de l’Oural et prenant en considération le fait que le bourreau couronné, en se dissimulant, pourrait échapper à la sentence du peuple, le Comité exécutif, exécutant la volonté du peuple, a décidé de fusiller le ci devant tsar Nicolas Romanov, coupable d'innombrables crimes sanglants. »

Pour honorer sa mémoire, et commémorer ce haut fait, la ville de Iekaterinbourg porta le nom de Sverdlovsk jusqu’en 1991, date à laquelle elle reprit son ancienne dénomination.

Sverdlov ne survivra pas longtemps à ses victimes – et cette fois Staline n’y sera pour rien - car l’année suivante, en 1919, parcourant le pays durant la guerre civile, il est victime d’une épidémie de grippe espagnole et meurt dans la ville russe d’Oryol.

L’un de ses frères, Zinovi Pechkoff, eut plus de chance que lui et mourut tranquillement à Paris en 1966. La vie de ce personnage est un vrai roman. Né en 1884, il sera le protégé de Maxime Gorki, puis voyagera de par le monde, connaissant maintes aventures et s’engagera même dans la Légion étrangère. Il sera toujours hostile aux bolcheviques. Naturalisé Français, il deviendra diplomate, général et finira gaulliste convaincu. Il sera, entre autres, notre ambassadeur au Japon de 1946 à 1950. En 1952, le gouvernement le fait Grand Croix de la Légion d'Honneur, distinction qui touche au plus profond de lui-même le jeune voyou de Nijni-Novgorod qu’il fut jadis.

Il aura, à cette occasion, ces mots superbes : "Je savais bien que je serais tellement ému que je ne pourrais pas dire ce que je voudrais à cette occasion, tant je suis confus vis-à-vis de moi-même de recevoir cette suprême distinction. D'autres disent : récompense. La France n'a pas à me récompenser. C'est moi qui ne sais pas comment m'acquitter de toute sa bonté, de toute son indulgence pour mes très modestes services. C'est moi qui dois tout à la France. La France m'a adopté parmi ses fils, la France m'a permis de vivre utilement ma vie. La France m'a inspiré et donné ce grand bonheur, le grand honneur de Servir. Et celui qui sert la France sert en même temps tout ce qu'il y a de juste, tout ce qu'il y a de grand. La France donne à celui qui la sert la certitude de la clarté."

Nous étions en 1952. Autant dire sur une autre planète.

24/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (4)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

GRIGORY APFELBAUM, dit ZINOVIEV

4081f84d8973765a3f41205b8befadac.jpgCe bolchevique de la toute première heure – il est membre de la faction dès sa création en 1903 – est né dans une famille juive de Yelizavetgrad, en Ukraine. Cette ville connaîtra la gloire de se dénommer Zinovyevsk de 1923 à 1935. Après, évidemment, les malheurs survenus à son illustre parrain la feront retomber de son piédestal. Mais n’anticipons pas.

Zinoviev est très proche de Lénine durant toutes les années qui précèdent 1917. Il se trouve, comme lui, en Suisse lorsque les troubles éclatent et il fera partie du célèbre voyage en train qui ramène les bacilles de la peste dans ce que je n’ose appeler la mère patrie, en avril 1917.

En octobre, Zinoviev (ainsi que Kamenev) va s’opposer à Lénine à propos de la marche à suivre pour s’emparer du pouvoir. Cela nuira à son avancement et Trotsky devient le n°2 du régime. Homme ambitieux, Zinoviev fera tout dès lors, de 1918 à 1925, pour miner la position de son rival.

Mais la révolution a besoin de toutes les énergies pour combattre les « ennemis du peuple » et dès 1918, Zinoviev redevient membre du Comité central du Parti, puis membre du Politburo en 1919. Cette même année, est créée l’Internationale communiste, le Komintern, dont il assure la présidence. C’est lui qui aura désormais la lourde tâche de répandre les bienfaits de la révolution bolchevique sur la terre entière.

Il est par ailleurs « gouverneur » de la région de Petrograd. C’est à ce titre qu’il reçoit, en juin 1918, cette missive de Lénine : « Camarade Zinoviev ! Nous venons juste d’apprendre que les ouvriers de Petrograd souhaitaient répondre par la terreur de masse au meurtre du camarade Volodarski et que vous (pas vous personnellement, mais les membres du comité du Parti de Petrograd) les avez freinés. Je proteste énergiquement ! Nous nous compromettons : nous prônons la terreur de masse dans les résolutions du soviet, mais quand il s’agit d’agir, nous faisons obstruction à l’initiative absolument correcte des masses. C’est i-nad-mis-sible ! Les terroristes vont nous considérer comme des chiffes molles. L’heure est ultra-martiale. Il est indispensable d’encourager l’énergie et le caractère de masse de la terreur dirigée contre les contre-révolutionnaires, spécialement à Petrograd, dont l’exemple est décisif. Salutations. Lénine ».

