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09/12/2009

DECIDEMENT, CE SONT TOUJOURS LES MEMES QUE L'ON VOIT ET QUE L'ON ENTEND ...

Je lisais hier soir dans mon programme télé, sur la chaîne Histoire, l’annonce de l’émission suivante à 20h35:

« Bons baisers de Berlin

Markus Wolf, ancien responsable des services de renseignements de l’ex-RDA, a invité à Berlin trois autres généraux pour évoquer les principaux événements de la guerre froide ».

Comme cette présentation est soft, vous ne trouvez pas, et si parfaitement clean. On a apparemment totalement oublié les méfaits de la STASI et la terreur qu’elle a fait régner pendant des décennies en Allemagne communiste. Mais j’oubliais que c’était pour le bon motif … C’est ce qui fait toute la différence. Markus Wolf, qui se pavane aujourd’hui sur les chaînes de télévision dans des émissions destinées à reformater les cervelles, à qui de toute façon on n’apprend plus l’histoire, trop dangereux et tellement inutile pour ce qu’on leur demandera de faire, a été l’un des grands manitous de la STASI. Et communiste jamais repenti. Mais ça se porte très bien, de nos jours.

J’évoquais brièvement sa carrière le 11 octobre 2008, à propos d’une autre émission de télé, sur Arte, et ça nous donnait ceci :

« ARTE A OUBLIE GUILLAUME … ET MARKUS WOLF

Nouveau petit cours de désinformation ordinaire : mercredi 8 octobre, à 21h, sur Arte : Les mercredis de l’histoire. En première partie, Trahison à la Stasi : La vie de Werner Teske, officier de la Stasi, le dernier condamné à mort de la RDA, dont le seul crime fut de vouloir partir à l’Ouest.

Après cet échauffement, venait le plat de résistance : en deuxième partie, Le nazi qui conseillait Adenauer. Autrement plus sexy.  Du troisième Reich aux premières décennies de la RFA, le parcours de Hans Maria Globke, ancien membre du gouvernement nazi devenu le bras droit d’Adenauer. Ces nazis, décidément inoxydables ! Que ferait la télé sans eux !

 

Bon, moi je veux bien qu’on parle de Globke, encore que le qualifier de « bras droit d’Adenauer » soit quelque peu exagéré. Mais dans ce cas, il aurait été plus judicieux  - et plus honnête - de parler en première partie d’un autre personnage de la Stasi qui lui, avait conseillé un autre chancelier allemand, Willy Brandt. Ce personnage s’appelait Günter Guillaume. Il était communiste et espion et le scandale – en arrière plan duquel se profile un autre personnage fort intéressant, sur lequel Arte n’avait peut-être pas envie d’attirer l’attention : Markus Wolf – fit tomber Brandt.

 

Nous allons modestement remédier aux trous de mémoire d’Arte.

 

(….) 

22.jpgEn arrière-plan de l’affaire Guillaume, se profile un personnage autrement plus intéressant : le patron de Guillaume, celui qui tirait les ficelles. Markus Wolf. Ce dernier naît en 1923 dans une famille juive communiste d’Allemagne qui émigre en 1933 en Union soviétique. Apparemment, cette famille ne craignait pas les purges. Il fait ses classes dans les écoles du parti communiste et intègre le Komintern. Officiellement « journaliste », Wolf va retourner en Allemagne, désormais divisée. Il sera présent tout au long du procès de Nuremberg. En 1952 – il a 29 ans – il est nommé chef des services de renseignements extérieurs de la RDA. En tant qu’adjoint du patron de la Stasi, Erich Mielke, il dirigera les activités d’espionnage du régime communiste allemand durant plus de trois décennies, jusqu’à sa retraite, en 1986, avec le grade de général. Durant sa carrière, il réussira à tisser un réseau de plusieurs milliers d’agents opérant à l’étranger. Guillaume était l’un d’eux.

Lors de la réunification de l’Allemagne, il connaît quelques démêlés avec la justice, qui vont cependant bien vite se calmer.

 

Il aura largement le temps d’écrire ses mémoires avant sa mort, en 2006. Des mémoires où il revendique hautement ses actes et ses convictions communistes inchangées. Il reconnaît cependant quelques erreurs, dont l’affaire Guillaume, justement, car il n’était pas prévu au programme qu’elle coûte son poste à Willy Brandt. « C’était comme marquer un but dans son propre camp », écrira-t-il.

