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31/05/2007

IL FAUT DEGOMMER PAUL GOMA

32027951b29a8b717038f14d9b00699f.jpgLe  Monde a publié le 29 mai, sous la plume de Mihaï Dinu Gheorghiu, un article intitulé L’honneur perdu d’un dissident roumain s’indignant de ce que l’écrivain roumain Paul Goma ait été nommé « citoyen d’honneur » de la ville de Timisoara, et en appelant à l’Etat français et à l’Europe. Pourquoi une telle indignation ? C’est que Paul Goma a commis un crime épouvantable. Le pire qui se puisse commettre sous la voûte des cieux. J’ose à peine l’évoquer, mais enfin, à demi-mot, je vous le glisse. Tâchez de ne pas l’ébruiter. Il serait antisémite. Incroyable ! Encore un !

Tâchons de débrouiller cette histoire roumaine compliquée. L’accusateur, d’abord : Mihaï Dinu Gheorghiu est sociologue, professeur à l'université de Iasi et membre de l'Institut Elie-Wiesel de Bucarest.  Il a la double nationalité française et roumaine et vit en France.

L’accusé est Paul Goma, né en 1935, écrivain roumain et dissident anti-communiste. Lui aussi vit en France où il est réfugié politique depuis 1977. Et apatride, puisque la Roumanie lui a retiré sa nationalité et qu’il n’a pas souhaité devenir français.

Dans son désir d’honorer ce citoyen courageux, qui a connu les geôles et la torture de la Securitate, la mairie de Timisoara, circonstance aggravante, n’a pas péché par ignorance. Elle connaissait parfaitement les écrits « antisémites et négationnistes » de Paul Goma. D’ailleurs, la lettre détaillant les raisons qui l’ont amenée à lui offrir cet honneur comporte le paragraphe suivant :

"En 2002, Paul Goma écrit l'essai La Semaine rouge 28 juin-3 juillet, ou la Bessarabie et les juifs. Dans cet ouvrage, l'auteur présente les atrocités commises par la population non roumaine (dont aussi des juifs) pendant la retraite des troupes et de l'administration roumaine de Bessarabie et de Bucovine, après les ultimatums soviétiques de juin 1940 (le pacte germano-soviétique attribuait une partie de l'est de la Roumanie à l'URSS - partie qui fut occupée jusqu'au déclenchement de l'offensive de l'Axe contre l'Union soviétique). L'explication de l'auteur pour la fermeté avec laquelle le régime Antonescu avait puni les juifs, après le 22 juin 1941 (date de l'entrée des troupes allemandes et roumaines en URSS, les populations juives étaient accusées d'avoir sympathisé avec les Soviétiques), est fondée sur la vengeance pour les faits condamnables de l'année précédente. Paul Goma milite en même temps pour que les juifs assument la responsabilité de leurs crimes commis contre les Roumains et il se prononce contre la falsification (distorsion) de l'histoire avec l'intention de faire un mythe exclusif d'un génocide contre les seuls juifs avec des objectifs politiques (de domination), économiques (extorquer des fonds) et de culpabilisation de toutes les autres nations, non juives, sans une analyse de leurs propres actions criminelles anti-roumaines, soutenues et approuvées par la quasi-totalité des cercles juifs. Entre 2002 et 2005, cet essai a connu plusieurs versions. (...)"

Reconnaissez qu’il y va fort, Paul Goma. Et qu’il faut le dégommer en vitesse, avant qu’il ne donne des idées à d’autres. D’ailleurs, la communauté juive roumaine et l’ambassade d’Israël à Bucarest ont officiellement protesté, elles aussi.

ba492ec21458c2fca07b4973a6b3b8e3.jpgEn fait,  l’histoire est encore plus compliquée qu’il n’y paraît et a, comme toujours, des racines plus lointaines. L’an dernier, en avril 2006, le gouvernement avait créé une commission, dite commission Tismaneanu, chargée de procéder à des investigations au sujet des exactions commises par les communistes en Roumanie. Bonne idée, non ? Sauf que le président de cette commission, Vladimir Tismaneanu, n’était pas n’importe qui. Ses parents étaient tous deux juifs, communistes et vétérans de la guerre civile espagnole. Son père occupait la chaire de marxisme-léninisme à l’université de Bucarest. Dans ces conditions, Vladimir Tismaneanu était-il la personne la plus qualifiée pour enquêter sur les crimes du communisme en Roumanie ? C’est une bonne question qu’on a fini par se poser même là-bas et les conclusions de la commission, rendues en décembre 2006 – ça a été du travail rapide, pas comme le procès dont nous parlions hier – sont légèrement controversées.

