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23/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (17)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

YAKOV BLUMKIN

8e4ae967a7ec0731f052305d903c4991.jpgWikipédia (anglais) nous informe derechef qu’il était : révolutionnaire, assassin, bolchevique, agent de la tchéka, espion de la Guépéou, trotskiste et aventurier. Reconnaissez qu’il s’agit là d’une carte de visite peu banale, surtout si l’on songe qu’il est mort à 31 ans. Et même s’il est vrai que le personnage n’était pas des plus sympathiques, force est de reconnaître qu’il n’avait pas froid aux yeux.

Mais n’anticipons pas.

Yakov Blumkin naît en 1898 dans une famille juive d’Ukraine et comme la valeur n’attend pas le nombre des années, s’engage dès ses 16 printemps dans les rangs du parti révolutionnaire-socialiste (ou vice-versa, mais ça revient au même). Après la révolution d’octobre – il n’a guère que 19 ans - il devient le chef du service contre-espionnage de la tchéka, travaillant sous les ordres de Félix Dzerzhinsky. Durant la terreur rouge, il sera connu pour sa brutalité.

Wikipédia nous rapporte également une information qui en dit long sur les méthodes alors employées pour envoyer à la mort à peu près n’importe qui pour n’importe quoi. Ce n’est pas une histoire juive, bien que strictement tous les protagonistes le soient. L’écrivain Isaiah Berlin raconte cette histoire survenue au poète Osip Mandelstam :

« Un soir, peu après la révolution, il était assis dans un café où se trouvait le terroriste révolutionnaire bien connu Blumkin…qui était à l’époque un officiel de la tchéka…en train d’écrire d’un air aviné les noms des hommes et des femmes à exécuter sur des formulaires vierges déjà signés par le chef de la police secrète. Mandelstam surgit brusquement devant lui, saisit les listes, les déchira en morceaux devant les spectateurs stupéfaits, puis disparut en courant. A cette occasion, il fut sauvé par la sœur de Trotsky » (qui était, comme nous le savons, l’épouse de Lev Rosenfeld, dit Kamenev).

Blumkin, qui était resté membre du parti révolutionnaire-socialiste (opposé au traité de Brest-Litovsk), fut chargé par le comité exécutif d’assassiner Wilhelm Mirbach, l’ambassadeur allemand en Russie, afin d’inciter à une guerre contre l’Allemagne. Il exécuta son contrat le 6 juillet 1918, ce qui provoqua une insurrection armée à Moscou, vite calmée par les bolcheviques. Qui en profitèrent pour se débarrasser de ce parti encombrant. Son coup fait et devant la tournure des événements, Blumkin disparut dans la nature.

Dzerzhinsky, le chef de la tchéka, va cependant pardonner à cette tête brûlée, mais efficace. Au printemps de 1920, Blumkin est envoyé dans la province de Gilan en Iran, près de la mer Caspienne, où Mirza Koochak Khan avait établi une « république soviétique socialiste perse » à l’existence plutôt brève. Attention, ça devient très compliqué, mais je vais simplifier. A peine arrivé, le 30 mai, Blumkin fomente un coup d’état et met en place une équipe locale dominée par les communistes.

Il était donc inutile qu’il s’attarde. En août 1920, le revoilà à Petrograd pour une nouvelle mission. Cette fois, il doit veiller à la sécurité du train blindé qui emmène Zinoviev, Radek, Béla Kun et le journaliste communiste John Silas Reed au Congrès des nationalités opprimées (si, si ...) qui a lieu à Bakou, en Azerbaïdjan. Pour cela, ils doivent traverser des zones où la guerre civile fait rage, d’où le blindage du train. A Bakou sera plébiscitée la proposition de Zinoviev, alors chef du Komintern, d’appuyer, et d’inciter si nécessaire, les révoltes des populations du Moyen-Orient contre les Anglais.

De retour à Moscou, il se lie avec Trotsky et, durant deux ans, lui servira de documentaliste et de secrétaire pour son livre qui paraîtra en 1923, Ecrits militaires. Il rejoint ensuite la Guépéou nouvellement créée à la suite de la tchéka, toujours au rayon espionnage.

On glose souvent sur les manies « ésotériques » de Hitler et les expéditions lointaines qu’il aurait commanditées. Eh bien, il n’était en tout cas pas le seul car dès les années 20, les bolcheviques financèrent plusieurs expéditions au Tibet dans l’idée de découvrir la mythique cité de Shambala dont les habitants étaient réputés communiquer par télépathie. En 1926 et en 1928, deux expéditions menées par le théosophe russe Nicholas Roerich visitèrent bel et bien Lhassa. Blumkin accompagna les deux voyages en tant qu’ « agent spécial », déguisé à l’occasion en lama ou en mongol.

