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08/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (25)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

IAKOV IAKOVLEV

Le petit préambule ci-dessus s’applique particulièrement à ce personnage dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est tombé dans les oubliettes de l’histoire. C’est dommage, car son grand titre de gloire aura pourtant d’avoir été commissaire du peuple à l’agriculture pendant l’Holodomor, la terrible famine orchestrée par le pouvoir bolchevique en 1932-33, qui fit au bas mot six millions de morts.

Il existe fort peu de données le concernant, du moins dans une langue intelligible pour moi. Encore moins de portrait. Le seul que j’aie trouvé est en fait une caricature publiée dans un livre qui vient de sortir, Dessine-moi un bolchevikLes caricaturistes du Kremlin, 1923-1937, qui a été traduit du russe. On y voit une sorte de rat moustachu et mal rasé assez peu ragoûtant. Mais, je le rappelle, c’est une caricature faite par un de ses collègues bien-aimés en 1923.

Il avait alors 27 ans car il était né en 1896, et travaillait à ce moment-là au Département pour l’agitation et la propagande du comité central. Il était entré au parti bolchevique en 1913 et s’était en quelque sorte spécialisé dans la propagande puisqu’en 1918, il sera envoyé en Ukraine pour y œuvrer dans ce secteur. Dans les années 20, il sera notamment rédacteur en chef de la Krest’janskaya Pravda (La Vérité Paysanne), qui titrait alors à plus d’un million d’exemplaires.

Fervent stalinien, c’est sans doute sa « connaissance » du monde paysan qui conduira Staline à le nommer commissaire du peuple à l’agriculture en 1929. Il le restera jusqu'en 1934. En février1930 commença la « dékoulakisation », c’est-à-dire la déportation et la répression de masse contre les centaines de milliers de paysans suffisamment aisés pour avoir de quoi manger et/ou mécontents de la politique bolchevique. Les sbires de la Guépéou feront régner la terreur dans les campagnes. Tout cela donnera tellement de travail à Iakovlev qu’il sera obligé d’envoyer son adjoint afin de le représenter en juin 1930, au 16e congrès du Parti.

Cet adjoint - qui le restera en 1929 et 1930 - n’est pas n’importe qui. Il s’agit du « nain sanguinaire » Nikolai Yezhov, qui finira chef du NKVD. Et qui retrouvera d’ailleurs Iakovlev à cette occasion, nous le verrons. Représentant donc son supérieur lors de ce congrès, il en profitera pour se répandre en articles pompeux sur la collectivisation, l’éducation des masses, leur mobilisation, etc. Amusant, lorsque l’on sait qu’il avait péniblement fini l’école primaire et qu’il avait été apprenti tailleur dans sa vie pré-bolchevique.

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C’est donc Iakov Iakovlev qui sera de par ses fonctions responsable de l’exécution de cette politique décidée à Moscou, qui consistait en fait à liquider toute une partie de la population. La loi du 7 juillet 1932 prévoira même la peine de mort pour « toute escroquerie au préjudice d'un kolkhoze », qui commençait par le simple vol d’un épi de blé.

Cette « politique » culminera avec l’horreur de l'Holodomor, en Ukraine principalement. Nous en avons déjà parlé.

Je lis ça et là que Iakovlev occupera ensuite - forcément après 1934 - des fonctions importantes dans l’appareil de contrôle de l’Etat et du Parti. Lesquelles ? Je l’ignore. De toute manière, cela ne l’empêchera pas d’être emporté, comme bon nombre de ses collègues, dans les grandes purges de 1937. Il est arrêté cette année-là mais ne passera devant le peloton d’exécution qu’en juillet 1938.

Et devinez qui donnera l’ordre de tirer ? Le nain sanguinaire lui-même, son ancien adjoint. Qui ne tardera d’ailleurs pas à le suivre. La seule morale que l’on puisse tirer de cette horrible histoire.

06/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (24)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

SEMYON DIMANSTEIN

Laissons pour un temps les voisins – encore fort nombreux, mais nous y reviendrons – et retournons à nos bolcheviques maison.

8b42726b06315e4ad3f7fdc2b0cd4d58.jpgSemyon Dimanstein naît en 1886 dans une famille de commerçants juifs installés au nord-ouest de la Russie, près de la frontière estonienne. Une famille sans doute très orthodoxe puisqu’il fera ses études dans une yeshiva où il sera ordonné rabbin à l’âge de dix-huit ans.