D’ailleurs, Paul Goma y avait fait un tour, à cette commission. Pas longtemps. 9 jours. Il s’était rapidement fait éjecter. Une polémique l’avait opposé à Tismaneanu qu’il estimait incapable d’être impartial en cette affaire, ayant été élevé dans la nomenklatura. Et il avait rappelé que son père, Leonte Tismaneanu, avait été “l’un des principaux agents du communisme en Roumanie, et l’un des plus féroces ».

30/05/2007

AUSCHWITZ, LE PROCES DE FRANCFORT

4ba50a0ea8be1a37e6db0a7ff7890cf1.jpgJe ne veux pas me transformer en chroniqueuse télé, mais je dois reconnaître qu’en ce moment la moisson est riche. Hier soir – après le couplet admiratif sur le général Luo, héros de la Chine communiste – la chaîne câblée Histoire proposait à l’exécration des foules Auschwitz, le procès de Francfort : à Francfort, en décembre 1963, 350 témoins de 19 pays témoignent pendant vingt mois contre les tortures subies dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz.

Que les choses soient claires. Je n’ai aucune sympathie pour les sadiques nazis qui ont opéré à Auschwitz. Je n’en ai pas davantage pour les brutes bolcheviques qui ont opéré ailleurs. Je suis simplement fatiguée de voir éternellement les mêmes montrés du doigt et les mêmes escamotés, c’est tout. Et je considère qu’il y aurait, hélas, matière à bien d’autres procès intéressants et instructifs de l’autre côté de l’échiquier politique.

Pour en revenir au procès de Francfort, il permit, paraît-il, de faire découvrir au monde absourdi jusqu’où pouvait aller la haine d’autrui. Mouais… Dans ce cas, c’est qu’il n’avait guère été curieux jusque là, le monde… Et il continue d’ailleurs, comme si de rien n’était.

Ce fut en tout cas, juste après celui d’Eichmann (jugé à partir d’avril 1961, pendu en 1962), un procès à grand spectacle devant 150 journalistes venus du monde entier. Parmi les 211 survivants d’Auschwitz qui vinrent témoigner, figuraient 3 survivants des Sonderkommandos (SK), équipes de détenus juifs chargés de brûler les corps des victimes.

Il s’agissait de Milton Buki, affecté aux SK de décembre 1942 à l’évacuation du camp. Il vivait à Los Angeles au moment du procès et mourut en 1988. De Filip Müller, affecté aux SK également de 1942 à l’évacuation. Et de Dov Paisikovic affecté, lui, de mai 1944 à l’évacuation. Il vivait en Israël et mourut lui aussi en 1988.

Dans leur malheur, il faut reconnaître que ces témoins eurent quand même de la chance car il est généralement admis que les SK étaient systématiquement liquidés au bout de quelques semaines. Il faut donc admettre qu’il y eut des exceptions. Comme celle, d’ailleurs, de Shlomo Venezia, que j’évoquais en avril dernier au moment de la parution de son livre.

Si la tenue du procès de Nuremberg en 1945-46 dut beaucoup à l’opiniâtreté du Congrès Juif Mondial, le procès de Francfort dut énormément à celle du procureur général de Hesse, Fritz Bauer. Plus jeune juge d’instance d’Allemagne sous la République de Weimar, il sera démis de son poste en 1933, cumulant la double « tare » d’être membre du parti social-démocrate et juif. Il émigrera au Danemark en 1936 et rentrera en Allemagne en 1949 où il reprendra sa carrière juridique.