En 1929, il est en Turquie où il met en vente des incunables hébreux provenant de la Bibliothèque Lénine de Moscou afin de financer un réseau d’espionnage sur le Moyen-Orient. Il y rencontre Trotsky qui s’y trouvait après sa récente expulsion d’URSS et ça va être le début de ses malheurs, que je vais également abréger, car c’est une très sombre histoire.

Trotsky lui communique un message secret à transmettre à Radek. Cela va hélas se savoir (comment ? nul ne le sait) et entraîner l’ire de Staline. Entre en scène à ce moment-là une connaissance, Trilisser, chef des services secrets, qui pour faire tomber Blumkin, choisit la méthode la plus simple (et la plus agréable) : une belle espionne soviétique chargée de le faire parler. Elle s’appelait Lisa Gorskaya, alias Elizabeth Zubilin et sa carrière n’est pas triste non plus. Nous y reviendrons.

En attendant, Blumkin se fait avoir comme un bleu. Dans le courant de l'année, il est arrêté pour trahison et traduit devant un tribunal de la Guépéou présidé par Iagoda. C’est finalement Staline qui décidera de la peine de mort. Il paraît que devant le peloton d’exécution, il cria ces derniers mots : Longue vie à Trotsky !

D’une certaine manière, il a été exaucé.

17/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (16)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

SERGEY SPIGELGLAS

Il ne fera qu’un passage éclair à la tête de l’INO, de février à novembre 1938, mais sa carrière n’est pas inintéressante, loin de là. Il naît en 1897 dans une famille juive de Bélarus et fera son droit à l’Université de Moscou. Mais sa vocation est ailleurs.

Après la révolution d’octobre, il rejoint la tchéka où, en raison de ses compétences linguistiques étendues, on l’affecte au département « étranger ». En 1926, il se trouve en Mongolie, engagé dans des opérations secrètes contre la Chine et le Japon.

En 1930 : changement de décor. Il est à Paris, en tant que chef clandestin de la  Guépéou. [Tiens, la LICRA venait tout juste d’être créée, à Paris aussi, par des admirateurs de la « grande annonciation ». Tout ce petit monde ne devait pas manquer de sujets de conversation …] Comme couverture, il ouvre une poissonnerie de luxe près du boulevard Montmartre. Spécialité : les langoustes. Mais c’est dans d’autres eaux qu’il va pêcher, du côté des émigrés russes blancs et des trotskystes, une obsession de Staline. Il infiltrera ces milieux en y plaçant des agents à lui.

Puis il rentre à Moscou pour y former les cadres de l’espionnage et devient l’adjoint d’Abram Slutsky. Il est particulièrement en charge de la liternoye, ou opérations de liquidation. Il organisera l’assassinat du nationaliste ukrainien Yevhen Konovalets à Rotterdam en mai 1938, ainsi que les opérations Ignace Reiss et Evgenii Miller, dont nous avons parlé hier.

Il est également fortement suspecté d’avoir fait assassiner en France en 1937 Georges Agabekov, ex-agent du NKVD ayant fait défection par amour pour une Anglaise et en 1938, toujours en France, le trotskyste Rudolf Klement.

Lorsque son chef direct, Abram Slutsky, meurt empoisonné en février 1938, c’est lui qui le remplace à la tête de l’INO. Mais il ne restera pas longtemps à ce poste qui était un vrai siège éjectable. Le nouveau chef du NKVD, Lavrenti Beria, le fait arrêter en novembre 1938. Il devenait un témoin gênant de trop de crimes.

Il est emprisonné, torturé pour lui arracher une fausse confession. Il déclarera notamment dans cette confession que Lev Sedov, le fils de Trotsky, était mort de mort naturelle et non assassiné par des agents de Staline. Après un simulacre de procès, il est exécuté en janvier 1941.

Franchement, je me demande comment il pouvait encore y avoir des candidats à ce poste …. Et pourtant, il y en eut. Encore et encore.

 

Je m’absente pour trois jours. A mercredi …

16/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (15)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

ABRAM ARONOVICH SLUTSKY

febdba84d908dafab82a5a759e3cc95b.jpgCe (futur) chef des services secrets naît en 1898 dans une famille juive d’Ukraine. Il rejoint les bolcheviques dès 1917, à l’âge de dix-neuf ans. Durant la guerre civile, il combat dans l’Armée Rouge puis il intègre la Guépéou, où, nous dit Wikipédia, il grimpe rapidement les échelons en raison de son affable personality. Vu la suite des événements, je reste quand même sceptique quant à cette « aimable personnalité ».

