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02/11/2007

LE PROFESSEUR HAYEM

La France de 1931 est-elle (déjà) antisémite ? On pourrait assez facilement le croire à la lecture des Droit de Vivre, journal de la LICRA, qui sera créé l’année suivante, en 1932. Journal qui existe toujours aujourd’hui. Pourtant, je suis tombée, en lisant un livre de souvenirs écrit par Sacha Guitry – lui qui sera honteusement traîné dans la boue à la Libération, avant de voir son « innocence » reconnue, bien à regret  – sur un texte amusant qui apporte un éclairage bien différent à ce sinistre climat « antisémite » qui aurait régné sur notre pays dès cette époque lointaine. Sacha Guitry relate, sous le titre Le professeur Hayem une rencontre qu’il fit à Evian, où il faisait une cure, en août 1931.

« Un petit vieillard à barbe blanche, à cheveux longs, est arrivé ce matin à l’hôtel. Il a le type sémite nettement prononcé, il porte une jaquette noire et il est commandeur de la Légion d’honneur. Lorsqu’il est entré dans la salle du restaurant, tout le monde l’a remarqué et chacun s’est demandé :

-          Qui est ce vieux savant ?

Notre voisine de table, que nous connaissons un peu, me l’a même demandé à moi. Je lui ai répondu que je n’en savais rien.

Alors, elle a appelé le maître d’hôtel et lui a posé la même question.

-          Je vais vous le dire tout de suite, Madame.

Il a quitté la salle, est allé à la réception et en est revenu avec un petit bout de papier qu’il a remis à notre voisine. Elle s’est de nouveau penchée vers nous et elle m’a dit :

-          C’est le professeur Hayin. Est-ce que ce nom vous dit quelque chose ?

-          Rien du tout, Madame.

 

Une heure plus tard, j’ai su que c’était le professeur Hayem, le plus illustre médecin français. Alors je me suis souvenu de la curiosité instinctive et générale qu’il avait soulevée en entrant dans cette salle de restaurant. Nous sommes tous ici des malades, puisque, en principe, nous sommes venus à Evian pour nous soigner, et la présence parmi nous de cette sommité médicale, nous l’avons vraiment devinée, nous l’avons sentie. Une demi-heure plus tard, tout l’hôtel savait que c’était le professeur Hayem et nous en éprouvions un plaisir extrême. Quelle impression réconfortante, quelle tranquillité cela donne de savoir qu’on a, à portée de la main, un homme d’une telle infaillibilité ! Ce médecin, que ses confrères appellent en consultation depuis quarante années, dire que nous n’avons qu’un signe à faire pour qu’il nous guérisse !

Et puis nous apprenons une nouvelle qui vient augmenter encore l’intérêt que nous lui portons égoïstement : le professeur Hayem a quatre-vingt-onze ans ! Un médecin âgé de quatre-vingt-onze ans paraît être la preuve évidente de l’efficacité de ses méthodes thérapeutiques.

Dès le repas suivant, nous cherchons tous à savoir ce qu’il mange, ce qu’il boit et s’il prend du café. Chacun de nous, à tour de rôle, questionne le maître d’hôtel et l’on sent que dans quarante-huit heures nous allons tous nous conformer au régime que suit le professeur Hayem.

Nous sommes devenus, sans qu’il le sache, ses clients, puisqu’il est devenu notre médecin – malgré lui. Et je n’oublierai jamais nos têtes à tous lorsque nous le vîmes allumer un magnifique cigare à la fin de son repas. Les non-fumeurs étaient consternés, les fumeurs exultaient.

De tous les coins du restaurant, on entendait ces mots :

-          Garçon, passez-moi donc les cigares !

 

Lorsque le professeur Hayem traverse à petits pas le grand salon, chacun le salue. C’est la santé qui passe.

Personne n’a encore osé lui parler. D’ailleurs, il n’a pas l’air aimable. Dame ! Il doit savoir ce qu’il lui en coûte dès qu’il a l’imprudence de répondre trop gracieusement à un salut. Et j’imagine qu’il a dû bannir à jamais de son langage certaines formules de politesse. Celle-ci entre autres, surtout celle-ci :

- Comment allez-vous ?

Que se passerait-il si ces mots lui échappaient ?