« Mais c'est également dans la lutte contre l'extrême-droite que Fritz Bauer intervint régulièrement. Un exemple a été son intervention lors d'une session organisée par les organisations de jeunesse de Rhénanie-Palatinat en octobre  1960. Son texte, intitulé  Les racines de l'action fasciste et national-socialiste  avait été imprimé pour être distribué dans la jeunesse. Le ministre des Cultes du Land interdit cette distribution dans tous les établissements d'enseignement classique et professionnel de son ressort. Bauer, dans la même logique, prit également position contre les phénomènes de xénophobie et l'antisémitisme latent en Allemagne. Inutile de dire qu'il dut subir de façon presque continue insultes et menaces. Il restera, sans aucun doute, une des grandes figures de la démocratie allemande en création. Le fait qu'il ait été initiateur du Procès Auschwitz de Francfort restera parmi ses mérites, et certainement non le moindre. » (source : www.fndirp.asso.fr )

C’est la plainte, en 1958, d’un ancien détenu d’Auschwitz qui lancera l’affaire. Dans un premier temps, elle ne rencontrera guère d’écho auprès du procureur général de Stuttgart. C’est le procureur Bauer qui prendra une relève énergique. Il choisira les juristes chargés de débrouiller ces dossiers compliqués. Il s’agira ensuite de réunir les preuves. Le Conseil central des juifs en Allemagne lancera un appel à témoignages et proposera un questionnaire. Finalement, plusieurs années vont s’écouler avant que le procès ne s’ouvre enfin, en 1963. Des plusieurs centaines de « coupables » originellement pressentis, 24 restèrent, dont 20 furent effectivement jugés.

Leur fonction au camp était des plus variées, d’adjoint au commandant en chef au kapo de base. Les peines le furent également : 6 seront condamnés à perpétuité pour meurtres, 11 auront des peines de prison allant jusqu’à 14 ans, 3 seront acquittés.

28/05/2007

Le général Luo, alias Jacob Rosenfeld : un héros de la Chine communiste

b9cc91079cd4ecafb69eeb66ad5003a9.jpgDécidément, les programmes de télé sont une source remarquable de (dés)information. Avant-hier soir, la chaîne cryptée Histoire proposait L’étonnant destin du général Luo : L’incroyable parcours du chirurgien juif autrichien Jacob Rosenfeld, qui devint un héros de la Chine communiste, retracé grâce à son journal de bord.

Alléchant, n’est-ce pas ? Je n’ai pas tardé à trouver un autre résumé plus explicite et encore plus flatteur : Ce documentaire retrace le parcours hors du commun de l'Autrichien Jacob Rosenfeld, alias " général Luo ", héros de la Chine communiste, mort à Jérusalem en 1952. En 1939, ce chirurgien juif fuit l'Autriche et les persécutions nazies pour s'installer à Shanghai. C'est là qu'il s'engage, en 1941, aux côtés des révolutionnaires du Parti communiste chinois. Ses talents de chirurgien et d'organisateur le rendent bientôt indispensable à l'armée populaire et à Mao Tsé-Toung, dont il deviendra l'un des plus proches. En 1945, il est nommé général, responsable de la santé des armées et de toutes les zones libérées. Parmi les Occidentaux ayant combattu dans les armées de Mao, il est le seul à être monté aussi haut dans la nouvelle hiérarchie politique et militaire. Plus tard, il sera ainsi ministre de la Santé du premier gouvernement communiste.

A grand renfort d'images d'archives et de témoignages, ce destin extraordinaire est relaté en compagnie du professeur Kaminski, qui retrouva, en 2001, le journal de bord - vainement recherché jusqu'alors - du général Luo. Ce dernier y a scrupuleusement décrit les étapes de la Longue Marche, au terme de laquelle il pénétrait, en 1949, dans Pékin, entrant en même temps dans la légende...

Bon, on ne va pas pinailler pour quelques détails. Il ne s’est pas enfui en 1939 de Dachau, au moment de l’Anschluss, il a tout bêtement été libéré à condition de quitter le pays dans les deux semaines. Il s’embarque derechef pour Shangai qui ne réclamait pas de visas aux juifs (pour quelle raison ? on ne nous le dit pas), où il retrouve 25 000 coreligionnaires dont on peut supposer a priori qu’ils n’étaient pas hostiles au communisme.