En fait, il débute à la GPU dans l’espionnage industriel. Il sera notamment décoré pour avoir réussi à voler aux Suédois un procédé de fabrication de roulements à bille. Après ces amusettes, les choses sérieuses vont commencer. Dans un premier temps, à partir de 1929,  il deviendra  l’adjoint d’Artur Artuzov qui dirige à ce moment-là  l’INO (voir article d’hier).

Puis il le remplace à la tête des services secrets en mai 1935. Il va enfin pouvoir donner la pleine mesure de sa personnalité affable.

Sa tâche principale va être de traquer et d’éliminer – poliment – tous les opposants, ou présumés tels, de Staline. Essentiellement des émigrés russes blancs et les trotskystes. Parmi les principales opérations à son actif, on peut citer : - le kidnapping du général blanc Evgenii Miller, à Paris en 1937. Le général sera exécuté à Moscou en mai 1938. - l’assassinat d’Ignace Reiss en Suisse, également en 1937. Reiss était un ex-agent du NKVD décidé à rompre avec Moscou - la liquidation de bon nombre d’opposants en Espagne durant la guerre civile.

En 1936, il aura la charge d’extorquer les fausses confessions destinées à charger les accusés du 1er procès de Moscou (Zinoviev, Kamenev et cie). Loquace de nature, il racontera à ses subordonnés, Leiba Lazarevich Felbing, dit Alexander Orlov, et Samuel Ginsberg, dit Walter Krivitsky, qui le relatent dans leurs Mémoires – des veinards qui ont apparemment eu le temps de les écrire – ses méthodes pour briser ces vieux bolcheviques.

Son chef direct était le patron du NKVD, Iagoda. Or, comme on l’a vu, Iagoda tombe en 1937 et se voit remplacé par « le nain sanguinaire », Nikolai Yezhov. Ce dernier va immédiatement se livrer à une chasse aux sorcières à l’intérieur de ses services pour éliminer tous les proches de son prédécesseur. Dans un premier temps, Slutsky sera cependant épargné afin d’éviter la défection d’agents à l’étranger.

Mais ce répit est de courte durée. Il mourra le 17 février 1938. Comment ? Rien n’est simple avec les agents secrets. On a donc le choix entre deux versions :

-         Il est mort empoisonné à l’acide cyanhydrique dans le bureau de Mikhail Frinovsky – l’un des chefs du NKVD -  à la Loubianka après avoir dégusté du thé et des gâteaux (il n’était pourtant pas invité par Agatha Christie)

-         Il a été assassiné par injection de poison dans le bras toujours dans les mêmes locaux, toujours par Frinovsky ou ses sbires,  et toujours sur ordre de Yezhov.

Quelle que soit la version choisie, le résultat sera  de toute façon le même et aucun des témoins de ce regrettable incident ne survivra longtemps, ni n’aura le temps d’écrire ses Mémoires. Tous disparurent durant les grandes purges, y compris Frinovsky. Et Yezhov aussi, d’ailleurs.

15/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (14)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

Nous entrons là dans un domaine où les informations se font plus rares : pratiquement rien en français, encore un peu en anglais, pas mal en russe ou en polonais. Mais là, je dois déclarer forfait. Nous ferons donc avec ce que nous avons.

Comme toute police secrète qui se respecte, la tchéka ne tarde pas à se doter de services d’espionnage et de contre-espionnage, activités tant internes qu’externes au pays, qui ne connaîtront pas de morte-saison avec les bolcheviques. Elle installe donc en son sein, dès décembre 1920, un département chargé de ces questions, nommé Inostrannyj Otdiel, ou INO.

Le premier chef de l’INO sera Yakov Davydov, né en 1888 dans la région de Nakhichevan, près de l’Iran. Il restera peu de temps à son poste, puisqu’il le quitte en 1921 pour se livrer à des activités de « diplomate ». Sa carrière s’achèvera en 1937, lors des grandes purge. Il sera fusillé en 1938.

1959b214df1ca272a19c9b172b56e97a.jpgLe second chef de l’INO s’appelle Solomon Mogilevsky. Il est né en 1885 en Ukraine, dans la ville de Pavlohrad où existait une importante communauté juive. Il rejoint le Parti dès 1903 et participe à diverses activités révolutionnaires qui le contraignent à quitter le pays. Il rejoint la Suisse où il rencontre Lénine. De retour en Russie, il participe à la révolution d’octobre, puis à la guerre civile durant laquelle il occupe diverses fonctions à la Guépéou.

