24/08/2010

« Une monnaie à l’effigie d’un ancien patriarche antisémite scandalise en Roumanie »

« L’ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, Mark Gitenstein, a vivement critiqué, lundi 23 août 2010, une décision de la Banque centrale roumaine de poursuivre la vente d'une monnaie commémorative à l'effigie d'un ancien patriarche orthodoxe aux vues antisémites, à l'origine de vives critiques de la part du Musée de l'Holocauste de Washington.

 

"Je suis très déçu par la décision de la Banque nationale de Roumanie de mettre à la vente une monnaie commémorative du patriarche Miron Cristea", a déclaré Mark Gitenstein. "Les actions de Cristea en tant que Premier ministre, tout particulièrement son rôle dans la révocation de la citoyenneté roumaine de plus de 225.000 juifs – ne peuvent être oubliées", a-t-il ajouté. »

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

 

 

11.jpgA la lecture de ce qui précède, on comprend qu’il convient de nettement relativiser le titre choisi pour annoncer cette nouvelle : cette monnaie scandalise-t-elle tant que ça en Roumanie ? Ou ne scandalise-t-elle surtout (et peut-être seulement) que l’ambassadeur américain en Roumanie, Mark Gitenstein, lui-même d’origine roumaine, ses grands-parents ayant émigré à la fin du XIXe siècle ? Petit amalgame discret, en passant.

 

Bref, ce qui est certain en tout cas, c’est que la Banque nationale de Roumanie ne s’est pas couchée devant les pressions et a maintenu sa position. Vous lirez toute l’histoire dans le lien ci-après. Miron Cristea fut le patriarche de Roumanie de 1925 à 1939 et le premier ministre du pays, alors une monarchie, de 1938 à sa mort, survenue en 1939. C’est vrai qu’il n’aimait pas beaucoup certains juifs et le site juif.org rappelle avec indignation cette phrase : "Le devoir du Chrétien est d'abord de s'aimer lui-même et de veiller à la satisfaction de ses besoins. Ce n'est qu'ensuite qu'il peut aider son voisin [...].  Pour quelle raison ne nous débarrasserions-nous pas de ces parasites [les Juifs] qui sucent le sang du Roumain chrétien'  C'est logique et saint de prendre des mesures contre eux."

 

Replaçons-nous quand même dans le contexte de l’époque avant de pousser des cris effarouchés: une révolution bolchevique récente en Russie, qui rêvait d’étendre ses bienfaits humanitaires à toute l’Europe de l’est. En attendant de le faire au reste de l’Europe. Et à la planète entière. Et même au cosmos, tant qu’on y était.  Force est de reconnaître qu’un nombre certain de juifs y furent particulièrement actifs, même s’ils ont tendance à zapper aujourd’hui lorsqu’on leur parle de la chose. Qui ose leur en parler d’ailleurs ? Donc, pour en revenir à notre patriarche, on peut imaginer ses craintes. D’ailleurs, il est mort à temps. Avant de voir les communistes s’emparer du pouvoir en 1945 et faire régner en Roumanie une terreur rouge dont on se rappelle aujourd’hui encore. Où s’illustra une certaine Ana Pauker, fille de rabbin, stalinienne pure et dure qui participa activement à la politique de collectivisation forcée imposée au pays. Et bien d’autres encore.

 

 

http://www.juif.org/blogs/26991,miron-cristea-raciste-et-antisemite-honore-par-la-banque-centrale.php

13/05/2010

UNE LETTRE ADRESSEE A LA CHARENTE LIBRE

Un correspondant m’adresse copie du courrier envoyé le 11 mai par le Pr Faurisson au quotidien La Charente libre. Ce courrier concerne l’épuration qui suivit la fin des hostilités, et qui, aujourd’hui encore, est fort peu évoquée. Un sujet qui reste tabou. Raison de plus pour en parler. Nous aussi, nous devons agir comme certains et ne pas craindre de rappeler, et rappeler encore, et rappeler toujours, certains faits :

« Robert FAURISSON   
11 mai 2010
Objet : L’Epuration en Charente

Monsieur le Directeur,

Dans votre livraison du 8 mai 2010, Ismaël Karroum signe un article intitulé "L'Epuration, les heures sombres de la Libération". Non sans raison il écrit: "A l'heure où l'on célèbre, ce 8 mai, les 65 ans de la reddition allemande les plaies de l'épuration et de la collaboration restent souvent taboues".

Me permettrez-vous, cependant, quelques réserves?
Ma première réserve concerne le cas de Françoise Armagnac. Celle-ci est née en 1918 à Saint Quentin-sur-Charente. Cultivatrice, elle a épousé Georges Pénicaut, cultivateur, le 4 juillet 1944, en l'église Saint-Pierre de Chabanais. Le lendemain de son mariage, elle a été fusillée par les communistes du "Maquis Bernard" à Bel Air, commune d'Exideuil-sur-Charente.

L'auteur de l'article précise d'abord qu'elle "a été abattue le jour de sa noce", ce qui est inexact, puis, plus loin, qu'elle a été "exécutée", "dans sa robe de mariée", le 5 juillet, c’est-à-dire le lendemain de son mariage, ce qui, cette fois-là, est exact. Il la nomme Françoise d'Armagnac et en fait une "châtelaine". Or Françoise Armagnac ne portait pas de particule à son nom; elle n'était nullement châtelaine et sa demeure, loin d'être un château, n'était qu'un chalet. Contrairement à ce qui se colportait alors, elle n'était pas "chef de centaine" (de la Milice armée) mais "cheftaine" (de guides). I. Karroum dit que, dans son journal intime, elle "évoque ses réunions à la Milice". Il est exact qu'elle s'est inscrite à la Milice (non armée) et qu'elle a été présente probablement à quatre réunions où, vu ses compétences de cheftaine, elle a été chargée de surveiller les enfants de ceux qui assistaient aux "séances de formation". Elle a démissionné de la Milice par lettre recommandée du 7 août 1943. D'après Robert Dumarrousem, responsable de la Milice à Chabanais, que j'ai interrogé après la guerre, elle aurait déclaré à ce dernier: "Vous exagérez dans vos attaques contre les juifs et les francs-maçons: ce sont aujourd'hui des gens pourchassés".

Ma seconde réserve porte sur Guy Hontarrède, qui nous est montré en photo. On nous vante ses "travaux de référence sur la Charente pendant la Seconde Guerre mondiale". Il se serait "plongé dans cette période avec la passion et la rigueur de l’historien". A mon avis, si l'auteur d' "Ami, entends-tu?", publié par l'Université populaire de Ruelle, manifeste quelque rigueur, ce serait celle d'un rouge épurateur plutôt que celle de l'historien. A propos de l'Epuration il ose affirmer: "A l’été 1945, ça n'intéresse plus grand monde." C'est oublier que, pendant des années après la guerre, toute une partie de la presse, en particulier chez les communistes, a réclamé et obtenu la poursuite de l’Epuration malgré des mesures d'amnistie. A lui seul, le général de Gaulle, de l'automne 1944 à janvier 1946, avait déjà refusé sa grâce à 768 condamnés à mort (Marc-Olivier Baruch, dans le "Dictionnaire de Gaulle", Paris, Laffont, 2006, p. 446) mais on peut dire que l'histoire de l'Epuration va de 1943 à 1958.

