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01/02/2009

LA JUDEE DECLARE LA GUERRE A L’ALLEMAGNE

Ce titre fait la une du quotidien britannique Daily Express le 24 mars 1933. Hitler est Chancelier depuis quelques semaines. En URSS, les horreurs de l’Holodomor, la famine orchestrée par le pouvoir bolchevique en Ukraine, battent leur plein. Elles feront des millions de victimes, dans l’indifférence absolument générale. Les juifs oublieront de se mobiliser pour dénoncer  les dérives inhumaines d’un régime largement porté par eux au pouvoir.

 

Voici la traduction de l’article du Daily Express « JUDEA DECLARES WAR ON GERMANY », sous titré « JEWS OF ALL THE WORLD UNITE » (Les juifs du monde entier unis dans l’action) publié le 24 mars 1933 :

 

« Tout Israël s’unit dans son courroux contre les assauts lancés par les nazis aux juifs en Allemagne.

Adolf Hitler, porté au pouvoir par un appel au patriotisme élémentaire, fait l’histoire d’une façon à laquelle il s’attendait peu. Pensant unir la seule nation allemande par sa conscience de race, il a provoqué une renaissance nationale de tout le peuple juif.

L’apparition du symbole du svastika de la nouvelle Allemagne a réveillé le lion de Judas, ce vieux symbole guerrier du défi juif.

Quatorze millions de juifs dispersés dans le monde se sont rassemblés comme un seul homme pour déclarer la guerre aux persécuteurs allemands de leurs coreligionnaires. Les différences de classes ou de partis et les antagonismes ont été abandonnés pour un but commun : se tenir aux côtés des 600 000 juifs d’Allemagne qui sont terrorisés par l’hitlérisme et l’antisémitisme, et contraindre l’Allemagne fasciste à mettre fin à sa campagne de violence et de suppression dirigée contre sa minorité juive.

La communauté mondiale a décidé de ne pas rester passive face à la résurgence des persécutions médiévales des juifs.

 

L’Allemagne peut être sommée de payer le prix fort pour l’antagonisme d’Hitler envers les juifs. Elle est confrontée au boycottage commercial, financier et ministériel. Elle peut se trouver dans l’isolement spirituel et culturel, en reculant devant la croisade ardente que les juifs de tous les pays lancent pour défendre leurs frères affligés.

Le prince négociant juif quitte son comptoir, le banquier la salle de réunion du conseil d’administration, le boutiquier son magasin et le colporteur son attirail pour s’unir dans ce qui est devenu une guerre contre les ennemis hitlériens du juif.

 

ACTION CONCERTEE

 

Les plans de l’action concertée juive prennent forme en Europe et en Amérique pour rendre coup pour coup, en représailles contre l’Allemagne hitlérienne.

A Londres, New York, Paris et Varsovie, les commerçants juifs s’unissent dans une croisade commerciale contre l’Allemagne.

Les résolutions d’interrompre les relations commerciales avec l’Allemagne ont été prises partout dans le monde juif des affaires.

Un grand nombre d’hommes d’affaires à Londres ont résolu de ne plus acheter de marchandises allemandes, même au prix de grandes pertes financières.

Une action similaire est entreprise partout aux Etats-Unis. Des réunions massives à New York et dans d’autres villes américaines, auxquelles plusieurs milliers de juifs indignés assistaient, ont appelé au boycottage total des marchandises allemandes. L’embargo commercial dirigé contre l’Allemagne est déjà entré en vigueur en Pologne. En France, un interdit d’importation des marchandises d’Allemagne est actuellement proposé par des cercles juifs.

 

Un boycottage concerté au niveau mondial par des acheteurs juifs va sans doute entraîner de lourdes pertes dans le commerce d’exportation allemand. Les commerçants juifs, partout dans le monde, sont d’importants acheteurs des produits de fabrication allemande, en premier lieu des produits en coton, en soie, des jouets, de l’appareillage électrique et des meubles.

La réunion des entrepreneurs juifs du textile a été convoquée pour lundi afin d’examiner la situation et déterminer les mesures à prendre vis-à-vis de l’Allemagne.

 

MENACE SUR LE COMMERCE MARITIME

 

L’Allemagne est un grand emprunteur sur les marchés monétaires étrangers, où l’influence juive est considérable. L’antisémitisme continu en Allemagne va vraisemblablement se retourner contre elle. Un tournant est en passe d’être franchi par les financiers juifs pour exercer des pressions afin de stopper l’action antijuive.