Contacté par le Komintern, il ne tarde pas à faire la brillante carrière décrite plus haut. Je constate en tout cas que s’il est définitivement interdit d’être un « héros » de l’Allemagne nazie, on a toujours parfaitement le droit d’être un « héros » de la Chine communiste. Tant pis pour les dizaines de millions de morts laissés sur le bord de la longue marche par le Grand Timonnier. On n’y peut rien, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

6ba9dcb5d645c5cc12c7e272d6b426d8.jpgRaison de plus pour rappeler quelques faits laissés dans l’ombre sans doute par distraction: ces années de guerre civile et de guerre contre les Japonais, qui se termineront par l’avènement de la République populaire de Chine en 1949, sont marquées, déjà,  par des massacres et des horreurs sans nom.  Une période de terreur particulière va s’abattre notamment sur le pays en 1943 – purges, tueries, abjectes autocritiques, victimes enterrées vivantes par milliers, cannibalisme – sous la férule d’une bête féroce nommée Kang Sheng, formée par le NKVD soviétique.

Mao fut l’un des pires criminels de l’histoire, l’idéologue d’un communisme utopique et totalement déshumanisé. Si l’on ne peut pas être un héros de l’Allemagne nazie, alors, à plus forte raison ne peut-on pas être un « héros » de ce régime qui ne fut qu’une gigantesque machine à broyer des dizaines de millions d’êtres humains. Et je réclame pour tous la même opprobre ou le même acquittement.

D’ailleurs, voyez la différence de traitement encore et toujours recommencée. Je me demande même si les journalistes s’en rendent encore compte, tellement c’est caricatural. Je suis en train de lire 7 ans d’aventures au Tibet, d’Heinrich Harrer. Cherchant à en savoir plus sur l’auteur, sur quoi suis-je tombée ? Sur un petit article du Monde publié lors de son décès, l’an dernier en Autriche, à l’âge de 93 ans. Le voici : Ancien nazi, vainqueur de la face nord de l'Eiger, il était devenu le précepteur du dalaï-lama au Tibet. L'alpiniste autrichien Heinrich Harrer est mort samedi 7 janvier à l'âge de 93 ans à l'hôpital de Friesach, dans sa région natale de Carinthie. Il était le dernier survivant des quatre pionniers de la face nord de l'Eiger, dont l'ascension, en juillet 1938, reste une date marquante de l'histoire de l'alpinisme. En 1997, l'adaptation hollywoodienne de son best-seller, Sept ans d'aventures au Tibet, avait fait remonter à la surface un passé bien caché : l'engagement nazi de ses années de jeunesse. Heinrich Harrer est né le 6 juillet 1912 à Knappenberg en Carinthie.

Eclairant, non ? Et pourtant, c’était un sacré bonhomme. Qui devait valoir Jacob Rosenfeld.

27/05/2007

SCANDALE DANS LA FAMILLE : QUAND UN ANCIEN PRESIDENT DES USA MET LES PIEDS DANS LE PLAT

b710c8e05b0d854c461d03956151a20b.jpgPuisque nous évoquons un certain nombre d’ouvrages politiquement incorrects d’origine américaine, il serait dommage de passer sous silence celui de Jimmy Carter dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas passé inaperçu, en décembre dernier. Il a même déclenché fureur et polémique aux USA et en Israël. Sous le titre Palestine : Peace not apartheid (Palestine : la paix, pas l’apartheid) l’ancien président démocrate des Etats-Unis de 1977 à 1981, prix Nobel de la Paix 2002, n’a en effet pas mâché ses mots :

Le livre décrit l'abominable oppression et les persécutions dans les territoires palestiniens occupés, le rigide système de laissez-passer et la ségrégation stricte entre citoyens palestiniens et colons juifs en Cisjordanie (...) De bien des manières, c'est plus oppressant que quand les Noirs vivaient en Afrique du Sud au temps de l'apartheid, a-t-il déclaré.

Presque pour lui donner raison, au moment même où il défendait son livre, Israël interdisait à une mission officielle de l'ONU - menée par Desmond Tutu, évêque sud-africain récompensé en 1984 par le Prix Nobel de la Paix précisément pour sa lutte contre l'apartheid - d'enquêter sur le massacre commis par l'armée israélienne à Beit Hanoun (Palestine), où 19 civils palestiniens ont été tués en novembre 2006.