Enfin, il me semble que d'autres points de cet article gagneraient à être précisés ou rectifiés. Certains sont bénins (par exemple, les partisans du maréchal Pétain sont des "Vichystes" et non des "Vichyssois") tandis que d'autres points sont importants. A ce titre, je me permets de vous signaler sur le sujet de l’Epuration en Charente limousine deux de mes études datant de 1991 et que vous pourrez consulter aux adresses suivantes:

 
 
 La première porte pour titre: "Chronique sèche de l’Epuration. Exécutions sommaires dans quelques communes du Confolentais" et la seconde s'intitule: "Un monument de propagande ('Le Mémorial de la Résistance charentaise')".

En particulier au château de Pressac, près de Chabanais et Saint-Quentin, le "Maquis Bernard" (communiste) a fusillé ou tué sous la torture, en deux mois, près de 80 personnes dont Françoise Armagnac-Pénicaut. Les maquisards ont contraint deux miliciens, qu'ils avaient capturés, à fusiller Madame Besson, de Roussines, âgée de 22 ans, mère de deux enfants et enceinte de sept mois; son mari, chauffeur de car, venait d'être fusillé; l'un des deux miliciens, menuisier à La Péruse, un petit homme aux apparences parfois d'un simple d'esprit, m'a déclaré: "Après l'exécution de la mère, l'enfant bougeait encore; c'est depuis ce temps que je suis un peu simple". Ont été fusillés le même jour le général Nadal, de Chantrezac, et son fils, âgé de 22 ans; le gros arbre ayant servi de poteau d'exécution en cette circonstance et en d'autres n'a pu être vendu après la guerre car, percé de trop de balles, il ne pouvait être débité à la scie.

Madame Soury-Lavergne, de Rochechouart, a été fusillée pour avoir protesté contre l'exécution de son mari. En particulier à Cherves-Chatelars et à Jayat, situé dans la commune de Montemboeuf, le "Maquis Chabanne" (socialiste et gaulliste) a fusillé ou tué sous la torture, en un peu plus d'un mois, environ 50 personnes. Après torture, sept cultivateurs de la petite commune de Couture ont été fusillés: un père avec son fils, un autre père avec son fils, un homme avec son frère et, enfin, un septième homme; les cadavres ont été jetés dans un puisard et il a fallu aux familles 28 années de démarche pour obtenir leur exhumation. Des soldats allemands, faits prisonniers, ont été fusillés et, pour certains, leurs cadavres gisent encore aujourd'hui aux "trous de renard" près de l'ancien Moulin de Jayat; l'association des sépultures allemandes, avisée du fait et se rendant sur les lieux, a renoncé aux exhumations probablement à cause de pressions locales. Sept femmes ont été fusillées; l'une d'entre elles avait 77 ans; elle a été exécutée en même temps que sa soeur, âgée de 70 ans, et que l'époux de cette dernière, un infirme qui, avec ses deux béquilles, a dû gravir le raidillon menant au lieu d'exécution situé près du petit "camp de concentration" (sic) placé sous la responsabilité de l'ancien saint-cyrien Jean-Pierre Rogez. Quant à Albert Heymès, curé de Saint-Front, il est mort à Cherves des suites des tortures qui lui ont été infligées. Portant l'écriteau "Femme de curé", Joséphine Adam, sa servante, a été fusillée.

Quant au Mémorial de la Résistance charentaise, situé à Chasseneuil-sur-Bonnieure, il est un monument de propagande entaché de falsifications. Sur 2029 corps enterrés, 1843 sont ceux de soldats de la guerre de 1939-1940, la grande majorité d'entre eux étant des Nord-Africains, des Africains et des Indochinois. Seuls 186 corps sont ceux de Résistants. La crypte a été conçue pour abriter des corps de "fusillés, déportés, combattants tués face à l’ennemi" mais elle contient aussi des morts dans des accidents d’avion, de voiture ou de camion ainsi que des personnes mortes dans leur lit bien après la guerre, l'une d'elles en 1991.


La conclusion de l'article est sobre mais parlante. I. Karroum y cite Jacques Baudet, historien angoumoisin, né en 1946 à Saint-Claud; des années après la Libération, ce dernier était averti par ses parents: "T'as entendu mais tu dis rien". I. Karroum conclut à son tour: "Soixante-cinq ans plus tard, on en dit à peine plus." Votre journaliste n'a pas tort et, en un sens, l'esprit d'épuration continue de nos jours. Les dieux ont soif.
 

Recevez, je vous prie, Monsieur le Directeur, mes salutations
distinguées.    RF"

 

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LA GUERRE INCONNUE (Otto SKORZENY) - 5

180px-SkorzenyBW.jpg« Durst prononça une plaidoirie très documentée et en tout point remarquable, s’étonnant finalement qu’après de tels débats le procureur ait cru devoir demander une condamnation quelconque. En conclusion, le lieutenant-colonel McLure se tourna vers nous et déclara :

« Messieurs, si j’avais eu l’honneur de commander de tels hommes, j’en serais fier ! Nous demandons leur acquittement pur et simple ».

 

Durant les débats, le président avait visiblement soutenu l’accusation. L’acquittement ne devait faire aucun doute et cependant, il ne fut prononcé, le 9 septembre 1947, devant une salle archi comble, qu’après plusieurs heures de délibération. Les journalistes, photographes et radio-reporters se précipitèrent sur nous, accusés, dans un énorme tohu-bohu.

 

Je me dirigeais vers mes défenseurs pour les remercier lorsque le colonel Rosenfeld s’avança vers moi, la main tendue. Je ne suis pas d’un naturel rancunier et j’eusse volontiers serré la main d’un procureur acharné à servir la justice. Mais je ne pouvais croire en la bonne foi du colonel Rosenfeld. Il savait très bien que nous n’avions ni torturé, ni assassiné de prisonniers américains – ou autres -, que nous n’avions jamais eu l’intention d’attaquer le Q.G. d’Eisenhower, ni d’assassiner ce général ou un autre. Pourtant, il avait essayé de mêler l’action de la brigade blindée 150 au prétendu « massacre concerté » de Malmédy. Il avait suscité un témoignage erroné concernant l’emploi de « balles au cyanure » par mon unité durant la bataille des Ardennes. L’accusation avait même fait citer comme témoins à charge le fidèle Radl et Hunke ! Le colonel Durst avait protesté en vain :

« On prétend ainsi démontrer que les adjoints de l’accusé principal n’étaient pas d’accord avec leur chef ! »

 

En réalité, Radl et Hunke étaient apparus à la barre des témoins de l’accusation contraints et forcés. Radl répondit par monosyllabes non « coopératifs » aux questions de l’accusation. Quant à notre « Chinois », il se tut obstinément. Durant que le colonel Rosenfeld l’accablait de questions, il semblait vraiment être à Pékin ou à Tien-Tsin.