Le trafic maritime transatlantique allemand est menacé de la même manière. Les paquebots renommés Bremen et Europa peuvent beaucoup souffrir du boycottage juif anti-allemand. Les voyageurs juifs transocéaniques représentent une partie importante de la clientèle de ces paquebots, en raison de leur rôle considérable dans le commerce international. La perte de leur clientèle serait un coup grave pour le commerce atlantique allemand.

Les préparatifs à l’échelle mondiale sont faits pour organiser de grandes manifestations de protestation juives afin d’attirer l’attention sur les souffrances des juifs allemands entre les mains des « hitlérites » et d’appeler à l’action pour stopper l’antisémitisme allemand.

La totalité de la communauté américaine a été soulevée par une vive indignation sans précédent. Un décret rabbinique, à New York, a proclamé le lundi suivant jour de jeûne et de prière consacré à la campagne contre Hitler.

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16/01/2009

AH, CES REVOLUTIONNAIRES …

"Ce sont les despotes maladroits qui se servent de baïonnettes, l’art de la tyrannie est de faire la même chose avec des juges ».

180px-Camille_Desmoulins_1.jpgLe révolutionnaire qui a exprimé cette forte pensée est Camille Desmoulins. Avocat lui-même, et journaliste, on peut supposer qu’il connaissait la question. Partisan pendant un temps des mesures révolutionnaires les plus violentes, il en sera victime à son tour puisque sa tête roulera en avril 1794. Il avait trente-quatre ans.

Mais tout ça, c’est de l’histoire ancienne. Vous savez aussi bien que moi que plus rien de tel ne risque de se produire désormais.  Les Lumières nous éclairent et nous guident.  

 

13:51 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)

11/10/2008

ARTE A OUBLIE GUILLAUME … ET MARKUS WOLF

Nouveau petit cours de désinformation ordinaire : mercredi 8 octobre, à 21h, sur Arte : Les mercredis de l’histoire. En première partie, Trahison à la Stasi : La vie de Werner Teske, officier de la Stasi, le dernier condamné à mort de la RDA, dont le seul crime fut de vouloir partir à l’Ouest.

Après cet échauffement, venait le plat de résistance : en deuxième partie, Le nazi qui conseillait Adenauer. Autrement plus sexy.  Du troisième Reich aux premières décennies de la RFA, le parcours de Hans Maria Globke, ancien membre du gouvernement nazi devenu le bras droit d’Adenauer. Ces nazis, décidément inoxydables ! Que ferait la télé sans eux !

 

Bon, moi je veux bien qu’on parle de Globke, encore que le qualifier de « bras droit d’Adenauer » soit quelque peu exagéré. Mais dans ce cas, il aurait été plus judicieux  - et plus honnête - de parler en première partie d’un autre personnage de la Stasi qui lui, avait conseillé un autre chancelier allemand, Willy Brandt. Ce personnage s’appelait Günter Guillaume. Il était communiste et espion et le scandale – en arrière plan duquel se profile un autre personnage fort intéressant, sur lequel Arte n’avait peut-être pas envie d’attirer l’attention : Markus Wolf – fit tomber Brandt.

 

Nous allons modestement remédier aux trous de mémoire d’Arte.

 

globke.jpgGlobke d’abord : mort en 1973, il était juriste de formation et a mené une carrière de haut fonctionnaire. Durant le troisième Reich, il a effectivement travaillé avec Adolf Eichmann au département des affaires juives. Mais il n’était pas membre du parti, ce qui lui permit d’échapper à la dénazification. Anticommuniste déclaré, on le retrouve après la guerre reprenant du service comme conseiller à la sécurité nationale du chancelier Adenauer, de 1953 à 1963, date de sa retraite. Il était également agent de liaison de la CIA en Allemagne.

 

gunter.jpgGünter Guillaume est de la génération suivante. Né à Berlin en 1927, il est recruté par la Stasi (services secrets de la RDA) dès 1950 et formé pour aller exercer ses talents en RFA. Sa femme et lui vont fort bien réussir dans leur tâche commune. Lui devient membre du SPD et de fil en aiguille se retrouve élu municipal et conseiller à la chancellerie. En 1972, l’espion de la Stasi devient conseiller personnel de Willy Brandt, qui est alors en pleine ostpolitik (rapprochement de la RFA avec l’Europe de l’Est et l’URSS), fortement contestée dans le pays. Guillaume a dès lors accès à bon nombre d’informations confidentielles, tant publiques que privées.