 

En fait, il était également le patron de Werner Teske, le personnage qu’évoquait Arte en première partie. Qui a été exécuté pour avoir voulu passer à l’Ouest. »

 

Voilà le type de personnages que l’on nous présente comme des « héros » de la guerre froide. Et voilà pourquoi nous ne devons pas laisser passer ce genre d’infos sans réagir. 

24/11/2009

LA FAMILLE SERVAN SCHREIBER VUE PAR LE CRIF

Le CRIF nous annonce avec beaucoup de fierté dans les termes suivants la diffusion prochaine à la télévision d’une saga consacrée à la famille Servan Schreiber :

 

« Le film raconte la réussite de cette grande famille bourgeoise juive partie de rien, en se focalisant sur sa fondatrice, Clara Schreiber, incarné par Hanna Schygulla. En 1879, cette jeune juive allemande a quitté Berlin pour rejoindre son mari Joseph à Paris avec le rêve de devenir française, coûte que coûte, malgré le climat antisémite. Cette ambition chevillée au corps, elle l'a transmise à ses enfants Emile, Robert et Georges, puis à ses onze petits-enfants.


L’histoire retrace en deux épisodes le parcours de deux branches de la famille, celles de Robert et d'Emile, fondateurs des
Echos de l'exportation, premier bulletin des achats par correspondance - l'ancêtre du premier quotidien économique français.


« Clara, une passion française »,
sur France 2 le 25 novembre et le 2 décembre 2009, à 20h35. »


Source :
http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=17490&artyd=4

 

Hum… une grande famille partie de rien …. Le rêve de devenir française malgré le climat antisémite …. Si le climat était si furieusement antisémite, on se demande vraiment pourquoi ils tenaient tant que ça à venir *…

 

Enfin, le CRIF a réussi à placer l’antisémitisme. Une seule fois en onze lignes, ce n’est pas énorme, mais c’est déjà ça.

 

Pour en savoir un peu plus et vérifier ces affirmations criffiennes, ouvrons donc l’excellent ouvrage de Jean Bothorel, paru en 2005, Celui qui voulait tout changer – Les années JJSS.

 

Au sujet des origines de la famille, on apprend que  « …Le grand-père de Jean-Jacques est né à Gleiwitz, aux confins de la Silésie, entre Moravie, Hongrie et Pologne. Il a probablement fait la « guerre de 70 » dans les rangs prussiens. Quand Bismarck inaugure la Constitution impériale d’Allemagne et le IIe Reich, Julius-Joseph ouvre une poste privée municipale à Berlin et essaye de l’étendre à Vienne. L’entreprise n’est pas rentable et il met la clé sous la porte. C’est ainsi qu’il décide de tenter sa chance ailleurs et qu’il arrive à Paris, investi de la confiance de quelques industriels berlinois et viennois. Notre capitale lui semble la meilleure place pour partir à la conquête des marchés coloniaux et américains. Il a trente-deux ans. Comme beaucoup d’immigrés allemands d’origine juive, il s’installe dans le Xe arrondissement. Ce quartier regroupait les « commissionnaires », c’est-à-dire les importateurs-exportateurs.

 

(…) Libre penseur agressif, franc-maçon, il avait pris en aversion toutes formes de religion et flirtait avec les idées libérales. Aujourd’hui on le classerait à l’extrême-gauche.

 

Paris va lui sourire. La société JJ Schreiber qu’il crée dès son arrivée démarre bien. …. Son avenir assuré, il reviendra à Berlin en 1879 pour épouser sa fiancée, Clara Feilchenfeld. Les Feilchenfeld, après s’être enrichis dans le domaine du blé à Dantzig, vivaient en rentiers à Berlin. …

 

Une belle réussite familiale et commerciale que rien ne semble devoir assombrir. »

 

Trois fils vont naître. Allemands. Car la naturalisation française tant souhaitée – malgré le climat antisémite - n’interviendra qu’en 1894 pour toute la famille. L’année même où démarrera l’affaire Dreyfus.

 

Cette famille juive partie de rien  pourra cependant offrir études, vacances à la mer et à la montagne, escrime, équitation, etc, etc, à ses rejetons et, nous dit Jean Bothorel, «… quand le ministre des Finances, Paul Doumergue, publie le premier tableau de revenus des Français, il [Julius-Joseph] découvre avec fierté qu’il est dans le peloton des 175 000 privilégiés qui gagnent entre dix mille et cinquante mille francs par an ».

 

Et tout ça en dépit de l’horrible climat antisémite, qui sévissait déjà et n’a fait depuis que croître et embellir. Hélas.

 

Mais au fait, cette famille exemplaire était-elle juive ? Angoissante question à laquelle en bonne logique, on devrait répondre par la négative. Voyez plutôt.