Mais sans les efforts obstinés de nos défenseurs, sans la déposition généreuse de Yeo-Thomas, nous eussions bel et bien été pendus, comme le furent le maréchal Keitel, le Generaloberst Jodl, Joachim von Ribbentrop, le Dr Seyss-Inquart, le Dr Kaltenbrunner, le Dr Alfred Rosenberg, le Dr Frick et quelques autres, dont les corps furent incinérés et les cendres jetées dans l’Isar.

 

« Les généraux vaincus ont été mis à mort. Si une autre guerre éclatait, devait dire le maréchal Montgoméry le 8 juillet 1948 à Paris, elle serait menée avec plus de férocité encore que la dernière, nul ne voulant être vaincu, c’est-à-dire pendu ! »

Nous étions acquittés, mais nous n’étions pas libres, nous autres les Waffen SS. Nous tombions sous le coup de ce décret des vainqueurs, devenu célèbre sous la dénomination d’Automatischer Arrest. C’est, je crois, le 11 septembre 1947 que la presse mondiale publia cette déclaration du colonel Rosenfeld : « Skorzeny est l’homme le plus dangereux d’Europe. »

 

Le lendemain, 12 septembre, j’apprenais que le Danemark et la Tchécoslovaquie demandaient mon extradition. Au bout de deux semaines, on constatait qu’il s’agissait « d’erreurs ». Quelques autres faux témoins furent par la suite démasqués. Je fus cependant renvoyé à Nuremberg, puis au camp de Darmstadt, pour y être « dénazifié ».

Je n’avais même pas eu l’autorisation de m’entretenir quelques instants avec le colonel Yeo-Thomas pour le remercier, ce que j’avais fait par lettre. Finalement, je reçus de lui un message disant :

« You did a jolly good job during the war ! (Vous avez fait un sacré bon boulot durant la guerre! …) Si vous avez besoin d’une planque, j’ai un appartement à Paris … Evadez-vous ».

 

Telle était bien mon intention. Trois années de détention me semblaient suffisantes. Je prévins le colonel américain commandant le camp de concentration que j’avais décidé de m’en aller. Il ne me crut pas. Mais deux heures plus tard, ce 27 juillet 1948, je m’installai – avec quelque difficulté – dans le coffre arrière de sa voiture. Le chauffeur allemand, qui allait faire des courses pour le commandant du camp, me fit innocemment franchir tous les barrages. J’avais choisi, moi aussi, la liberté".               

 

 

Je comptais arrêter là le récit de Skorzeny. Mais je m’aperçois que les quelques pages suivantes traitent de la « dénazification » en Allemagne. Elles vous intéresseront sans doute. Donc, nous continuerons encore un peu.

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11/05/2010

LA GUERRE INCONNUE (Otto SKORZENY) - 4

 

 

77.jpg« Alors commença pour nous un nouveau combat contre le désespoir et la mort. Sous la complète influence d’une propagande outrancière, nos vainqueurs étaient persuadés que nous étions tous d’effroyables criminels, de véritables monstres. Partout nous nous heurtions au mensonge, à la haine, à la volonté de vengeance à tout prix, à la bêtise aussi, et ce ne fut pas le combat le plus facile.

Nous étions dix officiers accusés, cinq originaires de l’armée, trois de la Kriegsmarine et deux des Waffen SS, tous ayant appartenu à la brigade blindée 150. Six m’étaient inconnus.

 

La presse allemande et internationale s’empara de l’affaire, qui fut assez bien orchestrée. Aussitôt, une demi-douzaine d’avocats allemands se déclarèrent prêts à nous défendre. L’un d’eux, mon compatriote le Dr Peyrer-Angermann, fameux avocat de Salzbourg, n’hésita pas à se faire arrêter pour pouvoir entrer au camp de Dachau avec un convoi de prisonniers allemands ; en effet, la frontière austro-allemande venait d’être rétablie et l’on ne pouvait la franchir. Aucun de ces avocats n’avait le moindre espoir de recevoir des honoraires, si modestes fussent-ils : nous ne possédions plus rien. Je les remerciai de tout cœur. Le Dr Peyrer-Angermann venait avec un dossier très complet sur mes activités en Autriche de 1930 à 1939, et l’on sentait qu’il était prêt à engager sa réputation et risquer sa carrière pour faire triompher une cause qu’il savait juste.

 

Par ailleurs, le tribunal avait agréé comme défenseurs des officiers de l’armée américiane. Finalement, nos avocats furent donc le lieutenant-colonel Robert D. Durst de Springfield (Missouri), le lieutenant-colonel Donald McLure d’Oakland (Californie) et le commandant Lewis I. Horowitz, de New York ; ce dernier était, je tiens à le préciser, de confession israélite. Ces trois officiers, après enquête et interrogatoires détaillés sur mes origines, mon existence passée à Vienne, mes états de service, se révélèrent parfaits défenseurs. Je tiens, ici, à les remercier une fois encore. Pour eux, nous n’étions plus des ennemis, mais des membres de la grande famille des combattants, calomniés et faussement accusés.

 

Le procès, qui dura plus d’un mois, commença le 5 août 1947. Auparavant, et durant trois longues journées, le colonel Durst, armé du dossier constitué par le procureur Rosenfeld, m’avait interrogé :

« Je vous préviens, m’avait-il dit, que je ne me chargerai de votre défense que si je puis connaître à fond votre existence et vos activités, avant et pendant la guerre ».

Je n’avais rien à cacher et, à la fin du troisième jour, il me tendit la main :

« Je suis persuadé de votre entière innocence, me dit-il, et je vous défendrai comme s’il s’agissait de mon propre frère. Cependant, je ne puis garantir une issue favorable à ce procès si la direction de la défense n’est pas confiée à un team leader, un chef d’équipe. De même, il me semble nécessaire que vous preniez seul la parole en votre nom, et au nom de vos camarades ».Le Führerprinzip qui avait été tant critiqué et avait finalement causé à l’Allemagne tant de malheurs, devait donc être appliqué ici aussi.

 

Le président du tribunal était le colonel Gardner, surnommé « the hanging Gardner » car il n’avait jusqu’ici prononcé que des peines de mort par pendaison. Le colonel Durst obtint cependant que, sur neuf membres du tribunal, tous colonels, cinq fussent remplacés par des officiers dont la conduite au front, me dit Durst, avait été très brillante.