Il est démasqué en avril 1974 par les services de sécurité de la RFA et reconnaît les faits.  L’affaire Guillaume provoquera une très grave crise politique qui aboutit à la démission de Willy Brandt en mai 1974. Les époux Guillaume sont condamnés à la détention, mais rentrent en RDA en 1981, à l’occasion d’un échange d’agents. Ils y sont fêtés en héros. Lui mourra en 1995.

 

wolf.jpgEn arrière-plan de l’affaire Guillaume, se profile un personnage autrement plus intéressant : le patron de Guillaume, celui qui tirait les ficelles. Markus Wolf. Ce dernier naît en 1923 dans une famille juive communiste d’Allemagne qui émigre en 1933 en Union soviétique. Apparemment, cette famille ne craignait pas les purges. Il fait ses classes dans les écoles du parti communiste et intègre le Komintern. Officiellement « journaliste », Wolf va retourner en Allemagne, désormais divisée. Il sera présent tout au long du procès de Nuremberg. En 1952 – il a 29 ans – il est nommé chef des services de renseignements extérieurs de la RDA. En tant qu’adjoint du patron de la Stasi, Erich Mielke, il dirigera les activités d’espionnage du régime communiste allemand durant plus de trois décennies, jusqu’à sa retraite, en 1986, avec le grade de général. Durant sa carrière, il réussira à tisser un réseau de plusieurs milliers d’agents opérant à l’étranger. Guillaume était l’un d’eux.

Lors de la réunification de l’Allemagne, il connaît quelques démêlés avec la justice, qui vont cependant bien vite se calmer.

 

Il aura largement le temps d’écrire ses mémoires avant sa mort, en 2006. Des mémoires où il revendique hautement ses actes et ses convictions communistes inchangées. Il reconnaît cependant quelques erreurs, dont l’affaire Guillaume, justement, car il n’était pas prévu au programme qu’elle coûte son poste à Willy Brandt. « C’était comme marquer un but dans son propre camp », écrira-t-il.

 

En fait, il était également le patron de Werner Teske, le personnage qu’évoquait Arte en première partie. Qui a été exécuté pour avoir voulu passer à l’Ouest.

09/10/2008

IL Y A 50 ANS, MOURAIT PIE XII

pape3.jpgAujourd’hui, à 11h30, Benoît XVI doit célébrer en la basilique St Pierre de Rome une messe à la mémoire de Pie XII, décédé il y a cinquante ans, le 9 octobre 1958. Le Vatican est en train d’instruire le procès en béatification de ce pape qui eut le malheur d’accéder au pontificat en 1939 et sur lequel depuis quelques décennies se sont déversées insultes et désinformation sans fin, en relation avec la shoah.

 

Dernier exemple en date d’une haine décidément inextinguible : le grand rabbin de Haïfa, Cohen, premier responsable juif invité à s’exprimer ce lundi devant le pape et les 253 évêques actuellement réunis en synode – curieuse innovation, soit dit en passant – en a profité pour reverser une grosse louche de fiel : « Nous ne pouvons pas pardonner et oublier cela » et en appeler à la guerre sainte … contre l’Iran : « Nous devons élever la voix pour qu’ensemble, avec l’aide du monde libre, nous défendions et sauvions Israël, le seul et unique Etat souverain du « Peuple du Livre » des mains de nos ennemis ».

Au moins, les choses sont claires et les priorités précisées. L’Eglise n’a qu’à se le tenir pour dit.

 

Rappelons qu’à la fin de la guerre, aucun reproche n’avait été adressé à Pie XII, bien au contraire : la communauté juive mondiale l’avait même remercié pour ses efforts en faveur des juifs persécutés. Einstein avait déclaré que « l'Eglise catholique a été la seule à élever la voix contre l'assaut mené par Hitler contre la liberté ». Et à sa mort, en 1958, Golda Meir, alors ministre des affaires étrangères d'Israël, avait souligné que « pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du pape s'est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes ».