 

Nous sommes en 1940. Et là, c’est vrai, un certain climat antisémite s’est installé dans la France en guerre. Face à cette nouvelle donne, Clara lâche sa petite bombe :

 

« Clara va sur ses quatre-vingt-cinq ans. Prise parfois d’une profonde lassitude, elle sent venir la fin et se décide à révéler à ses trois fils un secret qui n’a rien de bien grave, mais qui peut les aider. Elle va d’abord les sidérer : « J’ai été baptisée en Pologne, comme l’ont été mes parents, leur annonce Clara. Votre arrière-grand-père Feilchenfeld avait épousé sa maîtresse qui était chrétienne et il fut émancipé par Napoléon en même temps que les autres juifs de Pologne. En signe de reconnaissance, il baptisa son fils qui, lui-même, épousa une chrétienne d’origine juive, Sara Perels, ma mère. »

 

Les voilà fort étonnés. Ils se croyaient juifs, ils se retrouvent chrétiens. Juste au bon moment. Heureusement, cette famille partie de rien avait des relations. Le Vatican va immédiatement s’entremettre pour retrouver – dans la Pologne occupée – les précieux certificats de baptême.

 

Qui seront bel et bien retrouvés. La famille pourra donc déposer un dossier d’aryanité à Vichy, auprès des services de Darquier de Pellepoix. Le certificat d’aryanité de la famille Schreiber sera signé en décembre 1942.

 

 

* L’affaire Dreyfus a démarré en 1894. Je rappelle dans La France LICRAtisée, cette anecdote : Chalom Aleikhem, écrivain yiddish du début du XXe siècle, met en scène dans un de ses livres un personnage qui veut se rendre en France et qui est mis en garde par ses amis : « Attention, vous risquez gros. Là-bas, on a arrêté un capitaine juif et la moitié de la France est contre lui ». La réponse de l’écrivain par le biais de son personnage est la suivante : « Je veux sans plus attendre aller dans ce pays où un juif peut être capitaine et où il n’a que la moitié des gens contre lui ! ». 

21/11/2009

BARBARIES

 

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Quelle différence entre ces deux scènes de rue?

 

Celle du bas se déroulait en 1942 dans le ghetto de Varsovie et celle du haut dans une rue de Kharkiv en 1933.

 

Celle du bas était due à Hitler et on en entend parler matin, midi et soir, celle du haut à un certain Lazar Kaganovitch qui eut pendant l’Holodomor la haute main sur l’Ukraine. L’Holodomor et ses six millions de victimes, dont deux millions d’enfants.

 

Mais de cela on n’entend JAMAIS parler. Serait-ce parce que Kaganovitch était juif ? Et que cette fois les victimes étaient surtout de l’autre côté ?

 

J’y pensais en relisant -  suite à la note d’hier sur Jan Karski - l’article que lui consacra le New York Times à son décès, en juillet 2000. On apprend dans cet article que Karski avait réussi à "infiltrated both the Warsaw Ghetto and a German concentration camp".  Ce qui me paraît étonnant. Infiltrer le ghetto de Varsovie, passe encore, mais un camp de concentration …. On y entrait et on en sortait donc comme ça ? Bizarre.

 

J’y pensais en relisant -  suite à la note d’hier sur Jan Karski - l’article que lui consacra le New York Times à son décès, en juillet 2000.

Ce qui me paraît étonnant. Infiltrer le ghetto de Varsovie, passe encore, mais un camp de concentration allemand … On y entrait et on en sortait donc comme ça ? Bizarre.   

 

Bref, contacté en 1942 par deux chefs de la résistance juive qui avaient eux aussi réussi à quitter le ghetto, il y entre à son tour avec eux afin de pouvoir témoigner. Pourquoi ces deux chefs, qui étaient à l’extérieur, n’ont-ils pas eux-mêmes fait le nécessaire pour alerter au moins des responsables de leur communauté à l’étranger ? On l’ignore.

 

Toujours est-il qu’ils le font pénétrer en août 1942 dans le ghetto où il pourra assister à des scènes comme celles indiquées plus haut.

“Decades later, when asked to describe what he had seen, Mr Karski, a fastidious man who hated violence even in films or on television, would usually simply say “I saw terrible things”. (Des décennies plus tard, lorsqu'on lui demandait de décrire ce qu'il avait vu, M. Karski, un homme délicat qui détestait la violence, même dans des films ou à la télévision, se contentait de dire généralement : «J'ai vu des choses terribles ». 