Le « pas vous personnellement » ne devait pas être une formule de politesse car en septembre de la même année, Zinoviev clamait sans détours : « Pour défaire nos ennemis, nous devons avoir notre propre terreur socialiste. Nous devons entraîner à nos côtés disons quatre-vingt-dix des cent millions d’habitants de la Russie soviétique. Quant aux autres, nous n’avons rien à leur dire. Ils doivent être anéantis ».

Ce qui faisait déjà dix millions d’êtres humains passés sans états d’âme dans les pertes et profits. Mais finalement, nos révolutionnaires assoiffés de justice sociale et de paix universelle firent beaucoup mieux que ça.

Durant la maladie de Lénine, de 1922 à 1924, Zinoviev sera l’une des figures les plus puissantes du régime. Il fera partie de la troïka au pouvoir avec Staline et Kamenev, contre Trotsky. Ce bel équilibre ne dure cependant pas et dès 1926, les ennuis pleuvent sur lui. S’étant imprudemment opposé à Staline, et rapproché de Trotsky, il est expulsé du Politburo en 1926, puis du Komintern, puis du Comité central.

A partir de ce moment-là, il suivra très exactement le même parcours que Kamenev, auquel je vous renvoie (n°3 de la série) : éjecté du Parti, puis réintégré après autocritique. Puis éjecté à nouveau, puis réintégré une fois de plus. Jusqu’au procès de Moscou où ce compagnon de la première heure de Lénine, désormais inutile, sera condamné. Il est exécuté en même temps que Kamenev et d’autres en août 1936.

22/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (3)

Un correspondant m’a fait observer qu’en m’embarquant dans cette série, je n’étais pas sortie de l’auberge ! C’est profondément vrai. Je profite donc de l’occasion pour rappeler que je me propose juste de faire un tour d’horizon succinct de divers acteurs de la révolution bolchevique, ayant tous un point commun. Succinct, car je ne suis pas historienne et je ne prétends évidemment pas à l’exhaustivité. Sans compter le temps que cela prend, comme vous pouvez vous en douter. Ce sera un petit jeu entre nous, si vous trouvez des infos intéressantes – et dûment vérifiées – faites-en profiter les autres. Ca complétera le tableau.

Je rappelle aussi que tous les hommes, ou femmes, dont il sera ici question, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Tous les malheurs qui ont pu leur arriver par la suite furent occasionnés, non par une dénonciation de ses crimes, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

LEV BORISSOVITCH ROSENFELD, dit KAMENEV

9cf061729723724fc2a49631d88b2a5c.jpgEncore un révolutionnaire de la première heure - ayant participé à celle de 1905 – qui naît à Moscou en 1883. Proche de Lénine qu’il suivra dans ses pérégrinations d’exilé, il est également le beau-frère de Trotsky, dont il épouse la sœur en premières noces : Olga Bronstein, révolutionnaire elle-même, plus tard membre actif, et influent, du parti. Nous restons donc strictement en famille.

Les années fastes de Kamenev se situent de 1917 à 1925. Les choses vont très nettement se gâter pour lui par la suite.

Dès la réussite de la révolution d’octobre, il est membre du Comité exécutif central du parti, dont il sera élu président en 1918. Il participe à la fondation du Bureau politique, ou Politburo, organe important s’il en est, qu’il présidera en 1923-24, durant la maladie de Lénine.

Il joue d’abord Staline contre Trotsky puisque de 1922 à 1925, il participe à la troïka Zinoviev/Staline/Kamenev, qui s’oppose à Trotsky et parviendra à le marginaliser. En 1925, ce dernier sera contraint sous la pression de ses adversaires de démissionner de sa fonction de commissaire à la guerre, où il avait pourtant fait preuve d’un zèle remarquable.

Un peu plus tard, revirement : avec Trotsky et Zinoviev, il s’oppose cette fois à Staline dont tous critiquaient notamment… la tendance à la bureaucratie. C’est le vrai début de ses malheurs car il est exclu, comme Trotsky et d’autres, du parti en 1927. Mais il fait amende honorable sous forme d’autocritique et il est réintégré en 1928. En 1932, il est exclu à nouveau, puis encore une fois réintégré après une nouvelle autoflagellation publique. Staline, qui devait s’ennuyer, aimait bien jouer comme ça au chat et à la souris.