C’est en 1963, dans un contexte politique différent, et dans un but bien précis, que l’offensive commencera : une pièce de théâtre intitulée Der Stellvertreter (Le Vicaire) est publiée par un ancien membre des Jeunesses hitlériennes, Rolph Hochhuth. Pie XII y est présenté sous le jour le plus défavorable qui soit, passif si ce n’est complice des faits. Un ancien espion roumain passé à l’Ouest, Ion Pacepa prétendra l’an dernier que la pièce avait été commanditée par le KGB pour discréditer le pape, qui n’a jamais caché ses sentiments profondément anticommunistes.

pape.jpgC’est également l’an dernier, en 2007, qu’a paru la traduction française d’un ouvrage d’un rabbin historien américain, David Dalin sous le titre Pie XII et les juifs. Le mythe du pape d’Hitler. Publié en anglais en 2005, le livre réhabilite totalement le pape et présente au contraire tous les efforts qu’il fit pour tenter d’endiguer les persécutions. Dalin clôt son livre par une suggestion : en raison de ses actes, Pie XII mériterait d’être reconnu comme Juste parmi les nations !

Suggestion repoussée avec horreur par les tenants d’une instrumentalisation de la shoah, qui reste totalement indispensable à certaines menées. Cette instrumentalisation avait été mise en évidence par Dalin, qui indique à ce propos : «…Quel que soit leur sentiment vis-à-vis du catholicisme, les juifs ont le devoir de rejeter toute polémique qui s'approprie la shoah pour l'utiliser dans une guerre des progressistes contre l'Eglise catholique. »

On nous rebat les oreilles depuis quarante ans avec ce que Pie XII aurait fait ou pas fait en faveur des juifs. Mais quelqu’un se demande-t-il ce que le pape précédent, Pie XI – pape de 1922 à 1939 – avait fait ou pas fait par rapport à l’Holodomor, la famine sciemment organisée par le régime bolchevique en 1932/33 ? Pourtant, là aussi, il s’agissait d’un génocide froidement perpétré par des dirigeants communistes – dont bon nombre étaient juifs, même si on fait mine de l’oublier – qui fit six millions de victimes, dont deux millions d’enfants ?

Bizarre, qu’on ne nous parle jamais de ce pape-là. Pourquoi toujours la dénonciation et la diabolisation à sens unique?

 

pie 11.jpgPourtant, Pie XI avait fait ce qu’il avait pu – pas grand-chose – en dénonçant en 1933 les "idéologies catastrophiques et assassines, instruments d’oppression entre les mains de responsables politiques dont les comportements  récents, et même extrêmement récents, démontrent que ceux-ci sont capables et résolus à les traduire dans les faits  contre le peuple qu’ils tiennent sous leur joug. "

 

Pie XI avait condamné sans appel le communisme qualifié d' intrinsèquement pervers : "On ne peut pas dire que de telles atrocités soient de ces phénomènes passagers qui accompagnent d'ordinaire toute grande révolution, des excès isolés d'exaspération comme il s'en trouve dans toutes les guerres. Non, ce sont les fruits naturels d'un système qui est dépourvu de tout frein intérieur. Un frein est nécessaire à l'homme pris individuellement, comme à l'homme vivant en société.

Même les peuples barbares trouvèrent ce frein dans la loi naturelle gravée par Dieu dans l'âme humaine... Mais lorsque du coeur des hommes l'idée même de Dieu s'efface, leurs passions débridées les poussent à la barbarie la plus sauvage."

 

Des propos nettement moins médiatisés que la logorrhée habituellement  associée à Pie XII.

 

02/10/2008

Pierre Goldman, « juif magnifique, hors la loi, né pour être assassiné »

La semaine dernière, lundi 22 septembre à 20h45, était diffusé sur la chaîne Planète Justice le magazine « Faites entrer l’accusé ». Et j’ai lu ceci sur mon programme :

 

« L’assassinat de Pierre Goldman

Pierre Goldman a été condamné pour meurtre, puis acquitté. En septembre 1979, trois inconnus lui ont tiré dessus à bout portant, à Paris. A ses obsèques, 15 000 personnes affluaient au Père-Lachaise. Parmi elles, ceux qui, avec lui, rêvaient de révolution. »

 

Voilà un remarquable exemple de désinformation ordinaire. Ordinaire, car on peut en ramasser plusieurs de ce type chaque jour. Tout est juste. Et tout est faux, biaisé. Déjà le titre, L’assassinat de Pierre Goldman, est parfaitement étudié. Le basique qui lit le programme – l’écrasante majorité – intègre immédiatement l’injustice, la victime.