 

“But on some occasions, such as in his appearance in « Shoah », Claude Lanzmann’s documentary film about the Holocaust, he would tell of seeing many naked dead bodies lying in the streets and describe emaciated and starving people, listless infants and older childre with expressionless eyes ». (Mais à certaines occasions, comme lors de son apparition dans "Shoah", le film documentaire de Claude Lanzmann sur l'Holocauste, il disait avoir vu les corps nus de nombreux morts gisant dans les rues et il décrivait les gens émaciés et affamés, les nourrissons et les enfants apathiques, aux yeux inexpressifs. )"

 

Horrible, bien sûr, mais très exactement ce que l’on voyait aussi durant l’Holodomor, neuf ans auparavant. Sans beaucoup de réaction non plus, reconnaissons-le.

 

J’ajoute même que les millions d’affamés d’aujourd’hui crèvent de faim dans la plus profonde indifférence de nos « dirigeants ». Du moment qu’eux n’ont jamais faim, peuvent-ils seulement imaginer ce que signifie avoir le ventre vide, et le cortège de malheurs qui vont avec ?

 

Tout ça pour dire que cette façon de se gratter toujours et éternellement au même endroit, sans rien voir autour, et surtout pas ce qui se passe aujourd’hui, m’insupporte. Disons-le et redisons-le, c’est notre devoir.

 

Pour en revenir à cet étonnant M. Karski, sorti du ghetto de Varsovie, il réussira à pénétrer avec ses mentors dans un camp de concentration allemand. Où il verra d’autres horreurs. Mais où on lui donnera une clé contenant des microfilms.

 

Heureusement pour lui, il parviendra à sortir du camp comme il y était entré et partira pour Londres, puis New York avec sa clé. Il rencontrera plein de monde afin de tenir sa promesse, qui était de témoigner de ce qu’il avait vu. Il verra des responsables juifs et non juifs -  y compris un juge juif de la Cour Suprême des Etats-Unis, Félix Frankfurter – qui ne le croiront pas. Et même le premier ministre britannique et le président Roosevelt. The question is : pourquoi personne ne l’a-t-il cru ?

 

Source: http://www.nytimes.com/2000/07/15/world/jan-karski-dies-a...

14/08/2009

UN HOMMAGE TARDIF POUR KNUT HAMSUN

La Fondation Internationale Raoul Wallenberg a fait très clairement connaître son vif mécontentement devant l’hommage rendu actuellement en Norvège à Knut Hamsun. Un hommage plus que tardif, pourtant, comme on le verra.

« Nous ne comprenons pas que les Norvégiens puissent honorer quelqu’un qui était un criminel et qui incitait aux crimes. (…) Hamsun était un grand écrivain, et alors ? Qu’est-ce qui est le plus important : l’art ou l’intégrité ? » a déclaré Baruch Tenembaum, son fondateur.

 

Ce dernier, décidément très remonté, a adressé de surcroît une missive courroucée au ministre norvégien des affaires étrangères pour se plaindre du soutien ainsi indirectement apporté à « l’un des plus sinistres régimes de l’Histoire ».

 

On peut s’étonner de ce que les juifs norvégiens ne soient pas eux-mêmes à l’origine de ces protestations et de ce que celles-ci aient dû venir de l’extérieur. Il faut dire qu’ils sont tellement peu nombreux en Norvège – quelque chose comme 1 500, essentiellement à Oslo et à Trondheim – sur une population de quelque cinq millions d’habitants …

Apparemment pas de LICRA ou de CRIF chez eux pour faire monter la mayonnaise, quelle pitié !

 

Voilà pour les protestations. Pour l’hommage, il est en effet plus que tardif car Knut Hamsun a été traité en paria dans son propre pays dès la fin de la 2e guerre mondiale. On pourrait même dire qu’il a été traité honteusement.

 

images.jpgNé en 1859, il est l’un des grands écrivains norvégiens et son influence dans le domaine de la littérature s’est étendue bien au-delà de ses fjords natals. L’ensemble de son œuvre d’alors sera d’ailleurs couronnée en 1920 par le Prix Nobel de littérature.

 

Tout va se gâter à la seconde guerre mondiale. En avril 1940, l’Allemagne envahit la Norvège pour s’emparer de ses bases navales. Roi et gouvernement fuient à Londres. Vidkun Quisling, qui avait fondé en 1933 une organisation politique s’inspirant du NSDAP, s’autoproclame premier ministre. Knut Hamsun, qui a toujours été germanophile et qui de plus déteste la culture anglo-saxonne, commet alors le péché mortel entre tous: il soutiendra Quisling durant tout le conflit.