Rabbin peut-être, mais révolutionnaire, sûrement. La même année, 1904, il s’inscrit au RSDLP, le parti socialiste-révolutionnaire créé en 1898, qui se scindera par la suite en mencheviques et bolcheviques. Ses activités illicites conduiront le régime du tsar à lui offrir en 1908 une résidence forcée quelque part en Sibérie. Mais il s’enfuit, quitte la Russie et se réfugie en France jusqu’à la révolution de mars 1917.

Il rentre alors au pays et reprend de plus belle son activisme. Il sera l’un des acteurs importants de la révolution d’octobre puisqu’il devient l’un des quinze commissaires du peuple de Lénine et prend la tête de la Yevsektsiya en janvier 1918. C’est ainsi que l’on nommait la section juive du parti communiste soviétique, créée pour évincer le Bund et les partis sionistes, considérés comme des rivaux du marxisme. Ces derniers seront d'ailleurs vite liquidés et des milliers de sionistes iront faire connaissance avec la Sibérie. L’idée derrière cette section spéciale était de supprimer le judaïsme religieux et de remplacer la culture juive traditionnelle par la culture prolétarienne. En imposant la dictature du prolétariat aux masses laborieuses juives. L’autre objectif de la Yevsektsiya était la propagande : il s’agissait de mobiliser les juifs du monde entier en faveur du régime bolchevique.

Semyon Dimanstein, qui sera en quelque sorte considéré comme le représentant « officiel » des juifs soviétiques, exercera notamment ses activités à Boukhara, en Asie centrale, où vivait une importante communauté juive. Il s’y rendra en 1920 afin de consolider le régime bolchevique et d’identifier – et soutenir – l’ « élite » locale. En 1922, on le retrouve en Ukraine, au Département pour l’agitation et la propagande.

Il rentre à Moscou en 1924 pour y diriger d’autres services de propagande visant à répandre l’idéologie communiste parmi les peuples non russes. Tout en collaborant à des organes de presse du style Est Nouveau ou Révolution et Nationalité.

A cette époque-là, il est un chaud partisan de Staline, ferveur qui sera bien mal récompensée par la suite, on le verra. Il soutient en particulier l’idée du dictateur de créer une région juive autonome, quelque part très loin de Moscou. Ce qui sera fait entre 1928 et 1932 et qui amènera du même coup la suppression de la Yevsektsiya. Dans l’idée des autorités, il s’agissait de créer une Sion soviétique afin de détourner les pensées de la Sion de Palestine, dangereuse rivale.

Cette région sera créée vers la frontière chinoise, au Birobidjan, torride et infestée de moustiques l’été, glaciale l’hiver. Les colons y étaient invités à conserver leur héritage culturel yiddish - plutôt qu’hébreu, jugé trop religieux - dans un cadre socialiste. Apparemment, l’ancien rabbin trouvait ça très bien. La propagande battra son plein pendant ces années afin d’y attirer les juifs, qui viendront même de l’étranger. On a vu récemment dans l’article sur l’affaire Koval, que la famille de l’espion avait quitté en 1932 l’Amérique – de la dépression, mais quand même – pour le vert paradis du Birobidjan.

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Ils en seront bien récompensés car leur histoire inspirera un film de propagande en yiddish produit en 1936, intitulé « A la recherche du bonheur »  qui raconte l’édifiante histoire d’une famille juive quittant les Etats-Unis, cet horrible pays où l’on crève de faim, pour se créer une nouvelle vie de félicité au Birobidjan. Mal leur en prit, d’ailleurs, aux Koval, car c’est ce film, et la littérature qui l’accompagna, qui finit par mettre la puce à l’oreille des Américains et leur permit de diriger, enfin, leurs soupçons sur l’espion.

La dernière fonction officielle de Semyon Dimanstein sera de diriger le comité central de l’Ozet. Ainsi s’appelait l’organisme officiel chargé d’aider les juifs à s’acclimater au travail de la terre et à assister les colons principalement en Ukraine et en Crimée, puis au Birobidjan.

Mais sa carrière va bientôt s’achever car il fera partie des purges de 1937-38. Il est arrêté en février 1938, condamné à mort et exécuté.