 

On sait que le procureur Rosenfeld dut finalement retirer toute accusation d’assassinat ; il ne put retenir contre nous qu’un seul chef d’accusation : utilisation d’uniformes ennemis en dehors du combat proprement dit. Le colonel Durst n’avait pas à sa disposition les documents prouvant qu’Anglais et Américains avaient porté des uniformes allemands, comme nous l’avons montré ici. Mais on savait déjà qu’à Varsovie, le chef de l’insurrection polonaise, Bor-Komorowski, avait utilisé l’uniforme allemand. On savait que des Américains étaient entrés et avaient combattu à Aix-la-Chapelle en uniforme allemand. Il est vrai que le général Bradley envoya à ce sujet au tribunal une lettre dans laquelle il affirmait qu’il « n’avait jamais eu connaissance » de ce fait, qui est aujourd’hui bien établi. Apparemment, Bradley n’était pas très au courant de ce qui se passait au sein du groupe d’armées dont il était le chef. Peut-être fut-ce le souvenir de son arrestation par la M.P. le soupçonnant d’être « un Allemand déguisé », qui détermina chez lui une défaillance de mémoire, pour nous très fâcheuse.

 

Puis ce fut le coup de théâtre. On vit arriver à la barre des témoins le lieutenant-colonel de la R.A.F. Forrest Yeo-Thomas, « une des plus formidables personnalités dont pussent s’honorer les services spéciaux britanniques », écrit Charles Foley. Les décorations que l’on voyait sur la poitrine de ce magnifique soldat étaient suffisamment éloquentes : il n’avait pas besoin d’être présenté à la Cour. Il était bien connu des combattants de la Résistance française sous le nom de « Lapin blanc ».

 

Le colonel Rosenfeld fut déconcerté par la déposition du colonel de la R.A.F. qu’Eugen Kogon, dans son livre Der SS Staat, prétendait avoir été liquidé par les Allemands à Buchenwald. Il déclara que les membres de ses propres commandos avaient utilisé l’uniforme allemand, des véhicules allemands, et qu’en certaines circonstances, ses commandos « ne pouvaient pas faire de prisonniers ».

Le colonel Durst lui demanda s’il lui était arrivé « de prendre les papiers de prisonniers de guerre allemands ».

« Certainement ! Un prisonnier ne doit pas avoir de papiers sur lui. S’il en a, tant pis. »

Il ajouta : « Chef de commandos, j’ai été amené à étudier moi-même, et à fond, les opérations spéciales réalisées par le colonel Skorzeny et ses unités. C’est pourquoi je puis vous donner l’assurance que le colonel, ses officiers et soldats se sont, en toute occasion, comportés en gentlemen ».

 

A ce moment, je crus que Rosenfeld allait faire une attaque. Malheureusement, je ne pouvais serrer la main du loyal et généreux officier de la R.A.F. Il se leva et je dis quelques mots à mes camarades à voix basse : pour le saluer, nous nous mîmes au garde-à-vous.

Le colonel Durst fit connaître au tribunal que trois officiers américains s’étaient de même mis à la disposition de la défense. Leur témoignage, après celui de Yeo-Thomas, ne fut pas jugé nécessaire. Le président me donna la parole et, sur une carte murale, j’expliquai au tribunal, le plus clairement possible, le déroulement de l’opération Griffon. Au nom du ministère public, le colonel Rosenfeld me posa encore quelques questions, mais sur le ton le plus courtois. Ce qui ne l’empêcha nullement de demander au cours de son réquisitoire notre condamnation à mort : les représentants de la presse et de la radio qui avaient suivi les débats en furent étonnés ».

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10/05/2010

LA GUERRE INCONNUE (Otto Skorzeny) - 3

200px-otto-skorzeny.jpg« Au début de mars 1946, nous nous rendîmes compte qu’il se passait à Nuremberg quelque chose d’insolite. Le colonel Andrus avait mis le palais de justice et la prison en état d’alerte. La garde avait été triplée. On avait construit des barrages antichars devant les entrées principales ; des nids de mitrailleuses, protégés par des sacs de sable et des madriers, apparaissaient un peu partout. Dans les couloirs, on avait fabriqué de petits blockhaus avec des blindages de chars, derrière lesquels nos gardiens pourraient s’abriter et tirer pour repousser l’ennemi. Mais quel ennemi ?

 

C’est en vain que nous nous interrogions sur la signification de ces préparatifs guerriers, lorsque le Père Sixtus, sortant du mess des officiers où il avait déjeuné, m’en donna l’explication. Un général américain dont le Père ne voulut pas me dire le nom – car, lorsqu’il le fallait, il était la discrétion même – lui avait fait le récit suivant : « Des unités de francs-tireurs allemands motorisés avaient été repérées dans les environs de Nuremberg. Elles avaient pour objectif de réaliser un putsch sur la ville, de prendre la prison d’assaut et de libérer tous les détenus. Ces gens étaient d’autant plus dangereux qu’ils étaient commandés par le colonel Otto Skorzeny, celui-là même qui avait enlevé Mussolini et avait été bien près de kidnapper le général Eisenhower ».

 

« Mais, objecta le Père Sixtus, le colonel Skorzeny est ici, en prison, incarcéré depuis le mois de septembre de l’année dernière ! J’ai causé avec lui pas plus tard qu’hier …

-          En ce cas, déclara le général, vous pouvez être sûr qu’il s’agit d’un faux Skorzeny, car mes informations sont, je vous prie de le croire, extrêmement sérieuses. Nous allons tirer cette affaire au clair ».

Il en résulta pour moi quelques interrogatoires et contre-interrogatoires qui prirent parfois un tour guignolesque. Je pus enfin prouver que j’étais bien moi-même…

 

Lorsque je fus envoyé, quelques mois plus tard, au camp de Regensburg en Bavière, j’y rencontrai mon ancien officier radio qui me donna une explication de l’affaire. Au moment de la diaspora de l’Alpenschützkorps, il s’était démobilisé lui-même et avait finalement rejoint sa famille qui habitait Nuremberg. Lorsqu’il apprit par la presse que je me trouvais là en prison, il décida de me venir en aide et, si cela était possible, de me faire évader. Un plan fut étudié, parfaitement irréalisable d’ailleurs, et le bavardage d’un des conjurés provoqua l’arrestation de tout le groupe. Mais sans doute des indicateurs de police avaient-ils cru me reconnaître, circulant librement en Allemagne ; d’où la grande alerte, qui durait encore dans la prison quelques mois après mes interrogatoires.

 

Stars and Stripes, le journal des troupes américaines d’occupation, s’intéressait beaucoup à moi. Sous ce titre, Guarded like a cobra (Surveillé comme un cobra), un article illustré de ma photographie m’apprit un jour que j’avais déjà réussi à m’échapper quatre ou cinq fois, mais que j’avais été chaque fois repris. Je lus l’article dans mon lit, à l’infirmerie de Dachau où l’on m’avait opéré de la vésicule biliaire et où j’étais, en effet, « surveillé comme un cobra », car un garde partageait ma chambre nuit et jour.