On ne serait pas long à le lui dire, comment on va !

Nous sortions de table, hier, lorsque le directeur de l’hôtel vint à moi et me dit :

-          Le professeur Hayem voudrait vous serrer la main, Monsieur.

 

Ma joie fut grande, mais de courte durée, car, immédiatement, je me suis demandé si je n’avais pas une mine épouvantable, et si ce n’était pas par pitié qu’il désirait me voir. Il n’en était rien, grâce à Dieu.

Nous avons bavardé assez longtemps tous les deux, et comme il est la perspicacité même, il n’est pas surpris qu’on se permette de transformer tout de suite en consultation la conversation qu’il se proposait d’avoir avec nous. On n’oserait pas demander à Paderewski de vous jouer une valse de Chopin, on hésiterait à prier M. Nénot de vous faire le plan d’une petite maison de campagne, mais on ne résiste pas à l’envie de savoir du professeur Hayem si l’emploi de la digitaline est efficace ou non, si l’aspirine doit se prendre en mangeant, et si la siathermie combat le rhumatisme.

 

Il répond en souriant aux questions qu’on lui pose. Il me paraît sceptique et j’ai l’impression qu’il considère que le nombre des malades imaginaires est considérable.

Entre deux bouffées de cigare, il m’a dit :

-          En tout cas, vous avez tort de fumer : ce n’est pas bien.

 

Le soir, je l’ai revu et je me suis permis de lui poser la question suivante :

-          S’il vous fallait, Monsieur, résumer d’un seul mot toutes les connaissances que vous avez acquises, tout ce que l’expérience a pu vous apprendre…. Ou, plus exactement, si vous ne pouviez donner qu’un seul conseil à un être qui vous serait cher, lequel lui donneriez-vous ?

En somme, je lui demandais de faire son testament. Je l’imaginais à son lit de mort, je le voyais faisant un effort suprême pour prononcer quelques mots.

Ma question, d’abord, l’étonna mais il comprit vite ce que j’attendais de lui. Il y pensa, et je cherchai à deviner ce qu’il allait me répondre. Allait-il me dire : « L’estomac … » ou bien : « Les reins … », ou bien : « Le foie … » ?

Il me posa très nettement la main sur le bras et, les yeux dans les yeux, comme quelqu’un qui sait de quoi il parle, il me répondit :

-          « Eh bien ! Monsieur, je lui dirais : « Travaille…. Parce que le travail c’est ce qui élimine le mieux les toxines. »

20fec998ec8289cde7ea5bc14c0a37f7.jpgCe médecin illustre, Georges Hayem, fut l’un des fondateurs de l’hématologie. On lui doit également la mise au point d'une solution isotonique qui lui permit de sauver de la déshydratation un grand nombre de ses malades pendant les grandes épidémies de choléra. Ce succès lui valut d'ailleurs le surnom de "Dr choléra".  Il devait mourir en 1933, deux ans après sa rencontre avec Sacha Guitry, à l'âge respectable de quatre-vingt-treize ans.

07/10/2007

DES CHIFFRES

6afd69f0a39f9b4d5a476dbeaf7e518d.pngLe camp de Majdanek, situé en Pologne près de la ville de Lublin, fut ouvert par les nazis en octobre 1941 en tant que camp de travail forcé, qui devint camp de concentration en février 1943. Il fut le premier camp important libéré par l’Armée rouge le 24 juillet 1944.

Les soviétiques déclarèrent que 1,7 million de personnes avaient été tuées à Majdanek. A l’ouverture du procès de Nuremberg, ils avaient révisé ce chiffre à 1,5 million, qui fut indiqué dans le document russe (URSS-29) accepté et pris en compte par le Tribunal militaire, conformément à l’article 21 de son statut qui stipulait : Le tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique, mais les tiendra pour acquis. Il considérera également comme preuves authentiques les documents et rapports officiels des gouvernements des Nations unies, y compris ceux dressés par les commissions établies dans les divers pays alliés pour les enquêtes sur les crimes de guerre, ainsi que les procès-verbaux des audiences et les décisions des tribunaux militaires ou autres tribunaux de l’une quelconque des Nations unies.