04/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (23)

LES VOISINS

MATYAS ROSENFELD, dit MATYAS RAKOSI 

Restons encore un peu en Hongrie où nous allons faire la connaissance (ou la redécouverte) d’un autre bon élève de la fine équipe qui prétendit – excusez du peu – répandre la révolution bolchevique sur la planète entière. Car c’était ça l’objectif au départ, ne l’oublions pas. La mondialisation était déjà à l’ordre du jour.

71f5eb60cda7d16305aa6b872558acfb.jpgMatyas Rosenfeld, qui prendra plus tard le nom de Rakosi, naît en 1892 dans une famille juive de Serbie, qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. Comme les autres déjà vus – Kun, Szamuely, Pogany - il est fait prisonnier en Russie durant la 1ère guerre mondiale et en profite pour devenir communiste. Il participera donc tout naturellement, comme les autres aussi, au gouvernement de Bela Kun, en 1919, où il occupe le poste de commissaire du peuple au commerce. Mais nous avons vu que ce genre de poste était précaire dans un gouvernement qui l’était plus encore. Le 1er août 1919, rideau. Tout le monde s’enfuit et Rakosi retourne en Union soviétique.  

Nous le retrouverons secrétaire général du parti communiste hongrois en 1945, au sortir de la guerre. Qu’a-t-il fait entre-temps ? Eh bien, un certain nombre d’allers et retours entre l’URSS et la Hongrie. Il retournera notamment en Hongrie en 1924 où il se fera arrêter et emprisonner. Il est échangé en 1940 contre des drapeaux hongrois qui avaient été volés par les Russes. En Union soviétique,  il devient chef du Komintern.

A l’issue de la guerre, en 1945, il rentre en Hongrie avec l’Armée Rouge. Les communistes ont gagné, la Hongrie voit s’installer une dictature dont il devient le chef. En 1948, les sociaux-démocrates qui existaient encore dans le pays sont contraints par les communistes de les rejoindre pour former le parti hongrois des travailleurs. Dorénavant, Rakosi aura les coudées complètement franches et la terreur d’Etat va peser de tout son poids.

Admirateur frénétique de Staline, il se considérait lui-même comme son  « meilleur élève» ou  son  « meilleur disciple », cela dépendait des jours. En tout cas, il profitera bien des leçons administrées par son mentor et tâchera de l’imiter en tout. Il saura y  ajouter de petits raffinements bien à lui. Il avait ainsi inventé, et il était très fier de sa trouvaille, la « tactique du salami ». Du salami hongrois, sûrement. Bref, comme vous ne l’auriez sûrement pas deviné, cette aimable tactique consistait, non pas à découper délicatement ses ennemis en rondelles – on reste humains, quand même ! – mais cependant à les éliminer par tranches successives.

Il s’y emploiera  avec beaucoup d’efficacité et tout comme Staline, son grand homme, il offrira aux Hongrois, avec l’aide de sa police secrète : arrestations arbitraires, emprisonnements, assassinats, purges, procès préfabriqués, etc. Oui, tout, vraiment. Un excellent disciple. Avec ça, il ne détestait pas un léger culte de la personnalité, pas trop léger cependant.

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La Hongrie était donc devenue un pays parfaitement totalitaire sous le règne de Rakosi. Il s’offrit également en 1952 le poste de premier ministre. Mais hélas, en matière économique, il était moins brillant que dans le remplissage des prisons ou des cimetières. Vous me rétorquerez qu’il avait pourtant été commissaire au commerce sous Bela Kun. Et alors ? Quel rapport ? Le gouvernement avait imposé avec brutalité la collectivisation de l’agriculture et accordé la priorité à l’industrie lourde. Tout manquait, le mécontentement populaire ne cessait de croître. La révolution se profilait et les opposants étaient exécutés par milliers.

La mort de Staline, en 1953, va marquer le déclin de ce stalinolâtre. Sous bien des aspects, il devenait urgent de se débarrasser politiquement de lui. Sous la pression de Moscou, il doit céder dans un premier temps, dès 1953, le poste de premier ministre à Imre Nagy, qu’il ne cessera dès lors de persécuter. Il en fera le bouc-émissaire idéal de la faillite économique.

Il devra ensuite abandonner son poste de dirigeant du PC hongrois en juin 1956. Dans la foulée, il est « invité » en Union soviétique pour « se  soigner ». Les temps avaient un peu changé, il ne sera pas soigné définitivement, mais contraint de demeurer au… Kirgiz, en Asie centrale. Il y restera jusqu’à sa mort, en 1971.

L’insurrection de Budapest eut lieu en octobre 1956, peu après son départ. Elle sera matée dans le sang par les soviétiques.