Il dirigera l’INO de 1921 à mai 1922. Il est ensuite envoyé au Caucase comme chef de la Guépéou locale où il sera notamment responsable des services de renseignements vers la Turquie et l’Iran. Il s’illustrera particulièrement en Géorgie lors de l’insurrection d’août 1924. Les Géorgiens vont tenter de s’opposer au pouvoir des soviets, mais seront impitoyablement écrasés. En récompense des services qu’il rendra à cette occasion, Mogilevsky est décoré de l’Ordre du Drapeau rouge. Mais il meurt l’année suivante, en 1925, dans un accident d’avion resté très mystérieux. Le pilote, un jeune Géorgien, s’est-il délibérément sacrifié pour venger ses compatriotes ? C’est en tout cas l’hypothèse qui a été émise.

a95dca3c93b3548959ea084188e62ecf.jpgNous en arrivons au 3e chef de l’INO : Meïer Abramovitch Trilisser-Moskvin. Il est né en 1883 à Astrakan, dans le sud de la Russie, près de la mer Caspienne, et fera toute sa carrière d’abord à la tchéka, puis à la Guépéou, ensuite au NKVD. Diverses appellations pour désigner en fait le même type d’activités et de (très) basses œuvres.

Il devient membre du Parti dès 1901 et se voit chargé de l’organisation militaire clandestine. Il est ensuite secrétaire du soviet d’Irkoutsk. Après la révolution d’octobre, il fera la guerre civile en Sibérie.

Trilisser sera le chef des services d’espionnage bolcheviques de mai 1922 à octobre 1929. Entre-temps, en 1926, il devient vice-président de la Guépéou. Lui aussi sera décoré de l’ordre du Drapeau rouge pour services rendus. Il est en effet très actif, voyage beaucoup à Berlin et à Paris principalement et développera considérablement ses services. Il quitte l’INO fin 1929 pour intégrer le Komintern. Le livre noir du communisme nous apprend que : « En 1935, Meïr Trilisser, l’un des plus hauts responsables du NKVD, fut nommé secrétaire du Comité exécutif du Komintern chargé du contrôle des cadres. Sous le pseudonyme de Mikhaïl Moskvine, il recueillait les informations et les dénonciations, décidait aussi des disgrâces, première étape vers une liquidation prochaine. Ces services de cadres furent parallèlement chargés d’établir des « listes noires » des ennemis du communisme et de l’URSS ».

Mais son zèle ne le sauvera pas. Lui aussi sera rattrapé par la folle machine répressive qui s’est emballée et réclame son tribut: il est arrêté en novembre 1938 et meurt fusillé le 1er février 1940.

Il avait donc quitté la tête de l’INO fin 1929 où il avait été remplacé par Artur Artuzov, qui y restera jusqu’en 1936. A ce moment-là arrive Abram Aronovich Slutsky, qui remplira à son tour cette fonction jusqu’en 1938. Cette année-là, c’est la valse à la tête de l’INO. Son successeur, Zelman  Isaevich Passov ne restera que quelques mois à son poste. Puis ce sera au tour de Sergey Spigelglas.

Nous nous pencherons sur les intéressantes carrières de Slutsky et de Spiegelglas demain.

12/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (13)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

YENOCH GERSHONOVITCH IEGUDA, dit GENRIKH IAGODA

74593c6557b75f05861647be7bcc87ef.jpgVoilà un personnage particulièrement sympathique, qui mériterait que l’on se penche avec beaucoup d’attention et de précision sur ses activités. Mais force est de reconnaître qu’à l’heure actuelle, la littérature à son sujet est infiniment plus mince que celle qui fleurit sur ses homologues nationaux-socialistes. Et pourtant ….

Iagoda naît en 1891 dans une famille juive de Lodz, en Pologne, qui fait alors partie de l’empire tsariste. Il rejoint les bolcheviques en 1907 et après la révolution d’octobre, intègre la tchéka.

Cette police secrète chargée des basses œuvres du régime – et il y aura amplement de quoi s’occuper – est créée le 20 décembre 1917 par un décret signé de Lénine. A partir de cette date,  elle va agir en dehors de toute légalité, ne répondant de ses actes que devant le gouvernement. Elle sera dirigée dans un premier temps par Félix Dzerzhinsky, qui mourra en 1926 d’une attaque cardiaque.