Le nombre des morts de Majdanek fut révisé à la baisse dans les années suivantes puisque dès 1948, un rapport de la Commission enquêtant sur les crimes des nazis en Pologne établissait le nombre des victimes du camp à 360 000. En 1951, dans son livre Bréviaire de la haine – Le IIIe Reich et les juifs, Léon Poliakov écrivait ceci : « Signalons enfin le camp de Maïdanek, près de Lublin. Maïdanek n’était pas un camp d’extermination immédiate ; c’était un camp de travail, c’est-à-dire un camp d’extermination différée, dans lequel, conformément aux conclusions de la Commisssion d’enquête du gouvernement polonais, plus de 200 000 juifs – ainsi que non-juifs – ont trouvé la mort en 1943 et 1944 ».

L’Encyclopédie multimedia de la shoah consacre deux paragraphes à la question, qui curieusement, ne concordent pas entre eux :

Les victimes de Maïdanek comprenaient des Juifs de Pologne, notamment de Lublin, Varsovie, Radom et Bialystok ; un petit nombre de Juifs d’Europe occidentale, plus de 100 000 Juifs non polonais et des dizaines de milliers de prisonniers de guerre soviétiques, moururent à Maïdanek de froid, de dénutrition et de maladie pendant l’hiver 1941-42, qui fut particulièrement rude.

De 170 000 à 235 000 personnes moururent ou furent tuées à Maïdanek, dont 60 000 à 80 000 Juifs. La plupart succombèrent à la dénutrition, aux maladies, au froid et sous la torture, ou du fait du travail exténuant effectué sous la menace. Le nombre de victimes des chambres à gaz de Maïdanek n’est pas connu avec exactitude.

Pour finir, Tomasz Kranz, directeur de la section de recherche du Musée d’Etat de Majdanek, au terme d’une étude très poussée, a établi le nombre total des victimes de Majdanek à 78 000. Ce chiffre a été annoncé en décembre 2005.

05/10/2007

L’ALLIANCE ISRAELITE UNIVERSELLE (AIU)

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Nous avons passé en revue un certain nombre d’organisations juives américaines très influentes. Il ne faut pas oublier cependant que la France, qui a toujours abrité la plus importante communauté juive d’Europe occidentale, a su, elle aussi, et ce dès le XIXe siècle, créer des rassemblements destinés à protéger les communautés et les intérêts juifs. A peu près à la même époque que le B’nai B’rith aux Etats-Unis (1843), s’est créée à Paris, où elle fonctionne toujours, l’Alliance Israélite Universelle (AIU).

Fondée en 1860 pour venir en aide aux diverses populations juives, elle revendique aujourd’hui « la diffusion d’un judaïsme fidèle à la tradition, tolérant et ouvert sur le monde moderne ». Sans oublier bien sûr la défense des inoxydables droits de l’homme et le dialogue inter-religieux.

Ses fondateurs avaient voulu réaliser la synthèse des idéaux de 1789 et des principes du judaïsme. Une alliance qui devait assurer le bonheur de l’humanité. Le plus connu d’entre eux, Adolphe Crémieux – avocat, député, ministre de la justice de Gambetta – n’apparaîtra cependant pas tout de suite dans le projet. Il avait en effet été « profondément déstabilisé par la récente conversion de ses enfants au catholicisme, à l’initiative de son épouse ». Déstabilisé ? C’était pourtant une très belle illustration des vertus du dialogue inter-religieux... En 1863, cependant, il sera porté à la présidence de l’Alliance où il restera jusqu’à sa mort, en 1880. Il y fera le discours suivant, très éclairant :

“L’Alliance israélite universelle commence à peine et déjà son influence salutaire se fait sentir au loin. Elle ne s’arrête pas à notre culte seul, elle s’adresse à tous les cultes. Elle veut pénétrer dans toutes les religions, comme elle pénètre dans toutes les contrées… La religion juive est la mère des religions qui répandent la civilisation. Ainsi, à mesure que la philosophie émancipe l’esprit humain, les aversions religieuses contre le peuple juif s’effacent…. Eh bien, messieurs, continuons notre mission glorieuse ; que les hommes éclairés, sans distinction de culte, s’unissent dans cette Association israélite universelle, dont le but est si noble, si sagement civilisateur… Faire tomber les barrières qui séparent ce qui doit se réunir un jour : voilà, messieurs, la belle, la grande mission de notre Alliance israélite universelle. Marchons fermes et résolus dans la voie qui nous est tracée. J’appelle à notre association nos frères de tous les cultes ; qu’ils viennent à nous, avec quel empressement nous irons vers eux ! Le moment est venu de fonder sur une base indestructible une immortelle association ».