02/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (22)

LES VOISINS

 

 

JOSEF SCHWARTZ, dit JOZSEF POGANY, dit JOHN PEPPER

365566c45ed38c8b9bdf883d593e8bd3.jpgEncore un personnage bien intéressant de l’entourage de Bela Kun. Il naît à Budapest en 1886 dans une famille juive. Communiste convaincu, il participe activement aux troubles qui précèdent en Hongrie l’établissement de l’éphémère, mais sanglante, république soviétique. Il sera d’ailleurs accusé d’avoir assassiné, avec d’autres, le comte Istvan Tisza, personnage politique influent du pays, le 31 octobre 1918. Cette accusation ne sera formulée qu’en 1921, à une époque où la république de Bela Kun sera tombée et où quasiment tous les « conjurés » auront pris la poudre d’escampette.

Il occupe divers postes au gouvernement bolchevique qui durera de mars à août 1919. Il sera notamment commissaire aux affaires étrangères d’avril à juin. A la chute du régime, c’est la débandade générale. Lui s’enfuit d’abord en Autriche, puis en Union soviétique.

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Là-bas, il devient membre du Komintern, l’Internationale communiste, ce qui lui ouvre de nouveaux horizons. Sous le nom de John Pepper, il entre illégalement aux Etats-Unis en 1922 et devient très rapidement un activiste reconnu au Workers Party (parti des travailleurs). C’est sous cette dénomination, reconnue légalement, que se cachait le parti communiste américain dans les années 1920-30. Il sera également – preuve qu’il avait fait de bons progrès en anglais – une des plumes du mensuel radical The Liberator, chargé des affaires internationales.

Toujours dans le cadre de son appartenance au Komintern, il ira aussi dans les années 20  prêcher la bonne parole bolchevique à Stockholm où il aidera à l’émergence du parti communiste suédois.

Il retourne ensuite aux Etats-Unis où il est chargé par Staline de veiller à l’expulsion des trotskistes du parti communiste américain. Il aidera aussi les staliniens dans leur lutte contre James Cannon, qui était le leader des trotskistes et le fondateur du Socialist Workers Party. Finalement, James Cannon survivra à ses « persécuteurs » puisqu’il mourra tranquillement en 1974, tandis que John Pepper, rappelé plus tard à Moscou, aura le très grand tort de s’y rendre.

Car il fera partie des Grandes Purges de 1937, ce qui mettra une fin définitive à sa carrière.

30/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (21)

LES VOISINS

TIBOR SZAMUELY

Restons en Hongrie, sous le très court règne de Bela Kun, en 1919. Comme nous l’avons vu, pour lutter contre les opposants, il déchaîne très vite la terreur rouge. Dans cette entreprise, il sera efficacement secondé par Tibor Szamuely, un compagnon de la première heure.

02e5e4384c6c082a6b92ef145bb44a05.jpgCe dernier naît en 1890 dans une famille juive de Hongrie. Après des études universitaires, il devient journaliste dans de petits organes socialistes et s’inscrit au parti social-démocrate du pays.

Il suivra à peu près la même filière que Bela Kun, puisque lui aussi prisonnier en Russie pendant la 1ère guerre mondiale, il en profite pour devenir un communiste pur et dur. Après la révolution bolchevique, il est à Moscou et aidera Kun à créer la faction hongroise au sein du PC. Lui aussi combat durant la guerre civile dans les rangs de l’Armée Rouge. On peut imaginer qu’il y apprendra quelques ficelles qui lui serviront bientôt.

En décembre 1918, alors que Kun est en Hongrie pour créer le PC hongrois, Szamuely est en Allemagne où il participe à la formation du PC allemand avec Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg. D’autres voisins.

Lorsque la révolution survient en Hongrie, en mars 1919, il rentre et devient l’un des principaux dirigeants de la toute nouvelle république soviétique hongroise. Après quelques autres postes, il devient commissaire aux affaires militaires. Il a alors 29 ans et va s’éclater durant la terreur rouge que va rapidement instaurer son compère, Kun. Mais attention ! C’était dans un but parfaitement légitime, puisqu’il s’agissait de combattre les contre-révolutionnaires, ces salauds !