En 1935, le jeu n’était plus tellement drôle, Kamenev est arrêté et condamné à 10 ans de prison pour conspiration contre le dictateur. Lors des procès de Moscou, l’année suivante, en 1936, il sera rejugé pour trahison envers l’Etat. Cette fois sera la bonne : il est exécuté à Moscou en août 1936. Pour faire bonne mesure, Staline fera également tuer ses deux fils et leur mère, sa première épouse, la sœur de Trotsky.

Pour finir en chanson cette sombre histoire, voici quelques paroles extraites de la chanson de Gainsbourg , Juif et Dieu :

Grigori Ievseîetch Apfelbaum dit Zinoviev
Lev Borissovitch Rosenfeld dit Kamenev
Lev Davidovitch Bronstein dit Trotsky
Dieu est Juif
Juif et Dieu

20/10/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (2)

LEV BRONSTEIN, dit TROTSKY

b2ac7527315110cca7907ef71a9907b0.jpgIl n’y a guère qu’en France - faut-il s'en étonner? - que Trotsky continue encore à jouir d’un prestige et d’un notoriété intacts. Son fan club, qui s’est enrichi dans les années 60-70 de nombreux juifs et intellectuels, a même réussi le tour de force – avec l’aide complaisante des médias – à imposer une vision positive du personnage, occultant soigneusement quelques légères « ombres » de sa biographie. Celles-là même que nous allons relever, dans un souci d’exactitude.

Lev Davidovitch Bronstein naît en 1879 en Ukraine dans une famille de commerçants juifs. Il entre en révolution comme d’autres entrent dans les ordres, très tôt. Il participe à la révolution de 1905 et dès cette époque invente avec un coreligionnaire, Alexander Helphand, dit Parvus, le concept de « révolution permanente ».

Après bien des péripéties au cours desquelles il adopte son nom « de guerre », Trotsky, on le retrouve à New York en 1916, où il nouera de très fructueux contacts. Autre bacille de la peste, il rentre en Russie en 1917 et participe activement avec Lénine au coup de force des bolcheviques qui les portera au pouvoir.

Dès lors, il aura l’occasion de déployer tous ses talents en tant que commissaire de la guerre de 1918 à 1925, lui qui déclarait en décembre 1917 : « Dans moins d’un mois, la terreur va prendre des formes très violentes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de la grande révolution française. Ce ne sera plus seulement la prison, mais la guillotine, cette remarquable invention de la grande révolution française, qui a pour avantage reconnu celui de raccourcir un homme d’une tête, qui sera prête pour nos ennemis ».

Il ne se vantait pas car les bolcheviques ne vont lésiner sur aucun moyen criminel pour faire triompher la société « plus juste et plus humaine » qu’ils envisageaient pour la planète entière. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, n’est-ce pas ? Comme le disait justement Trotsky, au temps de la terreur rouge dont il fut un acteur efficace :  « On peut et on doit faire comprendre qu’en temps de guerre civile nous exterminerons les gardes blancs afin qu’ils n’exterminent pas les travailleurs. Dès lors, notre but n’est pas de supprimer des vies humaines, mais bien de les préserver. (…) L’ennemi doit être mis dans l’impossibilité de nuire, ce qui, en temps de guerre, ne peut se traduire que par sa suppression ».

De proche en proche, et d’ennemis en contre-révolutionnaires, ce sont des pans entiers de la société qui vont y passer. Toujours pour la bonne cause, évidemment.

C’est dans ce louable but d’assainissement que Trotsky présidera, avec Lénine, à l’ouverture des camps de concentration, un peu partout dans le pays, dès août 1918. Tous les « éléments douteux » y seront internés à tour de bras, sans le moindre jugement, est-il besoin de le préciser.

Il créera l’Armée rouge, dont il sera le chef incontesté durant toutes ces années. Cet instrument essentiel de la dictature bolchevique fera régner la terreur, surtout parmi les masses paysannes qui seront matées par le « balai de fer » employé par Trotsky notamment pour le  nettoyage de l’Ukraine.

C’est lui également qui noiera la révolte de Cronstadt, en 1921, dans le sang. Les marins de cette base navale, autrefois qualifiés par le même personnage de «valeur et gloire de la Russie révolutionnaire » furent à l’origine d’une révolte de la population due à l’insupportable misère qui régnait. Tous demandaient que le carcan de fer qui enserrait le pays se desserre quelque peu. La seule réponse de Trotsky, et des bolcheviques, fut une répression sanglante qui fit des morts par milliers.

Voilà déjà quelques années – de 1918 à 1925 – bien employées. Celui qui avait écrit, en 1920, Terrorisme et communisme, s’opposera ensuite à Staline et sera exclu du parti en 1927, puis expulsé d’URSS en 1929. Commencera alors une longue errance qui s’achèvera en 1940, au Mexique, sous un coup de piolet administré  par un agent de Staline.

Et la légende dorée pourra commencer.