Dès le départ, l’Alliance va promouvoir l’enseignement et créera un grand nombre d’écoles dans tous les pays du pourtour méditerranéen. Et en particulier en Turquie, où Adolphe Crémieux se rendra dès 1863. A la suite de ce voyage, un grand nombre d’écoles seront implantées dans toutes les communautés juives turques de quelque importance, et la pratique des langues étrangères sera encouragée. Le but étant de moderniser ces communautés, qui étaient alors en perte de vitesse, notamment par rapport aux Grecs et aux Arméniens qui s’emparaient de plus en plus de marchés jusque là détenus par les juifs.

L’Alliance nouera également des liens très étroits avec Israël puisque, disposant apparemment d’importants moyens financiers, elle pratiquera dès 1870 une politique d’achats massifs de terres en Palestine.

Toujours installée à Paris, l'AIU est actuellement présidée par le Pofesseur Ady Steg.

28/09/2007

LOUIS DE ROTHSCHILD ET LES NAZIS (3)

« Au début de 1939, Otto Weber, l’homme de Goering, fut arrêté. Apparemment, le butin Rothschild donnait lieu à un règlement de compte meurtrier entre nazis. Les négociations sur la rançon semblèrent alors recevoir leur impulsion d’Himmler plutôt que de Goering. La Famille, indifférente au changement de juridiction, s’en tint à ses conditions : tous les avoirs ordinaires des Rothschild en Autriche seraient livrés en échange de la sauvegarde de Louis, mais le contrôle de Vitkovitz ne serait remis qu’après la libération du baron et moyennant paiement de trois millions de livres.

Berlin tempêta. Berlin menaça. En fait, après le viol de la Tchécoslovaquie, les troupes allemandes occupèrent Vitkovitz. Mais les légistes allemands savaient que le drapeau anglais et la loi internationale s’opposaient à une prise de possession légale. Aussi essaya-t-on d’un nouveau ton. Tandis que les journaux nazis se déchaînaient contre Rothschild, ce fléau de l’humanité, un curieux événement se déroula dans la cellule de Louis. La porte s’ouvrit. Heinrich Himmler parut et souhaita le bonjour au Herr Baron : il lui offrit une cigarette et lui demanda s’il avait quelque désir ou quelque plainte à formuler ; il proposa enfin de régler, entre hommes célèbres, les petits différends qui pouvaient exister entre eux.

Mais le Herr Baron, fumeur invétéré, n’avait guère envie d’une cigarette à ce moment. Sa concision de parole se fit particulièrement aiguë. Il observa avec froideur la redoutable figure. « L’homme avait un orgelet à l’œil et s’efforçait de le cacher », dit-il par la suite. Quand Himmler fut reparti sur un salut, la position de Rothschild au sujet de Vitkovitz n’avait pas changé d’un iota.

Sur quoi, de nouvelles cajoleries arrivèrent dans la petite cellule de Louis : une heure après le départ du chef, un détachement de « grenadiers » entra en chancelant sous le poids d’une énorme pendule Louis XIV ; revint avec un vaste vase Louis XV qui n’allait pas avec ; recouvrit le lit de camp d’un épais rideau de velours orange, sur lequel il répandit des coussins multicolores. Finalement, arriva un poste de radio dont on avait juponné la base d’un volant de soie.

C’était une tentative de Himmler pour donner à un Rothschild une impression de chez-soi. Elle eut des résultats. Depuis bien des semaines, Louis était resté stoïque en face de choses laides. Il perdit alors son sang-froid. « Cela avait l’air d’un bordel de Cracovie ! » Ce souvenir, souvent répété au cours des années suivantes, comportait un des rares points d’exclamation de Louis. Tout ce fatras (à l’exception du poste de radio que le baron déjuponna de sa propre main) fut retiré sur l’insistance du prisonnier. Il est bien possible que ce fiasco ait entraîné l’abandon des S.S. Quelques jours plus tard, vers 11 heures du soir, le gardien-chef de Louis annonça que les conditions des Rothschild avaient été acceptées et que le baron était libre.