 

Ce dernier est condamné pour trahison et exécuté en octobre 1945. Hamsun a alors 86 ans. Que faire de ce personnage désormais encombrant mais qui reste quand même le grand écrivain du pays ? Il n’y en a pas tellement… Comme il n’a pas l’obligeance de se faire hara-kiri, ce qui aurait résolu le problème, on va élégamment régler son cas en le déclarant … gâteux. Il se trouvera des psychiatres pour le qualifier de « personnalité aux facultés mentales affaiblies de façon permanente ». L’Etat norvégien le condamnera en sus à verser une énorme somme afin de lui faire chèrement payer « le soutien moral apporté à l’occupant ».

 

Furieux du diagnostic des psychiatres – on peut comprendre ça – Hamsun va leur opposer le démenti le plus cinglant qui soit : en 1949, à l’âge de 90 ans, il publie Sur les sentiers où l’herbe repousse, où il règle magistralement quelques comptes. Sans gâtisme aucun.

 

Il mourra dans l’opprobre et la misère en 1952.

 

Voilà, très succinctement, le personnage auquel la Norvège se décide aujourd’hui, pour le 150e anniversaire de sa naissance, à faire l’hommage d’un timbre à son effigie, d’un musée en son honneur à Hamaroey et d’une pièce commémorative.

 

Pour la circonstance, son petit-fils, Leif Hamsun, a laissé tomber ce jugement très retenu : « C’était après tout un des meilleurs auteurs dont la Norvège ait accouché. Politiquement, il était inapte et toute la famille prend ses distances à cet égard ».

 

Voilà qui devrait mettre un peu de baume au cœur de Baruch Tenembaum.

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13/08/2009

LA VENGEANCE EST UN PLAT QUI SE MANGE FROID. ET MEME CONGELE.

Guysen News nous informe que:

0,,4555309_1,00.jpg« Josef Scheungraber, 90 ans et ancien soldat nazi, a été condamné mardi matin à la prison à perpétuité pour crime de guerre par le tribunal de Munich en Bavière.

Après la justice italienne qui l’avait condamné par contumace (une condamnation prononcée à l'issue d'un procès pendant lequel le condamné n'était pas présent) à la prison à perpétuité en 2006, le tribunal de Munich l’a lui aussi condamné à la prison à vie.

Bien que l’ancien officier ni toujours les faits en bloc, il est accusé d’un massacre qui avait fait 14 morts, des civils italiens en 1944 en Toscane dans le village de Falzano di Cortona.

Un témoin du massacre, Gino Massetti, alors âgé de quinze ans à l’époque raconte ce qui s’était passé le 26 juin 1944. «Le bataillon de chasseurs alpins commandé par M. Scheungraber a enfermé les futures victimes dans une maison villageoise avant de la faire exploser ». 

Le Centre Simon Wiesenthal de Jérusalem a tenu à rappeler toute l'importance de ce dernier procès : « Le jugement d'aujourd'hui confirme que le temps qui nous sépare des faits n'atténue en aucune manière la culpabilité des criminels et que le grand âge ne doit pas permettre aux meurtriers de se soustraire à la loi ». 

images.jpgC’est bien vrai, ça. On se demande vraiment dans ces conditions pourquoi et comment Solomon Morel est mort tranquillement dans son lit, à Tel Aviv, en février 2007, à l’âge respectable de 87 ans. La Pologne avait pourtant demandé à plusieurs reprises son extradition à Israël pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais évidemment, Israël a toujours fait la sourde oreille (voir archives du blog en date du 22/11/07). Pour sa défense, Morel avait clamé qu’il s’agissait d’un complot antisémite. Dans ces conditions, évidemment, ça changeait tout …

22.jpgEt Helena Wolinska ? Encore une grande humaniste devant l’Eternel qui n’a pas répondu de ses crimes. Son extradition avait également été réclamée par la Pologne. Mais à la Grande-Bretagne, cette fois, où cette ancienne juge de la belle époque bolchevique, s’était installée avec son mari, l’économiste marxiste Wlodzimierz Brus, né Beniamin Zylberberg. Elle s’était plainte, en 2007 à l’âge de 88 ans, lors de la 3e demande d’extradition, de voir resurgir ces spectres du passé. Deux fois auparavant, les autorités britanniques avaient rejeté la même demande d’extradition pour des « motifs humanitaires », dus à l’âge notamment, et aussi en raison de l’éloignement des faits. Bizarres comme arguments, vous ne trouvez pas ? (voir archives du blog en date du 21/11/07).