 

J’avais été transféré au camp de concentration de Dachau en mai 1946. Je me retrouvai bientôt au camp de Darmstadt, puis à Nuremberg, et de nouveau à Dachau où je fis une grève de la faim pour protester contre ma détention en cellule solitaire et le traitement des prisonniers allemands en général.

Lorsqu’on parle du camp de concentration de Dachau, il faut bien s’entendre. Pour les isolés, les installations de l’ancien camp étaient relativement confortables. Tout condamné à la détention solitaire y disposait d’une chambre assez vaste (3,5 x 2,5 x 3 m environ), avec grande fenêtre, lavabo et toilette indépendante. Les Américains, dans l’enceinte du camp, construisirent une nouvelle prison avec cellules pour deux détenus de 2,5 m de long sur 1,40 m de large et 2,20 m de hauteur, pourvues d’une minuscule fenêtre à barreaux, et où nous devions nous laver dans les WC. On avait poussé l’amabilité à mon égard jusqu’à me donner pour compagnon de cellule un prisonnier de droit commun récidiviste, vieux cheval de retour, auquel je dus immédiatement faire comprendre qu’il devait filer doux. Je ne sais dans quel camp les Américains l’avaient découvert ; mais enfin il fallut d’abord lui apprendre à se laver.

 

Cependant, mon « droit co » n’avait pas la renommée de Jacob Gröchner, dit Jacob le Sauvage, - der wilde Jakob – qui se trouvait « au bon vieux Dachau » comme il disait, et jouait les fous. Doué d’une force herculéenne, il brisait brusquement tout ce qui lui tombait sous la main, mettait le feu à son lit, tordait les barreaux, grimpait sur les toits, etc. Je ne sais pourquoi, j’avais toute sa sympathie. Du plus loin qu’il me voyait, il vociférait : »Toujours la tête haute, mon colonel !... Ne pas reculer d’un pouce !... Vous avez raison !... En avant ! »

 

J’ai évoqué le procès qu’on nous fit à Dachau et qui se termina par un acquittement général. un de mes officiers d’intendance s’étant comporté assez vilainement durant les débats, le Sauvage déclara hautement que « les traîtres devaient être châtiés de façon exemplaire ». On ne prêta pas attention à son propos jusqu’au jour où Gröchner, armé d’une trique, laissa le malheureux intendant fort mal en point. J’eus toutes les peines du monde à prouver aux autorités américaines que le Sauvage avait agi motu proprio.

 

Finalement, les Américains l’envoyèrent dans une clinique, d’où il sortit pour être contacté, à Hanovre, par un service spécial tchèque, qui avait dessein de me « kidnapper ». Gröchner put me prévenir – bien que j’eusse changé de camp de concentration – que les Soviétiques voulaient réussir par la force ce qu’ils avaient manqué par la persuasion.

En effet, j’avais été interrogé à deux ou trois reprises, en novembre 1945 à Nuremberg, par un procureur russe, qui fut du reste d’une correction absolue. Au cours du dernier interrogatoire, il s’était établi entre le procureur et moi un intéressant dialogue :

« Il est tout de même surprenant, me dit-il, que vous n’ayez pas reçu votre nomination d’Oberfürher. Vous devriez être au moins général !

-          Je suis ingénieur et non militaire de carrière, vous savez ; et l’intrigue n’est pas mon fort.

-          - Je sais. Vous vous trouvez bien, ici ? Ce n’est pas très gai, cette prison.

-          Une prison n’est jamais gaie.

-          Je vois que nous nous comprenons. Il serait facile de vous faire appeler, dans les deux ou trois jours, par de hautes autorités, à Berlin. Une fois là-haut, vous pourriez faire choix d’une occupation en rapport avec vos grandes capacités.

-          Votre proposition part d’un bon naturel. Mais, bien que l’Allemagne ait perdu cette guerre, pour moi elle n’est pas terminée. Je n’ai pas combattu seul. J’ai reçu des ordres et je les ai fait exécuter par mes camarades, que je dois défendre. Je ne puis les abandonner dans la défaite et le malheur.

-          Je pense que vous avez des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Beaucoup de personnalités, qui étaient au-dessus de vous, n’ont pas même attendu d’être ici pour vous abandonner.

-          C’est leur affaire.

 

Il n’insista pas et les Américains, qui m’entreprirent ensuite, pas davantage. Je dois dire cependant qu’après mon évasion du camp de Darmstadt, en juillet 1948, je fus prévenu qu’une seconde tentative soviétique se préparait contre moi. A cette occasion, un officier de l’armée U.S., qui avait des pouvoirs municipaux, se conduisit en très chic type. Je ne l’ai pas oublié.

J’avais eu la ferme espérance d’être libéré au cours de l’été 1947. Je me faisais beaucoup d’illusions : fin juillet, un certain Rosenfeld, colonel de l’armée américaine et procureur, me donna lecture d’un document ahurissant : j’étais accusé d’avoir fait « maltraiter, torturer », puis d’avoir « fait exécuter « environ » une centaine de prisonniers de guerre américains » !

 

 

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09/05/2010

LA GUERRE INCONNUE (Otto Skorzeny) (2)

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 Intérieur dela prison de Nuremberg

 

 

 

« Des contrats d’édition furent conclus par intermédiaires. On me demanda des textes « publiables ». Je refusai. Cependant, certains détenus tapaient à la machine une bonne partie de la journée, soit pour la presse, soit pour l’accusation, ce qui revenait d’ailleurs au même.

 

Le général Warlimont et le besogneux Höttl, alias Walter Hagen, travaillaient, à leur défense sans doute, du matin au soir.

Le commentateur à la radio de Nuremberg avait, lui aussi, son réseau d’informateurs à l’intérieur de la prison. Il disait s’appeler Gaston Oulman et être citoyen d’une république sud-américaine. En réalité, il s’appelait Ullmann, comme tout le monde, et avait été en délicatesse avec la justice allemande avant la guerre.

 

Le trafic des autographes battait son plein. Sans vergogne, j’exigeais un paquet de cigarettes par signature. Mais comme, plus on était « dangereux », plus le tarif augmentait, j’ai connu au moins un individu qui n’hésita pas à se faire passer pour un redoutable criminel afin de s’assurer un séjour plus confortable. J’ignore si ses fausses confidences aux gardiens se retrouvèrent plus tard sur son acte d’accusation.