A cet effet, il crée un groupe para-militaire, les Gars de Lénine (Lenin Boys), composé d’environ 200 gaillards en veste de cuir, qui vont s’employer à dévaster les campagnes et à semer mort et désolation dans le court laps de temps qui s’achèvera avec la chute de Kun, le 1er août 1919. Durant ces quelques mois, des centaines de cadavres, essentiellement de paysans, joncheront leur route. Des cours martiales de fantaisie seront  organisées, suivies de généreuses pendaisons aux arbres. Tout comme Lénine, et les autres, Szamuely clamait que « la terreur [est] la principale arme de notre régime ».

A la chute du pouvoir bolchevique en Hongrie, Tibor Szamuely s’enfuit en Autriche. La suite des événements est brumeuse. Une version indique qu’il aurait franchi illégalement la frontière et aurait été tué le 2 août. Une autre prétend qu’il se serait suicidé. En tout cas, il avait 29 ans et avait fini se sévir. Alors que Bela Kun avait encore de belles espérances devant lui, on l’a vu.

Un mot pour indiquer que pour faire bonne mesure, il est généralement précisé que la terreur blanche a immédiatement suivi la terreur rouge. Façon de faire passer cette dernière à la trappe. Et évidemment, cette terreur blanche était ANTISEMITE ! Incroyable, mais vrai ! Peut-être. Toujours est-il, et il n’est pas mauvais de le préciser, que le premier ministre de la Justice de Miklos Horthy, au contre-gouvernement qui suivit, était un juif, Lajos Palmai.

28/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (20)

LES VOISINS

BELA KOHN, dit BELA KUN

f5e6684ed541ccaf128ca3ba7045b9a7.jpgIl naît en 1886 dans une famille d'origine juive de Transylvanie, alors partie de l’empire austro-hongrois, aujourd’hui roumaine. Il sera agent d’assurances, peu scrupuleux puisqu’il sera accusé de détournements de fonds, puis journaliste. Pendant la 1ère guerre mondiale, il est prisonnier en Russie et, de socialiste qu’il était, devient communiste convaincu. Sur ces entrefaites, éclate la révolution d'octobre et Kun rêve aussitôt d’introduire pareille merveille en Hongrie. En mars 1918, il fonde à Moscou le groupe hongrois du parti communiste russe. Après s’être battu aux côtés des bolcheviques – la guerre civile fait rage – il rentre en Hongrie en novembre 1918, accompagné de plusieurs centaines de militants et de suffisamment d’argent, procuré par les soviets, pour financer sa révolution.

La situation est très mauvaise là-bas, les conditions de vie désastreuses. C’est dans ce contexte que Bela Kun crée le parti communiste hongrois le 4 novembre 1918 et commence immédiatement sa propagande révolutionnaire. Il lui manque cependant le soutien populaire. Se produit alors un événement qui aura de lourdes conséquences : les frontières hongroises sont modifiées par les alliés en mars 1919, amputant le pays d’une partie de son territoire. Bien sûr, les Hongrois réagissent très vivement et devant le conflit qui se profile, contre les alliés cette fois, ils se cherchent de nouveaux soutiens. L’ogre bolchevique leur tend les bras, ils s’empressent de s’y jeter. Et Bela Kun, tout naturellement, va servir d’intermédiaire.

C’est l’occasion rêvée. Il réclame aussitôt à la coalition sociale-démocrate alors au pouvoir en Hongrie, la proclamation d’une république soviétique. C’est chose faite le 21 mars 1919.Au sein du nouveau conseil révolutionnaire, qui compte 33 commissaires du peuple, Bela Kun est commissaire aux affaires étrangères. Mais en réalité, c’est lui, en tant que chef du parti communiste, qui dirige l’ensemble. D’autant que les camarades socialistes, trop confiants de bout en bout,  vont être rapidement évincés.

Voilà donc à pied d’œuvre le second gouvernement communiste, après celui de la Russie, et la deuxième révolution achevée.

Pas pour bien longtemps, cependant. Kun commence très fort en nationalisant les propriétés privées mais en refusant de redistribuer les terres aux paysans, ce qui lui aliène d’office la majeure partie de la population. A la place, il a l’idée géniale de créer des fermes collectives sur tout le territoire.

71d9bdf9c24a158690505bac1c08a943.jpgComme il est par ailleurs incapable de résoudre les problèmes aigus de logement et de ravitaillement, les choses se gâtent très vite pour lui. En juin, une tentative pour renverser les communistes avorte. En réponse, Bela Kun va instaurer la terreur rouge, avec l’aide de sa police secrète. Quelques personnalités assez sympathiques, dont nous parlerons bientôt, se signalent à cette occasion.