En remerciement, Louis infligea à ses geôliers un dernier désarroi. Il était trop tard, dit-il, pour demander l’hospitalité à aucun de ses amis. Après tout, les domestiques étaient couchés à cette heure. Il préférait ne partir que le lendemin matin. Etant donné que dans tous les dossiers de la Gestapo on n’aurait pu trouver de précédent d’une demande de logement pour la nuit, on dut consulter Berlin par téléphone. La dernière nuit de Louis au quartier général fut aux frais de la maison. Quelques jours après, il atterrit en Suisse. Et deux mois plus tard, en juillet 1939, le Reich s’engagea à acheter Vitkovitz pour 2 900 000 livres sterling.

La guerre ayant éclaté presque tout de suite, le contrat ne fut jamais rempli. Mais, en droit, la propriété anglaise de Vitkovitz est encore valable à ce jour. Après leur prise du pouvoir, les communistes tchèques nationalisèrent Vitkovitz. En 1953, cependant, Londres conclut un accord commercial avec Prague. Une des clauses établissait que les revendications de ressortissants britanniques au sujet de propriétés saisies (au premier rang desquelles figurait Vitkovitz) devaient être satisfaites. Prague y souscrivit. Sur quoi, le Parlement passa une loi permettant à une société mandataire (telle l’Alliance Insurance) de recueillir des indemnités pour le compte de propriétaires étrangers (tels les Rothschild ex-autrichiens, à présent citoyens américains).

Aujourd’hui, La Famille, qui est toujours le plus grand nom du capitalisme, perçoit d’un gouvernement communiste une restitution qui se montera en fin de compte à un million de livres. »

Voilà en tout cas une histoire qui finit bien et des manières, somme toute, bien civiles. Les nazis n'ont guère fait honneur à leur réputation, si l'on en croit cet ouvrage écrit en 1962, il faut s'en souvenir. Quelques autres Rothschild se retrouvèrent également prisonniers des Allemands au cours de la guerre, mais, étonnamment, le clan se retrouva néanmoins au complet après les hostilités. Ils récupérèrent même l’essentiel de leurs fabuleuses collections dont une partie avait, il est vrai, pris le chemin de l’Allemagne ou de l’Autriche.

27/09/2007

KITTY HARRIS, UNE ESPIONNE ACCOMPLIE

La suite des démêlés de Louis, baron de Rothschild, avec la Gestapo de Vienne attendra bien demain. Comme je l’ai déjà dit, je regarde très peu la télé, mais par contre, je lis attentivement les programmes. C’est par là qu’est infusé le bourrage de crâne quotidien. Je suis rarement déçue.

 

Hier soir, Arte promettait un « inédit » : La Croix-Rouge sous le IIIe Reich, « synthèse désolante des (non)agissements de l’institution à l’époque », dénoncée par Claude Lanzmann. Même la Croix-Rouge s’y était mise, c’est tout dire ! Au fait, quelqu’un est-il capable de me dire si la Croix-Rouge avait été admise dans les camps bolcheviques ? Je serais très curieuse de le savoir.

 

Mais ce n’était pas tout. La chaîne Histoire, elle, nous proposait un destin exceptionnel : celui de Kitty Harris, une vie d’espionne, assorti du résumé suivant : « Américaine, Kitty Harris, née de parents ouvriers russes, a pu devenir une espionne accomplie au service de l’Union soviétique ».

Une espionne accomplie, c’est sympa comme qualificatif, non ?

 

Allez savoir pourquoi, ça a fait tilt dans mon (mauvais) esprit et j’ai eu tout à coup très envie d’en savoir un peu plus sur cette espionne américaine accomplie née de parents russes.

Je suis sûre que vous mourrez d’envie d’en savoir plus, vous aussi, alors voilà :

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Kitty Harris est née à Londres dans une famille juive qui n’a pas tardé à émigrer à Winnipeg au Canada. Là, elle devient dans un premier temps socialiste et membre très actif des Industrial Workers of the World. Elle rejoint ensuite le parti communiste américain en 1923 et entame une liaison avec son chef, Earl Browder, qui avait des liens étroits avec Moscou. 