 

C’est à partir de ce moment que se créa la légende noire concernant les crimes les plus abominables, les plus écoeurants, dont le peuple allemand était collectivement tenu pour responsable. Cette notion de la responsabilité collective était basée sur le fait que 90% des Allemands s’étaient prononcés pour un homme qui avait voulu les réunir en une seule communauté, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

Ullmann et ses émules furent à l’origine de légendes atroces et fantastiques. Je ne veux parler que de ce que je connais : je fus accusé, on va le voir, de forfaits imaginaires, alors que le procureur du Tribunal militaire devant lequel nous comparaissions, mes camarades et moi, ne pouvait ignorer que ces accusations étaient sans fondement. Cependant, nous étions considérés a priori comme criminels. Au cours de cette guerre – et après – il y eut malheureusement trop d’épisodes horribles. Il était inutile d’en inventer.

 

Un crime reste un crime, même s’il est commis, pendant ou après la guerre, par le vainqueur. Peut-être serait-il temps, aujourd’hui – trente ans après la fin de la grande tragédie mondiale -, de considérer enfin ces problèmes avec toute l’objectivité nécessaire.

 

A Nuremberg, il n’était rien, et jusqu’à la gentillesse de l’aumônier catholique de la prison, le R.P. Sixtus O’Connor, d’où quelque péril ne pût sortir. Bien que l’ordre des Augustins auquel il appartenait descendît d’une société d’ermites, le Père n’avait rien d’un anachorète, au contraire. Il s’entretenait longuement avec les détenus, se montrait conciliant, amical, et défendait les prisonniers autant que le lui permettait le règlement d’Andrus. Il était irlandais, sa mère d’origine allemande, et certains détenus lui faisaient une cour assidue. Le Gauleiter Frank, Bach-Zelewski, le Gauleiter Bohle, Schellenberg et le mirobolant Höttl étaient parmi les plus zélés.

 

Les homélies du Père Sixtus étaient pleines d’allusions que chacun pouvait comprendre, car il ne se privait pas de critiquer ouvertement « le tribunal des hommes ». En novembre 1945, le jour des Morts, il prononça un sermon sur le sacrifice des millions de soldats allemands tombés à l’ennemi, qui lui fit honneur.

 

Des vainqueurs qui s’érigent en juges et tiennent les vaincus à leur merci disposent de puissants moyens de coercition : la détention d’abord, déprimante pour l’immense majorité des humains ; les privations diverses (ainsi nous n’eûmes l’autorisation de correspondre avec nos familles qu’à partir de février 1946) ; les interrogatoires dirigés ; la traduction tendancieuse, parfois jusqu’au contresens, des déclarations sous serment faites par les témoins ; la zizanie provoquée entre les accusés, les menaces, l’espionnage, les sévices.

 

Les « aveux » passés à Nuremberg, et généralement les dossiers d’une police politico-militaire ennemie du prisonnier interrogé, doivent être examinés avec beaucoup de circonspection par l’historien. Certains détenus ayant consenti à rendre de faux témoignages pour se sauver, je leur en fis le reproche. L’un d’eux, surtout, eut une attitude lamentable : « J’ai une femme, des enfants, me dit-il. Je ne pouvais faire autrement ».

 

D’autres détenus refusèrent de témoigner faussement. Le maréchal de l’Air Milch fit certifier devant témoins par son défenseur, le Dr Berghold, que de très fortes pressions avaient été exercées sur lui pour qu’il accablât le maréchal Goering. Le maréchal Milch et Me Berghold purent même alerter, à ce sujet, les délégués de la Croix-Rouge internationale. Ce fut difficile, et beaucoup de témoins, menacés d’être considérés comme accusés, n’eurent pas cette possibilité.

 

J’ai séjourné à trois reprises à la prison de Nuremberg : de septembre 1945 à mai 1946, en juillet et août 1946, puis en février et mars 1948. la troisième fois, je décidai de briguer un emploi. Dans toutes les cellules, les vitres avaient été remplacées par des panneaux de plastique transparent, fixés aux cadres des fenêtres par de petits clous ou des punaises qui se détachaient assez souvent. Je me présentai comme volontaire pour les reclouer.

 

Outre que je recevais pour la peine un paquet de tabac par semaine, j’avais ainsi la possibilité de pénétrer dans les cellules, de parler avec les camarades accusés, de faire d’intéressantes liaisons, d’encourager ceux dont le moral était tombé à zéro. Du même coup, je me donnais à moi-même du courage. Si les gardes intervenaient, je prétendais avoir demandé des nouvelles de la famille du détenu, etc. Du reste, je le répète, il existait entre les gardiens noirs de l’armée U.S. et nous, les parias, une véritable solidarité. Les « psychologues » commirent une grave erreur psychologique en nous faisant garder par des Noirs qui, en refusant de nous traiter comme des bêtes, donnèrent à Andrus de nombreuses leçons d’humanité.

 

Mais c’était, avant tout, le temps des juges. Dans la zone d’occupation britannique, on se livra à une gigantesque enquête concernant plus de 700 000 officiers et soldats allemands. On découvrit finalement 937 prisonniers suspects d’avoir violé les lois de la guerre. Les tribunaux militaires britanniques rendirent à leur sujet les verdicts suivants :

Condamnations à mort : 230

A la détention perpétuelle : 24

A la détention à temps : 423

Total : 677

Acquittements : 260

 

677 avaient donc fait une guerre jugée incorrecte par les vainqueurs, soit moins d’un sur mille.

En zone d’occupation américaine, on ne retint finalement, selon le rapport final du brigadier général Telford Taylor, que 570 militaires allemands tombant sous le coup de la fameuse loi n°10 [Cette loi autorisait les commandants militaires alliés à instituer des tribunaux chargés de juger les responsables de « crimes de guerre, crimes contre la paix et crimes contre l’humanité », tels que ces crimes étaient définis par la charte de Nuremberg].

177 seulement comparurent devant les tribunaux américains, avec les résultats suivants :

Condamnations à mort : 24

A la détention perpétuelle ou à temps : 118

Total : 142

Acquittements : 35

 

En zone d’occupation française, on arrêta plusieurs milliers de personnes. Sur place, les condamnations suivantes furent prononcées :

Condamnations à mort : 104 (62 exécutées)

A la détention perpétuelle : 44

A la détention à temps : 1 475

Total : 1 623

Acquittements : 404

 

Soit un total de 2 442 condamnés, sur plus de 10 millions de mobilisés, ou 0,024%.

 

En zone d’occupation soviétique, les exécutions sommaires dépassèrent 185 000. sur 4 millions de prisonniers allemands en URSS, à peine 30% revinrent à partir de 1945 ».

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08/05/2010

LA GUERRE INCONNUE (1)

77.jpgTel est le titre de l’autobiographie d’Otto Skorzeny, parue chez Albin Michel en 1975, l’année de son décès à l’âge de 67 ans. Il s’agit d’un ouvrage fort intéressant sous bien des aspects. Skorzeny raconte notamment sa détention à Nuremberg en 1945 et c’est cet extrait que je vous propose, en quelques épisodes.