A cela vont s’ajouter des conflits avec les pays voisins. Ce gouvernement communiste éphémère finit par tomber le 1er août 1919, après 133 jours d’existence. Kun s’enfuit à Vienne puis de là, sera échangé en juillet 1920 contre des prisonniers autrichiens retenus en URSS.

Sa carrière est cependant loin d’être achevée. A un sujet aussi méritant, une nouvelle chance est offerte. Les soviets l’envoient en Crimée pour y diriger le comité révolutionnaire. Il s’agit de « re-bolchéviser » ces régions qui étaient contrôlées par les blancs. C’est là qu’il va commettre ses plus grands crimes, bien qu’un délicat voile d’oubli soit pieusement retombé sur ses excès.

Que faire de lui à présent ? Rappelé à Moscou, comme il est un ami de Zinoviev qui le dirige depuis sa création en 1919, il devient membre du Komintern. A ce titre, il est envoyé en Allemagne en mars 1921 pour conseiller le parti communiste allemand. Il le conseillera si bien que la grande offensive révolutionnaire du 27 mars se soldera par un échec cuisant qui mettra Lénine en fureur. Il reste cependant au Komintern et sera envoyé au cours des années suivantes, ici et là,  en Autriche ou en Tchécoslovaquie.

Sa petite idée reste de fomenter une seconde révolution en Hongrie. Mais l’heure est passée. Il se fait arrêter à Vienne en 1928 pour une bêtise de faux passeport et renvoyé une nouvelle fois à Moscou. Là, ce personnage décidément très sympathique dénoncera à la Guépéou un certain nombre de ses anciens camarades, communistes hongrois réfugiés comme lui en URSS.

Cela ne le sauvera pourtant pas car, accusé de trotskisme – un des rares crimes qui ne pardonnaient pas dans ces années-là – il fait partie des grandes purges staliniennes de 1937-38. On ne sait pas précisément à quelle date il a été exécuté, ni si cet événement s’est produit au goulag ou à Moscou. Mais cette fois, sa carrière s’arrêtera là. Pour faire bonne mesure, sa femme, sa fille et son gendre prendront, eux aussi, le chemin du goulag.

26/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (19)

LES VOISINS

HANNAH RABINSOHN, dite ANA PAUKER

Oui, j’intitule cette sous-série Les Voisins car il y a bien des personnalités intéressantes  à cette époque-là également dans les pays voisins de l’URSS, pays qui ont eu la malchance de tomber dans son orbite. Ce n’est nullement que j’aie épuisé le sujet côté bolcheviques russes, loin de là, mais ça nous distraira d’aller faire un tour ailleurs. On reviendra à notre sujet principal ensuite.

Je commence par Ana Pauker dont j’ai parlé avant-hier. Elle était la tante de Zarubina, qui a mené la brillante carrière d’espionne que l’on sait. Une famille où on ne s’ennuyait pas.

Née Hannah Rabinsohn, elle était, comme son nom l’indique, issue d’une famille de rabbins de Moldavie, alors partie de la Roumanie. Elle naît en 1893 et, fait assez étonnant pour son époque, apprend l’hébreu. Elle devient enseignante et rejoint le parti socialiste roumain dès 1915. Une faction pro-bolchevique s’y crée, dont elle fait partie, faction qui prendra le contrôle du parti en 1921. Celui-ci rejoint la grande famille de l’Internationale communiste, le Komintern, sous le nom de parti communiste-socialiste roumain.

Elle en devient rapidement l’un des dirigeants, avec son époux Marcel Pauker. Arrêtés en 1922 en raison de leurs activités politiques, ils émigrent en Suisse. Elle se rend ensuite en France où elle est instructeur pour le Komintern, avant de rentrer en Roumanie. Entre-temps, elle participe également aux mouvements communistes dans les Balkans. Elle est arrêtée en 1935 en Roumanie et traduite devant un tribunal avec d’autres dirigeants communistes. Le pays est alors une monarchie. Condamnée à 10 ans de prison, elle sera échangée en 1941 contre un Roumain détenu par les soviets.