Elle travaillera en Chine avec lui à partir de 1928. Remarquée par le Komintern, elle démarrera une brillante carrière d’espionne au profit des bolcheviques, dans divers lieux, notamment à Berlin et en Angleterre où elle animera un réseau d’espions, et sous diverses identités, puisqu'un livre intitulé L'espionne aux dix-sept noms lui sera consacré en 2001 (en anglais).

 

En 1941, elle est envoyée aux Etats-Unis, dans le cadre d’une opération de pénétration contre le Manhattan Project, projet destiné à développer la bombe atomique américaine. En 1943, elle exercera ses talents à Mexico. Elle participera également à l’opération Venona (décryptage des messages codés envoyés par les soviétiques) sous le nom de code d’Ada ou Aïda.

Elle mourra quelques années après la guerre, en Union soviétique, de problèmes mentaux et d’alcoolisme.

Voilà, très brièvement résumés, les exploits d’une espionne accomplie au service des bolcheviques.

26/09/2007

LOUIS DE ROTHSCHILD ET LES NAZIS (2)

“Tout le remue-ménage secret qui s’était déroulé dans le bureau de Louis au cours de 1936 et de 1937 – juste avant qu’il ne fût trop tard – avait tourné autour de cette transformation. Avec l’aide d’un vieil agent exécutif de la banque, fort malin, Louis avait enveloppé de l’Union Jack quelque dix milliards. C’était un traquenard financier dans la meilleure tradition des Rothschild.

Comment Louis de Rothschild avait-il fait ? Son travail souterrain avait commencé par un fait très important : des usines de dimensions si énormes ne pouvaient changer de nationalité sans le consentement du plus haut niveau gouvernemental. Aussi persuada-t-on très discrètement le Premier ministre tchécoslovaque, en 1936, que la continuation du contrôle autrichien de Vitkovitz constituerait un danger pour la Tchécoslovaquie dans le cas où Vienne tomberait sous la domination allemande. En même temps, et dans un secret séparé, on donna à entendre au chancelier d’Autriche que les tendances anti-autrichiennes et anti-allemandes des autorités tchèques pourraient mener à la saisie de Vitkovitz tandis qu’il serait propriété autrichienne. Ainsi, Vienne et Prague, pour des raisons opposées, acquiescèrent toutes deux au changement.

Ensuite vint le transfert même – exercice remarquable dans les arts fiscal et juridique. Il joua expertement du fait que les Rothschild n’étaient pas les seuls actionnaires de Vitkovitz, et n’en détenaient que la majorité. Les propriétaires minoritaires, une autre grande famille austro-juive du nom de von Gutmann, avaient été récemment touchés par la crise. Pour payer leurs dettes, les Gutmann devaient vendre leurs actions ; et pour cela, une révision de la structure sociale de Vitkovitz était devenue nécessaire. Sous couvert de cette réorganisation, la nationalité de l’entreprise de plusieurs milliards fut incidemment convertie.

Tout ce tour de passe-passe aurait été vain, cependant, sans une précaution supplémentaire. Si Louis avait remis les actions Rothschild directement à une société de porte-feuille anglaise, la venue d’une guerre aurait bien pu faire confisquer cet avoir teinté de germanisme, en vertu de la loi anglaise sur le commerce avec l’ennemi. Louis, prévoyant cette éventualité même durant les pacifiques années 1930, avait commencé par s’aiguiller sur les terrains financiers de la Suisse et de la Hollande. Ce fut de ces pays – qui devaient être neutres ou territoires alliés au cours de la seconde guerre mondiale – que fut effectué le transfert final.

Vitkovitz devint une filiale de l’Alliance Insurance. Mais l’Alliance était, et est encore, une importante compagnie londonienne, enregistrée sous la loi britannique et bénéficiant de la protection du gouvernement de Sa Majesté, tout en appartenant pour la plus grande part – et c’était là, naturellement, que résidait l’essence et le piquant de toute l’affaire – à ces Rothschild mêmes qui lui avaient vendu Vitkovitz.