On vous rassure tout de suite, Wolinska était restée tranquillement à Oxford où elle est morte de sa belle mort en novembre 2008. Le juge anglais n’avait pas eu le cœur de la faire traduire devant les tribunaux. Pensez, à son âge …

Source : Guysen News

14/02/2009

IL Y A 64 ANS, LE 14 FEVRIER 1945

 

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La ville de Dresde, la Florence de l’Elbe, était réduite en cendres par un bombardement anglo-saxon délibérément ciblé sur la population civile.

 

En hommage aux victimes occultées de ce conflit terrifiant, voici un texte paru en février 1946 dans le mensuel américain The Atlantic Monthly, sous la plume du journaliste Edgar L. Jones. Ce dernier avait combattu en tant que soldat et avait en outre servi durant un certain temps comme correspondant de guerre sur le front du Pacifique. C’est de ces victimes-là qu’il parle, mais quelle différence ?

 

« Nous, Américains, avons une dangereuse tendance au point de vue international à prendre une attitude de supériorité morale à l’égard des autres nations. Nous considérons que nous sommes plus nobles et plus moraux que les autres peuples, et par conséquent, mieux placés pour décider ce qui est juste dans le monde et ce qui ne l’est pas. Quelle espèce de guerre les civils supposent-ils donc que nous avons faite ? Nous avons massacré des prisonniers de sang-froid, nous avons pulvérisé des hôpitaux, coulé des bateaux de sauvetage, tué ou blessé des civils ennemis, achevé des blessés, entassé les mourants dans un trou pêle-mêle avec les morts, et dans le Pacifique nous avons dépecé les crânes de nos ennemis en les faisant bouillir pour en faire des garnitures de table pour nos fiancées et nous avons sculpté leurs os pour en faire des coupe-papier. Nous avons couronné nos bombardements au phosphore et nos assassinats de civils en jetant des bombes atomiques sur deux villes à peu près sans défense, et nous avons atteint ainsi un record incontestable d’assassinat en masse à cadence instantanée.

 

Comme vainqueurs, nous nous sommes arrogés le droit de faire passer en jugement nos ennemis pour leurs crimes contre l’humanité ; mais nous devons être assez réalistes pour concevoir que si nous étions mis en jugement pour avoir violé les lois de la guerre, nous serions déclarés coupables sur une douzaine de chefs d’accusation. Nous avons mené une guerre sans honneur, car la morale ne vient qu’en dernière ligne parmi les préoccupations du combattant. Plus la bataille est dure, moins il y a de place pour les beaux sentiments. Et dans la guerre du Pacifique, nous avons vu l’humanité atteindre le plus sombre degré de bestialité.

 

On ne peut dire que chaque soldat américain ni même un sur cent ait commis délibérément des atrocités injustifiées : mais la même chose peut être affirmée des Allemands et des Japonais. Les exigences de la guerre nous ont souvent contraints à ce qu’on appelle des crimes et d’une façon générale la masse peut être blâmée pour l’espèce de folie que la guerre a provoquée. Mais nous avons fait beaucoup de publicité autour de tous les actes inhumains de nos adversaires et nous nous sommes opposés à tout aveu de nos propres défaillances en des moments de désespoir … Nous avons mutilé les corps des morts ennemis, nous avons coupé leurs oreilles et arraché leurs dents en or pour avoir des souvenirs, nous les avons enterrés en leur fourrant leurs testicules dans la bouche, mais de telles violations de tous les codes de la morale font partie des zones encore inexplorées de la psychologie de l'homme au combat ».  

 

C'était en tout cas une époque où la pensée unique, obligatoire et totalitaire était apparemment moins prégnante qu'aujourd'hui. Le texte original complet de Edgar Jones figure sur le site de l'Atlantic Monthly:

http://www.theatlantic.com/unbound/bookauth/battle/jones....

 

 

Il est intéressant de constater que la télé n'a pas cru utile de consacrer une seule émission à l'acte de guerre peu reluisant que fut le bombardement de Dresde. Motus sur toute la ligne. La chaîne Histoire diffuse ce soir Chasseur de baleine et Toute l'Histoire, ... Eichmann, le fugitif nazi. Un inoxydable, cet Eichmann. Et Arte s'est réfugié prudemment dans l'Antiquité.

 

16:05 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (7)

06/02/2009

C’EST LA JUSTICE OU LA VENGEANCE QUI SERAIT PASSEE ?

« Knobel : «Nous déplorons que le nazi Aribert Heim n’ait pas été découvert de son vivant, extradé, jugé et condamné.»