 

La victime de salauds qui lui tirent dessus à bout portant, alors que pourtant il avait été acquitté. S’il a été acquitté, c’est forcément qu’il était innocent, non ? Et c’était forcément aussi un type bien, et même super bien, puisque avec lui est morte une certaine idée de la révolution. Et la révolution, tout le monde - surtout le basique - sait que c’est super hyper bien. Sauf quand il s’agit de révolution nationale, bien sûr. Mais qui parle de cela ?

 

goldman.jpgCe cas est fascinant car Goldman était juif et communiste. Ses parents l’étaient aussi. Et ils étaient résistants, par-dessus le marché. Donc, Goldman était totalement intouchable dans la France des années 70. La  « justice » n’avait plus qu’à s’incliner devant des évidences trop fortes pour elle. Ce qu’elle a fait.

 

Je ne retracerai pas tout le parcours de Goldman, il est plus que chaotique. Rappelons que, né en 1944 – donc « conçu dans la clandestinité sous l’occupation nazie », ça vous pose déjà son homme – renvoyé de tous les établissements scolaires, il part faire de la guérilla au Venezuela en 1968. Il y participera à un premier braquage, celui d’une banque, en juin 1969. Mieux valait pour lui changer d’air, c’est pourquoi il rentre illico en France avec sa part de butin.

Il a des besoins d’argent, il se livre donc dans la foulée à trois attaques à main armée.

Arrive le jour fatidique du 19 décembre 1969 : une pharmacie est braquée boulevard Richard Lenoir. Deux pharmaciennes sont tuées, deux personnes blessées. Quatre mois plus tard, Goldman sera arrêté et reconnu par les quatre témoins de la scène.

 

Il niera farouchement les meurtres, reconnaissant les seuls braquages. La justice est cependant persuadée de sa culpabilité dans les meurtres et le condamne à la perpétuité en 1974. Il a déjà réussi à sauver sa tête.

A ce moment-là va se déchaîner une formidable mobilisation en sa faveur. Comme il avait, aux dires de son avocat,  « des amitiés dans tout ce qui pense et réfléchit à gauche, de Régis Debray à Michel Foucault », tout ce beau monde va se mobiliser à fond  sous forme de comités de soutien, de pétitions signées par tout le gotha gauchiste (aujourd’hui encore aux premières loges, pour l’essentiel).

 

Le titre de cet article n’est que l’un des exemples de ce qu’on pouvait lire à l’époque sur cette icône du gauchisme en majesté. Inutile de préciser que tout ce monde se fiche éperdument des deux pharmaciennes froidement assassinées. Qu’est-ce qu’elles avaient, aussi, à être là au mauvais moment !

 

La justice va reculer devant la pression. Un type aussi fortement soutenu par tout ce qui compte à Paris ne peut pas être coupable, non ? Le jugement sera annulé et lors du second procès, il ne sera plus question de ces meurtres encombrants. Il est condamné à douze ans de prison, mais il ne les fera pas car quelques mois plus tard, il est libre.

Durant sa courte détention, il avait écrit un livre Souvenirs obscurs d’un juif polonais  que son avocat fera distribuer à la Cour avant le procès en révision. Il contribuera grandement à l’image rectifiée proposée à l’édification des foules.

 

Goldman sera abattu le 20 septembre 1979 en pleine rue et les coupables ne seront jamais retrouvés. Aux dernières nouvelles, il se serait agi – non pas d’une action de l’ « extrême-droite » - mais de celle d’un groupe de contre-terrorisme opposé à l’ETA, les indépendantistes basques avec lesquels Goldman, décidément incorrigible, fricotait à ce moment-là.

 

Voici la chanson que Maxime Le Forestier écrivit en 1975 à la gloire de Goldman. Lisez-là bien attentivement, vous ne serez pas déçus :

 

« A ceux qui sont dans la moyenne,
A ceux qui n'ont jamais volé,
A ceux de confession chrétienne,
A ceux d'opinion modérée,
A ceux qui savent bien se plaindre,
A ceux qui ont peur du bâton,
A tous ceux qui n'ont rien à craindre,
Je dis que Pierre est en prison.

Dormez en paix, monsieur le juge.
Lorsque vous rentrez du travail,
Après le boulot, le déluge,
Tant pis pour les petits détails.
Aujourd'hui, cette affaire est close.
Une autre attend votre réveil.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté de votre sommeil.

Soyez contents, jurés, notables,
Vous avez vengé proprement
La vie tristement respectable
Que vous meniez depuis longtemps.
Qu'on vous soit différent suppose
Par obligation qu'on ait tort.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté de votre confort.