43253f5b589174cbdc7bfeb5b0971ac7.jpgPrincipal artisan des accords de Camp David qui scellèrent la paix entre Israël et l'Egypte en 1978, Jimmy Carter n’a jamais cessé depuis sa présidence de suivre l'évolution du processus de paix israélo-palestinien. Il en retrace toutes les étapes dans ce livre qui est également le fruit de ses trois missions d'observation des élections tenues en 1996, 2005 et 2006 dans les Territoires palestiniens.

 

Imputant l'impasse actuelle à l'ensemble des parties, il se montre cependant le plus critique à l'égard d'Israël, qu'il estime principal responsable de la durée de ce conflit né en 1948 avec l'installation de l'Etat juif sur les terres palestiniennes et qui a déjà coûté des dizaines de milliers de morts (en matière de décompte macabre, on estime à 20 le nombre de palestiniens morts pour 1 israélien). Pour Jimmy Carter, Israël, par son occupation coloniale et militaire des territoires palestiniens, sa confiscation avec l'accord tacite de l'administration Bush des régions les plus intéressantes stratégiquement et économiquement, son mur de béton construit le long de la frontière avec la Cisjordanie, ses restrictions mises à la liberté de circulation des Palestiniens, ses destructions massives de maisons, son blocus économique, ses assassinats ciblés relevant du terrorisme d'Etat, sans parler de l'arrogance de ses dirigeants coupables de crimes contre l'humanité restés impunis, se révèle au final le principal acteur responsable de la violence et du désastre géopolitique.


Comme on peut s’en douter, la publication de Palestine : la paix pas l'apartheid a suscité une levée de boucliers immédiate des très influentes organisations juives aux Etats-Unis. Et les grands médias néo-conservateurs du pays, farouchement pro-israéliens pour la plupart, n'ont pas manqué de dresser le procès en sorcellerie de l'ancien locataire de la Maison-Blanche qui se retrouve accusé d'indécence, de gâtisme et d'antisémitisme (façon Raymond Barre. Détail amusant : ils sont nés tous les deux en 1924, une bonne année). Une pétition a même été lancée par le Centre Simon Wiesenthal, l'un des principaux groupes mondiaux de défense des intérêts juifs, contre ce nouveau porte-parole virtuel de la cause palestinienne à qui il entend rappeler que la vraie raison pour laquelle il n'y a pas la paix au Proche-Orient est le terrorisme et le fanatisme perpétuel des Palestiniens. Ben, tiens !

En dépit de ces violentes attaques, Jimmy Carter estime que son objectif initial est atteint. Pour lui il était primordial de casser le tabou et de créer enfin un débat sur la politique d'Israël car, jusqu'à présent, une véritable chape de plomb étouffe la question aux Etats-Unis : Il y a dans ce pays une formidable intimidation qui réduit nos concitoyens au silence, a-t-il déclaré, ajoutant que ce silence était le fait non seulement d'individus ou de personnes candidates à des fonctions électives mais aussi des médias. Devant la puissance médiatique du lobby pro-israélien il estime qu'il est actuellement suicidaire pour les parlementaires américains de défendre une position équilibrée entre Israël et la Palestine, de suggérer qu'Israël doit se conformer aux résolutions internationales et de parler de justice et de droits de l'homme pour les Palestiniens.

J’ai été traité de menteur. J’ai été traité d’antisémite, j’ai été traité de bigot, j’ai été traité de plagiat, j’ai été traité de lâche. Si elles peuvent parfois m’affecter personnellement, ces accusations n’affectent en rien le caractère factuel et nécessaire de mon livre.

Un Américain décidément bien sympathique.

Source : www.republique-des-lettres.fr

26/05/2007

QUAND L'AMERIQUE ABANDONNAIT LES JUIFS...

d8f276cbee9f0beb8bbf1fd837083165.jpgJ’évoquais hier l’ouvrage de l’historien américain David S. Wyman L’abandon des juifs – les Américains et la solution finale. J’y reviens aujourd’hui, avec plus de détails, car il s’agit d’un ouvrage essentiel, dont la traduction française est parue il y a tout juste 20 ans.