Napoléon et Bismarck s’étaient élevés en vain contre La Famille. Goering, s’il n’était pas le plus grand adversaire du clan, en était certainement le plus pesant. Lui non plus ne réussit pas mieux. Le Reichmarschall dut rompre, non seulement devant l’astuce juive, mais devant un camarade aryen.

Heinrich Himmler commença de s’immiscer dans l’affaire. »

25/09/2007

LOUIS DE ROTHSCHILD ET LES NAZIS (1)

Frederic Morton a publié en 1962 une biographie de la famille Rothschild, en forme d’hagiographie débordant de l’admiration sans bornes éprouvée par l’auteur pour des personnages à ce point capables de faire de l’argent. Et de le dépenser avec faste. Il relate en particulier les démêlés du chef des Rothschild autrichiens, Louis, avec les redoutables nazis, et c’est bien intéressant. Louis dont il nous précise qu’il était l’homme le plus riche d’Autriche. Soyez tout de suite rassurés : bien que détenu un bon moment par la Gestapo, le baron s’en tirera fort bien et finira tranquillement ses jours dorés sur tranche… aux Etats-Unis. Franchement, les nazis n’étaient pas de taille.

« Dans la soirée [nous sommes le 12 mars 1938] se présentèrent au palais Rothschild, comme à des centaines d’autres maisons juives, deux hommes porteurs d’un brassard à croix gammée. Le maître d’hôtel, cependant, ne voulut pas tolérer les mauvaises manières que représentait une arrestation. Il lui fallut d’abord voir si Herr Baron était là. Non, revint-il dire deux minutes plus tard aux visiteurs, le Herr Baron n’y était pas. Les deux bravi, sidérés par cette embûche de l’étiquette, commencèrent par bégayer, puis se retirèrent dans la nuit.

Mais le dimanche, ils revinrent accompagnés de six risque-tout en casque d’acier, tous pistolets au poing pour se défendre contre d’autres tours de la haute société. Cette fois, le baron reçut les séides gradés. Il accepta une invitation à les suivre – après le déjeuner qui était sur le point d’être servi. Il s’ensuivit une consultation confuse entre les casques d’acier. La conclusion fut : eh bien, mangez.

Le baron mangea, pour la dernière fois dans toute sa splendeur baronniale. Tandis que la bande balançait ses pistolets à deux mètres de la table, les maîtres d’hôtel s’inclinaient et les plats emplissaient la pièce du parfum des sauces. Le baron acheva tranquillement son repas ; se servit comme toujours du rince-doigts après les fruits ; s’essuya, comme toujours, les mains dans la serviette damassée qu’on lui tendait à cet effet ; savoura sa cigarette d’après le dîner ; prit son médicament pour le cœur ; approuva les menus du lendemains ; puis fit signe aux pistolets et partit.

 

Très tard dans la nuit, il devint clair qu’il ne reviendrait pas. Aussi, dès l’aube, le brave valet Edouard emballa-t-il les draps spéciaux de son maître, sa trousse de toilette, un choix soigné de vêtements d’intérieur et d’extérieur, quelques livres sur l’histoire de l’art et la botanique. Peu après, il apporta tous ces articles, contenus dans une valise de peau de porc armoriée, au quartier général de la police. On le renvoya dans une tempête de rires.

Mais l’action du valet de chambre accrut encore l’intérêt du commissaire de police nazi pour son prisonnier. Les premiers interrogatoires de Louis furent destinés à satisfaire des curiosités parfaitement compréhensibles : « Ainsi, vous êtes un Rothschild. A quel point, exactement, êtes-vous riche ? » Louis répondit qu’en convoquant toute l’équipe de ses comptables et en leur fournissant des rapports à jour sur les marchés et les bourses du monde entier, on obtiendrait peut-être d’eux une réponse raisonnable après quelques jours de travail.

 

(…) Les gardiens poussèrent le baron dans la cave. Là, Louis porta des sacs de sable avec des chefs du parti communiste qui se trouvaient être ses compagnons de prison. « Nous nous entendions assez bien, devait-il dire par la suite. Nous tombâmes d’accord que c’était-là la cave la plus égalitaire du monde ».