 

Avant de commencer, voici en résumé ce que nous apprend Wikipédia sur ce personnage fascinant qui réussit  - c’est son plus beau coup -  à délivrer Mussolini prisonnier dans les Abruzzes:

 

« Durant l'été 1943, il reçoit comme consigne, d'Adolf Hitler en personne, de retrouver Benito Mussolini, alors emprisonné en Italie, et de le libérer. Dans le cadre de l'opération Eiche, il mène alors une enquête de terrain qui lui permet de repérer l'endroit secret où est emprisonné le Duce et organise secrètement sa libération. Le 12 septembre 1943 à 14h00 (7 heures après l'heure prévue), il délivre Mussolini de sa prison au sommet du Gran Sasso en Italie alors que ce dernier est emprisonné et surveillé par plusieurs soldats italiens qui ont reçu l'ordre de l'exécuter en cas de tentative d'évasion. Ceux-ci ne font pourtant rien pour l'en empêcher. La réussite de cette opération aéroportée est due à l'effet de surprise, mais aussi aux capacités techniques du Fieseler Fi 156 « Storch », un avion capable de décoller en moins de 70 m et de se poser en moins de 20 m, avec lequel Mussolini s'échappa avec lui, laissant sur place une vingtaine de soldats allemands du Kommando Skorzeny aux ordres de son adjoint Karl Radl. 

 

(…) À la reddition allemande en 1945, il est emprisonné pour ses activités nazies mais fut acquitté des charges retenues contre lui. Utiliser les uniformes des soldats ennemis est une action proscrite par les différents traités de guerre, mais il fut gracié car un officier anglais Forest Yeo-Thomas confirma, le dernier jour du procès de Skorzeny, que les Britanniques avaient eux aussi, auparavant, utilisé cette méthode pour infiltrer des prisons, en France, afin de délivrer certains des leurs. »

 

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Et maintenant, écoutons Otto Skorzeny :

 

« La prison de Nuremberg était un vaste bâtiment construit en forme d’étoile à cinq branches. De nombreux soldats noirs nous gardaient, notre chef geôlier, le colonel Andrus, pensant ainsi nous humilier. Je me suis toujours parfaitement entendu avec ces Noirs, qui surent se montrer beaucoup plus humains que les Blancs. Un grand diable de sergent noir, fort sympathique, devint mon ami et me glissa plus d’une fois quelques cigarettes ou du chocolat.

 

Durant les premières semaines, nous fûmes assez bien nourris. De vieux territoriaux allemands prisonniers, employés aux cuisines, faisaient ce qu’ils pouvaient, ce qui chagrina le colonel Andrus. D’origine vaguement lituanienne, il était américain d’assez fraîche date et haïssait tout ce qui était allemand. « Je sais, nous dit-il un jour, qu’on vous appelle les Krauts, les choux, parce que vous les aimez beaucoup. En conséquence, vous en mangerez tous les jours ». Il veilla à ce que la nourriture fût très mauvaise.

 

Il y avait aux cuisines – où il était parvenu à se faire affecter – un jeune ingénieur autrichien du ministère de l’Armement, je crois, qui s’appelait Raffelsberger ; il nous faisait porter des Knödels (boulettes de viande). Il fut le seul détenu qui réussit à s’évader de la prison de Nuremberg, alors qu’il était sorti en ville avec un détachement chargé du ravitaillement. Il fila en Amérique du Sud.

 

Je fus détenu d’abord dans l’aile des accusés. J’occupais une cellule en face de celle du maréchal Goering. Nous communiquions par signes, car il était formellement interdit de parler. Puis, un peu avant Noël 1945, je fus transféré dans l’aile des témoins. Nos cellules y étaient fermées la nuit et ouvertes le jour. Andrus avait édicté un règlement draconien selon lequel, lorsqu’il apparaissait, chaque détenu devait se tenir au garde-à-vous sur le seuil de sa cellule quinze pas avant qu’il ne passât et douze après qu’il fût passé. Trouvant cette prétention ridicule, je disparaissais dans la cellule la plus proche dès que son auguste personne était signalée par les aboyeurs. Il s’en aperçut et me convoqua :

« Donc, vous refusez de me saluer ? »

-          Je vous saluerais si j’étais ici traité en soldat. Je me refuse à le faire d’une manière servile. Je suis officier et non valet de pied.

-          Je puis vous punir d’un mois de cachot disciplinaire pour refus d’obéissance.

-          Vous pouvez faire ce que bon vous semble ».

 

Je crois que les officiers américains subordonnés à Andrus le haïssaient plus encore que lui-même ne pouvait nous haïr. Il y a quelques années, au cours d’un voyage aérien, je rencontrai l’un de ces officiers qui me reconnut et m’apprit que mon comportement à l’égard du colonel Andrus avait été, pour ses camarades et lui, un grand sujet de satisfaction.

L’attitude américaine répondait à un souci de « correction » apparente. Ainsi le colonel Andrus fit-il savoir que chacun avait le droit de lui présenter des réclamations. En fait, aucune plainte n’eut jamais le moindre résultat. Le général Halder, fort bien vu pourtant des Américains, devait en faire l’expérience. Comme il s’était permis de faire observer à nos geôliers qu’il avait été mieux traité dans le camp de concentration allemand qu’à Nuremberg, il eut droit à quatorze jours de mitard.

 

Certains ne purent résister. Outre le Dr Ley, le bon et brave Dr Conti, chef des services de santé du Reich, faussement accusé et calomnié, se pendit dans une proche cellule. Le général Blaskowitz se jeta par la fenêtre du troisième étage. Quant au maréchal von Blomberg, il mourut à l’infirmerie où il n’avait été transporté qu’à la dernière extrémité. J’avais réussi à dérober trois draps en allant aux douches, afin d’en donner un au maréchal, constamment alité. J’en avais donné un autre au vieux général autrichien von Glaise-Horstenau – il avait été aide de camp de l’empereur François-Joseph -, gardant le troisième pour moi.

 

Les suicides permirent à Andrus de prendre des mesures encore plus dures. Des fouilles surprises eurent lieu de jour ou de nuit. Nous devions dormir lumière allumée, tête découverte et tournée vers l’ampoule électrique. Si par malheur nous nous couvrions les yeux avec la couverture pendant notre sommeil, nous étions brutalement réveillés par la garde.

 

Lorsque le Reichsmarschall Goering se suicida au cyanure, plus tard, on fit une fouille générale de toutes les cellules. On découvrit chez le Generaloberst Jodl  trente centimètres de fil de fer, deux rivets aiguisés et une lame d’acier chez le maréchal Keitel, un flacon de verre chez Ribbentrop, cinq lacets noués chez le grand-amiral Doenitz.