Ce livre constitue quasiment un réquisitoire contre Roosevelt et la communauté juive américaine de l’époque, que l’on serait bien inspiré de lire ou de relire afin d’avoir là aussi une vision un peu moins manichéenne des événements de la seconde guerre mondiale. Les organisations juives américaines d’aujourd’hui, si promptes à stigmatiser, à dénoncer tous les « antisémites » réels ou imaginaires de la planète, en un mot à instrumentaliser pour le compte d’Israël une tragédie qui se déroula loin de leur sol, pourraient commencer par se pencher sur leur propre passé et leur responsabilité avérée dans le non sauvetage des juifs d’Europe. Car ce livre démontre clairement que, bien que riches et influentes, elles ne se mobilisèrent guère pour venir en aide à leurs frères, généralement modestes, persécutés de l’autre côté de l’Atlantique.

Dans sa préface à cet ouvrage, Elie Wiesel ne peut que le constater également: "Les juifs furent bel et bien abandonnés. Livrés aux bourreaux, ils ne purent compter sur personne. Pas même sur leurs frères qui vivaient librement en Amérique. Constatation triste et révoltante: les grandes organisations juives, les grandes figures de la communauté juive n'avaient pas voulu ou n'avaient pas pu forger un front unique de sauvetage." Un peu plus loin, il s’interroge : "Comment expliquer la quasi indifférence d'un Franklin D. Roosevelt à l'agonie du judaïsme européen ? Comment justifier la politique anti-juive de certains hauts fonctionnaires du Département d'Etat ? Comment comprendre la passivité et le manque de perspicacité de la plupart des dirigeants juifs en Amérique?"

En réalité, bien que les nouvelles concernant les persécutions aient évidemment été connues à haut niveau en Amérique, un grand nombre de considérations interféraient et notamment, la perspective d’instaurer un Etat juif dès après la guerre, qui occupait prioritairement les organisations juives, massivement sionistes.

"La réaction de l'Amérique en face de l'Holocauste fut le résultat de l'action et de l'inaction d'un grand nombre de personnes. Au premier rang se trouvait Franklin D. Roosevelt, qui ne prit, pour aider les juifs d'Europe, que des mesures extrêmement limitées. S'il l'avait voulu, il aurait pu, en s'exprimant clairement sur ce sujet, faire naître dans le public un grand mouvement d'opinion favorable à un vital effort de sauvetage. A défaut d'autre chose, quelques déclarations présidentielles énergiques auraient fait sortir de l'obscurité les nouvelles de l'extermination et les auraient mises au premier plan de l'actualité. Mais il ne parlait que très peu de ce problème et ne fit pas du tout du sauvetage l'une de ses priorités."

Cinq millions de juifs, souvent fort riches et influents, vivaient aux Etats-Unis à l’époque. "Felix Frankfurter, juge à la Cour suprême, eut régulièrement accès à Roosevelt durant toute la guerre et exerça une influence discrète mais efficace dans plusieurs secteurs de l'activité gouvernementale. Il usa de ces contacts pour appuyer un grand nombre d'orientations et de projets politiques, mais le sauvetage ne fut pas l'un d'entre eux."

"Des sept juifs siégeant au Congrès, seul Emmanuel Celler exhorta constamment le gouvernement à entreprendre des actions de sauvetage. De temps en temps, Samuel Dickstein participa au combat. Quatre d'entre eux ne soulevèrent que très rarement la question. Quant à Sol Bloom, il se rangea toujours aux côtés du Département d'Etat (…) Dans l'ensemble, les intellectuels juifs se montrèrent aussi insensibles que les non juifs. Pour prendre un exemple parmi beaucoup d'autres, Walter Lippmann, un éditorialiste extrêmement influent qui traita de pratiquement toutes les grandes questions de l'heure, n'écrivit jamais rien à propos de l'Holocauste."

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25/05/2007

UNE (PETITE) BRECHE DANS LE MANICHEISME AMBIANT

Mon attention a été attirée hier soir par le programme proposé par la chaîne cryptée Planète. Etonnant ! A la place du sempiternel couplet sur les inusables Hitler, nazis, collabos, vichystes, habituellement uniques incarnations du mal absolu proposées à la détestation des foules, j’ai pu lire La face cachée des libérateurs, assorti du commentaire: L’image du GI délivrant l’Europe du nazisme est égratignée par l’ouverture des archives et la révélation de crimes. Analyse du criminologue Robert J. Lilly.

eb33fb9f3c8a317028d7489cbfa9f4b3.jpgRobert Lilly est professeur de sociologie et de criminologie à la Northern Kentucky University. Utilisant des archives officielles fort peu exploitées jusqu’à présent, il a écrit un livre intitulé La face cachée des GI’s, sous-titré Les viols commis par les militaires américains au Royaume-Uni, en France et en Allemagne. Il a ainsi démontré que les braves libérateurs s’étaient déchaîné tout particulièrement en Allemagne, pays vaincu, où ils étaient à peu près sûrs de l’impunité, et où certains se sont quasiment déshumanisés.