 

 

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La capture d’Aribert Heim, celui que l'on surnommait "Doctor Tod" (Docteur la Mort), responsable de l'assassinat de milliers de juifs et de résistants espagnols au camp de concentration de Mauthausen et au camp de Sachsenhausen, restait un enjeu majeur. Dernièrement, la chaîne de télévision allemande ZDF a enquêté conjointement avec le New York Times. Elle explique le 4 février 2009 sur son site Internet qu’elle a découvert que Heim avait passé près de 30 ans au Caire et que, converti à l’Islam dans les années 1980, il portait le nom de Tarek Farid Hussein. Heim serait mort en 1992.

 

Interviewé par RCF, Radio Chrétienne de France le 5 février 2009, Marc Knobel, chercheur au CRIF déclare : « Nous ne sommes pas encore en mesure de confirmer cette information. S’il s’avérait qu’Aribert Heim soit réellement mort en 1992, nous pourrons déplorer qu’il n’ait malheureusement pas été retrouvé de son vivant, extradé ou jugé. Il ne s’agit pas de vengeance, mais de justice. Lorsqu’un nazi ou un collaborateur est extradé puis jugé, ce sont des pans entiers des crimes contre l’humanité qui ont été commis sous le nazisme que nous retraçons. En ces temps de résurgence de l’antisémitisme, d’oubli, de relativisation des crimes perpétrés par les nazis ou, pis encore de négation de la Shoah, il est primordial de d’écrire et de parler de la Shoah. »

 

Aribert Heim avait disparu depuis 1962. La police allemande s'apprêtait alors à arrêter ce paisible père de famille, gynécologue à Baden-Baden. Il avait pu quitter à la hâte son domicile après avoir reçu un coup de fil d'un ami haut placé. Heim aurait été depuis aperçu en Egypte, travaillant pour la police de Nasser. En Uruguay, dans un sanctuaire d'anciens SS exfiltrés. En 1985, la police de Stuttgart croit savoir qu'il se serait réfugié en Amazonie. La chasse s'est poursuivie en Espagne, à Ibiza. En 2005, Heim était donné résident au Chili. La police criminelle du Land de Bade-Wurtemberg avait lancé la même année un nouvel avis de recherche assorti d'une récompense de 130 000 euros. En juillet 2005, l'Autriche, d'où est originaire Aribert Heim, avait promis une prime de 50 000 euros pour sa capture ».

Source: http://www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid=13613&returnto=accueil/main&artyd=5

 

« Klarsfeld : les derniers criminels ont 90 ans, mais nous les chercherons jusqu’à leur dernier souffle

Libération publie, vendredi 6 février 2009, à la suite de l’annonce du décès en 1992 du « boucher de Mauthausen », une interview de Serge Klarsfeld, le chasseur des criminels nazis, qui s'attendait à ce qu'Aribert Heim soit déjà mort.

 

Comment réagissez-vous à l'annonce du décès d'Aribert Heim?
Je ne suis pas du tout surpris. Je pensais qu'il était mort depuis longtemps, notamment en raison de l'attitude goguenarde de son fils, qui semblait se réjouir des recherches du procureur allemand ou du centre Simon Wiesenthal. Pour lui, c'était une façon de se montrer solidaire de son père. Ce genre de recherches est très frustrant. Souvent, on débouche sur des impasses, comme avec Heim. Ou bien on retrouve des vieillards séniles, réfugiés dans des pays réticents à les extrader.

Comment Heim avait-il fui?

Il a bénéficié de complicités dans l'administration allemande. Beaucoup de criminels nazis ont mené une vie tranquille à partir de 1948 jusqu'en 1955, car la priorité était alors à la guerre froide. Les recherches ont ensuite recommencé. Mais Heim avait gagné de l'argent grâce à son emploi de médecin, il a pu prendre la fuite. C'était même facile de se dissimuler.
Heim faisait-il partie des derniers criminels nazis recherchés?

Heim n'était pas un grand criminel dans la hiérarchie des criminels nazis. Il ne faisait pas partie des maîtres d'oeuvre, comme Eichmann par exemple. Parmi les médecins nazis, il y avait des noms plus connus, comme Mengele ou Schumann. Heim était cependant le dernier criminel allemand réputé recherché. Les autres sont Croates, Hongrois, Lettons...

Y-a-t-il encore des criminels nazis en fuite?

On est dans la phase ultime des recherches. Les criminels encore en fuite ont plus de 90 ans. Mais il faut les chercher jusqu'à leur dernier souffle. C'est important et symbolique qu'il n'y ait aucune impunité. Mais aujourd'hui, on peut dire que dans l'ensemble, la justice est passée. L'essentiel des meurtriers nazis ont été jugés et condamnés.