Soyez satisfait, commissaire,
Vous n'avez pas été trop long
Pour mettre un nom sur cette affaire.
Tant pis si ce n'est pas le bon.
Tant pis si chez vous, on dispose
De moyens pas toujours très clairs.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté d'un rapport à faire.

Rassurez-vous, témoins du drame,
Qui n'étiez pas toujours d'accord
Puisqu'aujourd'hui on le condamne
C'est donc que vous n'aviez pas tort.
Vous êtes pour la bonne cause.
Vous avez fait votre devoir.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté de votre mémoire.

Tu n'aimes pas la pitié, Pierre,
Aussi je ne te plaindrai pas.
Accepte juste ma colère,
J'ai honte pour ce peuple-là.
Je crie à ceux qui se reposent,
A ceux qui bientôt t'oublieront.
La vie d'un homme est peu de chose
Et Pierre la passe en prison. »

 

15:36 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pierre, goldman, anne, kling

21/09/2008

LE BEAU GESTE DE LA REPUBLIQUE

Essayons de démêler un écheveau plutôt embrouillé, mais pas inintéressant, loin de là.

A la fin de la 2e guerre mondiale, la France s’est retrouvée avec environ 3 500 enfants juifs de nationalité française, restés orphelins. Ces orphelins du fait des déportations furent déclarés « pupilles de la nation », au même titre que les autres orphelins de soldats et de résistants. Ce statut, réservé aux moins de 21 ans, prévoyait la prise en charge, partielle ou totale, de leur entretien et éducation.

 

Pour les enfants étrangers, la situation était plus compliquée et fit l’objet de négociations avec l’Allemagne et d’autres gouvernements. Pour finir, ce fut le Fonds de Solidarité Juif Unifié qui constitua les dossiers d’indemnisation. Ces indemnisations servirent à financer les institutions juives ou les particuliers qui prirent en charge ces enfants, orphelins et étrangers, restés en France.

En 1960, l’Allemagne versa une indemnisation complémentaire de 400 millions de DM. Chaque orphelin reçut alors 9 985 F de l’époque.

 

Nous arrivons à présent au fameux dîner du CRIF – c’est comme aux Galeries Lafayette, il s’y passe toujours quelque chose -  du 15 novembre 1999, au cours duquel Lionel Jospin, premier ministre et grand seigneur – avec l’argent du contribuable -  accorda d’un geste large une gratification supplémentaire, sobrement intitulée « Un geste de la République envers les orphelins des déportés juifs ». Quel âge avaient en 1999 ces pauvres orphelins ? Les plus jeunes, nés en 1945, avaient alors 54 ans et les plus vieux, qui avaient 21 ans en 1945 … 75 ans.

Le décret n° 2000-657 du 13 juillet 2000 « instituant une mesure de réparation pour les orphelins dont les parents ont été victimes de persécutions antisémites » suivit avec une remarquable célérité. Il prévoyait que  « Toute personne dont la mère ou le père a été déporté à partir de la France dans le cadre des persécutions antisémites durant l'Occupation et a trouvé la mort en déportation a droit à une mesure de réparation, conformément aux dispositions du présent décret, si elle était mineure de vingt et un ans au moment où la déportation est intervenue. »

La mesure de réparation était – et est toujours - au choix, une indemnité de 27 440,82 euros ou une rente viagère mensuelle de 457,34 euros. Vous noterez que la distinction entre orphelins français et étrangers était passée à la trappe, la République étant au-dessus de ça.

Au 31 juillet 2003, 12 851 dossiers avaient été mis en paiement, pour une somme totale de 350 millions d’euros.

Il y eut des grincements de dents car ce décret n’aurait pas été « conforme à l’équité ». On se demande bien pourquoi… Bref, de mauvais coucheurs firent tant et si bien qu’en juillet 2004, paraissait un nouveau décret (n° 2004-751) qui élargissait cette indemnisation aux orphelins de guerre non juifs. 20 millions d’euros furent généreusement débloqués dans le budget de 2005 pour cette catégorie, pourtant plus nombreuse numériquement.

Au 31 juillet 2005, 13 177 demandes d’orphelins juifs avaient été acceptées (sur 17 162 demandes) et 9 999 demandes de non juifs l’avaient également été (sur 23 786 demandes).