 

Mais le pire, du moins pour moi, fut certainement l’atmosphère morale régnant dans la prison. L’espionnage continuel, les marchandages proposés aux plus faibles, les mouchardages, les délations, les fausses accusations, l’attitude servile de certains des accusés et témoins qui pensaient s’en tirer à meilleur compte – on le leur promettait et l’on tint parfois parole – s’ils se révélaient « coopératifs », tout cela eut sur mon moral les plus néfastes effets. Je passai bien près du geste qui eût permis à Andrus de sévir avec raison. »

 

Il n’était rien qui ne pût être utilisé contre nous, et qui ne l’ait été. C’est ainsi que nous fûmes « testés » par des « psychologues » aux titres incertains, M. Goldenson et le « professeur » G.M. Gilbert, qui m’examinèrent à plusieurs reprises. Nous dûmes subir des tests d’intelligence. Les grands triomphateurs furent le Dr Seyss-Inquart, le Dr Schacht et le maréchal Goering. Les Américains furent très étonnés de constater que, selon leurs propres critères, notre intelligence se révélait « très supérieure à la moyenne ».

 

Mais la besogne essentielle des « psychologues » était de renseigner les procureurs et de semer la discorde parmi les détenus. Ainsi me révéla-t-on obligeamment qu’Untel avait dit beaucoup de mal de moi, dans l’espoir qu’à mon tour je dirais du mal de lui et ferais quelque « révélation » pouvant être utilisée par l’accusation, ou au moins par la presse. Ce système ne réussit pas avec moi, mais réussit avec les plus naïfs et les plus faibles.

 

Les journalistes étaient friands de nouvelles sensationnelles, et il n’est pas étonnant que la presse internationale ait eu à publier à l’époque tant d’extravagances et de monstruosités, car plus les informations étaient fantastiques, mieux elles étaient payées. »

06/05/2010

« La terreur nazie mise sous verre à Berlin »

Tel est le titre de l’article suivant, paru dans Le Temps, de Genève :

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« Berlin inaugure aujourd’hui un musée là où la Gestapo et les SS avaient leur quartier général. Entre vestiges de l’horreur et documents, le public découvre les méthodes et la logique du régime hitlérien.

Un cube de béton planté au milieu d’un immense terrain couvert de ballast ferroviaire… De loin, le gris domine l’ancien quartier général de la terreur nazie. «Topographie de la terreur»… C’est le nom que les Berlinois ont choisi pour nommer l’innommable: les ruines de l’ancien Palais Prinz-Albrecht qui abritaient le siège des SS, de la Gestapo et des forces de police en plein cœur de Berlin. Le site longe la Wilhelmstrasse – l’ancien centre du pouvoir du Reich – les vestiges du Mur de la honte et le Martin Gropius Bau, un prestigieux bâtiment dédié aux expositions d’art symbolisant ainsi les aléas de l’histoire allemande. Aujourd’hui y sera inauguré un nouveau musée qui informera les visiteurs sur le fonctionnement impitoyablement efficace de l’appareil de persécution national-socialiste.

Le bâtiment de béton et de verre doublé d’un fin grillage métallique laisse étonnamment passer la lumière. «De n’importe quel point du bâtiment, on peut voir le site, insiste Andreas Nachama, le directeur de la Fondation Topographie de la terreur, qui gère les lieux. Le bâtiment s’efface devant le site, lui laisse sa place de principal objet de l’exposition.»

«Topographie de la terreur» abrite une rangée de caves à moitié éventrées, abritées d’un toit de verre. C’est ce qui reste des fondations du Palais Prinz-Albrecht, une ancienne école d’art édifiée au début du XXe siècle sur les plans de l’architecte Oskar Ossfeld, réquisitionnée par la Gestapo à partir de mai 1933, quelques mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir. C’est là qu’ont été conçus et mis au point les détails des plans de terreur et d’extermination nazis. Quinze mille opposants au régime ont été emprisonnés et torturés dans les caves du bâtiment.

«Après la guerre, les Berlinois ont vite oublié cet épisode, explique Andreas Nachama. Le Palais Prinz Albrecht avait été rasé par les bombes. Puis il y a eu le Mur, qui passait directement ici. Pour les Berlinois de l’Ouest, c’était le bout du monde, un cul-de-sac. Ce n’est qu’en 1983 que des citoyens ont commencé à s’interroger sur le lieu, se demandant comment rappeler ce qui s’était passé ici. C’est comme ça qu’est née la Fondation Topographie de la terreur.»

L’idée d’un musée s’impose rapidement. Une petite exposition temporaire à ciel ouvert voit le jour, en 1987. Le temporaire va finalement durer 23 années de déboires en tout genre: financiers, architecturaux, politiques… Un premier projet de musée, selon les plans de l’architecte suisse Peter Zumthor, a enthousiasmé municipalité et fondation. Face à l’explosion inattendue des coûts (38 millions d’euros au lieu des 38 millions de marks prévus), la municipalité décide un gel du projet en 2004 et l’Etat fédéral hérite du dossier. Deux escaliers du projet Zumthor, déjà construits, seront finalement détruits. Le projet redémarre de zéro.

La réalisation du musée est finalement confiée à l’architecte allemande Ursula Wilms, qui livre un projet nettement moins spectaculaire que celui de Zumthor mais a le double avantage de respecter les délais (une inauguration avant le 8 mai 2010) et le budget (20 millions d’euros) imposé.

Le nouveau musée abrite 800 mètres carrés d’une exposition destinée à faire comprendre «ce qui est sorti de cet endroit, précise Andreas Nachama, historien, rabbin et ancien président de la Communauté juive de Berlin. Il s’agit de comprendre comment la terreur nazie est partie d’ici pour se répandre dans toute l’Europe». Une série de panneaux (textes et photos) relate en cinq chapitres «comment en 120 jours les nazis ont mis fin à la démocratie au profit d’un régime dictatorial», qui étaient les SS et les membres de la Gestapo («des avocats, des médecins, des personnes cultivées, et pas du tout des brutes cherchant à en découdre comme on le pense trop souvent»), et comment la terreur s’est répandue sur l’Europe au rythme des annexions. Le bâtiment abrite également une bibliothèque de 20 000 livres sur le nazisme et un centre de conférences.

Par ailleurs, le principe de l’itinéraire extérieur est préservé: un chemin de 15 stations relate à l’aide de tableaux explicatifs l’histoire du site, menant de ce qui reste des fondations du Palais Prinz-Albrecht à une petite forêt de robiniers, qui a poussé là, au fil des ans.

«Topographie de la terreur» est le troisième site (aux côtés du Mémorial de l’Holocauste inauguré voici cinq ans et né d’une initiative privée et du Musée Juif) dédié au cœur de Berlin aux victimes du nazisme. «La particularité de ce lieu est qu’il est le seul à se trouver sur un emplacement historique, précise Andreas Nachama. Ici, c’est un endroit pour apprendre. Ce n’est pas un mémorial.»

 

 

Source : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/15a87dd2-5886-11df-b657-eeefaea2bba8|0

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