Iagoda grimpe vite les échelons à l’intérieur de la tchéka et il seconde avec zèle Dzerzhinsky dès septembre 1923. Il a alors 32 ans. A la mort de celui-ci, en 1926, il secondera avec autant d’efficacité le nouveau patron, Vyacheslav Menzhinsky.

Ce dernier ne tarde pas à tomber gravement malade, circonstance qui permet à Iagoda de contrôler en fait la police secrète dès la fin des années 20. La  tchéka sera « remplacée » en 1922 par la GPUGuépéou – qui sera à son tout remplacée par le NKVD en 1934. Mais si les appellations changent, les méthodes ne s’adoucissent pas pour autant. Elles vont même se sophistiquer et atteindre des raffinements dans la torture assez hallucinants. Les activités de ces polices secrètes, encore un sujet d’étude à creuser. A condition d’avoir le coeur bien accroché.

Il y avait même au sein de la tchéka bon nombre de volontaires chinois venus pour apprendre certaines « méthodes révolutionnaires » et qui, en retour, enseigneront à leurs distingués collègues quelques subtilités inconnues jusque là sous leurs cieux.

Chef de la police secrète, Iagoda participera à toutes les campagnes de terreur menées par le pouvoir et en particulier à la collectivisation forcée des campagnes et à la « dékoulakisation », déportation en masse de tous les paysans prétendument aisés, les koulaks. En février 1930, il remarque ainsi au bas d’un rapport : « Les régions nord-est et Léningrad n’ont pas compris nos consignes ou bien ne veulent pas les comprendre ; il faut les obliger à comprendre. Nous ne sommes pas en train de nettoyer les territoires de popes, commerçants et autres. S’ils disent « autres », cela veut dire qu’ils ne savent pas qui ils arrêtent. On aura tout notre temps pour se débarrasser des popes et des commerçants, il faut aujourd’hui frapper précisément la cible : les koulaks et les koulaks contre-révolutionnaires ».

A partir de 1930, il aura également la responsabilité  de l’organisme chargé de gérer les « camps de travail forcé » d’URSS, le fameux Goulag. Et il sévira également durant l’horrible famine organisée par le pouvoir en 1932-33.

Iagoda est un proche de Staline qui le nomme en 1934 – c’est le sommet de sa carrière – commissaire du peuple aux affaires intérieures (NKVD),  où il dirige police secrète et police officielle. Staline compte sur lui pour mettre en scène les grandes purges et les procès qui se préparent. Cela fonctionnera bien jusqu’en 1936 car Iagoda donne tout d’abord satisfaction à son maître lors du 1er procès de Moscou, qui verra l’exécution de Zinoviev et Kamenev.

Mais les choses ne tardent pas à se gâter pour lui. En septembre 1936, Staline adresse un télégramme comminatoire au Bureau politique, ainsi rédigé: « Il est absolument nécessaire et urgent que le camarade Iejov soit désigné au poste de commissaire du peuple à l’Intérieur. Iagoda ne s’est manifestement pas montré à la hauteur de sa tâche pour démasquer le bloc trotskiste-zinoviéviste. La Guépéou a quatre ans de retard dans cette affaire ».

Le voilà donc remplacé par son ex-adjoint, Nikolai Yezhov, autre sinistre personnage, qui supervisera à sa place les grandes purges de 1937-38. En mars 1937, Iagoda est arrêté sous l’accusation de trahison et de complot contre l’Etat. Il sera exécuté le 15 mars 1938 à Moscou.

Je vous suggère de relire l’article du journaliste israélien Sever Plocker, Les juifs de Staline, dont j’avais donné la traduction sur ce blog le 3 mars. A propos de Iagoda, il écrivait ceci :

« (…) Un étudiant israélien termine le lycée sans avoir jamais entendu prononcer le nom de Genrikh Yagoda, le plus grand meurtrier juif du XXe siècle, chef adjoint de la GPU et fondateur-dirigeant du NKVD. Yagoda a consciencieusement exécuté les ordres de Staline pendant la collectivisation, et est responsable de la mort d’environ 10 millions de personnes. Ses employés juifs ont mis en place et géré le système des goulags. Après être tombé en disgrâce auprès de Staline, Yagoda fut dégradé et exécuté, puis remplacé en tant que chef des bourreaux, en 1936, par Yezhov, le « nain sanguinaire ».