03107e6e4e022799383a77a2a145b3ff.jpgEntre-temps s’est passé un épisode assez trouble dont son mari est la victime. Je dis trouble car il a été susurré en divers endroits qu’Ana Pauker n’était peut-être pas étrangère aux malheurs survenus à son époux. Marcel Pauker, né lui aussi dans une famille juive en 1896, avait fait des études d’ingénieur en Suisse. Communiste convaincu, il prend part durant toutes ces années aux mêmes activités que son épouse, activités qui le conduisent fréquemment à Moscou. Il y sera hélas pour lui en mars 1937, juste à temps pour la Grande Purge. Arrêté par le NKVD sous l’accusation d’espionnage en faveur de la Roumanie ( !), il est torturé, condamné à mort et exécuté en 1938. Il avait eu trois enfants avec Ana Pauker, nés en 1921, 26 et 28, plus un, prénommé Yakov, né en 1931 d’une militante ardente, Roza Elbert.

Donc échangée et apparemment pas rancunière, Ana Pauker se retrouve en 1941 à Moscou où elle devient la dirigeante des communistes roumains exilés, connus sous le nom de faction moscovite.

En 1944, elle rentre en Roumanie en même temps que l’Armée Rouge. Le 6 mars 1945, les communistes s’emparent du pouvoir. La dictature s’abat sur le pays et fera, selon les chiffres officiels, deux millions de morts civiles en 45 ans.

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Ana Pauker participe au premier gouvernement de l'après-guerre. Elle devient ministre des affaires étrangères en 1947. Elle est alors à son zénith et fera la couverture du magazine américain Time en 1948 sous le titre La femme la plus puissante à l'heure actuelle. Cette même année, elle est chargée de l'agriculture et à ce titre participe activement à la politique de collectivisation forcée imposée au pays.

Des luttes de pouvoir au sein de l’appareil communiste roumain vont l’écarter au profit du chef de l’Etat, Gheorghiu-Dej - avec qui elle est en rivalité depuis des années - qui persuade Staline de purger Pauker et ses soutiens. La voilà à son tour accusée en 1952. De « cosmopolitisme », car c’est le terme à la mode. Elle est arrêtée en février 1953 et interrogée en vue de son procès. Mais Staline meurt opportunément en mars 1953, ce qui la sauve.

En partie du moins, car considérée comme une stalinienne pure et dure, avec tous les excès que cela avait comporté pendant des années, la déstalinisation, bien que fort limitée en Roumanie, va l’écarter cette fois encore. Pas pour des raisons idéologiques, encore moins « morales »  bien sûr, mais uniquement pour des rivalités de pouvoir.

Elle est cependant autorisée à travailler comme traductrice de français et d’anglais pour la maison d’édition Editura Politicà. Elle meurt en juin 1960 à Bucarest.

3abff925ec5cbb79107d9d05e96f9a4e.jpgEn 2001, dans le but de redorer le blason d’un personnage dont l’évocation suscite aujourd’hui encore la crainte en Roumanie, Robert Lévy lui consacrera un livre intitulé The Rise and Fall of a Jewish Communist (Ascension et chute d’une communiste juive). Il n’est pas trop méchant avec elle.

Si vous souhaitez un autre son de cloche, je pense que celui-ci sera plus indiqué : il a paru cinquante ans plus tôt, en 1951, sous la plume de Nicolas Baciu et s’appelle Des geôles d’Anna Pauker aux prisons de Tito. Il est certainement intéressant.

Comme il y a peu de descriptions de Pauker, celle-ci, parue en 1952 sous la plume de la princesse Ileana de Roumanie (1909-1991) dans son livre I live Again est d’autant plus précieuse (et on peut faire confiance à une femme pour cela) : « …J’ai toujours pensé lorsque j’étais près d’elle qu’elle ressemblait à un boa constrictor qui venait d’être nourri et qui par conséquent n’allait pas vous manger – tout de suite ! Lourde et molle comme elle semblait être, elle possédait tout de ce qui est à la fois repoussant et horriblement fascinant dans un serpent. Il ne m’était pas difficile d’imaginer, rien qu’en la regardant, qu’elle avait pu dénoncer son propre mari, qui fut ensuite exécuté ; la connaissant mieux par la suite, je pus comprendre par quel éclat froid et déshumanisé elle avait pu atteindre la situation puissante qu’elle occupait. »

24/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (18)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

LISA ROZENSWEIG, dite ELIZABETH ZUBILIN (ou ZARUBINA)

27d583fa1398ec528c80653744991d6b.jpgNous avons fait sa connaissance hier et il serait dommage de laisser passer sans s’y intéresser de plus près cette espionne bolchevique à la carrière bien fournie. Ce qui ne l’a pas empêchée de mourir il n’y a pas si longtemps que ça, en 1987.