 

Source : http://www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid=13642&returnto=articles_display/detail&artyd=5

 

C’est important et symbolique qu’il n’y ait aucune impunité ? Oui, c’est parfaitement vrai. Raison de plus pour que les juifs commencent par balayer devant leur porte. Il ne se trouvera donc personne, au sein du Système, qui seul a le droit de s’exprimer aujourd’hui, pour leur rappeler leurs propres criminels monstrueux ? Le fait que ces derniers aient opéré sous le bolchevisme et non sous le nazisme ne les exonère en rien de leurs crimes.

 

Que la mémoire soit la même pour tous. Et pour ne parler que de ceux qui, comme Heim, rendirent leur âme au diable en ces mêmes années, rappelons juste :

 

Lazar Kaganovitch, l’Eichman soviétique, mort tranquillement dans son lit en 1991 la conscience chargée de crimes horribles. En particulier des six millions de morts de l’Holodomor.

 

Ou Gabor Peter, le chef de la police secrète de Hongrie aux belles heures du communisme triomphant. Son zèle fera disparaître, par la déportation ou l’assassinat, des dizaines de milliers de Hongrois. Ce qui n’empêchera pas ce rouage méritant du régime de se faire amnistier plus tard et de mourir lui aussi tranquillement dans son lit en 1993.

04/02/2009

DES JUIFS ALLEMANDS AU SERVICE DE HITLER

Un correspondant m’adresse une coupure du Figaro Magazine datée du 3 décembre 1996. Je la reproduis ci-après car elle éclaire un fait de la seconde guerre assez peu connu.

 

« Selon le Daily Telegraph 

DES JUIFS ALLEMANDS AU SERVICE DE HITLER

 

Un chercheur américain révèle qu’ils auraient travaillé volontairement pour le IIIe Reich.

 

Bryan Rigg, 25 ans, étudiant en histoire à Cambridge est formel : plusieurs milliers d’Allemands d’origine juive ont servi volontairement dans les armées du IIIe Reich lors de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1992, M. Rigg, un Américain lui-même d’ascendance juive, ne se contente pas de plonger dans les archives de la République fédérale. Il interroge les survivants et leurs familles. Et pas seulement en Allemagne. Il rend visite aux témoins directs, qui résident au Canada, en Turquie, en Italie ou en Scandinavie.

 

Ainsi, il a pu mettre la main sur 30 000 documents, constituer 1 200 dossiers et mettre en évidence l’engagement volontaire de plus de 300 juifs allemands dans la Wehrmacht. Il a aussi établi la parenté hébraïque de deux maréchaux, dix généraux, quatorze colonels et trente commandants.

 

The Daily Telegraph qui, hier, accordait une large place aux recherches de Bryan Rigg, donne les noms et les pseudonymes d’officiers juifs allemands ayant participé aux opérations militaires entre 1939 et 1945 : Erhard Milch, un ami personnel de Goering, président de la compagnie aérienne Lufthansa, en 1926, responsable de la production aéronautique et modernisateur de la Luftwaffe.

Ou Helmut Wilberg, l’un des concepteurs du « Blitzkrieg », ancien combattant de la guerre d’Espagne, responsable de la formation des pilotes, récompensé par la Croix de fer. Edgar Jacobson, encore, un cinéaste, employé par les services de la propagande, à Paris, jusqu’en 1941.

Helmut Schmidt, aussi, l’ancien chancelier, ancien membre des Jeunesses hitlériennes et lieutenant dans la Luftwaffe : les nazis n’ont jamais découvert qu’un de ses grands-pères était juif.

 

« Choc profond »

 

« Alors même que ces hommes servaient dans l’armée, le régime nazi perpétrait le génocide de leurs parents », s’indigne M. Rigg. Malgré les lois de Nuremberg – qui excluaient les juifs de l’administration et de l’armée -, c’est avec l’assentiment d’Adolf Hitler lui-même que ces hommes purent s’enrôler, soutient-il. Il cite le cas de 77 officiers de haut rang, « demi juifs ou mariés à des femmes juives », reconnus « purs Allemands » en 1944 par le Führer. Dans le cas d’un maréchal dont l’ascendance était pourtant connue de tous, ajoute-t-il, Goering et Hitler décidèrent que son vrai père était « l’oncle de sa mère », certifié aryen, pour le maintenir à son rang. « La révélation » de M. Rigg « est un choc profond » commente le Daily Telegraph. »

 

 

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Ces recherches ont abouti quelques années plus tard à un livre publié aux Etats-Unis en 2002 et en traduction française en 2003.

 

 

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