La traduction française de cet ouvrage est parue chez nous en 2003 et n’a guère eu droit aux honneurs de la presse. Mais elle a au moins le mérite d’exister, tandis que dans le pays de son auteur, les Etats-Unis, l’édition originale n’a toujours pas vu le jour! « Le 11 septembre 2001 puis l’engagement militaire américain rendent difficile (…) une telle publication aux Etats-Unis », voilà le type de commentaire embarrassé que l’on peut entendre à propos de ce livre politiquement incorrect. Ah, s’il avait écrit sur d’autres types d’exactions … En tout cas, pour un pays habituellement présenté comme un champion de la liberté d’expression, une telle censure – car c’est bien de cela qu’il s’agit - est plutôt inquiétante.

En seconde partie de soirée – décidément les Américains n’étaient pas à la noce – les téléspectateurs avaient droit à Pacte avec le diable : Les services secrets américains auraient entretenu des rapports avec les nazis : les Américains ont-ils laissé faire l’inimaginable sans réagir ?

Soit dit en passant, bien d’autres « inimaginables » se sont produits, du côté communiste notamment, se produisent en ce moment même et se produiront encore, hélas. Cessons une bonne fois pour toutes de considérer qu’il existe des inimaginables plus inimaginables que d’autres. Et ne perdons pas une occasion de le rappeler.

943c3ce88688ca8e275561eea11c1785.jpgCette fois, il était question du livre du journaliste d’investigation Fabrizio Calvi paru en 2005 sous le titre Pacte avec le diableLes Etats-Unis, la shoah et les nazis.

Il ressort de cet ouvrage que les Américains, et les Anglais aussi d’ailleurs, connaissaient bien des choses à propos de la situation des juifs en Europe, mais s’étaient soigneusement abstenus d’intervenir, pour des raisons diverses. Après le conflit, ils n’avaient pas craint de recycler un certain nombre de responsables nazis qui pouvaient leur être de quelque utilité. Ce que faisaient de leur côté les soviétiques, nullement en reste en matière de cynisme.

Les travaux de Calvi se basent sur des archives inédites déclassifiées en 1998. Tout n’a cependant pas été rendu public à cette occasion. La commission chargée de faire le tri, composée de hauts-fonctionnaires des services secrets américains, a soigneusement délimité le périmètre accessible. On peut imaginer d’autres découvertes pour les historiens futurs.

Ce livre n’était d’ailleurs pas le premier du genre. En 1987, l’historien américain David S. Wyman avait publié L’abandon des juifs – les Américains et la solution finale. Là aussi, de nouvelles archives venaient d’être ouvertes. Le Droit de Vivre, journal de la LICRA, avait alors commenté en ces termes les travaux de David Wyman : « Par antisémitisme, les Américains ont longtemps refusé de laisser entrer librement les juifs ; par esprit bureaucratique, ils ont sciemment saboté des plans de sauvetage sous prétexte qu’Hitler aurait pu les gêner en leur livrant non pas quelques-uns, mais tous les juifs. Une des grandes questions, sinon la principale, qui apparaît en effet est celle-ci : « Si Hitler nous les donne, qu’en fait-on ? N’importe où, mais pas chez nous ». Ni les Américains, ni les Anglais ne veulent des juifs chez eux et la seule solution envisageable, la Palestine, est exclue ».

De livre en livre et d’archives en archives – mais le chemin à parcourir est encore long – peut-être finira-t-on par arriver à une vision moins outrageusement manichéenne d’un conflit qui a coûté très cher à l’Europe. Et dont nous continuons à payer la facture, particulièrement salée.

11/05/2007

OU L’ON REPARLE DE PETLURA…ET D’ANDRIY SHKIL

Début mai, j’avais publié la biographie du nationaliste ukrainien Simon Petlura, qui fut assassiné par Samuel Schwartzbard à Paris en 1926, crime qui fut à l’origine de la création de la LICRA l’année suivante.