10/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX (12)

MOISEI MARKOVICH GOLDSTEIN, dit VOLODARSKY

Voilà encore un météore dans le ciel bolchevique, qui, comme nous le verrons,  n’eut pas le temps d’exprimer tout ce qui était en lui.

cbbb5aa56c81ddc114c93b53b20965cb.jpgIl naît en 1891 dans une famille juive ukrainienne et participe à la révolution de 1905 (il était précoce) dans les rangs du Bund, le parti ouvrier juif, avant de rejoindre les mencheviks. Arrêté, exilé puis amnistié, il émigre aux Etats-Unis en 1913.

Dans les années 1916-17, on le retrouve collaborant au mensuel Novy Mir (Nouveau Monde), basé à New York. Il y rencontrera forcément Trotsky qui se trouvait également à New York à la même époque et qui collaborait lui aussi à ce journal révolutionnaire.

D’ailleurs, coïncidence curieuse, Volodarsky rentre en Russie en mai 1917, exactement comme Trotsky.  Peut-être sur le même bateau, le Kristianiafjord ?

En tout cas, le voilà à présent bolchevik pur sucre. Il est élu dans le courant de l’année à la Douma de Petrograd (Saint-Petersbourg, qui est alors la capitale du pays) et se fait connaître comme orateur et agitateur particulièrement actif et apprécié.

Lors de la révolution d’octobre, il est élu au Soviet Suprême (l’assemblée des « parlementaires ») et assume d’importantes responsabilités dans le secteur de la presse.

Hélas – pour lui – sa carrière, qui pourtant promettait, va prendre fin tragiquement en juin 1918 sous les balles d’un ouvrier révolutionnaire, Grigory Semyonov, lors d’échauffourées dans une usine de Petrograd.

En guise d’épitaphe, voici un extrait des lignes que lui consacrera Anatol Lunacharsky,  dans son recueil d’articles sur ses petits camarades, intitulé Revolutionary Silhouettes :

« …Il était impitoyable. Il n’était pas uniquement pénétré de la réalité de la révolution d’octobre, mais déjà d’un avant-goût des fureurs de la Terreur rouge qui devait survenir après sa mort. Pourquoi cacher que Volodarsky était un terroriste ? Il était profondément convaincu que si nous échouions à terrasser l’hydre contre-révolutionnaire, celle-ci nous dévorerait et avec nous, tous les espoirs qu’Octobre avait soulevés dans le monde entier.

C’était un combattant à l’état pur, prêt à aller partout où c’était nécessaire. Il y avait quelque chose de Marat dans son caractère impitoyable. Mais, contrairement à Marat, il recherchait la lumière du jour : jouer un rôle de conseiller de l’ombre, d’une éminence grise, voilà qui ne l’intéressait pas. Il lui fallait, au contraire, être toujours en pleine vue, avec son nez en bec d’aigle et son regard pénétrant, toujours en pleine voix avec ce grincement de la gorge, toujours au premier rang, cible pour ses ennemis, chef sur le terrain.

C’est pourquoi ils l’ont tué ».

Vous n’avez pas l’impression que finalement, Lunacharsky n’était pas si triste que ça de la perte prématurée de ce Marat impitoyablement bolchevique?

09/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (11)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

ADOLPH ABRAMOVICH JOFFE (ou IOFFE)

aefe6f6488752ad8f940c4b514e8eb49.jpgToute sa vie, Adolph Joffé fut un ami fidèle et un chaud partisan de Trotsky. Il naît en 1883 – il est donc de quatre ans plus jeune que son mentor – dans une famille juive karaïte de Crimée. [De façon très simplifiée, le karaïsme est une branche du judaïsme qui s’oppose au judaïsme « rabbinique »].

Il rejoint le parti socialiste révolutionnaire de Russie en 1903, durant ses études, et prend une part active à la révolution de 1905. Après l’échec de celle-ci, il s’exile à Berlin, puis à Vienne, en 1906. C’est là qu’il va aider Trotsky, qui s’y trouve aussi, à fonder la Pravda et à la faire vivre. Car la famille de Joffé est prospère et le soutien financier de celui-ci est le bienvenu. La Pravda a en effet été créée à Vienne en 1908 par Trotsky. Joffé contribuera à sa publication jusqu’en 1912, tout en étudiant la médecine et la psychanalyse.

En 1917, il se trouve en Russie, où il devient membre du Comité central du Parti dès le mois d’août et où il retrouve la Pravda, désormais rapatriée. En octobre, il soutient Lénine et Trotsky dans leur volonté de s’emparer du pouvoir par la force. Et il devient le président du Comité militaire révolutionnaire de Pétrograd qui renverse le gouvernement provisoire, le 25 octobre.