Ces dernières années, les réparations ont suivi leur petit bonhomme de chemin. Il se trouve toujours de nouveaux demandeurs et les crédits attribués dans les budgets successifs ont été les suivants :

En 2006 : 122 482 000 d’euros pour les juifs – 194 517 000 d’euros pour les non juifs. En 2007 : 91 441 000 d’euros pour les juifs – 61 043 000 d’euros pour les non juifs. En 2008 : 98 909 000 d’euros pour les juifs – 49 300 000 pour les non juifs.

Ca finit par en faire, des heureux. Pardon, des euros.

11/09/2008

PETIT TOUR EN KHAZARIE

 

 

khazaria.gif

 

Ce petit retour dans le passé n’est pas dépourvu d’intérêt car il jette quelques lueurs sur la géopolitique d’aujourd’hui.

 

A l’origine : une peuplade semi-nomade d’Asie centrale faisant partie d’un vaste ensemble sous domination turque. Lorsque cet empire turc s’effondre, vers 650, les Khazars (mot turc qui signifierait « errant ») prennent leur indépendance et s’installent au nord du Caucase, près de la mer Caspienne.

Bons guerriers, ils vont largement s’étendre au cours des deux siècles suivants, jusqu’à constituer un royaume englobant le sud de la Russie, la Crimée, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, ainsi qu’une partie du Kazakhstan et de l’Ukraine. A cette époque-là, ils sont païens, de tradition chamanique.

 

En 838, le judaïsme devient religion d’Etat et l’hébreu, la langue écrite du royaume. Les raisons de cette conversion sont diverses et sortent du cadre de ce sujet. Toujours est-il que voilà les nomades turcs devenus juifs.

 

L’apogée de leur puissance se situe aux IXe/Xe siècles. Ils s’allient, y compris par mariage, aux Byzantins voisins. Leur importance tient également à leur situation stratégique sur la route de la soie, régulièrement empruntée par les juifs radhanites de Perse avec qui ils auront de nombreux contacts, pas toujours pacifiques.

 

965  marque le début de la fin. Les Khazars subissent une lourde défaite infligée par les Russes, leurs ennemis héréditaires, qui eux aussi s’étaient convertis à peu près à la même époque à une religion monothéiste. Mais au christianisme.

 

Peu à peu, l’ancien royaume va se rétrécir jusqu’à finir par disparaître en tant que tel. Les juifs  convertis de fraîche date, quelque peu coincés entre les chrétiens et les musulmans qui les cernent de toute part, rejoignent entre les Xe/XIIe siècles, les communautés juives de Byzance, de Hongrie, de Pologne et d’ailleurs.

Ils étaient en tout cas nombreux et ce seraient eux qui auraient constitué les premiers gros établissements juifs d’Europe de l’est.

 

Outre Benjamin Freedman dont nous parlions récemment, bien d’autres historiens et chercheurs ont évoqué l’origine khazare de ces juifs d’Europe de l’Est :

C’est Ernest Renan qui avait ouvert le ban. En 1883, il écrivait dans Le Judaïsme comme race et religion : "Les conversions massives à l'époque grecque et romaine enlèvent au judaïsme toute signification ethnologique, et coupent tout lien physique (mais non pas spirituel) avec la Palestine [...] La plupart des Juifs de Gaule ou d'Italie sont le produit de ces conversions. Quant aux Juifs du bassin du Danube, ou du sud de la Russie, ils descendent sans doute des Khazars. Ces régions contiennent de nombreuses populations juives qui probablement n'ont rien à voir, du point de vue ethnologique, avec les Juifs d'origine."

D’autres suivront : Abraham Poliak, professeur d’histoire juive à l’Université de Tel-Aviv publiera en 1941 La conversion des Khazars au judaïsme et récidivera en 1951 avec Khazarie : Histoire d’un royaume juif en Europe.

En 1954, le chercheur britannique Douglas Morton Dunlop publiera une Histoire des Juifs khazars. Et Arthur Koestler, en 1976 enfoncera le clou avec La Treizième Tribu.

Tous ces auteurs déclenchèrent une vive polémique, l’idée d’une origine khazare des juifs d’Europe de l’est apparaissant comme particulièrement menaçante. Se profilait à travers elle l’ombre terrifiante d’une contestation possible du droit « historique » sur Israël.

Plus récemment deux titres ont encore paru sur le sujet: Histoire des Khazars : la nation juive de Russie et d’Ukraine, de l’Américain Kevin Allan Brook et Quand et comment fut inventé le peuple juif ? de l’Israélien Shlomo Sand.