J’avais également publié le lendemain la réaction du député ukrainien Andriy Shkil à l'indignation manifestée par la LICRA lors de la commémoration du 80e anniversaire de cette mort à Paris. J’indiquais alors ceci : « Andriy Shkil est l’un des dirigeants de l’UNA-UNSO, mouvement nationaliste radical ukrainien. Je ne porte pas de jugement sur ce mouvement, mais j’estime utile d’apporter cette pierre à la réflexion sur un dossier loin d’être refermé ».

J’avais accompagné l’article d’une photo représentant Andriy Shkil à la tribune du parlement ukrainien. Un de mes honorables correspondants me met au défi de publier une photo moins soft de  « mon ami démocrate Andriy Shkil » qu’il a l’obligeance de me transmettre. La voici :

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Finalement, cette photo est ce qu’elle est. Elle peut ne pas plaire, j’en conviens tout à fait, mais celle qui suit ne me plaît pas davantage, et elle a fait infiniment plus de dégâts :

medium_Symbole_communisme.2.jpg

AH, LA SUISSE….

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Sacha Guitry ne s’occupait pas de politique. Il avait des choses infiniment plus importantes à faire, comme donner du bonheur à ses contemporains. Au hasard de la lecture d’un livre de souvenirs écrit par lui, Le petit carnet rouge, je suis cependant tombée sur la description suivante qu’il fait de la Suisse, lors de vacances. Nous sommes à l’été 1930 :

“La Suisse, curieux pays, étonnant pays, dirigé par des hommes dont on ignore les noms. On me dit que c’est une République et qu’il y a un président, je veux bien le croire, mais y a-t-il un gouvernement en Suisse ? J’en doute, car enfin, s’il y avait un gouvernement, il en changerait. On dirait un pays qui se dirige tout seul. J’imagine que chaque citoyen a chez lui un petit livre d’une trentaine de pages intitulé Les lois de notre pays et j’imagine que tous le connaissent par cœur et le suivent à la lettre. Je ne vois pas un Suisse discutant les lois de son pays car il a, j’en suis sûr, la conviction de les avoir faites lui-même. S’il y a des ministères, ils doivent avoir des titres spéciaux. Il doit y avoir un ministère de la Salubrité publique, un ministère des Laitages.

Petit pays très singulier, que l’on respecte et qu’on envie parce que, regardez bien, c’est le seul pays du monde qui soit heureux. Il ignore les guerres et les révolutions, il ignore les grèves, les crimes, les assassinats, les scandales financiers, les faillites monstrueuses et même les scandales mondains et, s’il y a des pauvres, des mendiants, j’imagine que ce sont des hommes appointés par les cantons pour mettre un peu de pittoresque sur les routes. »

Elle en a de la chance, la Suisse: toujours fidèle à elle-même, elle n’a pas tellement changé depuis cette description. Au fait, savez-vous qui est le président de la Suisse ? Leur système est très ingénieux et évite les campagnes médiatico-débilitantes. Le pouvoir exécutif est aux mains d’un conseil fédéral de 7 membres élus en fonction de leur représentativité – réelle, je précise – et dont chacun devient président pour un an, à tour de rôle et en fonction de son ancienneté. Comme ça, pas de jaloux et pas le temps d’avoir les chevilles et la tête qui enflent trop.

En vertu de ce principe très sain, c’est une dame, la socialiste Micheline Calmy-Rey, qui est présidente cette année. Un an, c’est vite passé, et ça ne permet pas de faire trop de dégâts. Un système formidable, je vous dis. Ah, on pourrait en prendre de la graine !

C’est qu’ils sont beaucoup plus sérieux que nous, les Suisses ! la politique chez eux est sous haute surveillance et tenue strictement en lisière. La démocratie directe n’est pas un slogan de campagne, mais une réalité : référendum et initiative populaire sont là pour rectifier le tir si nécessaire.

Dernier détail : la Suisse n’a pas jugé utile d’être membre de l’Union Européenne. Avec d’autres dissidents : l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein, elle fait partie de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Ca n’a pas l’air de trop mal leur réussir.