De novembre à janvier 1918, c’est lui qui conduira avec Trotsky la délégation bolchevique à Brest-Litovsk pour négocier l’arrêt des hostilités avec l’Allemagne et l’Autriche. Les bolcheviques font traîner les négociations dans l’espoir qu’entre-temps les révolutions tant espérées gagneront du terrain dans ces pays. Peine perdue, après neuf semaines de vaines parlotes, l’armée allemande se met en marche vers Petrograd et Lénine finira par ordonner d’accepter les termes du traité.

Lorsque Trotsky prend le contrôle de l’Armée Rouge, c’est lui, Joffé, qui le remplace comme commissaire du peuple aux affaires étrangères. A ce titre, il mènera diverses négociations avec la Turquie et avec l’Allemagne. On le retrouve  à Berlin d’où il se fait expulser en novembre 1918 avec sa délégation, accusés de fomenter la révolution.

En 1919-20, il poursuit son activité diplomatique et négocie un certain nombre de traités. En 1922, il est nommé ambassadeur en Chine où il signe un accord avec Sun Yat-Sen. Il se rend au Japon en 1923 pour y organiser les relations sovieto-japonaises.

Mais il tombe gravement malade et doit rentrer à Moscou. Il représentera encore les soviets en Autriche en 1924-26, mais rien ne va plus. Sa santé se détériore encore, ainsi que ses relations avec le nouveau pouvoir de Staline. Ce dernier, lui faisant payer le soutien sans faille à Trotsky, refuse de le laisser partir se soigner à l’étranger.

Trotsky est exclu du Parti le 12 novembre 1927 et Joffé se suicide quatre jours plus tard. Le discours que prononcera Trotsky à ses funérailles sera le dernier qu’il prononcera sur le sol soviétique.

Joffé avait une fille, Nadezhda Joffé, née en 1906, qui sera tout aussi activiste et trotskyste que son père. Elle en paiera le prix par une déportation en Sibérie. Après la mort du dictateur, elle rentrera à Moscou dans un premier temps, puis s’installera à New York où elle mourra en 1999.

 

c8c61c8d6db91ac310c1583ccc521be5.jpgPuisque nous parlions de psychanalyse au début de l’article, il est intéressant de noter que Trotsky, qui avait fait la connaissance de cette discipline à Vienne en 1908, s’y intéressait vivement et participera activement à sa promotion dans la Russie bolchevique.

Cela se traduira par la création, en 1923, d’un Institut de Psychanalyse financé par l’Etat. On y travaillait tout particulièrement sur les rapports entre freudisme et marxisme.

De cet Institut dépendait un jardin d’enfants un peu spécial, dirigé par Véra Schmidt, qui, sans aucun diplôme, y appliquait des théories « alternatives » pour le moins étranges, touchant à la sexualité infantile. Rumeurs et plaintes ne tardèrent pas.

Au pays des soviets, la vogue de la psychanalyse, qui avait accompagné les années glorieuses de Trotsky, retomba en même temps que son étoile pâlissait. Institut et jardin d’enfants seront fermés en 1925.

07/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (10)

LAZAR MOÏSSEÏEVITCH KAGANOVITCH

379d58bc03d1bfe5a2de4268fa552dd7.jpgCe très proche collaborateur et adorateur servile de Staline est né en 1893 et, tenez-vous bien, est mort de sa belle mort le 25 juillet….1991. A l’âge canonique de 98 ans ! Après la chute du rideau de fer ! En voilà un de plus en tout cas à avoir échappé à la « fureur antisémite » du maître du Kremlin. Un personnage  particulièrement sympathique, comme nous allons le voir. Mais n’anticipons pas cette épopée et commençons par le début.

Kaganovitch naît dans une famille juive d’Ukraine et débute dans la vie comme apprenti cordonnier. Il adhère au bolchevisme en 1911 et se bat dans l’Armée Rouge durant la guerre civile. En 1920, il est envoyé en Asie centrale, dans le Turkestan.

Contrairement à ses collègues qui l’ont précédé dans cette série, Kaganovitch commence donc sa carrière plutôt petitement. Mais une fois parti, il ne s’arrêtera plus.

Stalinolâtre dès le tout début, il en sera bien récompensé puisqu’il intègre le Comité central du Parti en 1924 et est promu 1er secrétaire du Parti d’Ukraine de 1925 à 1928. Il va s’illustrer une première fois durant cette triste période en soutenant à fond la collectivisation forcée des campagnes, véritable guerre déclarée par le pouvoir aux paysans, et en éliminant sans états d’âme tous les opposants et autres « éléments parasitaires et antisociaux ». Et ils sont nombreux.