Elle commence le siècle en fanfare puisqu’elle naît le 1er janvier 1900 dans une famille juive de la province de Bucovine, entre la Roumanie et l’Ukraine. Une famille apparemment assez aisée pour lui permettre de poursuivre des études d’histoire et de philologie en Russie, France et Autriche. Très douée pour les langues, elle parle roumain, russe, allemand, français, anglais et hébreu. Tout cela va lui être bien utile par la suite. Sa famille est aisée, ce qui n’empêche pas la fibre révolutionnaire. Dans sa parenté se trouve Ana Pauker, qui fondera le parti communiste roumain. Une autre personne bien intéressante…

Zarubina – on va l’appeler comme ça, c’est plus mignon, ça fait un peu comédie italienne – participe activement aux mouvements révolutionnaires qui agitent la Bessarabie (grande région adjacente à la Bucovine) après la 1ère guerre. Et en 1919, elle devient membre du komsomol de Bessarabie. Le komsomol était le nom donnée à l’organisation des jeunesses …bolcheviques, car il fallait bien encadrer ces jeunes gens, futurs piliers du régime.

Ses qualités vont vite trouver à s’employer ailleurs qu’en Bessarabie. En 1923, elle rejoint le parti communiste d’Autriche. En 1924, elle intègre les services secrets bolcheviques et travaillera jusqu’en 1925 à l’ambassade soviétique à Vienne, puis, jusqu’en 1928, toujours à Vienne mais en dehors de l’ambassade.

On la retrouve ensuite à Moscou où, comme on l’a vu hier, Meïer Abramovitch Trilisser, à l’époque chef des services secrets et vice-président de la Guépéou, lui ordonne en 1929 de abandon bourgeois prejudice, autrement dit de laisser tomber les préjugés bourgeois, et de séduire Yakov Blumkin. Elle exécutera sa mission en Turquie où il se trouve alors, sous le nom de Lisa Gorskaya, apparemment inconnue de Blumkin qui était pourtant son collègue. Mais il est vrai qu’elle avait exercé à Vienne …En tout cas, elle rapportera fidèlement toutes leurs conversations à Trilisser. On connaît la suite, pour Blumkin.

Zarubina, elle, se mariera au cours de la même année 1929 avec un collègue des services secrets, Vassili Zarubin. Dès lors ils feront équipe pendant de longues années, opérant sous la couverture d’un couple tchèque travaillant en Allemagne, France, Etats-Unis.

Zarubina démontrera des qualités hors pair d’agent recruteur, créant un réseau clandestin de juifs émigrés de Pologne. Elle sera particulièrement active aux Etats-Unis, introduisant des agents dans l’entourage d’Einstein, d’Oppenheimer et d’autres, afin de percer au bénéfice des soviétiques les secrets de la bombe américaine.

En 1941, elle a le grade de capitaine du KGB. Son mari opère à Washington - il sera chef du KGB de 1941 à 1944 - et elle-même se rend fréquemment en Californie où, par l’intermédiaire de Gregory Kheifetz, vice-consul à San Francisco et lui aussi agent du KGB, elle se lie d’amitié avec l’épouse d’Oppenheimer, Kitty Puening Harrison, d’origine allemande, aux amitiés communistes bien affirmées. Elle aura dès lors de fréquents rapports avec Oppenheimer, lui-même très à gauche. C’est un vrai nid d’espions pro-soviétiques qui pullule autour du Projet Manhattan. Il y aura en particulier le physicien allemand Klaus Fuchs, introduit par Zarubina, qui travaillera pour le NKVD  et qui jouira de l’entière confiance d’Oppenheimer. Elle introduira également l’espionne Maria Konnenkova auprès d’Einstein.

La suite des événements est difficile à décrypter. Ce qui est sûr, c’est que Zarubina n’est morte qu’en mai 1987 et son agent secret de mari en 1972. Une lettre de dénonciation était parvenue aux services secrets américains en 1943, qui amènera le rappel du couple à Moscou. Après enquête, lui sera déchargé de ses fonctions en 1948 « pour raison de santé », ce qui était plutôt inquiétant là-bas. Quant à elle… mystère. Mais peut-être ont-ils terminé leur existence comme des bourgeois bien tranquilles de la nomenklatura, qui sait ?