(…) A la fin du mois d’avril, Berlin commença à prêter attention à l’importance du prisonnier. Une nuit, Louis fut séparé des communistes et des sacs de sable et se retrouva au quartier général de la Gestapo de Vienne, dans une cellule voisine de celle du chancelier d’Autriche déposé. Son cas était passé du niveau de la police locale aux cercles les plus élevés et les plus propres aux conspirations du Reich. Il eut alors vingt-quatre gardiens dont il étouffa les familiarités en leur enseignant, en professeur qui s’ennuyait, la géologie et la botanique.

(…) Peu à peu, après bien des précautions nébuleuses, les conditions [de sa libération] se révélèrent. Herr Baron serait libéré si l’on donnait deux cent mille dollars au maréchal Goering pour sa peine et si le Reich allemand recevait tous les avoirs restants de la maison autrichienne et en particulier Vitkovitz, les plus grands charbonnages et forges d’Europe centrale, situés en Tchécoslovaquie. C’était une dure nouvelle. Elle impliquait la plus forte rançon de l’histoire du monde  entier. Mais Eugène et Alphonse, qui menaient la négociation à Zurich et à Paris, avaient un atout dans leur manche. Et un atout de taille : Vitkovitz, quoique appartenant à des Rothschild autrichiens, était magiquement devenu propriété anglaise. Dans l’avant-guerre de 1938, cela signifiait qu’il était à l’abri des griffes de Goering. »

Ce magistral tour de passe-passe vaut la peine d’être conté en détails (demain), ainsi que la suite de l’horrible détention de Louis de Rothschild.

19/09/2007

LES LENDEMAINS QUI CHANTENT… (suite)

cf85ed4df909af9cfb2a7b9a6c4a1099.jpgComme promis, voici la suite du texte de Jean Giono intitulé « Le Chapeau », vous allez comprendre pourquoi. Sommes-nous loin de la politique ? Pas tant que ça, finalement, et quelle leçon !

 

« Dans ma jeunesse, à l’époque où je faisais le faraud, j’avais réussi à mettre de côté quatre-vingt francs avec lesquels je fis l’achat d’une somptueuse veste de tweed. Ah ! quel plaisir d’avoir cette veste sur le dos ! La laine en était simple et savonneuse à souhait. « Ce sera, j’espère, me dit ma mère, ta veste du dimanche. » Ce fut donc ma veste du dimanche. Et comment se passait le dimanche du temps que je faisais le faraud ? Eh bien, on allait à la gare voir passer le train de quatre heures de l’après-midi. Toute la société descendait à la gare ; il y avait à peu près sept à huit cents mètres ; on se baladait sur le quai en se reluquant avant que le train arrive. Il arrivait, il repartait ; c’était fini. Tout le monde remontait en ville. En ville, si c’était l’été, on continuait à se reluquer sur les boulevards. Si c’était l’hiver, il faisait froid, il faisait nuit, on rentrait chez soi. Et chez moi ma mère me disait : « Enlève ta jolie veste pour rester ici. » J’enlevais ma jolie veste et on l’enfermait avec des boules de camphre.

En 1920, au cours d’un déménagement, j’ai retrouvé cette veste intacte, comme neuve, toujours aussi belle, aussi savonneuse mais elle ne m’allait plus. Je n’en ai jamais profité comme il faut.

Par contre, en 1919, quand j’ai été démobilisé, j’ai touché mon pécule et l’argent du complet Abrami. C’était un costume civil qu’on donnait aux soldats démobilisés. Ceux qui ne le voulaient pas touchaient je ne sais combien : cinquante ou soixante francs. Le fait est que je me trouvais civil, libre, et à la tête de cent quatre-vingt francs environ. Mon premier travail fut de me payer un extraordinaire gueuleton (je m’en lèche encore les babines) avec tout ce que j’aimais, mélangé et en grosse quantité (j’ai dû être malade d’ailleurs, mais je ne pense jamais à cette maladie qu’avec émotion) : langouste, tripes à la mode de Caen, bœuf en daube, tout… puis, déambulant, béat, devant les vitrines de la ville, j’avisai un admirable chapeau en taupé de velours. Il valait ce qui me restait en poche. Je l’ai acheté sans hésitation ni murmure. Je me le suis collé sur la tête et, dimanche ou pas, il y est resté tant qu’il a tenu. Il m’a donné le plus grand plaisir. Cette fois-là, je n’ai pas été volé. Mais cette fois-là seulement ».