Son zèle sera reconnu à sa juste valeur : il est élu en 1930 au Politburo, où il restera jusqu’en 1957, date du début de la déstalinisation. Une longévité absolument remarquable.

De 1930 à 1935, le voilà 1er secrétaire à Moscou. Comme l’indique pudiquement Wikipédia,  « Durant les années 1930, Kaganovitch participe avec zèle et sans état d'âme à la mise en œuvre des réformes économiques et sociales de Staline, notamment la collectivisation de l'agriculture et l'industrialisation aussi rapide que violente de l'URSS, ainsi qu'aux  purges politiques. »

Derrière cette phraséologie lisse, se cache un épisode particulièrement abject d’une carrière pourtant bien remplie à cet égard. Kaganovitch jouera en effet un rôle de premier plan lors de l’Holodomor, la famine orchestrée par le pouvoir, qui fit au bas mot six millions de victimes, dont deux millions d’enfants. Le plan de collecte totalement irréaliste prévu par le gouvernement des soviets n’ayant pas été rempli, et pour cause, Kaganovitch et Molotov sont envoyés en octobre 1932 dans le Caucase du nord et en Ukraine afin d’ « accélérer les collectes » et d’ empêcher à tout prix les paysans de fuir vers les villes.

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Le 2 novembre 1932 – il y a tout juste 75 ans – la commission présidée par Kaganovitch, envoyée dans le Caucase du nord,  adoptera la résolution suivante : « A la suite de l’échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage ».  A partir de ce moment-là, les opérations « anti-sabotage » vont aller bon train et les victimes se compteront par dizaines de milliers. Sans compter les déportations de villages entiers. Un certain Nikita Khrouchtchev s’illustrera d’ailleurs également par sa férocité durant cette sombre période, en Ukraine. Il a été calculé qu’au plus fort de la famine, jusqu’à 33 000 personnes mourraient de faim chaque jour dans cette région.

Durant la Grande Terreur et ses purges, dans les années 1936-39, Kaganovitch continuera à seconder efficacement son maître. Sa signature apparaît au bas de 191 listes de condamnés, en général à mort. Il se rendra d’ailleurs personnellement en 1937 purger le Donbass, Tchéliabinsk, Iaroslav, Ivanovo, Smolensk.  Résultat : il monte encore en grade et devient en 1938 vice-président du Conseil des commissaires du peuple - soit n°2 du pays -, poste qu’il réussira à conserver jusqu’en 1957.

Pendant la guerre, il est membre du Comité d’Etat à la Défense et obtient même en 1943 la distinction rare de Héros du travail socialiste. Il est, le 5 mars 1940, l'un des responsables soviétiques qui contresignent l'ordre d'exécution par le NKVD de 25 700 officiers polonais faits prisonniers par l'Armée Rouge. Ils seront abattus à Katyn et cette tuerie sera, lors du procès de Nuremberg, portée sur la facture payée par les nazis.

Après la guerre, il continue à faire partie du 1er cercle du pouvoir et cumule nouveaux postes et nouveaux honneurs, puisqu’il intègre le Présidium en 1952. Jamais il ne s’opposera aux campagnes « antisémites » de Staline, qu’il soutiendra, bien au contraire.

Il réussira même le tour de force de conserver son influence après la mort inopinée de Staline en 1953, puisqu’il devient ministre du Travail et des Salaires en 1955-56. Il contribue à la montée en puissance d’une vieille connaissance du temps de l’Ukraine, Nikita Khrouchtchev, mais n’en sera pas vraiment récompensé. Ce dernier, qui cherche à se débarrasser de souvenirs gênants, et de témoins embarrassants de la période stalinienne – à laquelle il a pourtant largement contribué – le démet de ses fonctions gouvernementales en 1957.

Mais, heureusement pour lui, les temps ont (un peu) changé. Il n’est donc pas liquidé et ne sera finalement exclu du Parti qu’en 1964.

Il lui reste près de trente ans à vivre, avec ses souvenirs et sans jamais avoir été inquiété pour ses activités criminelles qui en font pourtant l’équivalent d’un Adolf Eichman. L’un comme l’autre zélés, dévoués à la cause et sans états d’âme superflus.

Mais voyez comme c’est étrange : l’un a été justement puni, l’autre est mort dans son lit, médaillé de l’Ordre de l’Union soviétique.