A observer ce qui se passe actuellement en Géorgie, ancienne partie du royaume khazar, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la persistance de certaines solidarités et proximités.

La Géorgie de 2008 – dont l’armée a été entraînée par les Etats-Unis et Israël - apparaît incontestablement comme un avant-poste, en Asie centrale, des USA et des forces de l’Otan, aux frontières de la Russie et à proximité du Moyen-Orient. Une différence quand même : le pétrole du Caucase a remplacé la route de la soie.

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24/08/2008

LES COMPTES D’AUSCHWITZ

Il vient de me tomber sous la main une brochure en français d’une centaine de pages ne portant pas de date et présentant le camp nazi d’Auschwitz. Il s’agit d’une brochure officielle en ce sens qu’elle émane du Musée installé dans le camp. Elle est assez ancienne, mais fort intéressante par les chiffres donnés. Voici un extrait de cette brochure :

 

25.jpg« OSWIECIM ( AUSCHWITZ)

 

4 millions d’hommes ont été exterminés dans le Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau – 4 millions de citoyens de tous les pays occupés par les nazis.

Ce chiffre est le résultat des calculs faits après l’inspection du terrain et des installations d’extermination, l’étude des documents du camp d’Auschwitz, l’audition de centaines de prisonniers rescapés et la consultation des experts :

- La Commission soviétique extraordinaire pour l’étude des crimes hitlériens a établi qu’ « au moins 4 millions d’hommes ont péri à Auschwitz ».

- Le Tribunal Suprême Polonais a établi qu’ « environ 4 millions d’hommes ont péri à Auschwitz ».

- Le Tribunal International de Guerre à Nürnberg a établi que « plus de 4 millions d’hommes ont péri à Auschwitz ».

Les cendres humaines recueillies sur le sol de Birkenau sont pieusement conservées dans une urne en mémoire de ces « quatre millions de victimes ».

 

Ainsi donc, des experts de trois origines différentes, quoique globalement dans l'orbite du communisme, se sont longuement penchés sur la question avant de rendre un verdict quasiment unanime : « au moins », « environ » et « plus de » 4 millions de morts pour le seul camp d’Auschwitz. Nous sommes alors dans les années 60 et on peut imaginer que les organisations juives se sont  montrées satisfaites de cette estimation. Or, il n’en a rien été. Bien au contraire, elles ont fulminé en dénonçant « une odieuse imposture ».

 

Précisons tout de suite que l’imposture en question ne portait pas sur les chiffres, qui n’étaient pas contestés, mais sur la spécificité juive d’Auschwitz qui était selon elles escamotée. En clair, les autorités juives  accusaient les autorités polonaises, communistes, d’avoir évacué cette spécificité et quelque peu réécrit l'Histoire à leur convenance.

 

Le journal de la LICRA, Le Droit de Vivre, s’en était hautement indigné en mars 1970. Rappelant l’inauguration d’un monument à la mémoire des victimes qui avait eu lieu en avril 1967, il précisait : « Ce jour-là, 200 000 personnes s’étaient rassemblées, venues de quinze pays d’Europe, d’Israël et des Etats-Unis pour témoigner de leur fidélité à la mémoire des suppliciés et de tous ceux qui avaient été exterminés dans les divers camps de la mort. Sur les quatre millions d’êtres humains tués à Auschwitz, des documents irréfutables reconnaissent que plus de trois millions étaient juifs ».

 

Il faut croire qu’aussi bien les « experts » que les « documents irréfutables » se sont trompés puisqu’aux dernières nouvelles, la plaque apposée dans le camp indique plus sobrement: « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement ».

 

Ce dernier chiffre est le résultat d’une estimation produite en 1998 par Franciszek Piper, directeur du département d’histoire du Musée d’Auschwitz, concluant à un minimum de 1,1 million et un maximum de 1,5 million de personnes ayant trouvé la mort dans ce camp.

 

Dans le même ordre d’idée, le très célèbre film d’Alain Resnais, Nuit et Brouillard, indique le chiffre de 9 millions de morts dans les camps. Ce documentaire de 32 minutes sur l’univers concentrationnaire nazi réalisé en 1955 – pour le 10e anniversaire de la libération des camps – à la demande du Comité d’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale est toujours projeté régulièrement dans les établissements scolaires.

13:27 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4)